Archive | avril 2011

Et maintenant ?

28 avril 2011

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Et maintenant, quoi ?


Et maintenant, qui ?


Je l’ai laissée s’échapper comme du sable entre mes doigts. Quand j’y pense, je devrais sans doute mettre cette phrase au pluriel. Je les ai laissées… Ouais, une clope, c’est pas une mauvaise idée.


C’est juste qu’au bout d’un moment, tout être humain doté d’un cerveau normalement fonctionnel et suffisamment opérationnel finit par en venir à des conclusions plutôt nihilistes. C’est pas une posture, c’est un état d’esprit. La condition humaine… J’ai vu la vérité, dit le sage, et elle n’a aucun sens. On se balade dans nos existences étriquées en se disant que toutes les baffes qu’on prend dans la gueule doivent bien servir à quelque chose. Qu’il y a une raison pour qu’on morfle à ce point. La vérité, c’est qu’il n’y en a pas. Relisez Cioran.


Ainsi, donc, voilà.


Tout est absurde. Nous sommes des mouches prises dans du papier collant. Se débattre ne sert à rien. Mais il n’y a que ça à faire, alors, allons-y gaiement. Hosanna, hosanna, et en route pour la joie. Le seul sens qu’il y a à trouver dans tout ce merdier, c’est à nous-même de le lui donner. Histoire de se démerder pour regretter un minimum de choses à la fin du voyage. L’important, c’est pas la destination, c’est le trip.


Comment rendre supportable, l’insupportable ?

Réponse baudelairienne : la défonce, les femmes, la création.

Ouaip. Farpaitement. Ça marche pas trop mal. Le temps du délire. Le temps que ça dure. J’ai parfois l’impression que Dieu a créé l’homme à son image, doué de raison, de la capacité à s’élever au-dessus de sa condition d’asticot juste pour se marrer en le regardant se débattre. Satan, pris de pitié, a créé la drogue, le sexe et le rock n’roll pour qu’on s’emmerde moins. J’ai eu plus d’expériences mystiques contre un corps et une âme aussi perdus que les miens, dans les parfums éthyliques, à l’ombre des ailes d’une symphonie électrique que dans n’importe quel temple.


Et maintenant ?


Maintenant que cet épisode est terminé, quoi ?


L’idée de recommencer tout le bordel m’épuise… Mais il va bien falloir. J’ai pas précisément l’intention de flinguer tout de suite. Pas ce soir, en tout cas.


Je crois que finalement, c’est la fierté, ou l’orgueil, qui fout la merde. L’égo, saloperie ! Regarder l’autre vivre, c’est parfois assez dur… Regarder l’autre souffrir sans toi, c’est pire. Nous voudrions toujours être la cause de toute joie et de toute souffrance chez cet, chez ces autres.


Je m’enivrerai un autre jour. Ce soir, j’ai besoin d’être seul avec ma lucidité, cruelle et froide. Quitte à ressasser des souffrances d’autres temps, des plaisirs d’ailleurs. À quoi tu penses, petit homme ? Ce n’est qu’un perpétuel recommencement. Pourquoi briser des cycles quand ce sont eux qui nous façonnent ?


Il y a de l’espoir. Il y a aussi du vide.

Discothèque punk idéale subjective et assumée

25 avril 2011

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Il ne peut en rester que 10

 

Durf667

 

À la demande générale de l’ensemble de mes lectrices se prénommant Laurence et dont le pseudo est Poppy, j’ai présentement l’insigne honneur et l’incommensurable avantage de vous proposer ici une modeste liste comprenant une sélection de ce que j’estime être 10 des meilleurs albums de punk-rock ou assimilé à jamais m’être passé par les oreilles (mais il est vrai que je leur en ai fait subir de belles…)

Il est évident que ça n’engage que moi, mais c’est mon avis, et je le partage, ce qui tombe bien, vu que mon avis est justement celui auquel j’ai le plus communément tendance à me ranger quand on me le demande.

 

Préambule

 

Sont exclus de cette liste des albums et artistes de haute tenue, dont certains que l’auteur tient en très haute estime. Comme il a bien fallu faire un choix, on a choisi arbitrairement de faire débuter le punk en 1975, ce qui nous prive ici, entre autre, des groupes garage des années 60, d’Iggy Pop, du Velvet Underground et du MC5, entre autres. Que leurs noms soient vénérés loués jusqu’à la 56498148748926178148168ème génération. De même, point ici de post-punk, de new-wave, de no-wave, de grunge et leurs amis, point non plus de la frange la plus « cool » du mouvement originel, donc, pas de Talking Heads, de Television ou de Blondie. Et il y a forcément des mises de côté impardonnables. Que les Sex Pistols, Patti Smith, les Dead Boys et tant d’autres me pardonnent (même si je pense qu’ils ‘en foutent).

 

Les grands anciens

 

The Ramones – Ramones (1976)

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Parmi les tout premiers à dégainer, les quatre faux frangins avaient déjà tout compris. 1, 2, 3, 4, et c’est parti, trois accords, c’est presque trop. Tout dans cet album, le premier, tout est déjà là, l’urgence, la fausse stupidité, les mélodies pop noyées dans la saturation hardcore. Imités un milliard de fois, ils n’accédèrent jamais totalement au succès qu’ils méritaient, ne sortant quasiment jamais de leur minuscule van (les groupes français connaissent ça), mais déclenchèrent des vocations partout où ils allèrent. Peut-être le groupe le plus cool de tous les temps.

HEY ! HO ! LET’S GO !

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The Clash – The Clash (1977)

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Ou l’entrée de la politique dans le mouvement. Le Clash donne une certaine parole aux ouvriers et à la jeunesse au chômage de la Grande-Bretagne pré-Thatcher (une des ennemies préférée des punks anglais) et grave sur le vinyle le malaise post-hippy de cette révolution des fleurs qui a échoué. L’ennui et le désespoir sont toujours là, l’Angleterre s’enfonce dans un chaos que ces jeunes punks vont repeindre en lettres fluos et habiller de fringues bondages et de slogans marxistes. Le Clash en profitera pour sortir ensuite certains des meilleurs disques de ce changement de décennie.

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Johnny Thunders & The Heartbreakers – L.A.M.F (1977)

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Un des grands oubliés de l’histoire… Johnny Thunders, déjà présent dès 1972 avec les New-York Dolls, avait pourtant posé les premiers jalons de ce que deviendrait la scène punk. Outrances, provocations, no-future, drogues, sexe, rock n’roll… Représentant la Classe déglinguée à l’état pur, Johnny avait une sale tendance à tout foutre en l’air malgré son talent énorme et ses compositions comptant parmi les meilleures du genre. Le pendant nihilistes et réellement auto-destructeur du punk des origines. Un album de très, très grande classe.

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The Damned – Damned ! Damned ! Damned ! (1977)

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On aurait pu les prendre pour de sales petits imitateurs dess Sex Pistols, si ce n’est que ceux qui eurent le privilège de sortir avant ceux-ci le premier 45 tours punk en Angleterre avaient une sale tendance à savoir jouer. Cet album est un coup de cœur subjectif et personnel, le premier d’un groupe qui, avec Siouxie et ses Banshees, inventera quasiment le rock gothique et la new-wave un peu plus tard, signe ici une petite merveille de sauvagerie incandescente qui n’a pas pris une ride.

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This is Hardcoooooore !

 

Ce fut un crève-cœur de faire une sélection de seulement trois album de hardcore, Oï et/ou street-punk. Que Discharge, Black Flag, Bad Brains et même Bad Religion pour le hardcore mélo, et tant d’autres me pardonnent.

 

Dead Kennedys – Fresh Fruits for Rotten Vegetables (1980)

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Dans les année 80, le mouvement se radicalise. La politique est on ne peut plus présente dans les textes, la musique se veut plus rapide et plus dure. La Californie répond aux starlettes blondasses et aux hippies trentenaires avec Black Flag (L.A., autre excellent groupe) et les Dead Kennedys de San Francisco, dont le chanteur, Jello Biafra, propose de vous emmener en vacances dans le Cambodge de Pol Pot si vous êtes trop bourré pour baiser. Si on met de côté le fait que ce groupe a peut être le meilleur nom jamais trouvé, leur musique préfigure presque, par moment, celle de System of a Down. Sans déconner.

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The Exploited – Punk’s Not Dead (1981)

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Pour des raisons éminemment subjectives et personnelles, j’étais juste obligé de choisir un album de la bande à Wattie Buchan, et j’étais juste obligé de choisir le premier, celui avec les merveilleux et inoubliables « Sex and Violence » et « I believe in Anarchy ». Et puis, il fallait bien dans cette liste un album avec des influences vraiment Oï. (La Oï étant ce style de punk où on a l’impression, arrivé au refrain, que le stade tout entier se met à chanter). Excusez-moi, je pars écraser une larme de nostalgie.

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Minor Threat – Complete Discography (1989)

 

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Minor Threat est peut-être bien le groupe de hardcore ultime… L’histoire du groupe dure trois ans (1980 / 1983), puis Ian McKaye part fonder Fugazi, qui préfigurera toute la scène noise et post-hardcore, justement, à venir. Beaucoup moins bœuf que certains de leur copains, ces new-yorkais posent les jalons du NYxHC et du Straight-Edge (en gros, si on veut détruire le système, ça pourrait être cool qu’on arrête de se détruire nous même à grand coup de drogue et de sexe avec n’importe qui). Un de mes groupes préférés.

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Quelques Français.

 

Bérurier Noir -Même pas mort (2003)

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Alors, évidemment, il fallait un Béru dans cette liste. Si j’ai choisit celui-ci, c’est avant tout pour le DVD de ces concerts (VIVA BERTAGA !) à l’Olympia en 1989 qui voyaient la fin du groupe (et par la même d’une certaine idée de l’alternatif en France) et qui reste une putain de leçon de ce que devrait toujours être le rock n’roll. Et si vous n’avez jamais entendu parler des Bérus, mais qu’est-ce que vous foutez sur ce blog, en fait ?

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Les Shériff – Les 2 doigts dans la prises (1992)

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Encore un live… Encore de la nostalgie… Cet album m’évoque de longue soirées passées avec mon copain Zantar à faire des choses tout sauf intelligentes, alors voilà. Les Shériff, c’est un peu les Ramones du Sud-Ouest. Spéciale dédicace à Manu, batteur des Shériff et chanteur de The Hop-Là, dont j’ai eu l’honneur de faire la première partie avec Dernière Sommation. À la fin, quand il ont repris « Jouer avec le feu », y avait trois trentenaires fous de joie qui sautaient partout devant la scène. En plus Montpellier avait gagné en Ligue 1.

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Et pour finir, c’est étonnant, du subjectif

 

The Distiller – Sing Sing Death House (2002)

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Parce que ça fait plaisir quand le punk californien des années 2000 nous offre autre chose qu’Offspring, Good Charlotte ou Blink 182.

Parce que cet album est putain de bon.

Parce que j’aurai pu choisir Unseen, Anti-Flag ou Rancid.

Parce que Brody Dalle, quoi, bon, RRRRRrrrrRRRRrr, je ne suis qu’un homme.

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Prière à Ishtar

24 avril 2011

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Don Nihil Apsarà


Les larmes d’anges m’engourdissent entièrement… Je respire l’air comme un liquide… Mon lit m’appelle mais me répugne… J’ai envie d’autre chose.


Ses bras me manquent. Ses bras… À qui je pense, au juste ? Des bras me manquent. La chaleur d’un corps contre le mien. Je ressens l’appel de la chair, l’appel d’un souffle chaud contre ma peau. La solitude est présente et hurle trop fort pour permettre à Morphée de venir sereinement me murmurer à l’oreille une nuit paisible. Mes veines brûlent, demande à se consumer, demandent à bouillonner. Ma peau rêve de déchirures. Mon âme aspire à la dissolution dans celle de quelqu’un d’autre.


Parfois, l’âme et le corps deviennent interchangeables. Quand la solitude de l’un devient trop douloureuse, mon esprit se focalise sur celle de l’autre. L’appel d’une sueur étrangère se fait pressant, pour oublier celui d’une présence réconfortante. Le mythe de l’androgyne, Platon avait-il tort ? Je l’ai toujours cru, j’ai toujours trouvé ça trop naïf… Où es-tu, mon binôme, mon double ? Existes-tu, seulement ?


Ce soir, je veux y croire.


Mon appart est petit, encombré des restes de ma vie, empilés sur le sols, les tables, les étagères. Le lit est dans un coin, mais je le fuis ce soir. Je suis un photon égaré vers un placard. Enfin, d’habitude, c’est un placard. Ce soir, les larmes d’anges l’ont changé en suite présidentielle. La baie vitrée du 56ème étage donne sur les jardins suspendus du palais d’Obéron, éclairés par une armée de pixies noctambules. La Cité s’étend sous mon regard. La chaine stéréo diffuse une musique sombre et éthérée, comme si Dead Can Dance avait enregistré avec le chœur des Valar. La décoration est à mon image, juste assez bordélique pour que la chambre ait l’air vivante, des livres que je suis en train de lire sont posés sur de sobres tables basses en verre, des vêtements que j’ai portés sont abandonnés au pied du lit, simplement recouvert d’une couette froissée aux motifs japonisant.


Loin, là où il n’est pas de lieu en tant que tel, ailleurs que dans l’espace, avant le temps, Gaïa/Lilith/Breched/Cybèle/Amaterasu/Isis a entendu mon appel silencieux, ma supplique muette et inconsciente. Rhiannon/Atropos/Ève/Freyja/Kali/Coatlicue/Ishtar entend toujours tout.

 

Je crois que je m’endors.

Ou peux être pas.

Peu importe.


Elle s’appelle Allison. Ou peut-être pas. Peu importe. Elle a des mèches roses, j’adore ça. Dans la vraie vie, on ne se connait pas, on s’est juste croisé au hasard de fora internet, d’invitation facebook, ce genre. Mon rêve invente un prétexte. On ne s’est pas vu depuis nos cinq ans. Elle a déménagé en Nouvelle-Zélande à cette époque. Elle est venue exprès pour mon anniversaire, comme par hasard, elle a gardé contact avec une amie proche. La suite du 56ème étage se remplit d’amis. Je trouve qu’elle a des faux airs de Kate Moss. Nous nous isolons dans le dressing. Je lui fait l’amour comme on ouvre un cadeau inattendu, en prenant mon temps, juste parce que le déballage est plus important que la découverte du présent. L’acte est plus important que l’orgasme. Ma langue suit la ligne de ses côtes. Ses seins sont petits, ses jambes sont maigres mais musclées et me contraignent à des va-et-vient d’amplitudes modérée. Tout ceci est finalement très doux, empli d’une réelle sauvagerie, mais contenue dans les replis d’une tension contrôlée, canalisée, intense.

Dans les bras l’un de l’autre, allongé sur les vestes et les blousons éparpillés, à demi-nus, mon rêve nous impose le silence. Nous impose la réalité, l’éloignement géographique. Il me rappelle ce que ferait mon moi éveillé. Il la repousserait. Acquiescerait quant à la possibilité de nos deux âmes de pouvoir réellement s’accorder, s’aimer, ou du moins essayer. Ça se tente. Puis il trouverait une occasion de fuir, pour ne pas souffrir plus tard. Là, en l’occurrence ce serait les kilomètres. Elle serait bien forcée d’être d’accord. Il y aurait de la tristesse, quelques larmes peut-être. Puis il y aurait une dernière étreinte.


Un futur hypothétique hautement improbable s’éteint. La suite se vide de ma fête d’anniversaire. Les verres de punch et les canettes de bière disparaissent. Je me retourne dans mon sommeil. Ou alors, je le cherche encore en fixant le plafond. Je ne sais pas trop.


Elle s’appelle Marie. Ou peut-être pas. Peu importe. Nous avons couché ensemble la semaine dernière, après plusieurs mois, voire plusieurs années, à vaguement nous tourner autour en nous demandant si c’était réellement une bonne idée. Je pense que nous sommes tous les deux conscients de la capacité de nos deux esprits à se faire potentiellement du mal. À la fois trop semblables et trop différents pour que ce ne soit que du sexe, mais aussi pour que ça puisse marcher autrement, pourtant. Elle est là, je vois son visage, si beau dans l’extase, essoufflée, hors d’elle. Moi-même, je suis ailleurs. Je revis en rêve ce moment du passé récent, et pourtant, c’est à la fois identique et différent. J’ai la passion au bord des lèvres, j’ai la conscience d’une magnifique erreur qui me vrille le sang. J’ai la satisfaction de vivre, j’ai la douleur de l’impossible assouvissement d’en vouloir plus. J’ai le soulagement et le regret que ça arrive enfin qui transpirent par les pores de ma peau quand elle l’embrasse.

Je suis du genre à parfois préférer l’attente au résultat, le désir à l’assouvissement. Parfois, un fantasme devrait le rester. Pourtant, l’appel du corps de Marie se fait encore entendre, car une fois, mon esprit s’est dissout dans le sien, et cet oubli fut le seul moment d’apaisement que j’ai connu ces derniers mois. C’est sans doute dangereux. C’est sans doute stupide. C’est sans doute l’appel du vide. Ishtar se manifeste par tous les moyen qu’elle peut trouver.


J’étreins l’oreiller comme si c’était un corps. Mon dos a chassé la couette, et j’ai un frisson. Je me retourne encore.


Elle s’appelle… peu importe. Nous sommes autour d’un feu, dans une clairière, sous la lune. La lumière joue sur son corps nu et y dessine des arabesques compliquées qui accentuent la perfection de ses seins, l’intensité de son regard. Elle danse, frénétique, possédée. Le feu et elle semblent frère et sœur. Ombres et clartés se croisent, dansent, s’attirent et se repoussent. Je la connais assez pour savoir que son esprit fonctionne de la même façon. C’est un être lumineux en proie à des ombres tenaces, un animal ténébreux qui éclaire de sa présence la vie de ceux qu’elle croise. Son corps se divise, se dédouble, et deux jumelles avides se jettent sur moi, primitives, affamées, conquérantes. C’est autant un combat que du sexe, autant une guerre que de l’amour. Et il y en a beaucoup, de l’amour. Elles sont deux, la Lumineuse, la Ténébreuse, mais tout autant Une et Indivisible, complémentaires, indissociables. Je fais l’amour à deux corps, mais à une seule femme. À LA femme. Dans le monde de veille, c’est quelque chose qu’elle n’avais jamais totalement compris. Je la prenais toute entière. J’aimais autant la guerrière conquérante que la fille perdue. D’ailleurs je l’aime encore. Elle(s) gémi(ssen)t des ordres, des suppliques. Elle(s) sa(i)(ven)t ce qu’elle(s) veu(len)t. Et nous voulons la même chose. C’est brutal et tendre, c’est une danse ancienne comme le monde, la plus belle de toutes.

Elle(s) me laisse(nt) épuisé quand les braises meurent et les cendres s’envolent. Elle(s) rejoi(g)n(en)t la Lune en un ballet d’argent, un rayon de cendres leur pavant le chemin. Je finis par m’endormir.


Je finis par me réveiller dans mon appart. Le radio-réveil dit qu’il est onze heure. Il me semble sentir sur moi les odeurs de trois femmes distinctes. Puis les rêves s’éloignent, les impressions s’obscurcissent, les images se brouillent. Les larmes d’anges se sont diluées dans le sommeil. Ne restent que ce vague sentiment de tristesse mal compris et cette sensation de vide entre mes bras.

Le bonheur n’est pas qu’un flingue chaud.

22 avril 2011

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Ol’ Man Sid


Il inspira une longue bouffée et la recracha lentement. Ses idées profitèrent de ces quelques instants pour se mettre en ordre d’elles-mêmes. Il se mit à parler après avoir délicatement déposé les premières cendres dans la canette prévue à cet effet.


« Non, tu fais erreur. Ce n’est pas que le bonheur n’existe pas. Je sais qu’il est tentant de ne le considérer uniquement que comme une illusion inatteignable, ou tout du moins comme un état de conscience fugace qui s’opposerait à une sorte de tension perpétuelle, une forme de pause danse la lutte vitale. Mais, comme tous les sujets réellement importants, c’est, à mon sens, beaucoup plus compliqué que ça.


Considère un fait simple. La plupart des gens ne sont pas heureux. C’est pour ça qu’ils tombent dans les erreurs que je viens d’expliquer. Ils se construisent une idée du bonheur, cherchent à l’atteindre, et échouent immanquablement. Ou alors, ils se persuadent y être parvenus, ce qui est pire, mais passons. Toi qui écris, tu m’as dit un jour que quand tu traversais des périodes de relatif bonheur, tu délaissais la plume, que tu ne trouvais plus en toi suffisamment de matière pour noircir le papier. Là, on touche du doigt un principe fondamental. Le refus de la plupart d’entre nous d’être heureux. Ou la peur de l’être, ce qui, j’en ai peur, revient au même. C’est quoi le problème ? Trouves-tu en toi trop de noirceur en écrivant pour oser l’affronter quand par exemple une femme s’introduit dans ta vie ? L’introspection littéraire révèle-t-elle trop de toi pour que tu te sentes autorisé à l’imposer à quelqu’un qui partagerait ta vie ? Parce que, bon, ce que tu trouves dans l’écriture, ce qui t’y fait du bien, ce qui t’y rend heureux, n’est pas forcément incompatible avec d’autres sources de bonheur. Après, je conçois que c’est un état de fait. Tu n’arrives plus à écrire, point barre. Mais ne rends pas ton bonheur responsable de ça. N’en rends pas l’Autre responsable non plus.


Le bonheur existe, je t’assure. Il ne se cache simplement pas là où les gens le cherche. Il est en embuscade derrière de minuscules révélations quotidiennes. Il ne faut pas chercher à l’obtenir, il ne faut pas chercher à le saisir, il ne faut que le vivre. Priorise tes intérêts et tout deviendra plus clair. Pas limpide, mais tu auras alors une idée de ce que tu veux. Les gens sont beaucoup trop stressés, ils en oublie que tout ce qui importe vraiment leur échappera toujours. Le sens final de tout ça, c’est qu’il n’y en a pas. Ton bonheur, tu te le construit tous les jours si tu t’en donnes la peine. Écris, aime, baise, bois, mange. Fais ce que tu aimes, aime ce que tu fais. Ne refuse ni le meilleur, ni le pire. Accepte le monde. Accepte-toi. Quand tu y seras parvenu, à t’accepter, tu commenceras peut-être à comprendre ce que je veux dire.


Le bonheur, on l’a tous en nous, et c’est même un grand drame. Une tragédie millénaire. On a tous une idée de ce que c’est, chacun la nôtre. C’est de ne pas pouvoir la partager avec d’autres qui nous rend si seuls. Alors, sors-toi la du crâne, vis, et tu parviendras, peut-être, à enfin être heureux, et, peut-être aussi, qui sait, à ne plus être seul. »


Il se tut et jeta le mégot qui chuta dans la canette jusqu’à se noyer dans le fond de liquide éventé en produisant le son d’un ballon qu’on dégonfle.

Crash-test #2

17 avril 2011

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Krist Morningstar

Les mioches, c’est comme la lèpre. C’est plus rigolo chez les autres.

 

La clairière est plongée dans la nuit. Tous les premiers nés sont réunis. La femme projette son corps nu en une danse frénétique autour du feu. Adam se tient les côtes. Ce qui se passe dans son abdomen le dépasse. Le fruit sur l’arbre attend.

 

Le marin respire et se demande où a bien pu passer la mer. Le cri des mouettes lui manque. Les navires échoués gisant sur le sol boueux ressemblent à des cathédrales après un séisme.

 

Oh ! Un précipice ! Ça tombe bien, ça fait longtemps que je m’étais pas cassé la gueule.

 

Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. On devrait écrire ça dans les services de néonatologie, si seulement les bébés savaient lire.

 

Je mordrais sa peau comme un fruit d’été longtemps désiré quand l’hiver mangea les mois d’ordinaire dévolus au printemps.

 

Je l’imagine toujours en prêtresse d’Ishtar, incendiant les carcasses mâles d’un simple regard.

 

Parfois, mon plus grand désir serait de simplement m’étendre sous un frêne un jour de soleil et de laisser Yggdrasil me raconter le printemps.

 

« It’s OK if I can watch.

Everything went black.

It’s OK if I can stay with you for a while.

It doesn’t matter anymore,

The game is over,

We both know what’s the score.

It’s over when we decide it is…

Stuck in here together now…

Testosterone kills. »

 

Donc ça doit aller avec le dimanche, je vois que ça.

 

Elle écrasa mal sa cigarette à demie fumée qui continua à se consumer péniblement dans le cendrier et se tourna vers son amie :

« Il faut que tu comprennes, ce mec, Dieu le fout sur mon chemin à des moments bien précis de ma vie, à des croisements. Il doit un peu être le diable, pour se retrouver systématiquement à des carrefours de ma vie. Il est systématiquement un piège séduisant, une tentation dangereuse. Et toi, t’es arrivée au milieu de tout ça, et t’as foutu ton grain de sel dans un merdier qui te regarde absolument pas. T’as compliqué un bordel qui l’était déjà bien assez. Je sais bien que t’en avais pas l’intention, mais tu l’as fait. Bon, maintenant, c’est fait, et puis, j’ai ma part de responsabilités. Je crois qu’il va falloir que je me résigne à passer une nuit avec lui. Au moins, ce sera fait. Et puis, ça fait des années que j’en ai envie. »

 

Si j’avais vécu au XIXème siècle, ouais, il y a de grande chance que j’ai fini par mourir de la tuberculose ou de la syphilis. J’aurais préféré la syphilis, à tout prendre.

 

Homme, 30 ans, en relative bonne santé physique (analyse de sang récente sur demande disponible), non fumeur, 180 cm, 75 kg, propose son corps pour chef-cuisinier avant-gardiste aimant les expériences inédites, sous réserve que l’abattage se fasse sans douleur. Écrire au journal.

 

Mouais. Ça m’a quand même l’air d’un sacré piège à cons.

 

Sans déconner, mais ils ont rien d’autre à foutre de leurs minables petites vies de gamins pathétiques, à part se foutre sur la gueule pour des raisons aussi ridicules ?

 

Le vieillard borgne reposa bruyamment sa choppe sur la table de bois brut.

 

Ce fut encore une journée parfaite pour perdre son temps.

Divagations nocturnes (Alone in the dark)

16 avril 2011

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Demian S. Coyote

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C’est une sorte de fatigue qui ne saisit pas le corps. C’est un genre d’engourdissement de la raison. « Quand le ciel bas et lourd… », c’est exactement ça. Qu’as-tu fait de ta journée, petit être ? Où en es-tu de tes aspirations ? Qu’as tu fait pour que le réel soit à la hauteur de tes espérances ? Parfois, il vaut mieux dormir…


Les ruelles argentées de la Cité m’attendront, ce soir, le sommeil me paraît trop éloigné encore. J’attendrai qu’il vienne pour retourner flâner dans la grand-rue pavée d’étoiles qui mène au palais d’Obéron, m’arrêtant à l’étal improbable du marchand obèse au teint de cuivre venu des îles de Mü, ou au comptoir de l’auberge de l’ange Raphaël, qui se trouve dans toutes les villes et villages des mondes connus. J’y boirai un de ses cocktails maison, peut-être celui à base d’absinthe et de lait d’Hésat, en écoutant l’album que Tori Amos a oublié avoir composé. Mais ce sera pour plus tard. Plus tard, je retournerai perdre une nuit à parler philosophie et religion avec le vieux Myrddyn en regardant le monde dans sa salle aux milles écrans. Plus tard, guidé par une araignée mécanique, je me risquerai dans les détours et les impasses du vieux quartier, où j’achèterai des larmes d’ange à un kitsune de ma connaissance. Plus tard, j’irai dans les étages aseptisés de la ziggourat pour y voir les créatures sans visages se jeter dans le vide et écraser leur noirs corps chitineux sur les terrasses en contrebas.


Mais ce soir, cette nuit, je suis trop fatigué pour dormir.


J’ai encore merdé. Je sais pas exactement en quoi, mais j’ai encore merdé. J’ai peut-être un sens de l’éthique trop développé pour la société moderne. Et puis, ce n’est pas parce que je me l’impose à moi-même que ça m’autorise à l’imposer aux autres. Surtout quand ces « autres » ne sont pas au courant qu’ils sont en train de violer une de MES règles morales. Bref. À part m’exiler au Groenland, je vois pas trop quoi faire.


Le troll est sorti. C’est un troll à l’ancienne, du genre à prendre soin de la maison, une sorte d’esprit du foyer, mais doté de la capacité de péter les deux jambes des importuns. Très pratique. Au moins, maintenant, me voilà seul. En même temps, seul, je le suis en permanence. La solitude, vaste débat ! Il y a celle qu’on subit, celle qu’on choisit. Il y a celle qu’on recherche, et celle qu’on trouve. Je crois, finalement, que ça tient à ça. On nait seul, on passe sa vie à essayer de trouver quelqu’un qui puisse partager cette solitude, puis on meurt seul. Peu importe la taille de notre famille, la solidité des liens amicaux, le nombre de personne à votre enterrement. On est toujours seul. Surtout la nuit. La plupart des êtres humain passe leur temps à essayer de nier cette solitude fondamentale, alors que l’accepter, même si ça peut être étrangement douloureux, finit par procurer un dérangeant sentiment de repos de l’âme. C’est comme ça qu’on se retrouve un vendredi soir, épuisé, incapable de dormir, incapable de supporter ne serait-ce que l’idée d’aller voir du monde et par écouter du Mogwai, du Sonic Youth et du Radiohead en écrivant d’un trait un texte sans queue ni tête.


J’avais toujours le flacon dans la main ce matin en me réveillant. Un contenant simple, sans fioritures, contenant juste assez de liquide pour remplir un shooter. On raconte que les anges de la Cité ont commencé à vendre leur larmes quand ils comprirent qu’ils avaient autant, voire plus, déchu que leur collègues du début des temps. Et donc il pleurèrent. Qui le premier eut l’idée de boire ce liquide, cela s’est perdu dans les péripéties qu’il arrive aux histoires racontées trop souvent. Mais cela importe peu. On peut boire, inhaler, s’injecter, et que sait-je encore, les larmes d’anges. Je n’essaierai même pas de vous en décrire les effets. C’est rigoureusement impossible. Elles doivent porter en elles le souvenir des Cieux, la raison pour laquelle elles ont été versées. Je sens encore le goût du sel. Mais pas ce soir. Ce soir, je me dois de tirer profit de mon malaise. Je les boirai plus tard, malgré l’appel cristallin insistant du flacon posé sur la tour de mon PC.


L’important, c’est de ne pas perdre pied. C’est savoir reconnaître que ça déconne, et donc abandonner la lutte, provisoirement, pour s’y remettre plus tard. Fuir pour combattre un autre jour, disaient les vikings. Il faut savoir quand se battre, et savoir quand fuir. Parfois, le moment n’est juste, ni à l’un, ni à l’autre. Ce sont ces moment-là qui contiennent, peut-être, la plus pure des promesses de rédemption, car la confusion inhérente à leur existence distille dans les esprit ce qui fait d’un homme un être humain. Ce soir, me battre aurait été de me forcer à sortir, à afficher un masque social et à subir la présence de mes contemporains. Qui sait, j’aurais peut-être même pu finir par passer une bonne soirée ? Fuir aurait consisté à avaler le flacon de larmes d’ange. Mais là, dans cet entre-deux sublime, dans ce brouillard glacé, dans la pénombre de mes doutes et de mes connaissances intimes, de mes angoisses et de mes victoires, de mes questions et de mes réponses, je sais. Rien de constructif ne naitra cette nuit. Rien de destructeur non plus. Je flotte comme une brindille dans un fleuve sans rive.

Strip – Un peu d’humour ne fait pas de mal…

14 avril 2011

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Strip créé à partir de stripgenerator

Écologie du trentenaire alternatif désespéré

13 avril 2011

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Le trentenaire alternatif désespéré… Que voilà un beau sujet d’étude. Commençons donc par le début (c’est mieux, ça évite les digressions oiseuses en milieu de phrase. Notez, j’apprécie les digressions oiseuses en milieu de phrase. Mais ça a tendance à perdre le lecteur. Hors, il me déplairait de perdre le lecteur. Surtout à ce stade prématuré de mon exposé. Mais j’aime les digressions oiseuses. C’est dit.) Commençons donc par le début, disais-je, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même.


Il ne sera pas ici question du trentenaire désenchanté-bobo-parisien mis en lumière récemment par les média, ne serait-ce que parce que, c’est bien connu, Paname est le centre du monde civilisé. D’autres en ont parlé mieux que moi, par exemple Xavier de Moulins et Nicolas Rey, dans deux excellents romans ( respectivement « Un coup à prendre » et « Un léger passage à vide ») que je n’ai pas lu parce que je ne suis ni parisien, ni bobo, bien que trentenaire, je vous l’accorde, mais je ne leur rends peut-être pas justice, je sais, c’est mal, les préjugés. D’autant plus qu’ils sont tous les deux parus chez Le Diable Vauvert, ce qui est une preuve de qualité, et je ne dis pas ça uniquement parce que je n’ai pas encore perdu tout espoir de leur soumettre un jour un manuscrit. Non, pas uniquement.


Non, il sera ici question du trentenaire alternatif désespéré à tendance provinciale, voire franchement rurale par moment. Ça tombe bien, j’en ai justement un sous la main.


Taxonomie et étymologie


Selon de savants calculs, le trentenaire aurait dans les environs de trente ans. À une vache près, c’est pas une science exacte. Ce qui semblerait vouloir dire qu’il soit né aux alentours de 1980. Si, si, je vous assure. Une réflexion rapide nous permet donc à deux constats édifiants. 1 : il a grandit avec le club Dorothée. Goldorak était son pote, il faisait des kaméhaméha devant la glace et il regardait Candy en cachette pour pas se faire casser la gueule à l’école. 2 : Pile à l’adolescence, quand il a commencé à s’intéresser à la musique, Kurt Cobain nous à lâché. Ce qui lui a laissé le choix entre le néo-métal, le punk à roulette, le déluge reggae-ska-festif de l’époque, les rave-parties et la Grande Découverte du Rap. C’est quand même pas de pot. (Je rappelle à toutes fins utiles qu’il y a « alternatif » dans la dénomination de cet animal étrange. Sinon, c’est vrai, il lui restait Céline Dion et/ou 2Unlimited.)


Ça, c’était donc pour le côté alternatif. Voyons à présent le côté désespéré. On peut difficilement trouver une origine unique sinon à ce désespoir, du moins de ce désenchantement. On va faire comme si la société/les parents/les profs/Hollywood/les sitcoms AB (rayez-les-mentions-inutiles-et-rajoutez-celles-que-vous-voulez) avaient trop promis à ces jeunes crétins pauvres petites choses sensibles et que la dure réalité de l’âge adulte les avaient irrémédiablement broyés entre les mâchoires de la désillusion sociale et des impossibles romances disneyiennes.


En résumé, quand il était petit, le trentenaire alternatif désespéré voulait être Chateaubriand ou rien. Ça a peut-être réussi à une poignée, genre ceux qui sont devenus Victor Hugo, mais l’écrasante majorité est quand même devenu rien, justement. C’est ballot.


Généralités


Le trentenaire alternatif désespéré se subdivise en différentes sous-espèces qu’il serait trop longues d’énumérer ici. Citons simplement les plus connues : le geek (yeux injectés de sang, cornes sous les doigts, t-shirt Punisher), le métalleux (cheveux longs, perfecto, t-shirt Carpathian Forest), le keupon (rangers, canette de kro, t-shirt Crass), le babos (dreadlocks, veste en laine, paquet d’OCB). À noter que l’espèce dite « grunge », très répandue en des temps reculés semble s’être éteinte au tournant du millénaire avec leurs vingt ans, remplacés dans leur rôle de dépressifs du lycée par les néo-goth, toujours plus glamour, ce qui est toujours ça de gagné.


Il existe bien d’autre sous-catégories, ne vous y trompez pas, on pourrait citer le hipster à lunettes (celui qui écoutait Blur et Suede au lycée) ou le théatreux cinéphage (celui qui s’était inscrit au conservatoire parce qu’on embrassait pour de vrai avec la langue mais que ça n’aidait pas plus que ça à pécho), par exemple. En fait, toutes les catégories de trentenaires auxquelles vous pouvez pensez contiennent en leur sein leur lot de dépressifs. De plus, il est évident que les frontières entre ces différents domaines d’activités sont poreuses et que certains se définissent par plusieurs, voire par de nombreuses de ces petites cases. Mais là, il faut reconnaître, qu’ils cherchent, aussi… Ils pourraient quand même faire des efforts.


Un mythe récurrent rapporte que le trentenaire alternatif désespéré possède un sens de l’hygiène corporelle tout à fait personnel. Alors là, je m’insurge. Bon, il faut reconnaître que c’est vrai pour certains. De même, la rumeur selon laquelle il serait notoirement handicapé administrativement parlant (comment ça, il fallait que je renvoie ce papier à la sécu il y a six mois ?) est largement pas exagérée du tout.


Habitat


N’importe quel studio de 20 mètres carrés suffit au trentenaire alternatif désespéré. Surtout au geek, pour peu qu’il puisse pirater le wi-fi du voisin. Après, il n’a pas trop le choix, le trentenaire alternatif désespéré a souvent poursuivi très (trop) longtemps ses études parce que les bourses, c’est pratique, ce qui le rend bien souvent inapte à toute activité professionnelle productive. Il se rattrape en se faisant passer pour un artiste, comme en écrivant des articles sur les trentenaires alternatifs désespérés, par exemple.


Comme il n’a de trentenaire que l’âge et le nom, l’appartement en question est souvent une projection en trois dimension de son esprit post-adolescent resté bloqué à une époque où le monde et lui étaient plus jeunes et beaux. Étaient plus jeunes, donc. Posters de rock n’roll et affiches de films sur les murs sont donc monnaie courante, ainsi que des images avec des filles peu vêtues dessus (souvent les seules qui acceptent de pénétrer dans ces lieux maudits, d’ailleurs), des cendriers, pleins, des canettes, vides, des cartons de pizzas, vides ou pleins, ça dépend.

Gros plan sur ce à quoi peut ressembler l'habitat d'un trentaltdesep.

Sinon, il peut arriver que les trentenaires alternatifs désespérés (vous aussi, vous en avez marre de tomber sur ces trois mots toutes les deux lignes ?) se rassemblent en petits groupes appelés « collocations » par les ethnologues. C’est parce qu’ils ont souvent vu plus de 62158765156 fois chaque épisode de Friends, et qu’ils espèrent que ce coup-ci, ce sera peut-être à eux d’être le Joey de la bande.

En parlant de sitcom américaine, le trentenaire alternatif désespéré aime souvent « How I met Your Mother », uniquement parce que Ted Mosby est lui-même un trentenaire désespéré, et qu’il est même un tout petit peu alternatif (un type qui craque sur les filles bassistes ne peut pas être foncièrement mauvais.)


Nourriture


Pizzas. Kebabs. Nouilles. Lardons. Burgers. Bières. Surtout bières, en fait.


Reproduction


La bonne blague ! Pourquoi croyiez-vous donc qu’il fût désespéré ?

En fait, on peut diviser le le trenten… (non, sérieux, même moi, j’en ai marre…), le trentaltdesesp (non, en fait c’est pas mieux. Bref.) en deux catégories :

  • Celui qui traverse un désert sentimental, émotionnel et sexuel d’apparence infini, que nous appellerons le coureur de fond, parce qu’il a pas fini d’en chier, le pauvre. Ce type là a en général trop idéalisé la gens féminine dans sa jeunesse et il faudrait vraiment lui dire que si, les filles font caca, aussi.

  • Celui qui finalement se démerde pas si mal avec les femmes, mais qui n’arrive pas à les garder, et que nous appellerons Bob. J’aime bien, comme nom, Bob.

Les deux ont en commun de voir leur potes se caser un par un et de les voir même, pour certains, faire des mômes. Les traitres.


Dernières remarques


Il va de soi que je pourrais vous entretenir encore longtemps de ces entités étranges. Pauvres bêtes… vous en connaissez certainement. Y’en a partout ! Je n’ai pas envie de me lancer dans des explications sociologiques sur les pourquois et les comments de leurs existences, comme je le disais, d’autres l’ont déjà fait, Walt Disney m’a tuer, le complexe du nice guy, la-société-elle-est-méchante-elle-fabrique-des-inadaptés-c’est-quand-même-un-monde-ma-bonne-dame, tout ça, tout ça. Je pourrais. Mais j’ai pas envie. Et si le cœur du schmilblick résidait là-dedans ?


Car il est clair que le trentenaire alternatif désespéré pourrait ne plus l’être, désespéré, s’il s’en donnait les moyen. Mais le veut-il vraiment ?


Le rôle qu’il s’est donné (ou qu’on lui a imposé, peu importe), n’est finalement que celui de repoussoir. Il y en a toujours eu, des repoussoirs. Les sociétés, pour fonctionner, en ont toujours eu besoin. On présente des modèles de réussite, mais également des modèles d’échec. Le cas qui nous occupe ici (le trentenaire alternatif désespéré, pour les deux qui discutent, dans le fond) n’est rien d’autre qu’un modèle d’échec destiné à édifier petits et grands sur le nécessaire formatage des individus. Heureusement qu’il y a des exemples de réussites hors format, tiens. Il y en a même plein.


Mais ce pauvre trentenaire alternatif désespéré est enfermé dans un cercle vicieux, genre, « j’y arriverai jamais, donc je tente rien, donc il se passe rien, donc je déprime, donc j’ai envie que ça change, mais je finis par me dire que j’y arriverai jamais ». Il est une victime de la société de consommation (ce qui, pour quelqu’un qui se veut justement « alternatif » dans un sens ou un autre est quand même un comble !), c’est sûr, mais il s’est fait avoir, elle l’a convaincu qu’il ne pourra pas s’en sortir. Pauvre nouille. Il est surtout une victime de lui-même, du coup.


Sur ce, vous m’excuserez, il faut que j’aille m’auto-botter le cul.

5

11 avril 2011

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Don Nihil Apsarà

 

Je vois les lemmings se précipiter du haut de leur falaise.

Je vois s’étioler les couleurs des photos.

Je vois s’effacer des regards ce qui les rendait beaux.

Je vois une ride de plus chaque jour aux coins des yeux du monde.

Je vois la jeunesse s’enivrer sans savoir pourquoi, croire que c’est ça, vivre, croire que c’est ça, jouir.

Je vois les corps se séparer, les esprits s’ankyloser, les plaies s’ouvrir.

Je vois le sang couler.

Je vois la nuit tomber.


J’entends les cris, la nuit, des ivrognes imbéciles, perdus dans leur brouillards intimes.

J’entends les murmures inquiets que plus personne n’écoute.

J’entends pleurer parfois.

J’entends les râles inutiles d’amants provisoires.

J’entends les affirmations vaines de gens qui n’attendent pas qu’on leur réponde.

J’entends des certitudes là où le doute seul est permis.

J’entends des cœurs battre, mais chacun à son rythme propre.

J’entends tomber la pluie.

J’entends crier chaque sourd : « Mais écoutez-moi donc ! »


Je sens l’odeur du bitume après l’orage.

Je sens le sperme sur des draps sales un dimanche matin.

Je sens la sueur, la bière et le sang sur l’arcade ouverte d’un fêtard imprudent.

Je sens la poudre voler dans l’air.

Je sens sur l’oreiller l’après-rasage d’un inconnu qui est parti avant qu’elle ne s’éveille.

Je sens la pizza froide oubliée dans sa boite sous le canapé.

Je sens le parfum de celle qui est partie sur une écharpe oubliée sur le porte-manteau.

Je sens le cendrier froid.

Je sens l’odeur de renfermé dans une chambre vide.


Je goute le sel des larmes.

Je goute la transpiration de deux corps nus.

Je goute l’oubli dans deux feuilles de papier à cigarette.

Je goute le repos dans mon souffle renvoyé par un drap sur ma bouche.

Je goute une salive chargée de nicotine, et d’autre chose encore.

Je goute l’euphorie pur malt.

Je goute le chaos, le fer, l’hémoglobine.

Je goute une autre peau.

Je mords une autre main.


Je touche une nouvelle cicatrice, gratte la croute.

Je touche du doigt le nœud du problème.

Je touche un front brûlant.

Je touche mais ne caresse ni ne frappe.

Je touche, ou du moins, j’essaie.

Je touche, mais tout s’échappe entre mes doigts.

Je touche et suis mordu, blessé, coupé, brûlé.

Je touche trop de plaies à vif.

Je touche l’eau du bénitier.


Je vois ce qu’il en est.

J’entends mais ne dis rien.

Je sens un parfum connu.

Je goute l’ironie de la situation.

Je touche au but.

Crise de Manque

10 avril 2011

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Par Durf667 (2011).

 

Le cœur est fait pour battre.

Et donc, l’amour est un combat.

 

Il est rangers ou converses, elle, plutôt talons. Il est jeans déchirés et tatouages. Elle est petites jupes et hauts sexys. Il est cuir. Elle est velours.

 

Il tape son nom sur google, juste parce qu’il pense à elle. Il passe sur son facebook, comme ça, pour rien. Il cherche ce dossier caché sur son PC pour revoir ces photos qu’elle lui avait données. Rien de pervers ou de malsain, juste du manque. Comme un junkie qui éclate les mégots dans le cendrier pour se rouler un joint d’occase. Il appelle des amis juste parce qu’il sait qu’elle devait passer les voir dans l’après-midi. Il n’a rien d’autre à faire.

 

Il se raisonne, mais ça ne marche pas. Il l’a fuit de peur de la revoir et le regrette quand c’est trop tard. Il rêve d’elle la nuit. Il pense à elle le jour. Elle est plus présente à son esprit que quand ils étaient ensembles. Il a envie d’elle. Il n’y a plus droit. Sentiment indu d’appartenance.

 

Il paye un verre à une petite au comptoir, juste pour tenter de l’oublier contre le corps d’une autre. Ça marche. Du moins pour quelques heures. Il espère inconsciemment que ça la rendra jalouse. Au pire, l’alcool l’aurait fait s’effondrer avant qu’il ne se souvienne à quel point elle lui manque.

 

Il repense à ce moment précis où tout était encore sauvable, quand il a préféré laisser tout partir en vrille plutôt que de prendre le risque d’essayer que ça marche et d’en souffrir encore plus plus tard. Il s’en veut. Il sait que ça fait partie du travail de deuil. Mais c’est long, un deuil.

 

Il sait qu’il faut qu’il se reprenne. Il sait qu’il faut que ça lui passe. Il n’en a pas envie. Il en a marre de toujours être obligé de faire appel à son cerveau pour gérer des histoires qui ne devraient concerner que le cœur. De temps en temps, les neurones abdiquent, et là, la douleur est d’autant plus vive.

 

Il est cuir, elle est velours. Ils sont tellement différents que ça aurait pu marcher. Ils sont toujours vivants, lui, d’autant plus à présent que tout est foutu. Mais vivant un petit peu, c’est déjà pas si mal.

Rozz

10 avril 2011

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Par Chloe von Fyredörff et Krist Morningstar (2011).

 

Nuit. Hiver. Les radiateurs font un boucan du diable, penser à les purger. La poussière crame sur les ventilos du PC, odeur qui se mêle à celle de la sueur, de la clope et de la tonne et demie de rage enfouie entre mes neurones crasseux. Caresse de la main la cicatrice sur mon épaule, souvenir de connerie adolescente, dépression de chair entre deux lèvres urticantes. Souvenirs. Le froid éthéré de la lame, la chaleur sensuelle de la coupure. Je voudrais tant dormir.

 

Testostérone, internet, sites pornos. Ça ne suffit plus. Frustration. Toutes ces filles se ressemblent, toutes ces bites aussi. Les endorphines semblent s’anesthésier elle-même. Fatigue. Je joue de la pointe de la langue avec les rebords émoussé d’un chicot qui a perdu son plombage. Ferme les yeux. Les rouvre. Un visage inattendu, inespéré, inatteignable a illuminé de sa douceur ovale et de son sourire interdit l’obscurité de mes paupières closes. Je ne veux plus le voir, ce visage. Me relève du fauteuil pour me resservir une vodka.

 

Toujours la même histoire, le même plan. Toujours ce malaise. L’impression que les gens attendent de moi de finir médaille d’or au cent mètres des JO alors que je suis unijambiste. Ça a l’air facile, pour eux, d’être sociable. Ils m’agressent. Je me sens abêti par la stupidité de la plupart de mes congénères. Et je ne vaux pas mieux qu’eux. Je n’ai jamais réussi à me battre. C’est le meilleur moyen d’échouer que le refus du combat. Je suis lâche, et donc je suis seul.

 

Elles finissent toutes par se barrer. C’est devenu une pancarte mentale au-dessus de la tête de toutes les femmes que je rencontre. Elles finissent toutes par se barrer.

 

Du feu dans le crâne, bouche pâteuse. La nuit ne porte pas d’étoiles, ce soir, le ciel promet la neige.

Le sommeil me fait peur, non pas à cause des rêves qui flottent sur les ruisseaux calmes du sommeil, mais des pensées qui le précèdent, engluées dans la torpeur de ce non-éveil qui n’est pas encore le coma négligemment espéré.

 

Les corps lointains de mes anciennes amantes et de celles que je n’aurais jamais se succèdent dans le vide de mes bras glacés, se lovent dans les replis des draps, s’échappent dans un souffle au cœur. L’apnée émotionnelle. La suffocation lente d’un cœur. L’asphyxie. Et toujours et encore ce feu dans mes reins, ce désir lubrique, cet appel de la chair qui envahit et pourrit tout.

 

Clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope. Où est le cendrier ? Vodka. Tuer cette rage, endormir ce manque. Se raccrocher à l’air, retrouver un cheveux sur une vieille chemise pas encore lavée, depuis ce temps. Ongles noirs sur peau blanche. Se livrer au néant pour ne faire plus qu’un avec lui. Annihiler le rêve inaccessible. N’aspirer plus à rien. Se raccrocher au meilleur, et espérer demain.

 

De vieilles photos s’affichent sur l’écran et illuminent la pièce, c’est sa seule lumière. Je repense à cette fille que les hasards amicaux ont mis sur mon chemin. Hasard, mon cul… Il n’y a rien de pire que des amis bien intentionnés. Jolie. Vraiment. Oui, elle m’attire. Oui, ses yeux occupe mon esprit et ma libido blessée. Mais à quoi bon. Elles finissent toutes…

 

On passe sa vie à chercher des réponses, mais seules compte les questions. On à parfois tort d’apporter des réponses, mais on n’a jamais raison de ne pas essayer. Mais j’ai eu trop souvent tort. Je suis fatigué. Laissez-moi dormir. Allez-vous en.

Early Morning Blues

10 avril 2011

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Par Durf667 (2010).

 

Le plus effrayant, ce sont les accès de rage.

Je me réveille à quatre heure et demie du mat’. Pourquoi, j’en sais rien, j’ai du dormir à peine cinq heures. Mais voilà, je me retrouve à fixer le plafond depuis mon pieu, le sommeil est parti je ne sais trop où et je sais qu’il ne reviendra pas. Je me lève pour aller chercher mes clopes qui sont restées dans le salon, en profite pour allumer le PC, et découvre deux belle merdes laissées par Xerxès, le Bull Terrier de mon colloc Alex, sur le parquet de la cuisine. Classe. Pas de trace du colloc. Avec un peu de chance, à cette heure, il doit être dans sa nouvelle copine. Me voilà donc parti dans les rues au petit matin en train de me faire démonter l’épaule par ce con de chien qui pisse à peine de quoi remplir un verre à whisky. Mais l’air de la nuit me fait du bien, l’atmosphère est humide et froide, et en l’absence de qui que soit d’autre dans les rues de la vieille ville (colombage, poutres apparente, rues pavées), les rues m’appartiennent.

Une fois rentré, je relève mes mails (on voit que noël approche, Amazon et CDiscount en sont à la limite du harcèlement), passe sur Facebook voir s’il y a des insomniaques (il y en a, mais je les soupçonne de ne pas s’être encore couché) et y apprends qu’il a neigé dans la nuit. J’en profite pour stalker un peu Vic, ma copine (rien de spécial) et Vassilissa, mon ex qui passe sur le site une fois par année bissextile, mais qui reste à ce jour la personne qui me donne les meilleurs conseils, quel que soit les sujets qu’on aborde. Si seulement elle était capable de s’appliquer à elle même ce qu’elle prêche… Mais je suppose qu’on est tous pareils, sur ce plan-là. Je lance un album de Tegan and Sarah sur Deezer. Ça correspond bien à mon humeur. J’essaie de me caler à la nouvelle que j’ai commencé il y a une éternité, mais rien ne sort, c’est mon problème chronique de manque d’inspiration. Et j’ai toujours cette vieille déprime qui me tient au boyaux de la tête comme un amant qui sent l’amour partir se tient au corps endormi de son élue.

Je me cale au pieu pour essayer de m’occuper la tête avec un bouquin de Poppy Z. Brite, celui où elle parle de son addiction à la Vicodin ES. Comme le docteur House, oui. Puis j’éteins la lumière et essaie de me rendormir. Sans succès. Je me tourne et me retourne sous la couette, agacé par le bruit suintant du radiateur mal purgé. Et c’est là que ça me vient, remontant d’une zone oubliée de mon cerveau, la rage. Gabe est un RMIste professionnel pseudo-artiste de ma connaissance qui a un peu tendance à prendre tout le monde pour un con. Pourquoi j’ai pensé à lui à ce moment, me demandez pas. Mais je me suis distinctement vu lui enfoncer sa petite gueule d’ange des caniveaux dans un lampadaire. Je l’imagine la gueule en sang, les dents par terre. Ça me fait toujours un peu peur, ces crises. Bon, ça dure pas longtemps, mais suffisamment, dans ce cas, pour expulser toute chance de me rendormir. Je me lève en tremblant. Il est six heures.

Café, clopes, Weezer (on va éviter les trucs trop violents ou tristes tout de suite. J’ai besoin de musique légère). J’ai la tête pleine de mes incapacités sociales, de mes inaptitudes à la discipline. Quel espèce d’imbécile peut lâcher son taf pour devenir écrivain passé trente ans ? Moi. Je passe en revue mes handicaps administratifs, je dois des thunes à la CAF, la sécu me croit toujours employé par mon ancienne boite, ce genre. Pourquoi je n’arrive pas à m’investir dans ma relation avec Vic ? Pourquoi je passe mes journées sur Civilization V au lieu d’écrire ? Pourquoi, après presque un an de colloc, mes cartons ne sont-ils pas défait ? Pourquoi je stalke encore Vassi sur Facebook ? Pourquoi je bois autant ? Pourquoi je m’occupe pas de soigner mes dents pourries ? Pourquoi j’arrête pas mes conneries ? Comment on fait, d’ailleurs ?

Xerxès vient de se poser à mes pieds et me regarde de ce regard qui me fait dire qu’il est mignon, mais un tout petit peu con. Ça me fait penser à la vanne récurrente de Vic à mon sujet. « T’es mignon, mais un tout petit keupon ». Elle est géniale, Vic. Presque aussi paumée que moi. Et le meilleur coup que j’ai jamais eu. Et elle encaisse plutôt bien mon côté poête-pouet-pouet-maudit-suicidé-en-sursis-à-deux-balles-de-ta-mère. Mais je me soigne. Je sais pas trop où je vais, mais je suis heureux d’y aller avec elle, le temps que ça durera. Sans elle, je serais un peu comme Xerxès quand ni Alex, ni moi ne sommes là. Comme un chien sans son punk.

Trop de café. Trop de clope. Je gerbe de la bile dans les chiottes. Xerxès regarde sans comprendre, la tête penchée sur le côté. Je pars en quête de la bouteille de coca que j’ai cru voir posée à côté du canapé du salon. Bingo. Le liquide calme un peu le feu stomacal, mais je m’empresse de le vomir également. Au moins, j’ai quelque chose à vomir. C’est déjà ça. La rage revient, mon amante la plus fidèle. Je retourne sur le PC, repasse vite fait sur Facebook. Rien. Je change de son sur Deezer. L’album punk de Slayer. Ma nouvelle en cours est toujours là, en attente sur le bureau. Je la relis, trouve ça pas si mal. Ça parle de super-héros nihilistes. J’essaie d’écrire, et là, ça vient. Je m’y remets. Au moins, j’ai quelque chose à vomir.

Crash-test #1

10 avril 2011

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Demian S. Coyote


 

Le problème, c’est pas les réponses, c’est les questions.


Plus de clopes, dimanche, la flemme de se mettre en quête d’un tabac ouvert. Pas ouvert les volets. Il fait gris, de toutes façons.


Un plan cul ne vaut JAMAIS les emmerdement potentiels qu’il peut t’apporter.


Il est fatigué d’être malheureux. Mais il sait plus comment on fait.


Le jeune homme se réveille enfin et s’aperçoit qu’il possède dans les tréfonds de sa mémoires les souvenirs de quelqu’un d’autre.


Une seule pilule vous manque, et tout est dépeuplé. Stylnox, mon amour. Trois semaines d’insomnie, ça laisse des traces bien gluantes sur les vitres.


L’important, c’est pas « pourquoi ? », c’est « comment ? ».


Pourquoi quand il fait beau toute la semaine, il pleut toujours le dimanche ?


J’ai grave, mais grave, envie de baiser.


La vérité est un leurre. La réalité est malléable. L’amour est un mensonge collectif.


Un ange de métal pleure des larmes incandescentes dans une impasse obscure, derrière la boutique du forgeron. Une araignée mécanique les recueille dans de petites fioles que les junkies de la cités se paient par tous les moyens. Un décret d’Obéron en interdit le commerce, mais la rumeur dit que même Titania est accroc.


La techno moldave, c’est de la merde.


Qu’est-ce que je vais faire de mes lundis soirs maintenant que Top Chef est terminé ?


Si c’était pas la copine de mon pote, je te jure, parce qu’enfin bon, merde, ses nichons, quoi !


J’aime bien, quand mes ongles ont un peu poussé, en enfoncer un juste sous un autre.


C’est moi ou il est con ?


Non en fait, je me disais aussi, j’en ai rien à foutre, en fait.


L’oniromancien la rejoignait toute les nuits, et elle ne comprenait pas pourquoi elle rougissait quand elle le croisait à la machine à café tous les matins.


Y a un cadavre sur le canapé.


Qu’il est con ce chien, qu’il est moche ce bébé.


En principe, quelques temps après la rupture, le danger, c’est quand la testostérone te fait croire que t’as encore des sentiments. C’est une saloperie, la testostérone.


Les loups hurlèrent, ce soir-là, mais personne ne comprit pourquoi.


Un bouquin de Cioran vaut mieux qu’une pathétique lettre de suicide.


Est-ce que les déesses de l’amour déchues dansent vraiment dans les club de strip-tease ?


Je veux bien tout détruire pour tout reconstruire, mais je suis pas très sûr de ma motivation concernant le deuxième aspect de cette proposition.


Encore eût-il fallut que j’eusse l’occasion d’en placer un, de subjonctif !


« Nooooooooooooooon ?

- Si. »


Vous n’avez jamais eu l’impression que Dieu se foutait de votre gueule ?

Le vieillard et la faux

9 avril 2011

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Voici un très vieux texte que j’ai retrouvé dans un carton. Soyez indulgents, c’est une de mes premières tentatives. Et c’est déjà d’une folle gaieté, dis-donc.

 Le vieillard et la faux

Ol’ Man Sid (2000)


C’était la fin d’une journée d’été, une de ces soirées interminables à l’athmosphère chargée de foin coupé et de promesses non tenues, qui ne semblent mourir qu’à la venue des voiles du sommeil au-dessus des membres engourdis des êtres vivants.

 

Je marchais sous les étoiles, qui éclairaient la route rocailleuse sur laquelle des pensées errantes m’avaient conduit. Elles ne semblaient pas m’avoir remarqué. Le repos et l’indifférence, loin des humains et de leurs dysfonctionnements, enfin. Juste le regard désintéressé de Betelgeuse, Antarès et de leurs sœurs aux yeux flottants.

 

Après avoir serpenté apparemment au hasard sur quelques centaines de mètres comme si lui-même ne savait pas où il devait aller, le chemin présentait une longue ligne droite, certitude soudaine et inattendue, et je vis à la sortie du dernier virage un vieil homme qui se reposait sur un rocher, à quelques minutes de marche. La route longeait la lisière d’un petit bois d’où provenaient les cris des animaux nocturnes qui déjà s’éveillaient. Me voyant arriver, l’ancêtre m’accueillit d’un voix étrange, aussi faible qu’un murmure, mais pourtant aussi forte à mes oreilles qu’un vent d’automne.

 

« Bonsoir, jeune homme, accepteriez-vous de m’accompagner dans ma promenade, dès que j’aurais repris mon souffle ? » dit-il en tournant son visage vers moi.

 

Sa peau était parcheminée, ravagée par les ans, et ses yeux éclairaient son sombre visage, semblants avoir vu trop de choses pour une vie humaine. Ses cheveux blancs descendaient en cascade jusqu’à ses épaules, encadrant sa bouche maigre et sa barbe d’ermite. Il était habillé comme un personnage de Daudet, avec un pantalon de velours élimé et une chemise en toile grossière. Pour se lever, il prit appui sur son long outil, jusque là caché par les herbes bleues qui couraient partout alentour. Alors je compris qui était le vieillard. L’outil était une faux, l’aïeul était la mort.

 

Calmement, je lui demandai :  «-  Mon heure est-elle déjà venue ? 

 

- Non. Répondit-il simplement. Parfois, même le plus impitoyable a besoin de parler. »

 

Et nous nous mîmes en route. Il avançait péniblement sur les cailloux du sentier.

 

« - Que pouvez-vous avoir à dire à un simple mortel ? dis-je.

 

- A toi, rien, répondit-il. Ce n’est pas à toi que je veux parler, je veux simplement qu’on m’écoute et qu’on réponde à mes questions. T’en sens-tu capable ? »

 

Que répondre à ça ? Que dire à la mort quand elle vous regarde par-dessus son épaule voûtée en attendant que vous lui parliez ? J’acquiesçai.

 

« - Qu’est-ce que le désespoir ? finit-il par dire après un long silence.

 

- La mort ne sait pas ce qu’est le désespoir ?, répondis-je. C’est pourtant un de vos plus fidèles fournisseurs !

 

- C’est exact, dit-il, mais on ne peut jamais connaître ce que l’on n’a pas d’abord éprouvé.

 

- Le désespoir est la perte de tout désir de vivre, dis-je, c’est la fin de ses illusions, c’est le début de la chute, c’est l’âge adulte de la conscience.

 

- Personne ne peut donc continuer à vivre quand il a compris la véritable nature de l’existence ?

 

- Chacun cherche sa propre raison de vivre, et pour finir, on comprend qu’aucune n’est valable.

 

- Alors pourquoi es-tu toujours en vie ? » dit-il avec un sourire sans joie.

 

Je restais muet à cette question. Comme nos pas nous menaient vers un chemin plus pratiqué, je finis par trouver une réponse :

 

« - Parce que j’ai peur d’avoir raison. Mon but dans la vie est de me prouver que j’ai tort ». L’idée me vint alors que, si la vie était si sordide et vaine, le moindre moment de bonheur valait tout l’or de tous les leprechauns.

 

« - Parce que j’ai encore des fleurs à sentir, du vin à boire et des lèvres à embrasser. »

 

Après un temps de réflexion, le vieillard reprit la parole :

 

« - Depuis que les hommes m’ont créé, ma raison d’être est de prendre leur vie. Je ne sais pas pourquoi je le fais, mais je le fais. Je suis âgé, très âgé, et pourtant, au cours de tous ces millénaires, jamais je ne me suis posé de questions. Jusqu’à récemment. Depuis peu, pourtant, le pourquoi de mes actes me tourmente, et j’ai peur d’avoir trouvé la réponse à cette question.

 

- Et c’est… ? demandais-je.

 

- Tu as répondu toi-même à l’instant. »

 

Au moment où il dit ces mots, il sembla trébucher. Sa faux tomba au sol, la lame dressée vers la lune. Aussi léger qu’une plume, il l’accompagna dans sa chute.

Auto-définition

7 avril 2011

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Don Nihil Apsarà

 

 Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

 

 

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Truth is a myth : A patchwork

5 avril 2011

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Demian S. Coyote et M. Pantomime (2002 / 2006)

 

They arrested her for giving me a kiss / Give me one night then you can die / Tell me something I don’t know /We’re animals after all / I won’t be drinking anymore / I ate the lotus anymay / It blurred my soul and made me wanna go / I’m down with another sad song / You just want more but you can’t / I’m stoned.

 

Hit me now / The crowd doesn’t care / You know I need to kneel / The danger in the dream / It’s not what you did, it’s not what you said / Cause everything you lost was worth the pain / I don’t walk I run, I stumble and fall / The match burnt fast, I can’t control my hand / The ghosts are dancing all around.

 

Now you can nail me / You’re so beautiful when you’re smiling / You come to me and we scream « fuck off » / You can’t refuse the headache / Been done before, been done before / If you were my medecine, I sure would take this pill / I don’t think I can handle the truth alone / So fight and still fight and don’t forget to die / Could I come, if you still want some news ?

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