Et maintenant ?

Posté par Durf667 le 28 avril 2011

Et maintenant, quoi ?


Et maintenant, qui ?


Je l’ai laissée s’échapper comme du sable entre mes doigts. Quand j’y pense, je devrais sans doute mettre cette phrase au pluriel. Je les ai laissées… Ouais, une clope, c’est pas une mauvaise idée.


C’est juste qu’au bout d’un moment, tout être humain doté d’un cerveau normalement fonctionnel et suffisamment opérationnel finit par en venir à des conclusions plutôt nihilistes. C’est pas une posture, c’est un état d’esprit. La condition humaine… J’ai vu la vérité, dit le sage, et elle n’a aucun sens. On se balade dans nos existences étriquées en se disant que toutes les baffes qu’on prend dans la gueule doivent bien servir à quelque chose. Qu’il y a une raison pour qu’on morfle à ce point. La vérité, c’est qu’il n’y en a pas. Relisez Cioran.


Ainsi, donc, voilà.


Tout est absurde. Nous sommes des mouches prises dans du papier collant. Se débattre ne sert à rien. Mais il n’y a que ça à faire, alors, allons-y gaiement. Hosanna, hosanna, et en route pour la joie. Le seul sens qu’il y a à trouver dans tout ce merdier, c’est à nous-même de le lui donner. Histoire de se démerder pour regretter un minimum de choses à la fin du voyage. L’important, c’est pas la destination, c’est le trip.


Comment rendre supportable, l’insupportable ?

Réponse baudelairienne : la défonce, les femmes, la création.

Ouaip. Farpaitement. Ça marche pas trop mal. Le temps du délire. Le temps que ça dure. J’ai parfois l’impression que Dieu a créé l’homme à son image, doué de raison, de la capacité à s’élever au-dessus de sa condition d’asticot juste pour se marrer en le regardant se débattre. Satan, pris de pitié, a créé la drogue, le sexe et le rock n’roll pour qu’on s’emmerde moins. J’ai eu plus d’expériences mystiques contre un corps et une âme aussi perdus que les miens, dans les parfums éthyliques, à l’ombre des ailes d’une symphonie électrique que dans n’importe quel temple.


Et maintenant ?


Maintenant que cet épisode est terminé, quoi ?


L’idée de recommencer tout le bordel m’épuise… Mais il va bien falloir. J’ai pas précisément l’intention de flinguer tout de suite. Pas ce soir, en tout cas.


Je crois que finalement, c’est la fierté, ou l’orgueil, qui fout la merde. L’égo, saloperie ! Regarder l’autre vivre, c’est parfois assez dur… Regarder l’autre souffrir sans toi, c’est pire. Nous voudrions toujours être la cause de toute joie et de toute souffrance chez cet, chez ces autres.


Je m’enivrerai un autre jour. Ce soir, j’ai besoin d’être seul avec ma lucidité, cruelle et froide. Quitte à ressasser des souffrances d’autres temps, des plaisirs d’ailleurs. À quoi tu penses, petit homme ? Ce n’est qu’un perpétuel recommencement. Pourquoi briser des cycles quand ce sont eux qui nous façonnent ?


Il y a de l’espoir. Il y a aussi du vide.

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Discothèque punk idéale subjective et assumée

Posté par Durf667 le 25 avril 2011

Il ne peut en rester que 10

 

Durf667

 

À la demande générale de l’ensemble de mes lectrices se prénommant Laurence et dont le pseudo est Poppy, j’ai présentement l’insigne honneur et l’incommensurable avantage de vous proposer ici une modeste liste comprenant une sélection de ce que j’estime être 10 des meilleurs albums de punk-rock ou assimilé à jamais m’être passé par les oreilles (mais il est vrai que je leur en ai fait subir de belles…)

Il est évident que ça n’engage que moi, mais c’est mon avis, et je le partage, ce qui tombe bien, vu que mon avis est justement celui auquel j’ai le plus communément tendance à me ranger quand on me le demande.

 

Préambule

 

Sont exclus de cette liste des albums et artistes de haute tenue, dont certains que l’auteur tient en très haute estime. Comme il a bien fallu faire un choix, on a choisi arbitrairement de faire débuter le punk en 1975, ce qui nous prive ici, entre autre, des groupes garage des années 60, d’Iggy Pop, du Velvet Underground et du MC5, entre autres. Que leurs noms soient vénérés loués jusqu’à la 56498148748926178148168ème génération. De même, point ici de post-punk, de new-wave, de no-wave, de grunge et leurs amis, point non plus de la frange la plus « cool » du mouvement originel, donc, pas de Talking Heads, de Television ou de Blondie. Et il y a forcément des mises de côté impardonnables. Que les Sex Pistols, Patti Smith, les Dead Boys et tant d’autres me pardonnent (même si je pense qu’ils ‘en foutent).

 

Les grands anciens

 

The Ramones – Ramones (1976)

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Parmi les tout premiers à dégainer, les quatre faux frangins avaient déjà tout compris. 1, 2, 3, 4, et c’est parti, trois accords, c’est presque trop. Tout dans cet album, le premier, tout est déjà là, l’urgence, la fausse stupidité, les mélodies pop noyées dans la saturation hardcore. Imités un milliard de fois, ils n’accédèrent jamais totalement au succès qu’ils méritaient, ne sortant quasiment jamais de leur minuscule van (les groupes français connaissent ça), mais déclenchèrent des vocations partout où ils allèrent. Peut-être le groupe le plus cool de tous les temps.

HEY ! HO ! LET’S GO !

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The Clash – The Clash (1977)

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Ou l’entrée de la politique dans le mouvement. Le Clash donne une certaine parole aux ouvriers et à la jeunesse au chômage de la Grande-Bretagne pré-Thatcher (une des ennemies préférée des punks anglais) et grave sur le vinyle le malaise post-hippy de cette révolution des fleurs qui a échoué. L’ennui et le désespoir sont toujours là, l’Angleterre s’enfonce dans un chaos que ces jeunes punks vont repeindre en lettres fluos et habiller de fringues bondages et de slogans marxistes. Le Clash en profitera pour sortir ensuite certains des meilleurs disques de ce changement de décennie.

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Johnny Thunders & The Heartbreakers – L.A.M.F (1977)

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Un des grands oubliés de l’histoire… Johnny Thunders, déjà présent dès 1972 avec les New-York Dolls, avait pourtant posé les premiers jalons de ce que deviendrait la scène punk. Outrances, provocations, no-future, drogues, sexe, rock n’roll… Représentant la Classe déglinguée à l’état pur, Johnny avait une sale tendance à tout foutre en l’air malgré son talent énorme et ses compositions comptant parmi les meilleures du genre. Le pendant nihilistes et réellement auto-destructeur du punk des origines. Un album de très, très grande classe.

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The Damned – Damned ! Damned ! Damned ! (1977)

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On aurait pu les prendre pour de sales petits imitateurs dess Sex Pistols, si ce n’est que ceux qui eurent le privilège de sortir avant ceux-ci le premier 45 tours punk en Angleterre avaient une sale tendance à savoir jouer. Cet album est un coup de cœur subjectif et personnel, le premier d’un groupe qui, avec Siouxie et ses Banshees, inventera quasiment le rock gothique et la new-wave un peu plus tard, signe ici une petite merveille de sauvagerie incandescente qui n’a pas pris une ride.

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This is Hardcoooooore !

 

Ce fut un crève-cœur de faire une sélection de seulement trois album de hardcore, Oï et/ou street-punk. Que Discharge, Black Flag, Bad Brains et même Bad Religion pour le hardcore mélo, et tant d’autres me pardonnent.

 

Dead Kennedys – Fresh Fruits for Rotten Vegetables (1980)

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Dans les année 80, le mouvement se radicalise. La politique est on ne peut plus présente dans les textes, la musique se veut plus rapide et plus dure. La Californie répond aux starlettes blondasses et aux hippies trentenaires avec Black Flag (L.A., autre excellent groupe) et les Dead Kennedys de San Francisco, dont le chanteur, Jello Biafra, propose de vous emmener en vacances dans le Cambodge de Pol Pot si vous êtes trop bourré pour baiser. Si on met de côté le fait que ce groupe a peut être le meilleur nom jamais trouvé, leur musique préfigure presque, par moment, celle de System of a Down. Sans déconner.

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The Exploited – Punk’s Not Dead (1981)

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Pour des raisons éminemment subjectives et personnelles, j’étais juste obligé de choisir un album de la bande à Wattie Buchan, et j’étais juste obligé de choisir le premier, celui avec les merveilleux et inoubliables « Sex and Violence » et « I believe in Anarchy ». Et puis, il fallait bien dans cette liste un album avec des influences vraiment Oï. (La Oï étant ce style de punk où on a l’impression, arrivé au refrain, que le stade tout entier se met à chanter). Excusez-moi, je pars écraser une larme de nostalgie.

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Minor Threat – Complete Discography (1989)

 

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Minor Threat est peut-être bien le groupe de hardcore ultime… L’histoire du groupe dure trois ans (1980 / 1983), puis Ian McKaye part fonder Fugazi, qui préfigurera toute la scène noise et post-hardcore, justement, à venir. Beaucoup moins bœuf que certains de leur copains, ces new-yorkais posent les jalons du NYxHC et du Straight-Edge (en gros, si on veut détruire le système, ça pourrait être cool qu’on arrête de se détruire nous même à grand coup de drogue et de sexe avec n’importe qui). Un de mes groupes préférés.

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Quelques Français.

 

Bérurier Noir -Même pas mort (2003)

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Alors, évidemment, il fallait un Béru dans cette liste. Si j’ai choisit celui-ci, c’est avant tout pour le DVD de ces concerts (VIVA BERTAGA !) à l’Olympia en 1989 qui voyaient la fin du groupe (et par la même d’une certaine idée de l’alternatif en France) et qui reste une putain de leçon de ce que devrait toujours être le rock n’roll. Et si vous n’avez jamais entendu parler des Bérus, mais qu’est-ce que vous foutez sur ce blog, en fait ?

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Les Shériff – Les 2 doigts dans la prises (1992)

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Encore un live… Encore de la nostalgie… Cet album m’évoque de longue soirées passées avec mon copain Zantar à faire des choses tout sauf intelligentes, alors voilà. Les Shériff, c’est un peu les Ramones du Sud-Ouest. Spéciale dédicace à Manu, batteur des Shériff et chanteur de The Hop-Là, dont j’ai eu l’honneur de faire la première partie avec Dernière Sommation. À la fin, quand il ont repris « Jouer avec le feu », y avait trois trentenaires fous de joie qui sautaient partout devant la scène. En plus Montpellier avait gagné en Ligue 1.

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Et pour finir, c’est étonnant, du subjectif

 

The Distiller – Sing Sing Death House (2002)

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Parce que ça fait plaisir quand le punk californien des années 2000 nous offre autre chose qu’Offspring, Good Charlotte ou Blink 182.

Parce que cet album est putain de bon.

Parce que j’aurai pu choisir Unseen, Anti-Flag ou Rancid.

Parce que Brody Dalle, quoi, bon, RRRRRrrrrRRRRrr, je ne suis qu’un homme.

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Prière à Ishtar

Posté par Durf667 le 24 avril 2011

Don Nihil Apsarà


Les larmes d’anges m’engourdissent entièrement… Je respire l’air comme un liquide… Mon lit m’appelle mais me répugne… J’ai envie d’autre chose.


Ses bras me manquent. Ses bras… À qui je pense, au juste ? Des bras me manquent. La chaleur d’un corps contre le mien. Je ressens l’appel de la chair, l’appel d’un souffle chaud contre ma peau. La solitude est présente et hurle trop fort pour permettre à Morphée de venir sereinement me murmurer à l’oreille une nuit paisible. Mes veines brûlent, demande à se consumer, demandent à bouillonner. Ma peau rêve de déchirures. Mon âme aspire à la dissolution dans celle de quelqu’un d’autre.


Parfois, l’âme et le corps deviennent interchangeables. Quand la solitude de l’un devient trop douloureuse, mon esprit se focalise sur celle de l’autre. L’appel d’une sueur étrangère se fait pressant, pour oublier celui d’une présence réconfortante. Le mythe de l’androgyne, Platon avait-il tort ? Je l’ai toujours cru, j’ai toujours trouvé ça trop naïf… Où es-tu, mon binôme, mon double ? Existes-tu, seulement ?


Ce soir, je veux y croire.


Mon appart est petit, encombré des restes de ma vie, empilés sur le sols, les tables, les étagères. Le lit est dans un coin, mais je le fuis ce soir. Je suis un photon égaré vers un placard. Enfin, d’habitude, c’est un placard. Ce soir, les larmes d’anges l’ont changé en suite présidentielle. La baie vitrée du 56ème étage donne sur les jardins suspendus du palais d’Obéron, éclairés par une armée de pixies noctambules. La Cité s’étend sous mon regard. La chaine stéréo diffuse une musique sombre et éthérée, comme si Dead Can Dance avait enregistré avec le chœur des Valar. La décoration est à mon image, juste assez bordélique pour que la chambre ait l’air vivante, des livres que je suis en train de lire sont posés sur de sobres tables basses en verre, des vêtements que j’ai portés sont abandonnés au pied du lit, simplement recouvert d’une couette froissée aux motifs japonisant.


Loin, là où il n’est pas de lieu en tant que tel, ailleurs que dans l’espace, avant le temps, Gaïa/Lilith/Breched/Cybèle/Amaterasu/Isis a entendu mon appel silencieux, ma supplique muette et inconsciente. Rhiannon/Atropos/Ève/Freyja/Kali/Coatlicue/Ishtar entend toujours tout.

 

Je crois que je m’endors.

Ou peux être pas.

Peu importe.


Elle s’appelle Allison. Ou peut-être pas. Peu importe. Elle a des mèches roses, j’adore ça. Dans la vraie vie, on ne se connait pas, on s’est juste croisé au hasard de fora internet, d’invitation facebook, ce genre. Mon rêve invente un prétexte. On ne s’est pas vu depuis nos cinq ans. Elle a déménagé en Nouvelle-Zélande à cette époque. Elle est venue exprès pour mon anniversaire, comme par hasard, elle a gardé contact avec une amie proche. La suite du 56ème étage se remplit d’amis. Je trouve qu’elle a des faux airs de Kate Moss. Nous nous isolons dans le dressing. Je lui fait l’amour comme on ouvre un cadeau inattendu, en prenant mon temps, juste parce que le déballage est plus important que la découverte du présent. L’acte est plus important que l’orgasme. Ma langue suit la ligne de ses côtes. Ses seins sont petits, ses jambes sont maigres mais musclées et me contraignent à des va-et-vient d’amplitudes modérée. Tout ceci est finalement très doux, empli d’une réelle sauvagerie, mais contenue dans les replis d’une tension contrôlée, canalisée, intense.

Dans les bras l’un de l’autre, allongé sur les vestes et les blousons éparpillés, à demi-nus, mon rêve nous impose le silence. Nous impose la réalité, l’éloignement géographique. Il me rappelle ce que ferait mon moi éveillé. Il la repousserait. Acquiescerait quant à la possibilité de nos deux âmes de pouvoir réellement s’accorder, s’aimer, ou du moins essayer. Ça se tente. Puis il trouverait une occasion de fuir, pour ne pas souffrir plus tard. Là, en l’occurrence ce serait les kilomètres. Elle serait bien forcée d’être d’accord. Il y aurait de la tristesse, quelques larmes peut-être. Puis il y aurait une dernière étreinte.


Un futur hypothétique hautement improbable s’éteint. La suite se vide de ma fête d’anniversaire. Les verres de punch et les canettes de bière disparaissent. Je me retourne dans mon sommeil. Ou alors, je le cherche encore en fixant le plafond. Je ne sais pas trop.


Elle s’appelle Marie. Ou peut-être pas. Peu importe. Nous avons couché ensemble la semaine dernière, après plusieurs mois, voire plusieurs années, à vaguement nous tourner autour en nous demandant si c’était réellement une bonne idée. Je pense que nous sommes tous les deux conscients de la capacité de nos deux esprits à se faire potentiellement du mal. À la fois trop semblables et trop différents pour que ce ne soit que du sexe, mais aussi pour que ça puisse marcher autrement, pourtant. Elle est là, je vois son visage, si beau dans l’extase, essoufflée, hors d’elle. Moi-même, je suis ailleurs. Je revis en rêve ce moment du passé récent, et pourtant, c’est à la fois identique et différent. J’ai la passion au bord des lèvres, j’ai la conscience d’une magnifique erreur qui me vrille le sang. J’ai la satisfaction de vivre, j’ai la douleur de l’impossible assouvissement d’en vouloir plus. J’ai le soulagement et le regret que ça arrive enfin qui transpirent par les pores de ma peau quand elle l’embrasse.

Je suis du genre à parfois préférer l’attente au résultat, le désir à l’assouvissement. Parfois, un fantasme devrait le rester. Pourtant, l’appel du corps de Marie se fait encore entendre, car une fois, mon esprit s’est dissout dans le sien, et cet oubli fut le seul moment d’apaisement que j’ai connu ces derniers mois. C’est sans doute dangereux. C’est sans doute stupide. C’est sans doute l’appel du vide. Ishtar se manifeste par tous les moyen qu’elle peut trouver.


J’étreins l’oreiller comme si c’était un corps. Mon dos a chassé la couette, et j’ai un frisson. Je me retourne encore.


Elle s’appelle… peu importe. Nous sommes autour d’un feu, dans une clairière, sous la lune. La lumière joue sur son corps nu et y dessine des arabesques compliquées qui accentuent la perfection de ses seins, l’intensité de son regard. Elle danse, frénétique, possédée. Le feu et elle semblent frère et sœur. Ombres et clartés se croisent, dansent, s’attirent et se repoussent. Je la connais assez pour savoir que son esprit fonctionne de la même façon. C’est un être lumineux en proie à des ombres tenaces, un animal ténébreux qui éclaire de sa présence la vie de ceux qu’elle croise. Son corps se divise, se dédouble, et deux jumelles avides se jettent sur moi, primitives, affamées, conquérantes. C’est autant un combat que du sexe, autant une guerre que de l’amour. Et il y en a beaucoup, de l’amour. Elles sont deux, la Lumineuse, la Ténébreuse, mais tout autant Une et Indivisible, complémentaires, indissociables. Je fais l’amour à deux corps, mais à une seule femme. À LA femme. Dans le monde de veille, c’est quelque chose qu’elle n’avais jamais totalement compris. Je la prenais toute entière. J’aimais autant la guerrière conquérante que la fille perdue. D’ailleurs je l’aime encore. Elle(s) gémi(ssen)t des ordres, des suppliques. Elle(s) sa(i)(ven)t ce qu’elle(s) veu(len)t. Et nous voulons la même chose. C’est brutal et tendre, c’est une danse ancienne comme le monde, la plus belle de toutes.

Elle(s) me laisse(nt) épuisé quand les braises meurent et les cendres s’envolent. Elle(s) rejoi(g)n(en)t la Lune en un ballet d’argent, un rayon de cendres leur pavant le chemin. Je finis par m’endormir.


Je finis par me réveiller dans mon appart. Le radio-réveil dit qu’il est onze heure. Il me semble sentir sur moi les odeurs de trois femmes distinctes. Puis les rêves s’éloignent, les impressions s’obscurcissent, les images se brouillent. Les larmes d’anges se sont diluées dans le sommeil. Ne restent que ce vague sentiment de tristesse mal compris et cette sensation de vide entre mes bras.

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Le bonheur n’est pas qu’un flingue chaud.

Posté par Durf667 le 22 avril 2011

Ol’ Man Sid


Il inspira une longue bouffée et la recracha lentement. Ses idées profitèrent de ces quelques instants pour se mettre en ordre d’elles-mêmes. Il se mit à parler après avoir délicatement déposé les premières cendres dans la canette prévue à cet effet.


« Non, tu fais erreur. Ce n’est pas que le bonheur n’existe pas. Je sais qu’il est tentant de ne le considérer uniquement que comme une illusion inatteignable, ou tout du moins comme un état de conscience fugace qui s’opposerait à une sorte de tension perpétuelle, une forme de pause danse la lutte vitale. Mais, comme tous les sujets réellement importants, c’est, à mon sens, beaucoup plus compliqué que ça.


Considère un fait simple. La plupart des gens ne sont pas heureux. C’est pour ça qu’ils tombent dans les erreurs que je viens d’expliquer. Ils se construisent une idée du bonheur, cherchent à l’atteindre, et échouent immanquablement. Ou alors, ils se persuadent y être parvenus, ce qui est pire, mais passons. Toi qui écris, tu m’as dit un jour que quand tu traversais des périodes de relatif bonheur, tu délaissais la plume, que tu ne trouvais plus en toi suffisamment de matière pour noircir le papier. Là, on touche du doigt un principe fondamental. Le refus de la plupart d’entre nous d’être heureux. Ou la peur de l’être, ce qui, j’en ai peur, revient au même. C’est quoi le problème ? Trouves-tu en toi trop de noirceur en écrivant pour oser l’affronter quand par exemple une femme s’introduit dans ta vie ? L’introspection littéraire révèle-t-elle trop de toi pour que tu te sentes autorisé à l’imposer à quelqu’un qui partagerait ta vie ? Parce que, bon, ce que tu trouves dans l’écriture, ce qui t’y fait du bien, ce qui t’y rend heureux, n’est pas forcément incompatible avec d’autres sources de bonheur. Après, je conçois que c’est un état de fait. Tu n’arrives plus à écrire, point barre. Mais ne rends pas ton bonheur responsable de ça. N’en rends pas l’Autre responsable non plus.


Le bonheur existe, je t’assure. Il ne se cache simplement pas là où les gens le cherche. Il est en embuscade derrière de minuscules révélations quotidiennes. Il ne faut pas chercher à l’obtenir, il ne faut pas chercher à le saisir, il ne faut que le vivre. Priorise tes intérêts et tout deviendra plus clair. Pas limpide, mais tu auras alors une idée de ce que tu veux. Les gens sont beaucoup trop stressés, ils en oublie que tout ce qui importe vraiment leur échappera toujours. Le sens final de tout ça, c’est qu’il n’y en a pas. Ton bonheur, tu te le construit tous les jours si tu t’en donnes la peine. Écris, aime, baise, bois, mange. Fais ce que tu aimes, aime ce que tu fais. Ne refuse ni le meilleur, ni le pire. Accepte le monde. Accepte-toi. Quand tu y seras parvenu, à t’accepter, tu commenceras peut-être à comprendre ce que je veux dire.


Le bonheur, on l’a tous en nous, et c’est même un grand drame. Une tragédie millénaire. On a tous une idée de ce que c’est, chacun la nôtre. C’est de ne pas pouvoir la partager avec d’autres qui nous rend si seuls. Alors, sors-toi la du crâne, vis, et tu parviendras, peut-être, à enfin être heureux, et, peut-être aussi, qui sait, à ne plus être seul. »


Il se tut et jeta le mégot qui chuta dans la canette jusqu’à se noyer dans le fond de liquide éventé en produisant le son d’un ballon qu’on dégonfle.

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Crash-test #2

Posté par Durf667 le 17 avril 2011

Krist Morningstar

Les mioches, c’est comme la lèpre. C’est plus rigolo chez les autres.

 

La clairière est plongée dans la nuit. Tous les premiers nés sont réunis. La femme projette son corps nu en une danse frénétique autour du feu. Adam se tient les côtes. Ce qui se passe dans son abdomen le dépasse. Le fruit sur l’arbre attend.

 

Le marin respire et se demande où a bien pu passer la mer. Le cri des mouettes lui manque. Les navires échoués gisant sur le sol boueux ressemblent à des cathédrales après un séisme.

 

Oh ! Un précipice ! Ça tombe bien, ça fait longtemps que je m’étais pas cassé la gueule.

 

Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. On devrait écrire ça dans les services de néonatologie, si seulement les bébés savaient lire.

 

Je mordrais sa peau comme un fruit d’été longtemps désiré quand l’hiver mangea les mois d’ordinaire dévolus au printemps.

 

Je l’imagine toujours en prêtresse d’Ishtar, incendiant les carcasses mâles d’un simple regard.

 

Parfois, mon plus grand désir serait de simplement m’étendre sous un frêne un jour de soleil et de laisser Yggdrasil me raconter le printemps.

 

« It’s OK if I can watch.

Everything went black.

It’s OK if I can stay with you for a while.

It doesn’t matter anymore,

The game is over,

We both know what’s the score.

It’s over when we decide it is…

Stuck in here together now…

Testosterone kills. »

 

Donc ça doit aller avec le dimanche, je vois que ça.

 

Elle écrasa mal sa cigarette à demie fumée qui continua à se consumer péniblement dans le cendrier et se tourna vers son amie :

« Il faut que tu comprennes, ce mec, Dieu le fout sur mon chemin à des moments bien précis de ma vie, à des croisements. Il doit un peu être le diable, pour se retrouver systématiquement à des carrefours de ma vie. Il est systématiquement un piège séduisant, une tentation dangereuse. Et toi, t’es arrivée au milieu de tout ça, et t’as foutu ton grain de sel dans un merdier qui te regarde absolument pas. T’as compliqué un bordel qui l’était déjà bien assez. Je sais bien que t’en avais pas l’intention, mais tu l’as fait. Bon, maintenant, c’est fait, et puis, j’ai ma part de responsabilités. Je crois qu’il va falloir que je me résigne à passer une nuit avec lui. Au moins, ce sera fait. Et puis, ça fait des années que j’en ai envie. »

 

Si j’avais vécu au XIXème siècle, ouais, il y a de grande chance que j’ai fini par mourir de la tuberculose ou de la syphilis. J’aurais préféré la syphilis, à tout prendre.

 

Homme, 30 ans, en relative bonne santé physique (analyse de sang récente sur demande disponible), non fumeur, 180 cm, 75 kg, propose son corps pour chef-cuisinier avant-gardiste aimant les expériences inédites, sous réserve que l’abattage se fasse sans douleur. Écrire au journal.

 

Mouais. Ça m’a quand même l’air d’un sacré piège à cons.

 

Sans déconner, mais ils ont rien d’autre à foutre de leurs minables petites vies de gamins pathétiques, à part se foutre sur la gueule pour des raisons aussi ridicules ?

 

Le vieillard borgne reposa bruyamment sa choppe sur la table de bois brut.

 

Ce fut encore une journée parfaite pour perdre son temps.

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