Early Morning Blues

Par Durf667 (2010).

 

Le plus effrayant, ce sont les accès de rage.

Je me réveille à quatre heure et demie du mat’. Pourquoi, j’en sais rien, j’ai du dormir à peine cinq heures. Mais voilà, je me retrouve à fixer le plafond depuis mon pieu, le sommeil est parti je ne sais trop où et je sais qu’il ne reviendra pas. Je me lève pour aller chercher mes clopes qui sont restées dans le salon, en profite pour allumer le PC, et découvre deux belle merdes laissées par Xerxès, le Bull Terrier de mon colloc Alex, sur le parquet de la cuisine. Classe. Pas de trace du colloc. Avec un peu de chance, à cette heure, il doit être dans sa nouvelle copine. Me voilà donc parti dans les rues au petit matin en train de me faire démonter l’épaule par ce con de chien qui pisse à peine de quoi remplir un verre à whisky. Mais l’air de la nuit me fait du bien, l’atmosphère est humide et froide, et en l’absence de qui que soit d’autre dans les rues de la vieille ville (colombage, poutres apparente, rues pavées), les rues m’appartiennent.

Une fois rentré, je relève mes mails (on voit que noël approche, Amazon et CDiscount en sont à la limite du harcèlement), passe sur Facebook voir s’il y a des insomniaques (il y en a, mais je les soupçonne de ne pas s’être encore couché) et y apprends qu’il a neigé dans la nuit. J’en profite pour stalker un peu Vic, ma copine (rien de spécial) et Vassilissa, mon ex qui passe sur le site une fois par année bissextile, mais qui reste à ce jour la personne qui me donne les meilleurs conseils, quel que soit les sujets qu’on aborde. Si seulement elle était capable de s’appliquer à elle même ce qu’elle prêche… Mais je suppose qu’on est tous pareils, sur ce plan-là. Je lance un album de Tegan and Sarah sur Deezer. Ça correspond bien à mon humeur. J’essaie de me caler à la nouvelle que j’ai commencé il y a une éternité, mais rien ne sort, c’est mon problème chronique de manque d’inspiration. Et j’ai toujours cette vieille déprime qui me tient au boyaux de la tête comme un amant qui sent l’amour partir se tient au corps endormi de son élue.

Je me cale au pieu pour essayer de m’occuper la tête avec un bouquin de Poppy Z. Brite, celui où elle parle de son addiction à la Vicodin ES. Comme le docteur House, oui. Puis j’éteins la lumière et essaie de me rendormir. Sans succès. Je me tourne et me retourne sous la couette, agacé par le bruit suintant du radiateur mal purgé. Et c’est là que ça me vient, remontant d’une zone oubliée de mon cerveau, la rage. Gabe est un RMIste professionnel pseudo-artiste de ma connaissance qui a un peu tendance à prendre tout le monde pour un con. Pourquoi j’ai pensé à lui à ce moment, me demandez pas. Mais je me suis distinctement vu lui enfoncer sa petite gueule d’ange des caniveaux dans un lampadaire. Je l’imagine la gueule en sang, les dents par terre. Ça me fait toujours un peu peur, ces crises. Bon, ça dure pas longtemps, mais suffisamment, dans ce cas, pour expulser toute chance de me rendormir. Je me lève en tremblant. Il est six heures.

Café, clopes, Weezer (on va éviter les trucs trop violents ou tristes tout de suite. J’ai besoin de musique légère). J’ai la tête pleine de mes incapacités sociales, de mes inaptitudes à la discipline. Quel espèce d’imbécile peut lâcher son taf pour devenir écrivain passé trente ans ? Moi. Je passe en revue mes handicaps administratifs, je dois des thunes à la CAF, la sécu me croit toujours employé par mon ancienne boite, ce genre. Pourquoi je n’arrive pas à m’investir dans ma relation avec Vic ? Pourquoi je passe mes journées sur Civilization V au lieu d’écrire ? Pourquoi, après presque un an de colloc, mes cartons ne sont-ils pas défait ? Pourquoi je stalke encore Vassi sur Facebook ? Pourquoi je bois autant ? Pourquoi je m’occupe pas de soigner mes dents pourries ? Pourquoi j’arrête pas mes conneries ? Comment on fait, d’ailleurs ?

Xerxès vient de se poser à mes pieds et me regarde de ce regard qui me fait dire qu’il est mignon, mais un tout petit peu con. Ça me fait penser à la vanne récurrente de Vic à mon sujet. « T’es mignon, mais un tout petit keupon ». Elle est géniale, Vic. Presque aussi paumée que moi. Et le meilleur coup que j’ai jamais eu. Et elle encaisse plutôt bien mon côté poête-pouet-pouet-maudit-suicidé-en-sursis-à-deux-balles-de-ta-mère. Mais je me soigne. Je sais pas trop où je vais, mais je suis heureux d’y aller avec elle, le temps que ça durera. Sans elle, je serais un peu comme Xerxès quand ni Alex, ni moi ne sommes là. Comme un chien sans son punk.

Trop de café. Trop de clope. Je gerbe de la bile dans les chiottes. Xerxès regarde sans comprendre, la tête penchée sur le côté. Je pars en quête de la bouteille de coca que j’ai cru voir posée à côté du canapé du salon. Bingo. Le liquide calme un peu le feu stomacal, mais je m’empresse de le vomir également. Au moins, j’ai quelque chose à vomir. C’est déjà ça. La rage revient, mon amante la plus fidèle. Je retourne sur le PC, repasse vite fait sur Facebook. Rien. Je change de son sur Deezer. L’album punk de Slayer. Ma nouvelle en cours est toujours là, en attente sur le bureau. Je la relis, trouve ça pas si mal. Ça parle de super-héros nihilistes. J’essaie d’écrire, et là, ça vient. Je m’y remets. Au moins, j’ai quelque chose à vomir.

À propos de Durf667

Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

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