5

Posté par Durf667 le 11 avril 2011

Don Nihil Apsarà

 

Je vois les lemmings se précipiter du haut de leur falaise.

Je vois s’étioler les couleurs des photos.

Je vois s’effacer des regards ce qui les rendait beaux.

Je vois une ride de plus chaque jour aux coins des yeux du monde.

Je vois la jeunesse s’enivrer sans savoir pourquoi, croire que c’est ça, vivre, croire que c’est ça, jouir.

Je vois les corps se séparer, les esprits s’ankyloser, les plaies s’ouvrir.

Je vois le sang couler.

Je vois la nuit tomber.


J’entends les cris, la nuit, des ivrognes imbéciles, perdus dans leur brouillards intimes.

J’entends les murmures inquiets que plus personne n’écoute.

J’entends pleurer parfois.

J’entends les râles inutiles d’amants provisoires.

J’entends les affirmations vaines de gens qui n’attendent pas qu’on leur réponde.

J’entends des certitudes là où le doute seul est permis.

J’entends des cœurs battre, mais chacun à son rythme propre.

J’entends tomber la pluie.

J’entends crier chaque sourd : « Mais écoutez-moi donc ! »


Je sens l’odeur du bitume après l’orage.

Je sens le sperme sur des draps sales un dimanche matin.

Je sens la sueur, la bière et le sang sur l’arcade ouverte d’un fêtard imprudent.

Je sens la poudre voler dans l’air.

Je sens sur l’oreiller l’après-rasage d’un inconnu qui est parti avant qu’elle ne s’éveille.

Je sens la pizza froide oubliée dans sa boite sous le canapé.

Je sens le parfum de celle qui est partie sur une écharpe oubliée sur le porte-manteau.

Je sens le cendrier froid.

Je sens l’odeur de renfermé dans une chambre vide.


Je goute le sel des larmes.

Je goute la transpiration de deux corps nus.

Je goute l’oubli dans deux feuilles de papier à cigarette.

Je goute le repos dans mon souffle renvoyé par un drap sur ma bouche.

Je goute une salive chargée de nicotine, et d’autre chose encore.

Je goute l’euphorie pur malt.

Je goute le chaos, le fer, l’hémoglobine.

Je goute une autre peau.

Je mords une autre main.


Je touche une nouvelle cicatrice, gratte la croute.

Je touche du doigt le nœud du problème.

Je touche un front brûlant.

Je touche mais ne caresse ni ne frappe.

Je touche, ou du moins, j’essaie.

Je touche, mais tout s’échappe entre mes doigts.

Je touche et suis mordu, blessé, coupé, brûlé.

Je touche trop de plaies à vif.

Je touche l’eau du bénitier.


Je vois ce qu’il en est.

J’entends mais ne dis rien.

Je sens un parfum connu.

Je goute l’ironie de la situation.

Je touche au but.

3 Réponses à “5”

  1. Durf667 dit :

    Parce qu’il faut rendre à Lobop ce qui appartient à César (ou l’inverse), voici le texte qui m’a inspiré l’idée de celui-ci, même si les résultat sont assez différent :
    http://lobop.unblog.fr/2011/04/01/false-birth/

  2. lobop dit :

    je suis très flattée

    Dernière publication sur des bouts de rien : S’il faut du sable

  3. dudule dit :

    oh mon dieu… Une conclusion optimiste et tendre…

Laisser un commentaire

 

lepoetesolidaire |
Mots ecrit pour apaiser les... |
Mes poèmes qui retrace ma vie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le cercle des mots disparus
| vivre et souffrir pour écrire
| histoireentoutgenre