Rorschach, un prologue.

Posté par Durf667 le 12 juillet 2011

Ce texte était à l’origine destiné à « préfacer » un projet de recueil pour l’instant ajournée pour des raisons diverses. Il devait se présenter comme une anthologie de textes écrits par les différents auteurs précataclysmiques membres de l’A.R.P.E.G.E. (d’où la référence au papier et aux arbres). Comme je l’aime bien, ce texte, et qu’en plus il colle plutôt bien avec le contenu de ce blog, le voici, légèrement retravaillé.

 

Rorschach, un prologue.

Par Don Nihil Apsàra.

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Vous qui lisez ceci, arrêtez tout de suite.

Il n’est pas encore trop tard.

De toute façon, quel intérêt trouvez-vous à déchiffrer ces mots, sont-ils si différents que ceux que vous connaissez déjà ? Bien sûr que non, ce sont les mêmes que les milliers d’autres que vous avez lus ou entendus un jour. Ce ne sont que des tâches d’encre, des tests de Rorschach conceptualisés, argumentés.


Qu’y voyez-vous ?


Ce ne sont pas des héros romantiques en quête d’un hypothétique salut. Ce ne sont pas des péripéties passionnantes émaillant le voyage initiatique d’un crétin adolescent. Ce ne sont pas des évocations de sensations, de sentiments, d’émotions. Ce ne sont pas des signes arbitraires agencés selon une procédure précise et codifiée dans un but communicationnel.

Ce sont des tâches d’encre souillant de leurs noires empreintes le blanc immaculé du papier. Et on a tué un arbre pour ça !

Ce ne sont que des ombres qui vous empêchent de voir. La vérité est dans les marges et entre les arabesques. Quels que soient les mots, les idées, les actions que vous y percevez, ce ne sont que des mensonges.


Vous n’avez vraiment rien de mieux à faire ?

Remplir des papiers à renvoyer à la CAF ? Inventer un jeu d’adresse avec un brin de laine et une branche de saule pour votre petit neveu ? Essayer de vous nourrir correctement, pour une fois ?

Vous tenez réellement à lire ceci ?

On a dit que ce n’est pas le spectateur qui fait l’œuvre d’art. Le film existe même s’il n’y a personne pour le regarder. La mélodie se murmure à elle-même dans la folie du vent.

L’histoire a déjà été racontée.


Je n’ai pas besoin de vous.


Alors, plutôt que de perdre votre temps avec moi, partez, partez et remplissez votre vie, allez aborder cette jolie rousse que vous croisez tous les matins à l’arrêt de bus, demandez à un ami de vous aider à dessiner ce nouveau tatouage dont vous parlez depuis si longtemps, finissez enfin le dernier niveau de ce jeu sur la Play qui vous résiste encore.

Mettez un petit Trust à fond sur la chaîne et faites de la air-guitar devant le miroir de la salle de bain.


Vous ne trouverez rien ici pour remplir votre vie. Ça, c’est votre boulot, et ici, c’est de la mienne dont il est question.

Je ne peux rien pour vous. Êtes-vous là pour moi ?

A vrai dire, je ne veux rien de vous, vous m’êtes indifférents. Et vous n’avez rien à faire de moi, c’est vous-même que vous cherchez dans ces lignes. Vous n’y êtes pas. Il n’y a ici qu’une minable petite réalité, mais c’est la mienne.

Ne vous y trompez pas, j’apprécie que vous soyez encore là, à lire mes élucubrations. Ça flatte mon égo. Mais je ne veux rien de vous. C’est nous que nous cherchons dans le regard des autres. J’ai renoncé à creuser dans le jardin des voisins pour trouver les cadavres enterrés dans le mien.

Prenez ça pour ce que c’est : une excavation.


Vous êtes toujours là.


C’est vrai qu’on ralentit, sur l’autoroute, pour mieux voir l’accident.

Si ça peut vous faire plaisir…

Alors…



« Prenez, et buvez en tous,

Ceci est mon sang.

Rien que mon sang, égoïste et ancien,

Versé pour vous

Et pour la multitude

En rémission de MES péchés.

Faîtes le, ou ne le faîtes pas.

De toute façon, je m’en fous. »

 

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