Archive | août 2011

Wendigo

30 août 2011

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J’étais persuadé d’avoir posté de texte ici il y a déjà plusieurs mois, mais je viens de me rendre compte qu’en fait non. Comme je l’aime beaucoup, le voici.

 

 

« Celui qui vénère Râ ne peut qu’être fasciné par Apophis ».

Ian Tombstone, Le Manifeste des Intouchables, 1981.


Confusion. Synesthésie involontaire, désagréable. Douloureuse. C’est un feu glacial qui court dans mes veines, un sommeil conscient qui alourdit mon âme et caresse mes nerfs. Plus vivant que jamais, plus mort que d’habitude. C’est un état subtil, un sentiment amer, une impression obscure, qui se définissent d’abord par ce qu’il ne sont pas. Sevrage. Vide. Absence.


Il existe un froid plus intense que tout ce que le climat peut imposer au corps. Une couche de givre électrique et tenace qui paralyse les neurones, court-circuite les synapses, rend l’âme bleue et vide. Ce n’est pas la solitude. La solitude, ce n’est qu’un aspect de ce néant primordial et innomé, ce sentiment premier qui règne sur l’humanité de façon aussi certaine et absolue que peuvent le faire l’Espoir, le Désir, la Foi et toute leur famille. C’est le grand frère bâtard, mis au ban de la famille, qui poussent les hommes à vivre et à mourir tout autant que les autres, mais qui fonctionne en négatif, qui se définit par l’absence dans un esprit de tout le reste. C’est cet état que vous connaissez bien, quand vous êtes trop fatigué pour même considérer le suicide comme une option éventuelle. Ça vous demanderait trop d’effort.


C’est l’absence d’Espoir et de Désespoir, d’Amour ou de Haine, de Désir ou d’Ascèse, de Foi ou de Sacrilège. C’est la Paresse ultime, l’Absence de tout, le Gel de l’âme.


J’étais pris dans un tel blizzard. J’ai toujours eu une certaine tendance masochiste consistant à me laisser engourdir par la tempête, la tentation de disparaitre dans une bourrasque tout en restant immobile, mais ça ne marche pas comme ça. J’ai beau considérer l’Absence comme le Mal ultime, j’ai beau affirmer préférer que des calamités s’abattent sur moi plutôt que rien du tout, ce Rien m’attire et me fascine. C’est mon plus cher ennemi, ma Némésis ultime, mon désert de glace. Et j’avais tellement froid.


Peu importe la durée de l’hiver, tant que l’été revient.


« Elle » fut moins qu’un été, mais bien plus qu’une flamme. « Elle » fut de ces brasiers dont on fait les bûchers, une tornade inattendue de flammèches innombrables, un torrent de lave en fusion. J’avais eu tellement froid… Quand on a tant subi l’air glacé et tranchant, on ne redoute plus les brûlures. Voire, on les désire, on va à leur devant comme on va au combat, on les étreint, on les embrasse, on les aime. On s’en nourrit, on s’en repait, on se couche sur les braises pour en recevoir les baiser et les caresses. Aujourd’hui, ces brûlures sont tout ce qu’il me reste pour lutter contre l‘air glacé.


Corps contre corps, esprit contre esprit, âme contre âme.

Feu contre feu.


C’est une vieille histoire. Les feux les plus ardents sont ceux qui s’éteignent le plus rapidement. Aujourd’hui, il n’en reste que des braises. Et les cloques cramoisies des brûlures. Mais, au moins, j’ai eu chaud.


J’aimerais, par moment, rallumer ce feu, si je le peux encore. Mais serait-ce souhaitable ? Je n’en sais rien. Vraiment. J’ai moi-même choisi, voyant le feu mourir, de laisser les cendres recouvrir les braises, de laisser les flammes disparaitre dans le vent. C’est mieux ainsi. Nul ne peux de lui-même ni raviver, ni éteindre ce genre de feu. Il vaut mieux les regarder mourir, se frotter les blessures, en être fier et heureux, et verser une larme sur ce qui aurait-pu être.


Mais il m’arrive, parfois, quand le froid me saisit, quand le noir glacé de ma chambre hurle contre « son » absence, quand le rien polaire à mes côtés pleure « sa » chaude présence enfuie, quand la neige se remet à tomber, il m’arrive, disais-je, de rêver que le vent se lève, balayent les cendres et ravive les braises.


Et ensuite, j’ai froid.

Crash-test #6

28 août 2011

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Enfin, l’été est terminé. C’est pas trop tôt.


Il savait qu’il avait un défaut rédhibitoire, à savoir son manque affligeant de confiance en lui-même et ses capacités. Mais mis à part ça, il savait également valoir bien plus que ce type, avec sa belle gueule, ses belles paroles et son sourire de beau gosse de merde.


Demain, il pleut.


La nuit n’a pas de fin. Le jour lutte, mais les volets clos lui interdisent de pénétrer dans la petite chambre en désordre. La poussière danse dans le bâillement d’un rayon pâle.

Livres et cartons s’entassent dans les recoins assombris. Deux mouches se disputent au plafond. L’homme est à son bureau, encombré de papiers, de crayons, de paquets de cigarettes vides et de tasses de café séché. Le visage éclairé par l’écran de l’ordinateur, il fixe d’un regard fiévreux un flacon de délicat cristal.


« Si on suit ton raisonnement, tout ceux qui sont pas né au Darfour ou en Afghanistan ont qu’à fermer leur gueule ?

  • Exactement. »


Elle espérait encore qu’il continuait de temps en temps à passer sur son facebook, sur son blog, à demander de ses nouvelles à leurs amis communs.

Elle espérait qu’il en avait encore quelque choses à foutre.


L’esprit humain est prévisible, analysable, observable. Il est aussi trompeur, tortueux et incompréhensible.


« Mais t’attends quoi d’elle, en fait ?

  • Je sais pas. Peut-être qu’elle se décide enfin à tomber amoureuse, histoire que je sois obligé de passer à autre chose.

  • Mais c’est que tu l’aimes toujours, ou tu veux juste la sauter ?

  • En quoi l’un empêcherait l’autre ?

  • C’est une réponse ça ?

  • On s’en fout des réponses, la vérité imprègne les questions. »


I won’t be drinking anymore…

I won’t be drinking anymore…

I said it once… Said it a thousand times before…

I won’t be drinking anymore…

It’s not a lie,

A drunkard promise,

It’ll just take some time…

Take some time…

Take my hand

And bring me to the end

Of this tears I hate to love.


« Ben tu comprends, pour draguer, j’ai connu mieux. Bonjour mademoiselle, vous faites quoi dans la vie ? Moi, je suis nettoyeur de scène de crime. »


Albrecht était un gnome des plus ordinaires. Il était issu de la branche cadette de la famille Boggan par sa mère, qui avait épousé un épicier de la Cité, bon sujet d’Obéron et épicier dans le souk des jardins suspendus. Il avait d’ailleurs hérité de la boutique de son père, qu’il avait fait prospéré en se spécialisant dans l’approvisionnement de diverses liqueurs, alcools, drogues et psychotropes venus des quatre coins des réalités.


Il était une fois un petit électricien. Son travail consistait à fabriquer des petits interrupteurs sur le cœur des gens quand ils tombaient amoureux. Comme ça, même quand cet amour disparaissait, qu’il fallait le mettre sur off, l’interrupteur était toujours là. À jamais.


Demander de l’aide est tout autant une preuve de faiblesse que de force.


Essaye, essaye, essaye encore, et n’oublie pas de mourir.

 

Encore un pas

26 août 2011

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Le soleil lui tombe sur les épaules comme le sommeil sur les paupières des amants épuisés. La soif le brûle, les cendres emplissent sa gorge. Le sable brulant et les cailloux s’insinuent partout, de ses chaussures usées à ses ongles cassés. Ses pieds sont en sang.

Mais il continue à avancer, malgré la fatigue et la douleur..

S’arrêter, c’est mourir.

Ses articulation lui font un mal de chien. Chaque pas lui coute mille coups de poignard dans les rotules.

Ses larmes sèchent presque instantanément. De toute façon, elles sont trop salées pour être bues.

Son chemin avait été long à travers le désert hostile, il est perdu, il le sait, mais peu importe.

Il faut continuer à avancer.

 

Les oasis et les mirages s’étaient succédé.

Il avait inutilement fait s’évaporer des forces et une énergie précieuse en courant vers des arbres à l’ombre illusoire, des ruisseaux asséchés, des sources taries.

Dans les rares oasis qu’il avait trouvé sur sa route, ses muscles endoloris avaient été massés, sa gorge incandescente apaisée, ses plaies bandées.

Il s’était abandonné dans le courant d’un oued, dans des bras aimants, dans des destinations qui n’étaient pas la sienne.

Toujours, volontairement ou non, il avait dû repartir.

 

Parfois, rarement, il pleuvait. Le temps d’un battement de cils. Alors, il s’allongeait sur le sable et se laissait tout entier submerger par ce bonheur éphémère.

Il sentait le sol autour de lui se gorger d’eau, il voulait s’y fondre, ne faire qu’un avec le liquide. Mais c’était un piège. Il le savait.

Alors, il se remettait debout et reprenait son interminable marche.

 

Il marche.

Encore un pas.

Puis un autre.

Ne pas s’arrêter.

Surtout pas.

Les vautours tournent au dessus de lui, dans le soleil aveuglant, dans l’air sec et coupant.

Mais il marche.

 

Ça fait longtemps qu’il n’avait pas croisé de mirage.

Il en vient presque à les regretter.

Son esprit, tout aussi harassé que son corps, veut du changement.

Autre chose que le bleu oppressant du ciel, que le jaune fade des dunes.

Mais il sait qu’il se ment à lui même.

Il ne peut plus se permettre de se tromper de route.

Même s’il ne sait pas où il va, il a appris à repérer certains des chemins traitres, certaines des illusions attirantes et mortelles.

 

Il marche.

Ne pas s’arrêter.

Continuer.

Laisser la rage remplacer la volonté, s’il le faut.

Encore un pas.

Un caillou de plus pour lui lacérer la plante des pied.

Les tendons à vif.

Marcher.

Encore un pas.

 

Serrer les poings à en saigner.

Serrer les dents, garder la tête haute.

Pleurer pour supporter la douleur.

Tant qu’il a mal, il sait qu’il est vivant.

Apte à se battre.

Capable de continuer à marcher.

Les pieds dans la poussière, mais le regard sur l’horizon.

Les larmes aux yeux, mais les poings serrés.

Encore un pas.

Encore un pas.

Encore un pas.

Rêves et réalités.

25 août 2011

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Il y avait longtemps qu’un rêve ne m’avait tiré du lit en pleine nuit.

Un petit bail, en fait.

Il faut savoir que mes activités oniriques restent en général relativement nébuleuses une fois l’éveil atteint. Je n’en garde que des impressions, des ambiances.

Rien à voir avec les cauchemars qui parfois m’assaillent et me tourmentent.

Ce n’est pas non plus le genre de rêve trop beau pour que le monde de veille n’en paraisse pas gris et vide.

C’était juste un rêve.

Reflets d’aspirations passées et de futurs improbables.

Avertissements muets sur des événements à venir ?

Possible.

Tordu, mais possible.

Il y a des émotions qu’on traine comme un mauvais rhume, comme des sinus malades, comme un foie fatigué.


Les deux types discutent. Ils semblent s’apprécier. Leur conversation porte sur un conflit éventuel qui pourrait les opposer. Ils fuient les mots exacts, comme si verbaliser certaines choses les rendrait réelles.

Comme si les entendre ne leur permettait plus de les ignorer.


La question est : pourquoi j’en ai quelque chose à foutre, de ce qui m’a tiré du lit ?

Es-tu bien sûr que tu ne caches pas la jungle derrière un arbre minuscule ?

Ça doit être ça.

Certaines aspirations humaines ont besoin d’être mises au jour.

Certaines soifs doivent être étanchées, même si un désert doit être traversé.

La raison n’a rien à voir là-dedans.

Mais la raison, dans certain cas, et surtout dans ceux qui ne la regardent pas, est parfois le seul recourt possible.


D’autres amis sont présent. Ils semblent observer un combat à naitre.

Ce n’est pas qu’ils s’en délectent, mais le débat semble intéressant.

Rien n’est dit.

Mais tous savent.


Et donc.

Quoi faire ?

Quand on vit tous les jours en partant du principe qu’on ne se souvient jamais de ses rêves, la moindre réminiscence prend une certaine importance, du moins au niveau du symbolique.

Alors, être réveillé par un rêve ! Pensez donc !

Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que ça ne veut rien dire de plus qu’un rêve m’a tiré du lit.

Peut-être est-ce juste le premier d’une longue série, accompagnant un processus d’évolution que j’ai moi-même engagé.

Peut-être suis-je trop focalisé sur certains aspects de ma vie au détriment des autres, et que je dois y faire quelque chose.

Peut-être que je sais déjà tout et que j’ignore le savoir.

Peut-être est-il juste temps de faire face à la réalité.

Cryptopornographie

21 août 2011

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Il ne fait plus grand chose.

Chaque jour ressemble au précédent. Il n’est plus qu’une feuille de papier au texte illisible que le vent a emporté. Il se prend dans les branches qui le déchirent, il subit la pluie, il est souillé de boue et d’encre noire.

S’il se lève le matin, c’est parce que le sommeil terminé fait place à des méditations morbides que seul le café peut canaliser.

Sinon, il resterait couché.

Les rêves sont douloureux quand l’éveil survient.

Il n’est plus très sûr de penser correctement. Ses agissements le surprennent parfois. Il ne comprend pas tout.

Il est fatigué en permanence. Il se nourrit mal, alors l’énergie lui fait défaut.

Il boit trop.

Il prend des décisions, commence à y travailler, puis abandonne sans s’en rendre compte.

Il se connait trop peu, mais suffisamment pour savoir que les sentiments qu’il ressent sont factices. Il voudrait aimer mais se l’interdit, pour des raisons bonnes et mauvaises. Il s’est piégé lui-même. Effet larsen, le passé récent défonce la porte. Mais ce n’est qu’une tentation mortifère de plus. Il ne veut pas se faire avoir.

Il s’en veut.

Il s’en veut de s’en vouloir.

Il tient le coup.

Pour l’instant.

Il s’est rasé le crâne, ce matin. Ça a quelque chose à voir avec l’idée de pénitence.

Mais il ne sait pas de quoi il se punit.

Ou alors, c’est un complexe du Christ.

Il télécharge beaucoup de porno, en ce moment. Une addiction chasse l’autre.

La clope lui file la gerbe, mais il reste à deux paquets par jour.

Il écoute en boucle Janis Joplin, en ce moment.

Il a mal au bide.

Il n’ose plus demander.

Il n’ose plus appeler.

Il a mal, comme tout le monde.

Il est unique, comme tout le monde.

Il attends.

Encore une semaine.

Tenir une semaine.

Et il demandera.

Réveil

16 août 2011

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Ceci est une tentative d’écriture de sonnet réalisé il y a un peu plus d’un an. J’en ai écrit quelques uns à l’époque, mais le résultat ne s’est pas avéré très probant. Sauf pour celui-ci, que je viens de relire et qu’en fait j’aime bien. Enjoy !

 

Réveil

 

C’était une évidence, une escale, un ancrage

J’en ai rêvé souvent, l’ai vécu d’autant moins

Que le rêve en question, dont j’étais le témoin

Je vis d’autre le vivre et j’en pleurais de rage.


Mais la nuit fut bien courte et le réveil est lent

Mon âme libérée, de retour dans sa cage

Confortable et connue, étriquée et sans âge

Me laisse fatigué, déçu par le présent.


Il est plus difficile de survivre au bonheur

Que de vivre sans lui, mais, malgré tout, la peur

De ne l’avoir connu me paralyse encore


Mes yeux encore froissés par le rêve éveillé

D’un destin enviable, de chemins pavés d’or

Refusent de s’ouvrir pour encore essayer.

Crash-test #5

14 août 2011

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 Entendu tout à l’heure dans Dr. House : « Vous avez du talent. Ne le gâchez pas parce que vous êtes malheureux. »

 

Dans une mégapole cyberpunk, un nettoyeur de scène de crime accroc au porno tombe par hasard sur un implant neuronal générateur de réalité virtuelle décodant l’inconscient de son porteur pour bio-simuler ses fantasmes personnels.

 

De l’influence des réseaux sociaux sur l’évolution des rapports humains, ou : la dépression facebook, mythe ou réalité ?

 

La pièce était remplie de clés, partout. Sur les étagères : des cartons pleins de petites clés brillante. Des trousseaux entier étaient accrochés aux murs. Une douzaine de clés imposantes, en vieux métal noirs, longues de plusieurs centimètres, reposaient dans une corbeille. Des clés jouets en plastique vert et rouge trainaient sur le sol. Et pourtant, à cette pièce, il n’y avait qu’une seule porte.

 

« My lover

My dead-end street

You’re my favorite perversion

My lover

Save my soul

Everyone is waiting for the dawn.

 

Wait for the sun to burn our sins

Wait for some light into this pit.

 

Crucified

Parricide

Now you can nail me down… »

 

Je crois que le mot que tu cherches, c’est stase. C’est pas bon, ça. T’arrêtes d’évoluer, d’apprendre, de vivre. Il faut sortir de cet état de stase. Je crois que le mot que tu cherches, c’est extase.

 

Des trolls feignants, des vampires buveurs de jus de myrtille, des loups-garous bedonnants, des elfes plus fragiles qu’ils ne le pensent.

 

Au bout du compte, dans la pénombre d’une chambre à coucher, tous les corps finissent par se ressembler. Seules les âmes demeurent sensuelles, attirantes, excitantes. L’absence d’âme n’est pas un problème. C’est physiologique. Mécanique.

 

Il s’est endormi sans que personne ne le remarque. En même temps, il a toujours tout fait sans que personne ne remarque rien.

 

« J’ai plus de souvenir que si j’avais mille ans…

  • En même temps, tu AS mille ans.

  • Ah oui, j’oublie tout le temps. »

 

Les masques finissent par émousser les visages qu’ils recouvrent. Certains n’en ont d’ailleurs plus.

 

Je ne sais plus lire.

 

Il était une fois un petit garçon perdu dans la forêt. Ce dont il avait le plus peur, ce n’était pas du loup vicieux tapi dans l’ombre. Ce n’était pas des ombres rampant à travers les feuillages. Ce n’était pas les bruits innombrables, branches cassés, grognements, trépidations. Ce dont il avait le plus peur, c’était du fait même de se savoir égaré.

 

Je n’attends rien. Mais j’espère beaucoup.

Dans l’oeil du cyclone

13 août 2011

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Au centre du cyclone, au cœur de son œil, il n’y a plus de vent.


Les vents de la confusion rugissent. Rien n’est sûr, rien n’est garanti.

Tout est mouvant, en devenir, tout se construit puis pourrit.

La voix d’une femme m’enjoint de ne pas confondre bonheur et plaisir.

Le corps d’une autre échappe à mes doigts mais s’accroche à ma testostérone.

Des bonheurs qui s’imposent, des joies qui m’insupportent.

Une infinité de « moi » potentiels se disputent les uns les autres le droit d’exister.

Rien n’est réel. Tout est vrai.


Une ballade irlandaise résonne. La voix porte en elle mille ans de solitude. La guitare est désaccordée et le violoniste n’est pas très juste, mais qu’importe ?


Des corps tatoués. Des besoins impérieux. Des jeux interdits. Des regrets. Des larmes. Des râles de plaisir. Une femme aux milles visages.


Le signe de Caïn sur son front, es-tu sûr de l’avoir vu ? Parfois, on se trompe. L’erreur est humaine, indispensable, douloureuse.


Gâche tout, gamin, gâche tout et soit en fier. Porte ça comme un drapeau à la gloire de la Grande Inutilité Métaphysique de nos Êtres.


Dans l’œil du cyclone, les images et les sons se déforment. On entends des odeurs, on touche la saveur du café. On goûte l’image des amants enfuis.


Tout arrêter. Recommencer. Reboot. Nettoyage du disque.


Une maison à la campagne se prélasse au soleil comme un lézard géant. Un jardin sauvage descend de la terrasse jusqu’au bord d’un ruisseau. Je lis au soleil, allongé dans un hamac, une canette pas bien loin. Le vent emporte tout.


Quel but ? Avoir un but est arrogance.

Quel plan ? Avoir un plan est puéril.

Quel idéal ? Pour quoi faire ?

Quelle raison ? Il n’y en a pas.


JE trouve un sens. Il n’y a pas d’autre sens que celui que JE trouve. Encore faut-il savoir ce que JE veux en faire.


Et ça bouge, et ça rampe, et ça court. Partout, dans les rues sales comme dans les avenues chics, dans les maisons usées par la pollution, dans les placards, dans les temples.


Certains meurent. D’autres naissent. Certains sont juste en vie. Allez trouver un sens à tout ça !


Au centre de l’ouragan, les visages se succèdent et se mêlent.

Les futurs avortés s’envolent avec les débris de souvenirs perdus, d’histoires non-racontées.

Dans l’œil du cyclone, je ne sais plus rien.

Et c’est reposant.

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