Encore un pas

26 août 2011

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Le soleil lui tombe sur les épaules comme le sommeil sur les paupières des amants épuisés. La soif le brûle, les cendres emplissent sa gorge. Le sable brulant et les cailloux s’insinuent partout, de ses chaussures usées à ses ongles cassés. Ses pieds sont en sang.

Mais il continue à avancer, malgré la fatigue et la douleur..

S’arrêter, c’est mourir.

Ses articulation lui font un mal de chien. Chaque pas lui coute mille coups de poignard dans les rotules.

Ses larmes sèchent presque instantanément. De toute façon, elles sont trop salées pour être bues.

Son chemin avait été long à travers le désert hostile, il est perdu, il le sait, mais peu importe.

Il faut continuer à avancer.

 

Les oasis et les mirages s’étaient succédé.

Il avait inutilement fait s’évaporer des forces et une énergie précieuse en courant vers des arbres à l’ombre illusoire, des ruisseaux asséchés, des sources taries.

Dans les rares oasis qu’il avait trouvé sur sa route, ses muscles endoloris avaient été massés, sa gorge incandescente apaisée, ses plaies bandées.

Il s’était abandonné dans le courant d’un oued, dans des bras aimants, dans des destinations qui n’étaient pas la sienne.

Toujours, volontairement ou non, il avait dû repartir.

 

Parfois, rarement, il pleuvait. Le temps d’un battement de cils. Alors, il s’allongeait sur le sable et se laissait tout entier submerger par ce bonheur éphémère.

Il sentait le sol autour de lui se gorger d’eau, il voulait s’y fondre, ne faire qu’un avec le liquide. Mais c’était un piège. Il le savait.

Alors, il se remettait debout et reprenait son interminable marche.

 

Il marche.

Encore un pas.

Puis un autre.

Ne pas s’arrêter.

Surtout pas.

Les vautours tournent au dessus de lui, dans le soleil aveuglant, dans l’air sec et coupant.

Mais il marche.

 

Ça fait longtemps qu’il n’avait pas croisé de mirage.

Il en vient presque à les regretter.

Son esprit, tout aussi harassé que son corps, veut du changement.

Autre chose que le bleu oppressant du ciel, que le jaune fade des dunes.

Mais il sait qu’il se ment à lui même.

Il ne peut plus se permettre de se tromper de route.

Même s’il ne sait pas où il va, il a appris à repérer certains des chemins traitres, certaines des illusions attirantes et mortelles.

 

Il marche.

Ne pas s’arrêter.

Continuer.

Laisser la rage remplacer la volonté, s’il le faut.

Encore un pas.

Un caillou de plus pour lui lacérer la plante des pied.

Les tendons à vif.

Marcher.

Encore un pas.

 

Serrer les poings à en saigner.

Serrer les dents, garder la tête haute.

Pleurer pour supporter la douleur.

Tant qu’il a mal, il sait qu’il est vivant.

Apte à se battre.

Capable de continuer à marcher.

Les pieds dans la poussière, mais le regard sur l’horizon.

Les larmes aux yeux, mais les poings serrés.

Encore un pas.

Encore un pas.

Encore un pas.

À propos de Durf667

Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

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