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La ballade du loup

Posté par Durf667 le 30 janvier 2012

Accueilli par la nuit, fuyant le Noir
Du dehors, je suis seul, crevé et fou,
Comme toujours. Enfin, je suis mon miroir.
Face à moi, en moi, hors de moi, un loup
À visage d’homme m’enserre le cou
D’une main solide. « Qui crois-tu donc fuir ? »
Me souffle-t-il à l’oreille. « Je veux rire
Encore de mes douces blessures. Mon cœur
Crève d’exploser encore et souffrir.
Je veux sombrer ! Crois-donc en ton malheur ! »

Connaissant mon goût pour le Grand, la Gloire,
Pour les hauts sommets, je tombe à genoux.
« Laisse-moi », lui dis-je, « laisse-moi, ce soir,
Notre combat cesse. Je n’ai plus le goût
De risquer le gouffre en tentant, j’avoue,
D’atteindre les cîmes. » La Bête, un sourire
Méprisant aux lèvres, vient et me soutire,
Un croc dans l’échine, un frisson de peur.
Un instant mon âme se laisse trahir :
« Je veux sombrer ! Crois-donc en ton malheur !

Lui-seul garantit les plus grands espoirs !
Lui-seul crée les sommets, creusant le trou
Où tu t’enterres, il te permet de croire
Que tu peux grimper, triompher, car nous
Forgeons nos grandeurs, acceptant les coups. »
Reprenant mon souffle, je gémis, transpire
« Mais chercher la chute, aspirer au pire… »
Lui dis-je, « La défaite et la sueur
N’assurent pas la victoire. » « Tu prêtes à rire,
Je veux sombrer ! Crois-donc en ton malheur ! »

À toi, le sombre Moi, oui, toi qui tire
En plein cœur, qui tente de me séduire,
Je suis fatigué de fuir le bonheur
Pour une promesse, je ne veux plus dire :
« Je veux sombrer ! Crois-donc en ton malheur ! »

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7 péchés capitaux

Posté par Durf667 le 28 janvier 2012

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Orgueil.
« Putain ! Regardez-moi cette bande de cons… Ce troupeau pathétique de moutons qu’on mène à l’abattoir. C’est vraiment un ramassis d’abrutis… Moi, j’ai tout compris. Moi, je sais. Pourquoi on ne m’écoute pas ? Moi j’ai les réponses. C’est juste que l’humanité est méprisable. J’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui le sais et qui en fais un minimum pour que ça change. Je commence par me changer moi-même. Pour être moins méprisable. Je suis un exemple, bordel ! Mais vous ne voyez rien, n’entendez rien… Bande de cons. »

Avarice.
« Oui ! Je l’ai, ça y est ! Je l’ai ! Il est classe ce smartphone… Bon, j’en ai pas une utilité flagrante, il fait pas grand chose de plus que mon vieil iPhone3. Mais je l’ai ! Il est enfin à moi… Il faut que je fasse gaffe à bien planquer l’iPhone, histoire que mon frère me le pique pas. Quand il a su que j’avais commandé le nouveau, il a osé me demander de le lui filer… Le con ! Il a qu’à s’en payer un lui-même ! Il est à moi, merde, il m’a couté assez cher… Je crois que je vais le planquer dans le placard avec le premier iPad. J’ai reçu le 2 il y a quelques temps. Je m’en sers pas des masses, d’ailleurs. Mais je l’ai.

Envie.
« C’est dégueulasse. Tu les a déjà vu en concert ? Pathétique. Aucune présence. On dirait des porte-manteaux de luxe pour jeans troués et T-shirts crasseux. Aucune classe. Musicalement, c’est pas mieux. D’accord, ils savent jouer. Mais y a aucune émotion dans leur merde. T’as entendu leur démo ? Merde en barre, son pourri, compos à chier. Des solos qui servent à rien, ils s’écoutent jouer. Vraiment, je comprends pas. Tu nous a vu jouer, nous, t’as écouté l’album ? C’est dingue… J’arrive pas à croire qu’ils aient décroché un contrat de trois albums. Ils ont vraiment du guano dans les oreilles, dans ce label. »

Colère.
« FERME TA PUTAIN DE GUEULE, CONNARD ! TU TE PRENDS POUR QUI, POUR QUOI ? POURQUOI TU ME PARLES, T’AS PAS D’AMIS ? JE SUIS PAS TON POTE, ENFOIRÉ, TU VAUX RIEN, DÉGAGE ! DÉGAGE AVANT QUE JE T’ÉCLATE LA GUEULE CONTRE UN MUR ! QUOI ? JE M’EN FOUS QUE TES ARGUMENTS TIENNENT LA ROUTE ! JE M’EN FOUS D’AVOIR TORT ! COMMENT TU OSES ME PARLER ! TU CROIS QUE TU VAUX MIEUX QUE MOI, C’EST ÇA ? RIEN À FOUTRE, CONNARD ! RIEN À FOUTRE ! FERME TA PUTAIN DE GUEULE AVANT QUE JE TE DÉFONCE ! SALE CON… »

Luxure.
« Bon, elle va se décider à dégager, la conasse ? Maintenant que je lui ai fait toutes les saloperies dont j’avais envie, je vois pas ce que je pourrais en tirer de plus. Quoi que je dirais pas nom à une petite pipe. Elle suce pas mal. Et je pourrais la forcer à avaler, cette fois-ci… putain, je rêve… Elle a l’air de vraiment croire que ça m’intéresse, ce qu’elle raconte. Allez, un petit effort. Simulons l’intérêt… J’ai bien envie de cette pipe, finalement. Qu’est-ce qu’elle peut raconter, comme conneries… Rhalala. Idiote. J’ai pas envie de t’écouter, parler, ça crée des liens, et il y a d’autres culs dehors qui n’attendent que ma queue. »

Gourmandise.
« Allez, encore un petit verre… C’est pas sérieux, mais je m’en fous. J’irais gerber tout à l’heure, au pire. Ça fera de la place pour la suite. Putain, que j’aime être bourré ! Allez, cul-sec… Je sens les bulles de la bière éclater et remonter dans la cavité nasale. J’adore ça. Encore un verre. Au point où j’en suis, ça peut plus me faire de mal. Enfin, pas plus que ce que ça m’en a déjà fait… Hé hé ! Putain, je suis bourré… Je kiffe… Chouette ! Le patron m’offre un shooter. Pas besoin de demander ce qu’il y a dedans, on s’en fout. À la tienne, camarade ! Pis sers-moi en donc un demi de plus ! Putain, je vais gerber… Pas grave, ça fera de la place pour la suite. »

Paresse.
« Pourquoi voudriez-vous que je me bouge ? Rien ne sert à rien. À quoi bon se bouger le cul ? Y a aucune chance que ça change quoi que ce soit. Et puis, je suis tellement fatigué… J’en ai marre d’essayer des trucs et d’échouer. Alors, j’essaie plus rien. Je fais de mal à personne. Je préfère rester peinard chez moi, devant la télé, avachi dans mon fauteuil, à bouffer des chips. J’ai encore raté un rendez-vous à Pôle-Emploi, mais j’en ai rien à battre. Pourquoi est-ce qu’on me fout pas la paix. C’est vrai, quoi, je fais pas de mal… Mais non, il faut toujours qu’on vienne m’emmerder. Foutez-moi la paix. »

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Se sortir la merde de la tête, et les doigts du cul

Posté par Durf667 le 23 janvier 2012

Y a des jours, comme ça… Et y a des jours tous les jours…
La révolution commencera sur un malentendu.
Si elle commence jamais.
Polybe : anacyclose.
Monarchie, Tyrannie, Aristocratie, Oligarchie, Démocratie, Ochlocratie.
Commence déjà par la faire dans ta tête, la révolution.

Des réveils comme ça, j’en voudrais plus jamais, ou alors tous les jours.
Envie de s’immoler par le feu devant le Palais Bourbon.
Envie de tirer à vue dans la rue sur les passants. Pour enfin provoquer une réaction.
Envie de se foutre en l’air pour des motifs philosophiques.
Envie de tous vous laisser dans votre merde.

Question : La révolution peut-elle être faite par des misanthropes.
Calculatrice autorisée, vous avez quatre heures.

Quand je serai grand, je veux être ermite, avec l’ADSL.

Les élites ne se rendent même plus compte qu’elles constituent une élite, justement. Elles sont persuadées d’être légitime, et plus intelligentes que les masses qu’elles prétendent représenter. C’est peut-être vrai, d’un point de vue intellectuel et culturel. Mais ce n’est pas une raison. À force d’avoir systématiquement raison, de leur point de vue, leurs idées consanguines ne s’opposent entre elles qu’en apparence.

Tout le monde est persuadé qu’un égoïste, c’est quelqu’un qui pense pas à lui. L’empathie, c’est bon uniquement pour permettre aux autres de se mettre à Ma place. Alors, pourquoi ils le font pas ? Les enculés…

« Indignez-vous »…
Mais c’est nul, l’indignation.
Être indigné, c’est se couvrir la bouche, ravaler un haut-le-coeur et dire « Oh ! C’est pas bien, car c’est mal ! », avant de repartir chez soi pour pas rater le match de foot.
C’est pas s’indigner, qu’il faut faire.
C’est juste un début.
C’est foutre le bordel, qu’il faut faire.
Mais c’est plus risqué.
Ils risqueraient de vous sucrer les APL.

Je voudrais simplement qu’on me laisse la possibilité de ne plus participer à ce merdier qu’on nomme la société. Mais on me laisse pas le choix.

Jusqu’à une époque pas si éloignée, ceux qui étaient radicalement opposé au système tel qu’il se présentait à eux avait toujours une échappatoire : se barrer. Traverser l’Atlantique, traverser l’Amérique jusqu’au pacifique, créer une communauté en Afrique noire, peupler une île déserte et envoyer tout le reste du monde se faire foutre. Le drame du XXème siècle, c’est l’abandon de la conquête spatiale. Les fous, les inadaptés, les rebelles et les paumés n’ont plus nul part où aller.

Il ne veulent pas de lendemains meilleurs, ils veulent un présent confortable, sans danger, et agréable.

Les pieds dans la merde, mais le poing levé.

La révolution ne sera pas télévisée. La révolution n’aura pas lieu tant que le peuple ne se verra pas à nouveau lui-même en tant que peuple. Là, il se voit essentiellement en tant que groupe d’individus distincts et égoïstes.

C’est pour ça, je te le dis, camarade, commence par faire la révolution dans ta tête. Tu verras bien ce qui en sortira ensuite. Le monde risque de rester bien dégueulasse, mais toi, t’auras avancé.

Ils ont essayé de la faire, leur révolution, en 68. Mais maintenant que leur génération est au pouvoir, ils disent, un sourire en coin, « Ah la la, qu’on était cons… »
Ça va, vous vous êtes bien marré ? Parce que nous, vous savez, vos gosses, on a pas tellement envie de rire, maintenant, là, tout de suite.

Se sortir la merde de la tête, et les doigts du cul.

La Rage, camarade, la Rage…

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Crash-test #14

Posté par Durf667 le 19 janvier 2012

Accélère, accélère,
Quitte à rater le virage.

Pourquoi ? Comment ?

Il n’y a pas de sens à ce que vous lisez.
Il n’y a de sens à rien.

J’ai bien peur d’être un peu distrait, ces temps-ci. Les questions sont des leurres, ces temps-ci, là Bête ne rate aucune occasion. Alors, pas de réponse. Carpe Diem, on l’oublie trop souvent, implique un désespoir positif. Rien de pessimiste ou de triste, juste l’absence de toute attente vis à vis de l’avenir.

Des tomates géantes. Des vieux désespérés. Des pesticides.

Il n’a jamais été aussi libre qu’en ce moment. Est-ce que ça ne le rend pas dangereux ? Il a l’arrogance de ceux qui s’en foutent. Il a le sourire du chat du Cheshire. Il a dans les yeux une flamme froide, un regain de désintérêt, une joie combattive. Il est.

Rien.

0 – Le Mat ou Fou.
Matt prend un élan bancal, chancelant sous les effet cumulés de l’alcool, de la chaleur, du manque de nourriture et de l’adrénaline. Il tombe, perdant progressivement pied et l’espace d’une délicieuse seconde, plus rien n’existe. Soudain, le corps de Matt est retenu par d’invisibles forces, matelas de mains qui retienne un corps laissé à l’abandon. Le groupe continue son punk sur trois accords, la carcasse de Matt est soulevée et déplacée par l’énergie suante de la fosse. Elle passe de mains en mains, portée par une masse mouvante d’individualités indifférentes mais attentives. Puis, déséquilibre. La partie supérieure du futur cadavre de Matt est abandonnée, sans force, et le basculement qui s’en suit le sort de la douce torpeur dans laquelle il s’était plongé en sautant de la scène. Matt tend les bras et se raccroche à ce qu’il peut, un bras, une épaule, quelque chose. Une jeune punkette freine la chute en l’attrapant par le bras, ce qui lui arrache une grimace. Sous son T-shirt à manches longues, la peau est encore à vif, lacérée de cicatrices encore fraîches. Souvenir. La veille, soirée morte, rien à faire, personne à voir, solitude. Le baiser du cutter sur l’avant-bras. Une douleur physique pour remplir le vide, pour chasser la langueur mentale. Un petit quelque chose pour chasser le Rien. Matt est en voie de disparition de la surface de la planète, il est de moins en moins important dans la vie de moins en moins de personnes. Mais ce soir, il s’est jeté au milieu d’autres vies que la sienne, noyées dans le bruit des guitares, les vapeurs d’alcool et la fumée de cigarette. On n’est jamais aussi seul qu’au milieu d’une foule. Mais dans cette amas gluant de corps en nages, se balançant, se frottant, se cognant au rythme primitif de la grosse caisse, tout le monde est seul et Matt, s’il vit un peu plus fort que d’habitude, en existe d’autant moins. Ça le repose.

Ils croient vraiment avoir tout compris. C’est désolant.

Profite. Tout peux s’arrêter. Tout peut mourir. En général, tout finit par mourir. Tout n’est rien. Profite.

En vérité, je vous le dit, vive les brocolis.

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M. Pantomime, pièce en un acte

Posté par Durf667 le 16 janvier 2012

par Chloe von Fyredörff (2004). Retravaillé en 2011 par Don Nihil Apsarà.

Personnages :
Le marionnettiste,
La jeune fille,
Le coyote.

Scène : sur un drap blanc (on pourra le taguer, le peindre, prendre un drapeau ou quoi que ce soit qu’on jugera approprié, selon l’instinct du moment) placé en fond, projection sans le son d’images télévisées (reportages, actualités, jeux, etc.) et de films familiaux (vacances, anniversaires, etc.) Un coffre.

1.

Projections.
Le marionnettiste entre avec une chaise et la pose au centre de la scène. Il ouvre le coffre et en sort révérencieusement une marionnette à fils. Elle représente un clochard chevelu et dégingandé. Il la montre au public. Dans l’ombre, le coyote ronge un os.

LE MARIONNETTISTE :
Je… Oui, oui, je suis… Non, je.. Non. Voici, oui ! Voici Monsieur Pantomime.
Il commence à l’actionner.

MONSIEUR PANTOMIME :
Bonsoir mesdames et messieurs, petits et grands, miséreux et bourgeois, vierges et catins, bonsoir, et soyez les bienvenus. Vous a-t-on dit ce qui vous attendait ? Moi ! Tout sera mis en œuvres pour que vous passiez en ma compagnie une soirée divertissante et édifiante.

Une musique retentit, une sorte de valse jouée par un orgue de barbarie fatigué. Monsieur Pantomime commence à danser, avec grâce et délicatesse, puis avec de plus en plus de force et de prouesses physiques à mesure que la musique s’emballe, devenant un tourbillon sonore et chaotique, avant de retomber dans des tempos hypnotiques et atonaux.
Le marionnettiste lâche les fils et Monsieur Pantomime s’effondre de fatigue sur quelques accords de piano. Le coyote, impressionné, observe.

LE COYOTE, admiratif :
Et bien ! Voilà qui mérite des applaudissements ! Il applaudit et trépigne. Mais voyons ce que la suite nous réserve.

Le marionnettiste repousse la marionnette du pied, puis s’assoit sur le coffre. Une jeune fille entre. Le marionnettiste se relève. Il ne la quitte pas des yeux.

2.

La jeune fille s’assoit sur la chaise, puis se relève, gênée. Elle fait une révérence au public.

LA JEUNE FILLE :
Je… Oui, oui, je suis… Non, je.. Non. Elle s’éclaircit la voix. Voilà…

Elle se rassoit. Le marionnettiste, qui ne peut détacher son regard d’elle, s’avance et fait face au public après un dernier coup d’œil vers la jeune fille. La même musique que précédemment redémarre. Le marionnettiste effectue la même chorégraphie que la marionnette dans la première scène. Même projections. Le coyote se roule par terre de rire. Noir. Puis, une lueur. Le coyote se tient devant le coffre. On éclaire son visage, il commence à fouiller à l’intérieur et saisit un objet qui reste dans l’ombre.

LE COYOTE :
C’était… Grand ! Magnifique ! Sublime ! Il place son visage à côté de celui de la fille, joue avec l’objet qu’il a pris en le faisant passer devant les yeux de la fille, qui ne semble rien voir. Ma chère, vraiment !

Projection fugace et quasi-subliminale de quelque chose de désagréable. La fille a le visage en sang. La lumière quitte les deux visages et traverse la scène jusqu’à la marionnette. Puis, noir.

3.

La projection reprend et simule l’intérieur d’un petit appartement. La marionnette est assise sur la chaise. Le coyote est couché dans un coin, une laisse accrochée à un collier qu’il n’avait pas avant. Il a un marqueur dans la main droite et le scalpel dans la gauche. Il se lève de temps en temps et écrit des lieux communs, des slogans des obscénités et des banalités sur le draps, par dessus la projection. Le marionnettiste porte un masque de cire blanche, reproduisant le masque de la tragédie. La jeune fille porte celui de la comédie, mais du sang coule sur son cou. Elle devient de plus en plus faible au cours de la scène.

LE MARIONNETTISTE :
Je sais pas ce que tu veux. Je sais pas ce que je veux non plus, remarque. Rire sans joie. Tu me diras… C’était sensé être différent, hein ? C’était sensé servir à quelque chose ? Tout ce merdier ? Cette putain de mascarade ? En définitive, on est aussi inutile qu’on a l’impression de l’être. On est pas fait pour se comprendre, pour vivre ensemble. On devrait tous se faire ermite, tiens. Ça nous éviterait de souffrir et de faire souffrir. Regarde toi, non, mais regarde toi ! T’es en train de crever et tu reste là, debout, comme ça, comme si de rien n’était, comme s’il y avait encore un combat à gagner… Ça t’as mené où, hein ? Ta noblesse ? Ton courage ? Tout ça n’a aucun sens…

La musique de la chorégraphie reprend, ainsi que les projections. La jeune fille commence à danser, maladroitement, le marionnettiste la rattrape avant qu’elle ne tombe et l’allonge au sol. Le coyote continue la chorégraphie, mais la musique s’interrompt brusquement, le coupant dans un mouvement. Il tombe. Le marionnettiste retire son masque et celui de la jeune fille.

LA JEUNE FILLE :
Tu l’a jamais compris, hein ? Pourquoi j’étais toujours debout. C’est simple, pourtant. Ça n’a sans doute aucun sens, tu as raison. Mais rester debout, c’est la seule chose à faire.

Elle meurt dans les bras du marionnettiste, qui regarde la marionnette. La lumière diminue, le coyote sort de sa prostration dans un halo faiblissant, prend sa laisse, la coupe avec le scalpel et s’en va. Noir.

FIN.

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