Important ? Unique ?

18 septembre 2012

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Question simple : Un individu a-t-il une quelconque importance ?

Autant le dire tout de suite, il n’y a pas de réponse évidente.

Je l’ai déjà dit par ailleurs, contrairement à ce que dit la fameuse tirade de Tyler Durden (Fight Club), nous sommes tous des flocons de neige unique et merveilleux. Mais les autres flocons n’en ont rien à foutre. Autrement dit : chacun a raison de se considérer comme unique, précieux, car il sera le seul à vivre cette vie-là, à exister de cette façon. Ou : ce n’est pas ta vie qui est importante, c’est ce que tu en fais, et chaque potentiel, chaque « devenir » possible est précieux. Mais chacun a tort de croire que naitre suffit à justifier cette importance. Croire qu’être un jour né est autre chose qu’un hasard, que cela seul confère à l’existant un droit à réclamer un dû existentiel est une erreur. C’est la porte qui mène au sentiment de supériorité.

Se croire à part, original, unique n’est pas une erreur. Oublier que les autres le sont tout autant est une énorme connerie.

Autre image : nous sommes tous des galets jetés dans un lac. On ne fait pas beaucoup de vague, car tout le monde fait ses propres petites vague. Mais on en fait quand même.

Poussons un peu plus loin. Quelle importance puis-je avoir ? Dans quel contexte ?

1 – Un contexte social. J’ai un rôle social. Une société qui fonctionne bien ne me laisse même pas me demander ce que pourrait être ce rôle. Dans l’Inde classique, un brahmane reste un brahmane, il n’a même pas à se demander ce qu’il est. La société le lui dit. Il n’y a pas si longtemps, en France, un fils d’ouvrier finirait lui-même ouvrier. C’était comme ça, on pouvait le déplorer, mais la société, avec toutes ses imperfections, fonctionnait. Elle était loin d’être idéale, d’être juste, mais ça fonctionnait. Depuis, le libre arbitre, la notion d’importance personnelle, de choix de carrière s’est imposée. Et c’est bien. Mais la société n’a pas suivi, laissant les individus livrés à eux-même, ne les guidant plus. On est passé d’un extrême à l’autre. Et ça, c’est pas bien. Du coup, cette importance, je me crois obligé de la revendiquer, de l’hurler. Et ça finit en cacophonie. Tout le monde crie « aimez-moi ! », mais plus personne n’écoute les autres crier la même chose que lui.

2 – Un contexte communautaire. Ne sachant plus qui je suis, puisque la société ne me le dit plus, je m’attache à un groupe. Je me définis par rapport aux autres avec qui je me sens des liens, réels ou imaginaires. Je suis français, musulman, punk, bourgeois, syndicaliste, etc. avant d’être moi-même. Car je ne sais plus qui est ce « moi ». C’est triste. On se perd à trop vouloir se trouver. Car la deuxième étape, celle qui suit l’adhésion à un groupe, c’est le rejet des autres groupes, perçus au mieux comme négligeables, concurrents, et au pire ennemis. C’est ainsi qu’on se retrouve sans savoir vraiment pourquoi dans une manifestation sans connaître la raison de la mobilisation, qu’on participe à des émeutes, protestant contre un film ou une pièce de théâtre qu’on a pas vu, à voter par peur plutôt que par espoir.

3 – le contexte personnel. Je suis sûr de mon importance, je l’affirme et l’impose. Je suis seul. Et j’en oublie que « qui je suis » est aussi défini par les autres. Vouloir de toutes mes forces imposer que je crois être (ce qui reviens à montrer ma propre importance), c’est être assuré de ne jamais le devenir, ce « qui je suis ». Le résultat en est évidemment un repli sur soi auto-entretenu. Le monde est perçu comme agresseur, et donc je m’en protège. je crois pouvoir me trouver, seul avec moi-même, mais on ne progresse jamais seul. C’est l’opposé du contexte communautaire, où je me définis par rapport aux autres. Là, je me définis contre les autres. Je crois m’être libéré de leur regard, mais j’ai l’impression que leurs yeux sont fixés sur moi en permanence.

Autre moyen, trouver de quoi valider notre importance dans le regard des autres individus (contrairement au contexte communautaire, où l’individu n’existe plus). C’est comme ça que l’on se met en couple sans savoir ce qu’est l’amour, juste parce que l’on remarque, dans le regard de l’autre, qu’on est important. C’est comme ça qu’on se met à l’art par désir de reconnaissance, alors qu’on a rien à dire. C’est comme ça quand s’engage en politique non par idéalisme, mais pour chercher à avoir une importance dans l’histoire. C’est peut-être la moins dangereuse des postures, car je peux finir par réellement tomber amoureux de la personne pour qui je suis important, je peux effectivement produire une œuvre intéressante, je peux en effet marquer l’histoire. Mais bon.

Je ne dois pas chercher à savoir qui je suis, toute réponse est une erreur. Car « je » est mouvant, changeant, multiple. « Je » ne dois pas savoir, « Je »doit connaître. Savoir, c’est avoir des certitudes, c’est le résultat d’un processus qui est souvent basé sur des pré-requis discutables. Connaître, c’est pressentir. On n’a jamais de connaissances de soi autres que des intuitions. Je ne saurais pas pourquoi je suis important, unique avant que cela ne soit évident. Je dois juste garder à l’esprit que je le suis.

En résumé, et pour finir, oui, vous êtes unique, mais c’est pas la peine d’en faire tout un plat. Vous êtes différents. Comme tout le monde.

À propos de Durf667

Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

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3 Réponses à “Important ? Unique ?”

  1. despetitssous Dit :

    Je suis d’accord sur un point, c’est qu’il est bien ambitieux d’écrire sur ce sujet. Le « moi » regroupe énormément de facteurs qu’il ne suffit pas d’évoquer… il est question de les vivre, comme vous le dites bien.
    La personnalité est mouvante, on peut prendre le masque qu’on veut, quand on le veut, pour moi. Et d’ailleurs, littéralement le moi choisit ses masques et avance avec ceux qu’il veut. Comme un grand théâtre d’émotions et de sensations qui passeraient en nous. Les réactions nous échappent parfois lorsqu’on s’identifie trop au personnage et aux états : « je suis amoureux » , « je me sens faible » , « je suis tellement heureux de ce qu’il vient de se passer » ect…
    Dès qu’on y croit pas , tout est artefact. A l’inverse, se placer en tant que « héros » et revaloriser les choses importantes à nos yeux, les choisir, commencer à choisir, oui, on commence à jouer et on rentre dans le monde de l’action et de la vie.
    Mmh. ça m’inspire !
    Merci de la lecture.

    A bientôt !

    Répondre

    • Durf667 Dit :

      C’est effectivement ce dont il est question ici : la multiplicité du « moi » et l’Acte de choix qui en découlé : Qui suis-je ? Quand ? Comment ? Qui je veux être ?
      Je n’aime pas trop le mot « masque », car le mot sous-entend une certaine notion du « caché », genre : je me présente comme tel, mais en fait je suis un autre. Je ne pense pas que ce soit la vérité. Je pense que nous sommes tout autant ce que nous prétendont être que ce que nous cachons aux autres. Autrement dit : Nous sommes aussi nos masques avant d’être quoi que ce soit. Et peut-être ne cachent-il rien d’autre que le néant.

      Répondre

  2. despetitssous Dit :

    C’est ça, qu’il y en est ou non, que l’on s’identifie à eux ou non, qu’ils nous dévoilent ou nous entravent… finalement, reste-t-il quelque chose derrière tout ça ?
    La question numéro 1.

    Répondre

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