Torturé

28 septembre 2012

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Il dit : « Surtout, SURTOUT, ferme-là. »

Il se met une cigarette entre les lèvres et l’allume de sa main libre.

« En même temps, avec ce truc dans la bouche, tu dois pas pouvoir dire grand chose », il dit.

Il dit : « Essaie, pour voir ».

J’ai peur. Je sens de grosses gouttes couler sur ma nuque, sur mes tempes.

Je dis rien.

« ESSAIE ! »

Ça, il le dit pas, il le crie.

Alors je sursaute.

Les liens s’enfoncent dans la peau de mes poignets, loin, là-bas, dans mon dos.

Je crois que des larmes s’approchent de mes joues.

J’ai très mal à la poitrine, mais la douleur commence à refluer.

Il sourit.

Alors j’essaie.

« … è euh ou ouhez gh yiheuh ? … », je dis.

Il rit, sa cigarette calée entre ses dents. Jaunes, les dents.

Mon dos me fait mal.

Ça fait trop longtemps que je suis assis.

Ça fait trop longtemps que je suis attaché à cette chaise.

Ça fait des jours, des nuits entières, en fait. Plusieurs semaines.

Il dit : « Bon, fini de se marrer. »

Alors il tire.

Éclair rouge. Tonnerre. Orage dans ma tête.

Douleur.

Un courant d’air caresse des parties de mon anatomie qui ne sont pas sensées connaître l’atmosphère.

C’est pas désagréable.

Il me regarde. Sourire, dents jaunes, cigarette. Attentif.

Amusé.

J’ai toujours le goût du métal froid dans la bouche, mais il a retiré le canon du pistolet.

Je crache du sang. Beaucoup.

J’entends un bruit dégoutant de canalisation engorgée qui goutte sur du bitume.

J’ai la migraine.

Je sens les os de mon crâne se reconstituer, se reformer.

Je sens le bouillonnement de ma cervelle qui repousse.

Les nerfs se reconnectent, ça fait un mal de chien.

Il dit : « Maintenant, tu vas me parler. T’as le droit. »

Je suis toujours attaché.

J’essaie de bouger, mais je n’y arrive pas.

Il dit : « Tu vas me dire ce que je veux savoir. Tu as des frères, des sœurs. »

J’ai mal partout.

Ça fait des semaines qu’il me tue plusieurs fois par nuit. J’en ai assez.

Il dit : « Tu vas me dire où je peux les trouver, et ensuite, je te tuerai proprement, définitivement. Vite. Avec le moins de douleur possible. »

Je le regarde.

Je ne sais pas si j’ai l’air haineux ou suppliant.

Sans doute les deux.

Je baisse la tête.

Je regarde pour la millième fois ce pentacle dessiné au sol, autour de la chaise. Avec le sang de mon « père ».

Tiens, un peu de cendre de cigarette est tombé dessus. A effacé les contours du cercle extérieur.

Je sens le sang recommencer à circuler dans mon corps.

Je sens mon cœur battre pour la première fois depuis des semaines, depuis qu’il m’a attrapé, ligoté, depuis qu’il me torture.

Je sens mon cœur expulser le pieux, lentement.

Il dit : « Alors ? »

Je me concentre.

Je sens le pieux prêt à tomber, quand je le déciderai.

Je lève les yeux vers lui.

Je sens mes canines redevenir pointues. Je sens le pouvoir du sang qui revient en moi.

Je sens la soif dans ma gorge.

Alors, je souris.

À propos de Durf667

Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

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