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À propos de Durf667

Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

Les racines d’Y.

25 février 2015

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ça fait 11 ans que j’essaie d’écrire la fin de cette histoire. Je viens de passer  l’après-midi à encore essayer. J’y arrive pas, donc, finalement, voilà déjà le début. On verra si la fin vient un jour.

La musique de Tom Waits n’est pas particulièrement réputée pour la joie de vivre qu’elle transmet et, dans la situation dans laquelle Eve se trouvait, la voix chargée d’alcool et de nicotine du chanteur se diluait dans l’air et y déposait une invisible rosée crépusculaire. Assise sur le siège passager usé d’une vieille Fiat Uno, Eve, vingt-deux ans, cigarette et auto complaisance post-adolescente affichée ostensiblement, attendait que l’enfoiré qui disait être son mec daigne revenir la chercher. La caisse était en rade, et elle squattait le bas-côté d’une petite route forestière depuis maintenant deux heures, dont une et demie de crépuscule, puis de nuit en gestation. Eve changea de cassette et monta le son de l’autoradio. Rammstein. C’est pas plus gai que Tom Waits, mais au moins ça a la pêche.

Eve jeta un regard à l’obscurité extérieure, violée seulement par les rais mal assurés des phares sur lesquels s’acharnait une nuée de moucherons psychotiques. La nuit était belle, mais le ciel en était caché par les ombres végétales qui projetaient sur la réalité une noirceur et une présence indéniable, des ombres solides, en quelque sorte. Eve se sentait prise dans une de ces situations inconfortables où la présence même d’un esprit dans les limites de son corps semblait incongrue, où les notions de pensée et d’existence deviennent floues. Elle attendait depuis si longtemps, la nuit s’était installée autour d’elle si subrepticement que sa certitude d’être une entité pensante disparaissait derrière l’évidence que, d’une certaine façon, sa présence jetait sur ce tableau nocturne une étrangeté subtile. Elle se sentait déplacée. Elle aurait aussi bien pu être le détail aberrant rajouté par Warhol sur un paysage gothique gravé par Doré. La route creusait une tranchée rectiligne au milieu de ce qui semblait être une forêt de conte de fées, un conte étrange, vicié par l’état d’esprit particulier – lassitude, fatigue, résignation – dans lequel se trouvait Eve. A l’intérieur de la bulle de civilisation que constituait le véhicule envahi de sons agressifs, de fumée presque solide et de désœuvrement manifeste, elle commençait à se demander si son mec reviendrait jamais, si elle allait devoir dormir sur la banquette arrière et si c’était vraiment une bonne idée.

La musique ne l’aidait pas à réfléchir, échouant à la maintenir éveillée, aussi la coupa-t-elle. Le silence tomba sur Eve comme un suaire. Tous ses sens, et pas seulement son ouïe, en furent soulagés ; libérés de la musique, ils semblaient plus libre de percevoir l’atmosphère extérieure, l’odeur de la forêt, le goût de la nuit et, trop éloigné pour qu’Eve puisse être sûre qu’il ne s’agissait pas du vent dans les feuillages, divers sons discordants qui semblaient trop subtilement agencés pour n’être que l’œuvre chaotique de la nature. Il y avait un rythme primal dans le craquement des branches, une mélodie dissonante dans le souffle du bois qui travaille. Il semblait que le vent portait en son sein des chants d’outre-monde, que des instruments aigrelets oubliés des musicologues projetaient leurs âmes par delà les siècles. On aurait dit qu’Orphée avait perdu sa lyre au sommet du plus haut des cyprès et qu’un barde insensé en pinçait les cordes en cherchant la mélodie parfaite qu’il composa en rêve et perdit à son éveil. Cela, Eve n’en prit pas immédiatement conscience, mais il ne lui fallut que quelques secondes pour que le sentiment absurde que la forêt lui parlait ne s’impose à elle. C’était une idée stupide, bien sûr, issue de la fatigue qui engourdissait son corps et son esprit, mais une idée qu’elle ne parvenait pas à chasser de ses pensées. Pourtant, elle n’avait pas peur et, si les arbres lui parlaient bien, leurs voix restaient amicales et leurs intonations agréables.

Eve en était encore à se demander si elle n’allait pas essayer de dormir quand elle sortit de la voiture et s’engagea entre les jeunes chênes qui gardaient l’orée de leur demeure. Ce ne fut que quand le véhicule fut hors de vue qu’elle réalisa que ses mouvements n’avaient jamais été commandés par son cerveau et qu’elle avait aussi bien pu quitter la Fiat depuis deux minutes ou deux heures. Néanmoins, les fragments de lune découpés par les ombres mouvantes des arbres semblaient plus hauts au milieu des étoiles que dans son souvenir. « De mieux en mieux, pensa la jeune fille, me voilà perdue au milieu des bois en pleine nuit ». Ces pensées résonnèrent à l’intérieur des chambres vides de son cerveau et elle crut même un instant en percevoir l’écho entre les troncs moussus et noirs, rebondissant entre les notes approximatives de cette mélopée végétale qu’Eve ne parvenait toujours pas à taxer d’une quelconque réalité. Peut-être l’impression de solitude absolue lui donnait-elle l’illusion que les mots prononcés mentalement acquéraient une vie propre, dépassaient leur état d’abstraction pour se parer dans son esprit des prérogatives des sons articulés ; ou peut-être qu’en ce lieu oublié du langage, les arbres se répétaient l’un à l’autre les premiers mots prononcés par un animal intelligent devant eux depuis que les premiers glands, bulbes et graines qui leurs avaient donné naissance s’était enfoncés dans cette terre. Mais le plus étonnant, aux yeux d’Eve, résidait dans le fait que, malgré toutes les informations que son cerveau analysait (tu es une citadine perdue dans les bois, il fait nuit, tu hallucines complètement, personne ne pourra t’aider à sortir de là avant des heures…), elle ne ressentait absolument aucune peur, continuant à marcher comme si ce n’était pas de la boue, des ronces et des herbes folles qu’elle foulait de ses pieds mais les pavés d’une rue piétonne. Jamais elle ne trébuchait sur les racines, jamais les plantes urticantes ne touchaient ses jambes, jamais elle ne se cognait aux branches trop basses, au contraire, ses pas trouvaient seuls leur chemin qui leur convenait, épargnant à Eve toute entrave à une progression paisible. Ils la conduisirent finalement, sans hésitation et sans fatigue, dans une clairière circulaire à laquelle la clarté lunaire conférait un aspect irréel, tout en ombres allongées et en reflets argentés. En son centre trônait un frêne titanesque, sans aucun doute sans âge, dont le branchage cyclopéen lui cacha tout d’abord sous son ombre la petite maison de bois qui semblait surgir de l’arbre comme la lame d’un sabre à travers le flanc d’un géant. Un petit escalier menait à une terrasse entourée d’une barrière, gardant une porte de bois rouge et deux petites fenêtre circulaires par lesquelles s’échappait une pâle lumière, à moins que ce ne fusse que le reflet de la lune sur les vitres. Une surface importante du bâtiment était recouverte de mousse, tout comme l’arbre sur lequel il s’adossait, et il était difficile de dire où se situait la frontière entre le mastodonte végétal et l’habitation. La « musique » qui avait guidé Eve jusque là semblait baigner toute la clairière dans une approximation splendide sans que la jeune fille eut pu dire si elle provenait de la maison ou du lieu lui-même. Ses pas continuaient de la porter vers la porte de la maison et, s’approchant, elle remarqua les deux silhouettes qui l’attendaient chacune derrière sa fenêtre, deux visages apparemment identiques, d’où toute couleur semblait avoir été volé par un rayon de lune, qui disparurent quand Eve posa un premier pied sur une marche de l’escalier et qui ressortirent du néant quand la porte s’ouvrit devant elle. Deux êtres au sexe indéterminé se tenaient sur le seuil, l’air avenant mais aussi étrangement distant. Ils étaient indubitablement beaux, leurs traits étaient réguliers, leurs visages ovales, leurs yeux d’un bleu très pâle, tout comme leurs longues chevelures. Leurs peaux avaient la couleur de la porcelaine et la maigreur qu’Eve devinait sous leurs vêtements (deux capes d’un tissu et d’un blanc évanescent) émettait un parfum de délicatesse en lieu et place de celui plus insistant de la maladie qui accompagne d’ordinaire les corps décharnés. Sans un mot, leurs corps se déplacèrent avec grâce de façon à accompagner l’entrée d’Eve dans leur demeure. Elle était tout à la fois sans volonté propre, pas même celle d’avoir peur, et extrêmement consciente. Tout lui semblait simplement terriblement logique, une très ancienne force tissée dans son être le plus profond lui donnait l’impression que franchir le seuil de cette maison serait comme retrouver un trésor d’enfance qu’elle croyait perdu.

 

 

* *

*

 

 

Une voix grave et ancienne se traînait faiblement dans l’obscurité :

« Est-ce elle que tu attendais ?

  • Oui. »

Cette voix-ci était plus crispée et tendue que la première. Moins humaine aussi.

« Le moment est donc venu, reprit-elle.

  • Le moment pour toi de mourir. Es-tu sûr de ce que tu fais ?

  • Ai-je le choix ? »

Cette réponse contenait plus d’ironie et de malaise que celui ou celle qui l’avait prononcé n’en avait l’intention. La réponse se fit attendre.

« Non… Mais tu te rends bien compte de ce que cela signifie ? Sans toi…

  • Il suffit ! Ce qui doit être sera. Je suis désolé pour vous…

  • Non, tu ne l’es pas, tu en es même incapable, tout comme tu es incapable de concevoir que tu es sur le point de disparaître. Que sais-tu de la mort ?

  • Rien, c’est vrai. Mais toi qui sais tout, il est une chose que tu ignores.

  • Et c’est… ?

  • Et bien, tu sais ce que je suis, tu sais d’où je viens, tu sais tout. Mais s’il est une seule chose que tu ne peux absolument pas concevoir, c’est tout ce qu’implique ma disparition, pas dans la globalité du phénomène. »

Puis il y eut le silence. Celui à qui appartenait la première voix admit mentalement que son interlocuteur avait raison, il ne possédait simplement pas assez de sagesse, lui l’infiniment sage, pour comprendre tout ce qui allait se produire. Mais il savait une chose, parmi tous les lever de soleil qui suivraient cette nuit, il en serait un qui serait, pour lui et les siens, le dernier.

 

 

* *

*

 

 

Lorsque le sommeil lança ses premiers filets sur l’esprit d’Eve, une fibre de son inconscient s’étira, prête à s’imprégner de l’importance des rêves qui ramperaient sous cette conscience-là, ce soir-là. C’était un pressentiment, comme si quelque chose en Eve savait d’avance que les souvenirs de la soirée s’effaceraient derrière ceux plus imprécis mais aussi plus vivants du voyage onirique qui s’annonçait. Il ne pouvait en être autrement, la journée écoulée avait été plus étrange qu’aucun rêve qu’elle avait fait. C’est quand on dort qu’on agit le plus bizarrement. L’inconscient accepte l’impossible, il s’en nourrit et le recrache sans raison ni but. Sans raison, ni but. Dans un rêve, les choses arrivent parce qu’elles le doivent, les motivations les plus élémentaires de nos actes éveillés disparaissent au sommeil derrière un constat simple : les choses se produisent. Point.

Eve rêva de sa soirée, ce qui fut conté et ce qui ne le fut pas. Les créatures jumelles s’approchèrent en murmurant des bribes d’une langue morte, celle-là même qu’avait utilisé la forêt pour l’accueillir en son sein. Leurs voix polyphoniques rappelaient le cristal et la tombe, le fifre et le violoncelle, un hurlement subtil, un chuchotement assourdissant. Des syllabes fragiles s’insinuèrent dans son oreille par surprise, tournant dans cet air chargé des souvenirs d’une vie qu’elle ne se rappelait pas avoir vécu. L’intérieur de la maison était d’une indicible et calme beauté, une pièce unique, sans aucun meuble, ni autre issue visible que la porte d’entrée. Eve s’assit contre le mur le plus éloigné et attendit que… Elle ne savait pas ce qu’elle attendait, mais elle savait que quelque chose allait se produire. Le sol tout entier, le mur derrière elle, ainsi qu’une important surface du plafond et des autres parois étaient recouverts de la mousse qu’elle avait déjà remarquée à l’extérieur et qui émettait une douce pulsation lumineuse qui emplissait l’air d’une odeur bleuâtre et délicatement épicée, le parfum aigre-doux de la moisissure et de l’herbe fraîchement coupée. Les deux entités jumelles jetèrent sur la pièce une ombre douce quand leurs corps s’interposèrent entre Eve et le seuil lunaire de la pièce. Tout ne fut plus alors qu’un tourbillon de chlorophylle, de chair et de nostalgie. Deux corps nus et blancs collés contre celui d’Eve, des mains qui se cherchent et se repoussent, des baisers froids mais électriques, une chaleur étrange. Eve eut la vision des deux créatures jumelles qui s’embrassaient devant elle. Elle vit une main fantomatique caresser un sein puis glisser comme une larme le long d’un corps androgyne jusqu’au sexe rasé de la jeune femme que s’était révélé être l’un de ses hôtes. Elle vit se gonfler le membre de l’autre sous des lèvres qu’elle savait être siennes. L’odeur de la sueur rampait comme un serpent, comme des lianes enveloppant son corps, glissant entre sa peau et ses vêtements, qui furent bientôt abandonnés sur le sol. La main maladroite de la femme guida le sexe de son frère entre les jambes d’Eve, qui sentit monter dans ses entrailles une soif de vie, comme si un enfant qui n’était pas même encore conçu jouissait avec elle de sa prochaine accession à l’existence. Tout était étrange, mais rien ne choquait Eve, ni sa singulière participation à ce qui semblait être un inceste, ni cette perte totale de contrôle. C’était plus que de la jouissance, plus que du plaisir, c’était avant tout un sentiment de plénitude qu’elle n’avait pas ressenti depuis sa petite enfance, quand elle n’était encore qu’un nouveau né accroché au sein nourricier. C’était comme si tout rentrait enfin dans l’ordre. Plaisir, obscurité, chaleur. Une odeur d’herbe coupée après la pluie. Rien d’aussi vulgaire qu’un orgasme, une explosion de divin dans le bas-ventre d’Eve. Une lumière aveuglante dans son utérus. Une orchidée qui s’ouvre quand vient la rosée.

 

 

  • *

*

 

 

Quand elle se réveilla au pied d’un frêne, entre la Fiat et l’orée de la forêt, Eve savait qu’elle était enceinte. Elle était toujours seule, mais quelque chose en elle répondait au chant des oiseaux dans l’aube incertaine. La bande de goudron avait perdu son étrangeté avec la disparition des dernières étoiles qui lambinent toujours dans un ciel matinal, et Eve se savait rendues à la civilisation. Elle s’en sentait vaguement déprimée, mais rien en elle ne s’y refuait. C’était normal. La suite de la journée ne fut qu’un film en noir et blanc, et Eve se sentit plus muette et inopérante à ce monde que jamais auparavant.

Deux corbeaux gris quittèrent la forêt ce matin là, sous l’œil bleu d’un vieillard qui savait qu’ils ne reviendraient plus, avant de l’oublier et d’arrêter de penser. Dans la clairière, une feuille se détacha de la branche la plus haute de l’arbre au moment où Eve disparut. C’était le début de l’hiver.

Poème sans doute écrit il y a 2 ou 3 ans dans le but de sonner comme un slam et retrouvé dans un vieux cahier

17 octobre 2014

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J’aurais dû finir par m’y faire,

Je devrais arrêter de m’en faire

Pour ce qui me pourrit l’atmosphère.

Je devrais crever par terre,

C’est pas mon millénaire.

 

Je devrais embrasser mon flingue

Avant de devenir vraiment dingue,

De me noyer dans une seringue

Dans ce caniveau où je valdingue,

Cradingue

 

Comme tout ses bâtards silencieux

Qui ont du mépris plein les yeux…

Ils se croient mieux.

Les affreux.

J’y foutrais le feu

 

Si j’étais plus perdu que ça,

Plus violent que ça,

Plus sûr de moi.

 

Mais je suis une loque.

Je vaux pas le prix d’une breloque.

Sale époque…

 

Ouais, je suis un gros loser,

Le king des perdants, sale chômeur

Trop niqué pour se donner le cœur

D’arrêter les erreurs,

De me faire la faveur

D’arrêter d’avoir peur,

De créer les couleurs

Dans ma vie monochrome et sans chaleur.

 

Mais j’ai le courage de rien.

Chaque jour je m’abstiens

D’essayer chaque matin

 

De commencer quelque chose.

De continuer quelque chose.

De faire quelque chose.

 

Mais non tout ce que je fais c’est de broyer ma prose,

Jamais rose.

Et je cause,

Et je cause,

Et je cause.

Fragments d’étoile ou : La complainte de Samaël pour son amour perdu.

9 octobre 2014

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Ceci est un vieux texte que j’avais fini par oublier. Je viens de le retravailler quelque peu et vous le propose donc dans la foulée. Des poutous.

 

 

Mille ans de souvenirs,

Cela paraît bien peu.

Je sais le crime dont on m’accuse,

Je sais pourquoi on me vénère,

Mais rien n’est aussi pur,

Rien n’est aussi glacial,

Rien ne vaut mes raisons,

Je suis seul à savoir.

 

Je suis le dix-septième arcane, je suis celui qui crût.

Je suis celui qui chut.

Les rêves sont des traîtres,

Ils sont tout ce qu’il me reste.

Je suis la raison du mal

Et l’antibiotique.

Car pour rester vivant,

Il faut bien que le cœur batte.

 

Je ne sais plus ton nom,

Mon seul et véritable

Amour.

Tu es morte à Thülé, et seul tes yeux

Demeurent face aux miens.

Seul ton souffle survit encore entre mes lèvres,

Et je t’attends

Toujours.

 

Je n’aspire à rien d’autre

Qu’à me sentir en vie,

Célébrer ce qui reste

De peur de le perdre

Encore.

 

Samaël, Lucifer, Orphée, Ulysse, et tant d’autres

Noms.

Je suis ce qui restait dans la boîte,

Ce que Pandore laissa.

Espoir.

Toujours je me relève,

Je ne sais faire que ça.

Entendez mes paroles,

Fils et filles de la foi,

Fragments d’étoile.

Ceci est notre hymne.

 

Ne rêvons pas trop loin,

La laisse est bien trop courte.

Des milliers de visages se retournent sur nos pas.

Nous sommes le rempart enfermant

Les névroses,

Le sacrifice obligatoire.

Nous rêvons pour les autres.

Condamnés à faillir, à encore essayer,

A nous cogner aux murs,

Mais à les ébrécher.

 

Je suis archange et diable,

Le début et la fin,

Le moteur de vos vies.

Espoir.

La fatigue n’est rien si je suis encore là.

Et je resterai vivant

Car moi aussi j’espère.

Poe – Update

4 juin 2014

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J’avais déjà publié un lien vers ce texte, mais l’adresse du blog d’Ardonau a changé, alors le revoici : il s’agit d’une collaboration entre Ardonau, talentueux photographe et moi-même, misérable scribouillard, et c’est disponible sur son blog, sur le thème d’Edgar Allan Poe. J’espère que ça vous plaira.

Post-modern Cold-Wave

29 mars 2014

2 Commentaires

Dans la série vieux trucs, comme hier, d’autre paroles de 10 T.S. Réferez-vous à ce texte (oh mon Dieu ! 2 fois le même lien en 2 phrases !) pour plus d’explication.

 

Sometimes you ask me what I am

You know I’m alone and sunburnt

You told me what you used to be

Perfection of the holy things

.

And I still wonder what I am

The spike of time has pierced my heart

.

Sometimes you feel like you are down

Then you realize there is worst (things)

There’s romantism in the fall

Still looking for a gothic love

.

And I still wonder what I am

The spike of time has pierced my heart

.

Crucify

Parricide

Now you can nail me down

Withcraft

Run fast

Now you can nail me down

.

Someone told me : « Ink’s just like blood »

You know I won’t resist the flood

‘Cause we are looking for something

Just a butterfly wing

Bongwater

28 mars 2014

0 Commentaire

Je viens de retrouver les paroles de cette chanson que j’avais composée et écrite aux alentours de 2000/2001 pour mon groupe de l’époque, 10 T. S. C’était un espèce de mélange entre Sonic Youth, Nirvana, The Cure et d’autres trucs rockiformes difficilement identifiables. J’appelais ça de la Cold-wave poost-moderne, à l’époque. Et donc, les voici (attention, english spoken ! ) :

 

The party’s over now and your body smells like mud

The girl ain’t your girlfriend and you want your hair cut

There’s no drug and there’s no fun at all in here

Gotta sleep and think ’bout why you should leave

.

You just want more, but you can’t

Gotta do it but you won’t

.

Making up your face, you’re trying to be cool

You’re an evil soul, but, tell me, what is good ?

You feel proud to be weak, pathetic and dumb

When you are this age, you just want some fun

.

You just want more, but you can’t

Gotta do it but you won’t

Now the party is over

Prepare yourself for the hangover

Becoming an ugly clone

Drinking beer and throwing up stones

But you’re wrong, you’re just tired

Come, jump in the fire

.

Here we’re all again, here we’re all now

When it’s to late to have fun

We all drink bongwater

When it’s to late to be true

There is nothing to do

La nuit

23 octobre 2012

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La nuit,

La rue est vide et plus remplie

Que d’habitude.

Un seul cri d’ivrogne fait plus de bruit que mille pas à l’heure.

 

La nuit,

Les secondes se retourne contre elles-mêmes.

Parfois l’horloge tourne à l’envers.

 

La nuit,

Il n’y plus personne sur terre que moi.

Si je le décide.

Si je me laisse aller.

 

La nuit,

Je suis libre.

 

La nuit,

Des couples qui se déferont demain

S’étreignent sans savoir

Que c’est la dernière fois.

 

La nuit,

La gueule de bois de demain

N’est pas encore là.

 

La nuit,

L’idée même du matin est interdite.

 

La nuit,

Les fourmi diurne ne regardent plus les cigales.

 

La nuit,

On ne voit plus le sol

Quand on tombe.

 

La nuit,

On ne me voit plus.

Je n’existe plus.

Je suis bien.

 

La nuit,

L’atmosphère est tout aussi polluée.

Mais l’air est plus frais.

Moins étouffant.

 

La nuit,

Derrière mes fenêtres,

Je me fous que d’autres vivent à l’extérieur.

 

La nuit,

Il n’y a plus d’extérieur.

 

La nuit,

Le sommeil me fuit parfois,

Mais ce n’est pas grave.

 

La nuit,

Il n’y a que la nuit qui importe.

Entretien avec un autre vampire

2 mars 2012

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Si l’on en croit les physiciens, tout n’est qu’énergie et matière. En fait, tout est à la fois énergie ET matière, en même temps. Votre corps n’est qu’une onde, une gigantesque fluctuation quantique dans ce qu’il faut bien appeler le néant, ne serait-ce que pour la licence poétique. L’ensemble de tout ce qui est (ce que l’on va finir par caser sous l’appellation tout à fait arbitraire d’univers, ou de Dieu si ça peut vous faire plaisir) n’est qu’énergie et matière, n’est qu’une possibilité quantique. Ce qui revient à dire que, depuis le big bang jusqu’au big quoi que ce soit, de fiat lux à Ragnarok, que l’univers/dieu (matière/énergie) n’est rien d’autre qu’un acte de création fondamental en perpétuelle mutation. L’acte de création comme expression essentielle de l’énergie par la matière ( qui sont, rappelons le, la même chose). Est-ce que ça donne pas un peu de classe supplémentaire au statut de créateur*, bien qu’il n’y ait nul besoin de donner des preuves de la noblesse des troubadours ? Quand j’avais demandé à Chloe von Fyredorff d’où il tirait la volonté de continuer à vivre au milieu de sa propre aura de négativité féroce, c’est quand même à lui qu’on doit les côtés les plus nihilistes du précataclysmisme, la notion de catastrophe imminente, de… Mais je me rends compte que je me perds dans mes phrases (Règle numéro quarante-treize virgule trois, trois, trois… : le créateur précataclysmique ne doit pas chercher à contrôler quoique ce soit, et surtout pas l’acte de création. à moins que ce ne soit l’inverse. Copyright conjoint M.Pantomime et M. Daniels, Jack ). Quand j’avais demandé à Chloe von Fyredörf d’où il tirait la volonté de continuer à vivre au milieu de sa propre aura de négativité féroce, donc (merci Ctrl C, Ctrl V), il m’avait répondu d’aller me faire foutre. Voilà. Énergie négative en plein dans ma tronche, particules-ondes de haine pure.

J’ai rencontré Chloe durant l’été 2002. Mon estimé compagnon de déchéance éthylique Demian S. Coyote ( son second prénom est celui de son père) m’avait confié en main propre, accoudé au comptoir d’un de ces pittoresques troquets des petites rues de Limoges nommé le Duc Etienne, un CD gravé, à la pochette travaillée façon imprimante-deux-couleurs-pour-faire-punk-trois-photos-piquée-sur-le-net-avec-juste-un-filtre-photoshop. Un nom, Chloe. Juste Chloe. Une phrase, Agression is Art. J’ai toujours ce skeud, j’ai appris à aimer la photo en gros plan de cette femme nue agrippée aux barreaux de sa cage. En deux mots, sa(c )cage. Merci. Le son gravé là-dessus (j’ose à peine penser le mot musique, mais il a pourtant profité d’un soupir entre mes lèvres pour s’échapper) est électronique, minimaliste, relativement inécoutable, voire éprouvant et douloureux par moment (par douloureux, je veux dire que j’ai physiquement eu la sensation qu’on m’enfonçait un tournevis dans les tympans une fois ou deux.) Je ne connais personne qui ce soit imposé une écoute complète de ce truc sans subir des lésions cérébrales irréversibles. Haine=énergie=aggression=création=art. Fut-un temps, mon valeureux camarade de psychose Jehm Pöm écoutait ça dans sa voiture. J’en ai froid dans le dos.

Entretien avec un autre vampire dans Archive chloecover

J’ai rencontré l’entité psycho-physique Chloe von Fyredörf quelques mois plus tard lors d’un concert de black metal . Il en résultat un article paru dans le fanzine Mailting Potes de l’association « la pie lotoise », dont voici, à la demande générale des rédacteurs fainéants de cet essai, les meilleurs moments (sélectionnés par un panel représentatif de la population de mon appart ayant la flemme).

(…) Chloe. Un mètre quatre-vingts de peau si blanche qu’elle en était translucide, de maquillage mal appliqué, de cheveux filasses trop noirs pour le visage qu’ils encadraient, de tissus déchirés, d’automutilations diverses, de tatouages à l’absinthe et de cette séduisante arrogance que seuls ceux qui savent de façon intime qu’ils vont mourir jeunes peuvent afficher sans être ridicules. (…) C’était une pute venue de l’enfer pour montrer aux yeux du monde encore quelques anges avant l’effondrement et la fin de la société occidentale capitaliste. C’était Chloe, un Ziggy Stardust à deux balles, un être dont l’existence même était une insulte au concept de « civilisation » et un sacrifice sur l’autel de la décadence. Chloe était, avant toute chose, répugnant(e)**, insupportable, peut-être parce qu’il/elle nous renvoyait l’image de tout ce qui, en nous-mêmes, fait que la race humaine est vouée à l’autodestruction.

(…) Chloe parlait peu. (…) son regard suffisait, mais je ne savais jamais si l’expression triste, sauvage et vaguement condescendante de ses yeux voulait dire : « allons baiser tout de suite dans ta caisse » ou « tu es comme tous les autres, moi compris, un putain d’enculé de fils de pute, fous-moi la paix ». Au contact de Chloe, on avait la franche impression, dans tous les cas, d’avoir affaire avec une entité schizotrope, un être constituant à lui seul la mince frontière entre la santé mentale et la folie. On aurait dit une petite tantouze anémique qui aurait suivi des années de psychanalyse avec William Burroughs comme thérapeute, ou bien la fille illégitime de Jim Morrison et d’une geisha opiomane, gagnant sa vie en vendant sur le Net des photos S.M. et des animations en flash représentant James Dean en train de se faire sodomiser par une Christina Ricci androgyne équipée d’un gode ceinture.

Chloe était le signe évident que certains d’entre nous, la génération Y2K, mourraient jeunes, sacrifiés sur la croix du nouveau millénaire érigée sur les décombres d’un monde judéo-chrétien en perdition.

WE WILL DIE YOUNG.

C’est avec lui/elle que j’ai ressenti pour la première fois l’appel du vide, que j’ai entendu la sourde mélopée venue des abysses les plus sombres de l’esprit humain. Nous sommes destinés à la déchéance, et ceux qui le savent crient si fort que leurs corps se stigmatisent pour expier cette connaissance impie. Chloe était à la fois Adam, Eve et Lilith. Le fruit de la connaissance lui avait brûlé la langue et laissé sur son âme le goût aigre-doux du sperme, de la lumière artificielle et des cris. Le goût de la chute. Nous tombons ensemble, juste pour ne pas être seuls.

Rencontre de Chloe par Durf667 le 25/11/2002.

Paru sous le titre Chloe dans Mailting Potes n°H2.

 

Voilà. Je pense que vous avez tout en main. J’espère que vous avez envie de connaître dès à présent les productions de ce cerveau-là, celui de Chloe von Fyredörf. Neurones=matière=électricité=energie=création. Énergie chloeienne dans ta face. Allez en paix, mes enfants, et bon courage.

 Les masochistes peuvent écouter « Agression is Art » ici et .

 

Durf 667, Toulouse, 16/08/2005.

 

*Môssieu Demian S. Coyote, escroc intellectuel, ce qui est mal, et qui lit par-dessus mon épaule en ce moment même, ce qui n’est pas très joli-joli non plus, me signale mes conneries et me réprimande en conséquence. A la place de créateur, j’avais écrit le mot artiste, ce qui est effectivement une belle connerie. Il a instantanément vomi sur mon clavier, ce qui va d’ailleurs m’interrompre dans la rédaction de cette préface alors que j’ai autre chose à faire. Rappelons la Règle numéro moins infini du précataclysmisme : artiste, c’est un boulot, créateur, c’est un état. Et l’état, c’est moi.

Ol’ Man Sid dans un jour où il se sentait d’humeur taquine.

 

**J’ignorais encore quand j’ai écrit ce texte si Chloe était un mec ou une nana, rapport à son androgynie forcenée. Les filles de l’internat du lycée catholique Sainte Cindy de Bourg-la-Chignole, dans le Bas-Rhin, m’ont assuré que Chloe possédait tout ce qu’il fallait pour pallier la pénurie en cierge dont souffrait à cette époque la vénérable institution, on se demande bien pourquoi.

M. Pantomime, pièce en un acte

16 janvier 2012

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par Chloe von Fyredörff (2004). Retravaillé en 2011 par Don Nihil Apsarà.

Personnages :
Le marionnettiste,
La jeune fille,
Le coyote.

Scène : sur un drap blanc (on pourra le taguer, le peindre, prendre un drapeau ou quoi que ce soit qu’on jugera approprié, selon l’instinct du moment) placé en fond, projection sans le son d’images télévisées (reportages, actualités, jeux, etc.) et de films familiaux (vacances, anniversaires, etc.) Un coffre.

1.

Projections.
Le marionnettiste entre avec une chaise et la pose au centre de la scène. Il ouvre le coffre et en sort révérencieusement une marionnette à fils. Elle représente un clochard chevelu et dégingandé. Il la montre au public. Dans l’ombre, le coyote ronge un os.

LE MARIONNETTISTE :
Je… Oui, oui, je suis… Non, je.. Non. Voici, oui ! Voici Monsieur Pantomime.
Il commence à l’actionner.

MONSIEUR PANTOMIME :
Bonsoir mesdames et messieurs, petits et grands, miséreux et bourgeois, vierges et catins, bonsoir, et soyez les bienvenus. Vous a-t-on dit ce qui vous attendait ? Moi ! Tout sera mis en œuvres pour que vous passiez en ma compagnie une soirée divertissante et édifiante.

Une musique retentit, une sorte de valse jouée par un orgue de barbarie fatigué. Monsieur Pantomime commence à danser, avec grâce et délicatesse, puis avec de plus en plus de force et de prouesses physiques à mesure que la musique s’emballe, devenant un tourbillon sonore et chaotique, avant de retomber dans des tempos hypnotiques et atonaux.
Le marionnettiste lâche les fils et Monsieur Pantomime s’effondre de fatigue sur quelques accords de piano. Le coyote, impressionné, observe.

LE COYOTE, admiratif :
Et bien ! Voilà qui mérite des applaudissements ! Il applaudit et trépigne. Mais voyons ce que la suite nous réserve.

Le marionnettiste repousse la marionnette du pied, puis s’assoit sur le coffre. Une jeune fille entre. Le marionnettiste se relève. Il ne la quitte pas des yeux.

2.

La jeune fille s’assoit sur la chaise, puis se relève, gênée. Elle fait une révérence au public.

LA JEUNE FILLE :
Je… Oui, oui, je suis… Non, je.. Non. Elle s’éclaircit la voix. Voilà…

Elle se rassoit. Le marionnettiste, qui ne peut détacher son regard d’elle, s’avance et fait face au public après un dernier coup d’œil vers la jeune fille. La même musique que précédemment redémarre. Le marionnettiste effectue la même chorégraphie que la marionnette dans la première scène. Même projections. Le coyote se roule par terre de rire. Noir. Puis, une lueur. Le coyote se tient devant le coffre. On éclaire son visage, il commence à fouiller à l’intérieur et saisit un objet qui reste dans l’ombre.

LE COYOTE :
C’était… Grand ! Magnifique ! Sublime ! Il place son visage à côté de celui de la fille, joue avec l’objet qu’il a pris en le faisant passer devant les yeux de la fille, qui ne semble rien voir. Ma chère, vraiment !

Projection fugace et quasi-subliminale de quelque chose de désagréable. La fille a le visage en sang. La lumière quitte les deux visages et traverse la scène jusqu’à la marionnette. Puis, noir.

3.

La projection reprend et simule l’intérieur d’un petit appartement. La marionnette est assise sur la chaise. Le coyote est couché dans un coin, une laisse accrochée à un collier qu’il n’avait pas avant. Il a un marqueur dans la main droite et le scalpel dans la gauche. Il se lève de temps en temps et écrit des lieux communs, des slogans des obscénités et des banalités sur le draps, par dessus la projection. Le marionnettiste porte un masque de cire blanche, reproduisant le masque de la tragédie. La jeune fille porte celui de la comédie, mais du sang coule sur son cou. Elle devient de plus en plus faible au cours de la scène.

LE MARIONNETTISTE :
Je sais pas ce que tu veux. Je sais pas ce que je veux non plus, remarque. Rire sans joie. Tu me diras… C’était sensé être différent, hein ? C’était sensé servir à quelque chose ? Tout ce merdier ? Cette putain de mascarade ? En définitive, on est aussi inutile qu’on a l’impression de l’être. On est pas fait pour se comprendre, pour vivre ensemble. On devrait tous se faire ermite, tiens. Ça nous éviterait de souffrir et de faire souffrir. Regarde toi, non, mais regarde toi ! T’es en train de crever et tu reste là, debout, comme ça, comme si de rien n’était, comme s’il y avait encore un combat à gagner… Ça t’as mené où, hein ? Ta noblesse ? Ton courage ? Tout ça n’a aucun sens…

La musique de la chorégraphie reprend, ainsi que les projections. La jeune fille commence à danser, maladroitement, le marionnettiste la rattrape avant qu’elle ne tombe et l’allonge au sol. Le coyote continue la chorégraphie, mais la musique s’interrompt brusquement, le coupant dans un mouvement. Il tombe. Le marionnettiste retire son masque et celui de la jeune fille.

LA JEUNE FILLE :
Tu l’a jamais compris, hein ? Pourquoi j’étais toujours debout. C’est simple, pourtant. Ça n’a sans doute aucun sens, tu as raison. Mais rester debout, c’est la seule chose à faire.

Elle meurt dans les bras du marionnettiste, qui regarde la marionnette. La lumière diminue, le coyote sort de sa prostration dans un halo faiblissant, prend sa laisse, la coupe avec le scalpel et s’en va. Noir.

FIN.

Petites morts

15 octobre 2011

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Ça aurait pu être différent,

Ça aurait dû.

Mais ce qui peut ou doit être n’est pas forcément.

Les choses sont

Ou ne sont pas, rien de plus,

Rien de moins

Ce n’est la fin que parce que tu le décides

Ou le désires.

Ce qui revient au même.

Je suis le deuil,

La mort,

La résurrection.

Je suis le choix

Et l’absence de choix.

Je suis la chute qui précède l’ascension

Et inversement.

Je suis le coût.

Je suis le printemps,

Je suis l’hiver.

Je suis les petites morts dans vos vies.

Je suis l’Éros de Psyché,

L’Eurydice d’Orphée.

Je suis dans le premier regard,

Je suis dans la dernière étreinte.

Je suis dans les baisers, je suis dans les griffures,

Je suis dans tous les cris.

Je suis le désespoir.

Je suis les larmes d’hier

Et le rire de demain.

Je suis la raison

Pour laquelle tu es vivant.

Je suis les petites morts

Qui engendrent ta vie.

 

Je continue à faire les fonds de tiroirs. Ce texte a quelques années, mais il résonne d’un écho particulier dans ma tête en ce moment.

W.

10 septembre 2011

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Encore un vieux truc que je ne me souvenais même plus avoir écrit avant de tomber dessus à l’arrière d’un cours de Littérature comparée (je sais, c’est pas bien…) Retravaillé un poil ce soir, et posté dans la foulée, c’est un peu maladroit, mais j’aime bien le thème quand même.

Il regarde la Terre de son œil unique, et il contemple une étrangère.

Trop de choses ont changé, ce n’est plus sa Terre. Il sais pourtant que son devoir sera de la défendre une dernière fois et d’y perdre sa trop longue vie.

Il est seul, à présent, ils sont tous partis. Tous.

L’ennui.

Lui seul reste dans son majestueux palais désormais bien vide et poussiéreux. Prêt à tomber en ruine quand il en partira. Un palais désormais rempli seulement par le vol des corbeaux, souvenirs bruissant dans un battement d’ailes, réminiscences d’un temps passé où sa cour de guerrier faisait résonner les halls et les couloirs de chants paillards et d’invectives festives. De défis et de disputes, d’exclamations avinées et de bruyants exploits contés pour la millième fois.

Tous, ils sont partis.


Il se souvient encore du départ de son fils, le brutal, le fier, l’impétueux, un matin d’hiver.

Son fils aussi regagna cette Terre étrange qui ne voulait plus d’eux.

Il se rappelle les temples en flammes de cet étrange dieu crucifié, qui lui rappelait tant son autre fils, Baldr, le lumineux, le beau, le doux.

Des siècle de haine coulant dans les veines de cet autre fils empli de violence, le tonnerre dans la voix, les éclairs dans les yeux.

Il se rappelle les pillages qu’il observait de ce palais, de ces guerres et de ces massacres sans buts. Il se rappelle le crime impardonnable commandé par cette haine, résumé en deux lettre jumelles sur un uniforme. SS.


Il se souvient aussi du fier combattant, le gardien du pont menant à l’entrée de sa forteresse.

Des siècles d’attente. Plus personne ne venait.

La folie.

Le saut dans le vide sous le soleil couchant, éclairé par l’arc-en-ciel.

La chute fut longue, mais son esprit était déjà tombé depuis longtemps bien plus bas.


Il se souvient des anges de la guerre, les vierges sacrées, à présent prises au piège de trop de batailles, tombant une à une sous le feu d’armes qu’elles ne comprenaient pas.

La plus belle d’entre elle, la meilleures, la dernière, était tombée loin à l’est, sous un feu gluant et nauséabond tombant du ciel.


Il se souvient aussi de son armée de héros qui, fatigués d’attendre, s’étaient éparpillés sur la surface de cette planète pour y mourir une seconde fois, en lâches. Certains s’étaient suicidé, d’autre étaient tombés dans l’alcool ou la drogue.

Cette Terre-là n’avait pas besoin d’eux.


Mais lui, il attend toujours.

Les corbeaux s’assurent qu’il n’oublie pas, qu’il pense encore à ce qu’il a à faire.


Ils lui ont murmuré à son oreille sans âge que même le petit peuple était parti, décimé par un monde qui ne croyait plus en eux.

Pourtant, lui, il attend.

Il était le plus grand d’entre eux, il était leur roi.

Il ne règne plus que sur des couloirs vides.

Il pense à ses ennemis, qui n’ont pas pris les formes auxquelles il s’attendait.

Rien ne s’est passé comme il était écrit.


Il se souvient de ce mot ancien, devenu avec le temps synonyme de délivrance.

Ragnarok.


Et il attend.

Crétin Rock, chanson tinèje-ponque.

15 juillet 2011

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Ceci est une chanson que j’ai écrite et composée il y a, ouh là, au moins. Je la poste ici à la demande générale de mon pote Dudule. Enjoy, you punx !

Couplet 1

J’ai un grave problème musical

Des fois, je me dis que je suis pas normal

Je ne connais que quatre accords

C’est pour ça, je fais du crétin-rock


Un copain m’a dit que c’était du ponque

Mais moi, je voulais jouer du fonque

En plus j’aime pas la bière parce que ça fait roter

Quand j’en bois trop, j’ai envie de gerber



Refrain 1


Dire des gros mots, ah ça c’est pas bien !

Je veux bien être un rebelle, mais faut pas le dire à ma mère

Faut que je rentre avant huit heure et demie


On répète le dimanche, parce que le samedi

Il faut que je fasse mes devoirs pour le lundi

Faut que je rentre avant huit heure et demie



Couplet 2


Depuis le premier couplet, ma vie a bien changé

Je passe mes journées a picoler

En plus, y a même des filles, même quand on joue fort

En fait c’est cool de faire du crétin-rock


Je me suis même acheté un scooter

Je vais pas trop vite, j’ai bien trop peur

En plus j’ai presque plus de boutons

On les voit plus derrière mes cheveux longs



Refrain 2


Dire des gros mots, en fait c’est marrant

Ça me donne presque l’air viril, et ça fait chier ma môman

Je rentre plus avant neuf heure et demie


J’ai une guitare, je l’ai appelée Roger

Bon, elle a que trois cordes, et je sais pas l’accorder

Mais Je rentre plus avant neuf heure et demie (au moins…)

Rorschach, un prologue.

12 juillet 2011

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Ce texte était à l’origine destiné à « préfacer » un projet de recueil pour l’instant ajournée pour des raisons diverses. Il devait se présenter comme une anthologie de textes écrits par les différents auteurs précataclysmiques membres de l’A.R.P.E.G.E. (d’où la référence au papier et aux arbres). Comme je l’aime bien, ce texte, et qu’en plus il colle plutôt bien avec le contenu de ce blog, le voici, légèrement retravaillé.

 

Rorschach, un prologue.

Par Don Nihil Apsàra.

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Vous qui lisez ceci, arrêtez tout de suite.

Il n’est pas encore trop tard.

De toute façon, quel intérêt trouvez-vous à déchiffrer ces mots, sont-ils si différents que ceux que vous connaissez déjà ? Bien sûr que non, ce sont les mêmes que les milliers d’autres que vous avez lus ou entendus un jour. Ce ne sont que des tâches d’encre, des tests de Rorschach conceptualisés, argumentés.


Qu’y voyez-vous ?


Ce ne sont pas des héros romantiques en quête d’un hypothétique salut. Ce ne sont pas des péripéties passionnantes émaillant le voyage initiatique d’un crétin adolescent. Ce ne sont pas des évocations de sensations, de sentiments, d’émotions. Ce ne sont pas des signes arbitraires agencés selon une procédure précise et codifiée dans un but communicationnel.

Ce sont des tâches d’encre souillant de leurs noires empreintes le blanc immaculé du papier. Et on a tué un arbre pour ça !

Ce ne sont que des ombres qui vous empêchent de voir. La vérité est dans les marges et entre les arabesques. Quels que soient les mots, les idées, les actions que vous y percevez, ce ne sont que des mensonges.


Vous n’avez vraiment rien de mieux à faire ?

Remplir des papiers à renvoyer à la CAF ? Inventer un jeu d’adresse avec un brin de laine et une branche de saule pour votre petit neveu ? Essayer de vous nourrir correctement, pour une fois ?

Vous tenez réellement à lire ceci ?

On a dit que ce n’est pas le spectateur qui fait l’œuvre d’art. Le film existe même s’il n’y a personne pour le regarder. La mélodie se murmure à elle-même dans la folie du vent.

L’histoire a déjà été racontée.


Je n’ai pas besoin de vous.


Alors, plutôt que de perdre votre temps avec moi, partez, partez et remplissez votre vie, allez aborder cette jolie rousse que vous croisez tous les matins à l’arrêt de bus, demandez à un ami de vous aider à dessiner ce nouveau tatouage dont vous parlez depuis si longtemps, finissez enfin le dernier niveau de ce jeu sur la Play qui vous résiste encore.

Mettez un petit Trust à fond sur la chaîne et faites de la air-guitar devant le miroir de la salle de bain.


Vous ne trouverez rien ici pour remplir votre vie. Ça, c’est votre boulot, et ici, c’est de la mienne dont il est question.

Je ne peux rien pour vous. Êtes-vous là pour moi ?

A vrai dire, je ne veux rien de vous, vous m’êtes indifférents. Et vous n’avez rien à faire de moi, c’est vous-même que vous cherchez dans ces lignes. Vous n’y êtes pas. Il n’y a ici qu’une minable petite réalité, mais c’est la mienne.

Ne vous y trompez pas, j’apprécie que vous soyez encore là, à lire mes élucubrations. Ça flatte mon égo. Mais je ne veux rien de vous. C’est nous que nous cherchons dans le regard des autres. J’ai renoncé à creuser dans le jardin des voisins pour trouver les cadavres enterrés dans le mien.

Prenez ça pour ce que c’est : une excavation.


Vous êtes toujours là.


C’est vrai qu’on ralentit, sur l’autoroute, pour mieux voir l’accident.

Si ça peut vous faire plaisir…

Alors…



« Prenez, et buvez en tous,

Ceci est mon sang.

Rien que mon sang, égoïste et ancien,

Versé pour vous

Et pour la multitude

En rémission de MES péchés.

Faîtes le, ou ne le faîtes pas.

De toute façon, je m’en fous. »

 

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Proie

6 juillet 2011

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Ceci est un texte un peu ancien sur lequel je suis retombé en faisant le ménage dans mon ordi. L’idée était d’écrire une histoire en utilisant uniquement des phrases d’un seul mot. J’ai piqué l’idée à Richard Christian Matheson, qui a utilisé ce procédé dans une nouvelle que je ne parviens pas à retrouver. Considérez ça comme une tentative oulipesque.

 

Proie
Par Krist Morningstar (2008)

Nuit.
Samedi.
Non.
Dimanche. Matin.
Night-club. Musique. Electro.
Odeurs. Sueur. Alcools.
Vacarme. Foule. Moi.
Partir. Sortir.
Rue. Fraîcheur.
Humidité. Buée.
Néons. Lampadaires. Vitrines.
Flashes.
Moi. Éblouie.
Flou.
Passants.
Hommes. Femmes. Adolescents.
Fatigue.
Ivresse.
Psychotropes.
Tituber.
Errer.
Rentrer.
Chemin ?
Frisson. Se retourner.
Passants.
Hommes. Femmes. Adolescents.
Téléphone. Appeler. Marc.
Répondeur.
Merde.
Marcher.
Clope. Briquet. Chaleur.
Fumer. Inhaler. Poumon. Brûlure.
Nausée.
Impasse. Mur. Appui.
Vomir.
Bile. Rhum. Quick.
Abdominaux. Douleur.
Nuque. Picotement.
Sursaut.
Homme.
Trentaine.
Costaud.
Sourire.
« Bonsoir »
Approche.
Vite. Trop.
Là.
Crier ?
Choquée. Muette.
Lui.
Odeurs. Sueur. Alcools.
Silence. Personne. Lui. Moi.
Lui. Lourd. Moi.
Mur.
Douleur.
Ventre.
Couteau…
Crier… Essayer…
Odeurs.
Sang. Fer.
Douleur.
Ventre.
Suffoquer.
Crier… Prier.
Lui. Lourd.
Sueur. Sang.
Couteau. Bouger.
Douleur.
Lui. Respiration. Haleine.
Vodka. Cigarette.
Sang.
Douleur…
Ventre…
Faible… Fatiguée…
Lui. Rire.
Couteau. Bouger.
Douleur.
Trop.
Lui. Lourd. Fort.
Moi.
Faible…
Tellement…
Faible…

Sweet Mary

1 mai 2011

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Je rêve de toi.


Je sais que TU n’es pas une bonne idée. Trop paumée, trop perdue, trop jolie pour moi.


Je rêve de toi.


Si parfaite… Je te revoie, ce jour-là… De bas en haut, comme si je me relevais enfin de ma position de victime. Des rangers noires, punkette idéale ! Des bas effilés, usés aguichants. La naissance d’une cuisse pleine de promesse… Une jupe trop courte pour être honnête. Un corset… Oh, ce corset ! Salope ! Comment poitrine pourrait-elle être si attirante, si désirable ? Ton visage, tes yeux, ton désespoir. Toi.


Je t’ai rêvé si souvent, dans tant de positions, dans tant de refus… Je t’ai tellement fait l’amour en rêve que mes muscles sont douloureux. Nous n’avons ensemble aucun avenir, aucun rêve à partager. Mais je te veux. Je te veux tellement que j’en ai mal à l’âme.


Perdue comme tu l’es, tu en es d’autant plus belle. Je ne te sauverai pas. J’ai déjà du mal à me sauver moi-même… Mais, putain de merde, je te veux. Je te désire. Je te convoite. Ne pas t’avoir est une souffrance. Ne pas t’avoir eu est encore pire.


Je crève de ne pas avoir senti la brulure de tes lèvres sur ma peau fatiguée, les coupure de tes mains sur mes désirs enfouis. Je meurs de ne pas connaître ton désir. Je veux te posséder, l’espace d’une seconde, d’un souffle, d’un rêve. Jamais je ne t’aimerais comme tu le voudrais, jamais tu ne me possèderas comme tu le désires.


Je sens nos corps absents, nos souffles emmêlés. Je sens tes mains avides, je sens ta tristesse, tes attentes. Je n’y répondrai pas. Je n’en suis pas capable. Je ne pourrai t’aimer que le temps d’une erreur.


Mais quelle belle erreur.


Je voudrais en commettre tellement, des erreurs comme toi. Je voudrais tant déboutonner ton chemisier, embrasser ta poitrine, passer ma main sous ta jupe, sentir la chaleur de ton désir ardent, attendre que tu veuilles, espérer que tu brûles.


J’ai tant rêvé de toi, que je ne peux même plus imaginer une nuit entre nous. Ce serait décevant, et pourtant… Et pourtant ! Ah ! Je te revoie, l’autre jour, attendant je ne sais quoi. Un baiser ? Une étreinte ? Ton décolleté parasitait tes paroles, j’en suis désolé ! Tu es tellement perdue… J’en aurais des scrupules, de me laisser aller. De me laisser aller à t’aimer, rien qu’une nuit, rien qu’un instant, rien qu’un souffle. Je ne peux te promettre plus. J’ai encore sur la langue le goût de la tienne, quand nous fautions ensemble, tellement trop pour nous le permettre, tellement peu pour en être satisfaits. C’était tellement agréable. C’était tellement idiot.


Je… Je … Je. Toi… J’ai l’odeur de ta peau dans les narines, même après tout ce temps. J’ai le goût de ta sueur sur la langue. Je crève de ne pas en avoir eu plus. Mais je sais que le mal que je peux te faire n’en vaux pas la peine. Je t’aime, mais pas comme tu voudrais. Je hais la testostérone. Je ne te veux pas de mal, mais c’est tout ce que j’ai à t’offrir…


Je ne t’aimerai pas comme tu le voudrais. Si tu me hais pour ça, j’en ferai un linceul.

 

Ce texte date déjà de quelques semaines, avant la création de ce blog, mais comme il m’a valu quelques félicitations par ailleurs, et que de plus son thème et son contenu trouvent un écho assez étrange à l’heure actuelle dans ma vie, pour d’autres raisons, que lors de sa composition (encore que…), je le reposte ici.

Strip – Un peu d’humour ne fait pas de mal…

14 avril 2011

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Strip créé à partir de stripgenerator

Crise de Manque

10 avril 2011

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Par Durf667 (2011).

 

Le cœur est fait pour battre.

Et donc, l’amour est un combat.

 

Il est rangers ou converses, elle, plutôt talons. Il est jeans déchirés et tatouages. Elle est petites jupes et hauts sexys. Il est cuir. Elle est velours.

 

Il tape son nom sur google, juste parce qu’il pense à elle. Il passe sur son facebook, comme ça, pour rien. Il cherche ce dossier caché sur son PC pour revoir ces photos qu’elle lui avait données. Rien de pervers ou de malsain, juste du manque. Comme un junkie qui éclate les mégots dans le cendrier pour se rouler un joint d’occase. Il appelle des amis juste parce qu’il sait qu’elle devait passer les voir dans l’après-midi. Il n’a rien d’autre à faire.

 

Il se raisonne, mais ça ne marche pas. Il l’a fuit de peur de la revoir et le regrette quand c’est trop tard. Il rêve d’elle la nuit. Il pense à elle le jour. Elle est plus présente à son esprit que quand ils étaient ensembles. Il a envie d’elle. Il n’y a plus droit. Sentiment indu d’appartenance.

 

Il paye un verre à une petite au comptoir, juste pour tenter de l’oublier contre le corps d’une autre. Ça marche. Du moins pour quelques heures. Il espère inconsciemment que ça la rendra jalouse. Au pire, l’alcool l’aurait fait s’effondrer avant qu’il ne se souvienne à quel point elle lui manque.

 

Il repense à ce moment précis où tout était encore sauvable, quand il a préféré laisser tout partir en vrille plutôt que de prendre le risque d’essayer que ça marche et d’en souffrir encore plus plus tard. Il s’en veut. Il sait que ça fait partie du travail de deuil. Mais c’est long, un deuil.

 

Il sait qu’il faut qu’il se reprenne. Il sait qu’il faut que ça lui passe. Il n’en a pas envie. Il en a marre de toujours être obligé de faire appel à son cerveau pour gérer des histoires qui ne devraient concerner que le cœur. De temps en temps, les neurones abdiquent, et là, la douleur est d’autant plus vive.

 

Il est cuir, elle est velours. Ils sont tellement différents que ça aurait pu marcher. Ils sont toujours vivants, lui, d’autant plus à présent que tout est foutu. Mais vivant un petit peu, c’est déjà pas si mal.

Rozz

10 avril 2011

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Par Chloe von Fyredörff et Krist Morningstar (2011).

 

Nuit. Hiver. Les radiateurs font un boucan du diable, penser à les purger. La poussière crame sur les ventilos du PC, odeur qui se mêle à celle de la sueur, de la clope et de la tonne et demie de rage enfouie entre mes neurones crasseux. Caresse de la main la cicatrice sur mon épaule, souvenir de connerie adolescente, dépression de chair entre deux lèvres urticantes. Souvenirs. Le froid éthéré de la lame, la chaleur sensuelle de la coupure. Je voudrais tant dormir.

 

Testostérone, internet, sites pornos. Ça ne suffit plus. Frustration. Toutes ces filles se ressemblent, toutes ces bites aussi. Les endorphines semblent s’anesthésier elle-même. Fatigue. Je joue de la pointe de la langue avec les rebords émoussé d’un chicot qui a perdu son plombage. Ferme les yeux. Les rouvre. Un visage inattendu, inespéré, inatteignable a illuminé de sa douceur ovale et de son sourire interdit l’obscurité de mes paupières closes. Je ne veux plus le voir, ce visage. Me relève du fauteuil pour me resservir une vodka.

 

Toujours la même histoire, le même plan. Toujours ce malaise. L’impression que les gens attendent de moi de finir médaille d’or au cent mètres des JO alors que je suis unijambiste. Ça a l’air facile, pour eux, d’être sociable. Ils m’agressent. Je me sens abêti par la stupidité de la plupart de mes congénères. Et je ne vaux pas mieux qu’eux. Je n’ai jamais réussi à me battre. C’est le meilleur moyen d’échouer que le refus du combat. Je suis lâche, et donc je suis seul.

 

Elles finissent toutes par se barrer. C’est devenu une pancarte mentale au-dessus de la tête de toutes les femmes que je rencontre. Elles finissent toutes par se barrer.

 

Du feu dans le crâne, bouche pâteuse. La nuit ne porte pas d’étoiles, ce soir, le ciel promet la neige.

Le sommeil me fait peur, non pas à cause des rêves qui flottent sur les ruisseaux calmes du sommeil, mais des pensées qui le précèdent, engluées dans la torpeur de ce non-éveil qui n’est pas encore le coma négligemment espéré.

 

Les corps lointains de mes anciennes amantes et de celles que je n’aurais jamais se succèdent dans le vide de mes bras glacés, se lovent dans les replis des draps, s’échappent dans un souffle au cœur. L’apnée émotionnelle. La suffocation lente d’un cœur. L’asphyxie. Et toujours et encore ce feu dans mes reins, ce désir lubrique, cet appel de la chair qui envahit et pourrit tout.

 

Clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope. Où est le cendrier ? Vodka. Tuer cette rage, endormir ce manque. Se raccrocher à l’air, retrouver un cheveux sur une vieille chemise pas encore lavée, depuis ce temps. Ongles noirs sur peau blanche. Se livrer au néant pour ne faire plus qu’un avec lui. Annihiler le rêve inaccessible. N’aspirer plus à rien. Se raccrocher au meilleur, et espérer demain.

 

De vieilles photos s’affichent sur l’écran et illuminent la pièce, c’est sa seule lumière. Je repense à cette fille que les hasards amicaux ont mis sur mon chemin. Hasard, mon cul… Il n’y a rien de pire que des amis bien intentionnés. Jolie. Vraiment. Oui, elle m’attire. Oui, ses yeux occupe mon esprit et ma libido blessée. Mais à quoi bon. Elles finissent toutes…

 

On passe sa vie à chercher des réponses, mais seules compte les questions. On à parfois tort d’apporter des réponses, mais on n’a jamais raison de ne pas essayer. Mais j’ai eu trop souvent tort. Je suis fatigué. Laissez-moi dormir. Allez-vous en.

Early Morning Blues

10 avril 2011

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Par Durf667 (2010).

 

Le plus effrayant, ce sont les accès de rage.

Je me réveille à quatre heure et demie du mat’. Pourquoi, j’en sais rien, j’ai du dormir à peine cinq heures. Mais voilà, je me retrouve à fixer le plafond depuis mon pieu, le sommeil est parti je ne sais trop où et je sais qu’il ne reviendra pas. Je me lève pour aller chercher mes clopes qui sont restées dans le salon, en profite pour allumer le PC, et découvre deux belle merdes laissées par Xerxès, le Bull Terrier de mon colloc Alex, sur le parquet de la cuisine. Classe. Pas de trace du colloc. Avec un peu de chance, à cette heure, il doit être dans sa nouvelle copine. Me voilà donc parti dans les rues au petit matin en train de me faire démonter l’épaule par ce con de chien qui pisse à peine de quoi remplir un verre à whisky. Mais l’air de la nuit me fait du bien, l’atmosphère est humide et froide, et en l’absence de qui que soit d’autre dans les rues de la vieille ville (colombage, poutres apparente, rues pavées), les rues m’appartiennent.

Une fois rentré, je relève mes mails (on voit que noël approche, Amazon et CDiscount en sont à la limite du harcèlement), passe sur Facebook voir s’il y a des insomniaques (il y en a, mais je les soupçonne de ne pas s’être encore couché) et y apprends qu’il a neigé dans la nuit. J’en profite pour stalker un peu Vic, ma copine (rien de spécial) et Vassilissa, mon ex qui passe sur le site une fois par année bissextile, mais qui reste à ce jour la personne qui me donne les meilleurs conseils, quel que soit les sujets qu’on aborde. Si seulement elle était capable de s’appliquer à elle même ce qu’elle prêche… Mais je suppose qu’on est tous pareils, sur ce plan-là. Je lance un album de Tegan and Sarah sur Deezer. Ça correspond bien à mon humeur. J’essaie de me caler à la nouvelle que j’ai commencé il y a une éternité, mais rien ne sort, c’est mon problème chronique de manque d’inspiration. Et j’ai toujours cette vieille déprime qui me tient au boyaux de la tête comme un amant qui sent l’amour partir se tient au corps endormi de son élue.

Je me cale au pieu pour essayer de m’occuper la tête avec un bouquin de Poppy Z. Brite, celui où elle parle de son addiction à la Vicodin ES. Comme le docteur House, oui. Puis j’éteins la lumière et essaie de me rendormir. Sans succès. Je me tourne et me retourne sous la couette, agacé par le bruit suintant du radiateur mal purgé. Et c’est là que ça me vient, remontant d’une zone oubliée de mon cerveau, la rage. Gabe est un RMIste professionnel pseudo-artiste de ma connaissance qui a un peu tendance à prendre tout le monde pour un con. Pourquoi j’ai pensé à lui à ce moment, me demandez pas. Mais je me suis distinctement vu lui enfoncer sa petite gueule d’ange des caniveaux dans un lampadaire. Je l’imagine la gueule en sang, les dents par terre. Ça me fait toujours un peu peur, ces crises. Bon, ça dure pas longtemps, mais suffisamment, dans ce cas, pour expulser toute chance de me rendormir. Je me lève en tremblant. Il est six heures.

Café, clopes, Weezer (on va éviter les trucs trop violents ou tristes tout de suite. J’ai besoin de musique légère). J’ai la tête pleine de mes incapacités sociales, de mes inaptitudes à la discipline. Quel espèce d’imbécile peut lâcher son taf pour devenir écrivain passé trente ans ? Moi. Je passe en revue mes handicaps administratifs, je dois des thunes à la CAF, la sécu me croit toujours employé par mon ancienne boite, ce genre. Pourquoi je n’arrive pas à m’investir dans ma relation avec Vic ? Pourquoi je passe mes journées sur Civilization V au lieu d’écrire ? Pourquoi, après presque un an de colloc, mes cartons ne sont-ils pas défait ? Pourquoi je stalke encore Vassi sur Facebook ? Pourquoi je bois autant ? Pourquoi je m’occupe pas de soigner mes dents pourries ? Pourquoi j’arrête pas mes conneries ? Comment on fait, d’ailleurs ?

Xerxès vient de se poser à mes pieds et me regarde de ce regard qui me fait dire qu’il est mignon, mais un tout petit peu con. Ça me fait penser à la vanne récurrente de Vic à mon sujet. « T’es mignon, mais un tout petit keupon ». Elle est géniale, Vic. Presque aussi paumée que moi. Et le meilleur coup que j’ai jamais eu. Et elle encaisse plutôt bien mon côté poête-pouet-pouet-maudit-suicidé-en-sursis-à-deux-balles-de-ta-mère. Mais je me soigne. Je sais pas trop où je vais, mais je suis heureux d’y aller avec elle, le temps que ça durera. Sans elle, je serais un peu comme Xerxès quand ni Alex, ni moi ne sommes là. Comme un chien sans son punk.

Trop de café. Trop de clope. Je gerbe de la bile dans les chiottes. Xerxès regarde sans comprendre, la tête penchée sur le côté. Je pars en quête de la bouteille de coca que j’ai cru voir posée à côté du canapé du salon. Bingo. Le liquide calme un peu le feu stomacal, mais je m’empresse de le vomir également. Au moins, j’ai quelque chose à vomir. C’est déjà ça. La rage revient, mon amante la plus fidèle. Je retourne sur le PC, repasse vite fait sur Facebook. Rien. Je change de son sur Deezer. L’album punk de Slayer. Ma nouvelle en cours est toujours là, en attente sur le bureau. Je la relis, trouve ça pas si mal. Ça parle de super-héros nihilistes. J’essaie d’écrire, et là, ça vient. Je m’y remets. Au moins, j’ai quelque chose à vomir.

Le vieillard et la faux

9 avril 2011

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Voici un très vieux texte que j’ai retrouvé dans un carton. Soyez indulgents, c’est une de mes premières tentatives. Et c’est déjà d’une folle gaieté, dis-donc.

 Le vieillard et la faux

Ol’ Man Sid (2000)


C’était la fin d’une journée d’été, une de ces soirées interminables à l’athmosphère chargée de foin coupé et de promesses non tenues, qui ne semblent mourir qu’à la venue des voiles du sommeil au-dessus des membres engourdis des êtres vivants.

 

Je marchais sous les étoiles, qui éclairaient la route rocailleuse sur laquelle des pensées errantes m’avaient conduit. Elles ne semblaient pas m’avoir remarqué. Le repos et l’indifférence, loin des humains et de leurs dysfonctionnements, enfin. Juste le regard désintéressé de Betelgeuse, Antarès et de leurs sœurs aux yeux flottants.

 

Après avoir serpenté apparemment au hasard sur quelques centaines de mètres comme si lui-même ne savait pas où il devait aller, le chemin présentait une longue ligne droite, certitude soudaine et inattendue, et je vis à la sortie du dernier virage un vieil homme qui se reposait sur un rocher, à quelques minutes de marche. La route longeait la lisière d’un petit bois d’où provenaient les cris des animaux nocturnes qui déjà s’éveillaient. Me voyant arriver, l’ancêtre m’accueillit d’un voix étrange, aussi faible qu’un murmure, mais pourtant aussi forte à mes oreilles qu’un vent d’automne.

 

« Bonsoir, jeune homme, accepteriez-vous de m’accompagner dans ma promenade, dès que j’aurais repris mon souffle ? » dit-il en tournant son visage vers moi.

 

Sa peau était parcheminée, ravagée par les ans, et ses yeux éclairaient son sombre visage, semblants avoir vu trop de choses pour une vie humaine. Ses cheveux blancs descendaient en cascade jusqu’à ses épaules, encadrant sa bouche maigre et sa barbe d’ermite. Il était habillé comme un personnage de Daudet, avec un pantalon de velours élimé et une chemise en toile grossière. Pour se lever, il prit appui sur son long outil, jusque là caché par les herbes bleues qui couraient partout alentour. Alors je compris qui était le vieillard. L’outil était une faux, l’aïeul était la mort.

 

Calmement, je lui demandai :  «-  Mon heure est-elle déjà venue ? 

 

- Non. Répondit-il simplement. Parfois, même le plus impitoyable a besoin de parler. »

 

Et nous nous mîmes en route. Il avançait péniblement sur les cailloux du sentier.

 

« - Que pouvez-vous avoir à dire à un simple mortel ? dis-je.

 

- A toi, rien, répondit-il. Ce n’est pas à toi que je veux parler, je veux simplement qu’on m’écoute et qu’on réponde à mes questions. T’en sens-tu capable ? »

 

Que répondre à ça ? Que dire à la mort quand elle vous regarde par-dessus son épaule voûtée en attendant que vous lui parliez ? J’acquiesçai.

 

« - Qu’est-ce que le désespoir ? finit-il par dire après un long silence.

 

- La mort ne sait pas ce qu’est le désespoir ?, répondis-je. C’est pourtant un de vos plus fidèles fournisseurs !

 

- C’est exact, dit-il, mais on ne peut jamais connaître ce que l’on n’a pas d’abord éprouvé.

 

- Le désespoir est la perte de tout désir de vivre, dis-je, c’est la fin de ses illusions, c’est le début de la chute, c’est l’âge adulte de la conscience.

 

- Personne ne peut donc continuer à vivre quand il a compris la véritable nature de l’existence ?

 

- Chacun cherche sa propre raison de vivre, et pour finir, on comprend qu’aucune n’est valable.

 

- Alors pourquoi es-tu toujours en vie ? » dit-il avec un sourire sans joie.

 

Je restais muet à cette question. Comme nos pas nous menaient vers un chemin plus pratiqué, je finis par trouver une réponse :

 

« - Parce que j’ai peur d’avoir raison. Mon but dans la vie est de me prouver que j’ai tort ». L’idée me vint alors que, si la vie était si sordide et vaine, le moindre moment de bonheur valait tout l’or de tous les leprechauns.

 

« - Parce que j’ai encore des fleurs à sentir, du vin à boire et des lèvres à embrasser. »

 

Après un temps de réflexion, le vieillard reprit la parole :

 

« - Depuis que les hommes m’ont créé, ma raison d’être est de prendre leur vie. Je ne sais pas pourquoi je le fais, mais je le fais. Je suis âgé, très âgé, et pourtant, au cours de tous ces millénaires, jamais je ne me suis posé de questions. Jusqu’à récemment. Depuis peu, pourtant, le pourquoi de mes actes me tourmente, et j’ai peur d’avoir trouvé la réponse à cette question.

 

- Et c’est… ? demandais-je.

 

- Tu as répondu toi-même à l’instant. »

 

Au moment où il dit ces mots, il sembla trébucher. Sa faux tomba au sol, la lame dressée vers la lune. Aussi léger qu’une plume, il l’accompagna dans sa chute.

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