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À propos de Durf667

Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

Mort du précataclysmisme

8 octobre 2017

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Ayant pris acte du début de la catastrophe annoncée par le précataclysmisme depuis déjà quelques années (en fait, on se demande si elle n’aurait pas commencé avec l’invention de l’agriculture), l’A.R.P.E.G.E. est désormais dissoute.

Maintenant, nous allons tâcher de survivre, si on trouve comment, on vous dira.

Le blog s’appellera dorénavant « L’Anormal ». Et ouais. C’est comme ça, t’as vu ?

Prenez soin de vous.

Ou pas.

En fait, on s’en fout.

Bisous.

Poe – Update

4 juin 2014

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J’avais déjà publié un lien vers ce texte, mais l’adresse du blog d’Ardonau a changé, alors le revoici : il s’agit d’une collaboration entre Ardonau, talentueux photographe et moi-même, misérable scribouillard, et c’est disponible sur son blog, sur le thème d’Edgar Allan Poe. J’espère que ça vous plaira.

Chronique de l’album « Fluids », de Kurt Cobain, sorti en 2014, par Lester Bangs

16 avril 2014

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Ce texte est un double hommage. D’abord à Kurt Cobain, sans qui, blabla, tout ça, vie pas pareille, lalala. Ensuite à Lester Bangs, dont j’ai humblement tenté sans y parvenir d’imiter le style d’écriture. J’ai donc imaginé qu’ils étaient tous les deux toujours de ce monde, et que Lester critiquait le dernier album de Cobain.

lesterbangs

Alors que j’atteins enfin cet âge merveilleux où les effets de la sénilité qui s’avancent vers moi telle une ambulance qui me roulera dessus dans moins de temps qu’il n’en faut pour épeler Alzheimer sans fautes, cet âge glorieux que je porte dans le blanc de mes cheveux et la sagesse (Argh!) dans le regard, où les jeunes femmes que j’accoste sur les plateaux télé ne me voit plus comme un vieux pervers mais comme un vieux con (ce qui n’est pas forcément mieux, maintenant que j’y pense), voilà donc qu’un nouvel album de Kurt Cobain arrive sur ma platine, mais je soupçonne le rédac’ chef d’avoir refilé le bébé au premier vétéran qui passait par son bureau.

Qui se soucie encore de Cobain en 2014 ? Sans doute un type dans mon genre, toujours à ressasser La Folle Et Incroyable Histoire Du Rock à une époque où les gamins consomme la musique comme les kleenex dont ils se servent pour éponger la merveilleuse expression liquide de leur jeunesse triomphante. Et il y en a toujours pour aimer écouter les histoires de l’oncle Lester. Après tout, jamais autant de groupes de rock n’ont sonné à ce point comme les Troggs ou les Seeds. Je parle de rock, là, me parlez pas de ce qu’on peut parfois entendre dans les boites de jeunes branchés émo-je-sais-pas-quoi, genre pour lequel j’ai largement dépassé l’âge limite recommandé pour y comprendre quelque chose.

Je sais que je suis un vieux con, et je l’étais déjà en 91 quand Nevermind est sorti. L’impression d’avoir non seulement déjà entendu, mais surtout vécu tout ça. Ceux qui se souviennent des années 80 savent à quel point, par exemple, les Guns and Roses n’étaient rien d’autre qu’une imitation musclée d’Aerosmith, qui étaient eux-même une mauvaise copie des New York Dolls. C’est ce moment-là que le rock a choisi pour se citer lui-même en référence. J’en connais qui résume une partie de l’histoire du rock à travers un axe Little Richard/Alice Cooper/Marylin Manson/Lady Gaga, si vous voyez où je veux en venir.

Alors quand Nirvana est arrivé, personne ne les a remarqué. Bleach était un honnête album de bruit qui faisait du bien tellement c’était nul, mais comme beaucoup d’autres trucs de la scène hardcore de l’époque. (Et, oui, je persiste et signe, le hardcore 80′s est le plus souvent nul, j’entends par là : mal joué par des incompétents et dont le simple but est de faire le plus de boucan possible avec un minimum d’accords et de talent. Ce qui est précisément la raison pour laquelle j’aime tellement ça et que je me passe les premiers Melvins au moins une fois par semaine).

Nirvana aurait donc pu rester une jouissive ânerie hardcore de plus. Mais Cobain avait plus d’ambition que ça, entendez : ce type s’est toujours trop pris au sérieux, ce qui fut dommageable à sa propre santé mentale, ce qui est son problème et à la qualité de ses disques, ce qui est le notre. Le mien, en tout cas.

Jusqu’à l’explosion en plein vol de l’avion Nirvana pour des raisons opiacées auxquelles Cobain faillit bien ne pas survivre, Nirvana a donc été le plus grand groupe de rock du monde, merci MTV, et ça a aussi été le dernier. Un carton mondial avec une des chansons les plus bêtes jamais écrite, ce qui n’est pas grave parce que la plupart des cartons mondiaux sont foncièrement idiots, un pétage de plombs en règle diffusé en temps réel dans les flashs info, Cobain était en train de devenir précisément ce qu’il ne voulait pas. Une star. Alors il a sabordé le truc en sortant coup sur coup un recueil d’inédits obscur et In Utero, que j’aime bien parce qu’on sent bien le type tiraillé par sa volonté d’être Michael Stipes et Ian McKaye en même-temps. Il y retrouve aussi un sens du boucan qui avait été perdu sur Nevermind.

La suite est pathétique. Split du groupe. Premier album solo suicidaire, encore du boucan, avec les types de Jesus Lizard, je crois qu’on ne trouve aucune mélodie sur le disque. C’est pourquoi je l’écoute à chaque fois que je me lasse du Metal Machine Music de Lou Reed, c’est à dire jamais. Mais l’intérêt de ce disque était précisément de pousser Geffen à ranger Cobain dans un tiroir pour l’en faire sortir de temps en temps pour qu’il puisse payer la pension alimentaire de Courtney Love.

cobain

D’où cet affreux album de 1998, sobrement intitulé Bitch, et on ne se demande pas du tout pourquoi. Le seul intérêt de ce sous-album de folk molle et bidouillé branchouille pour faire comme Beck, c’est justement la narration par le détail du divorce du type. On n’avait jamais connu Cobain aussi cruel, et beaucoup ne lui ont jamais pardonné de s’être montré aussi impudique et mesquin. Moi, je trouve plus que ça l’humanise, ce qui était précisément son but, histoire de se débarrasser de son statut d’icône. Mais l’album était nul. Voilà.

On connaît tous la suite. Les années 2000 ont vu Cobain alterner boucan majestueux et quête de La Chanson Pop Parfaite. Avec parfois un certain succès. C’est plus ou moins passionnant selon les albums, mais il y a du très bon dedans. Et du très mauvais aussi.

Et donc, Kurt Cobain a sorti un nouvel album. Comme à chaque fois, on se demande s’il a retrouvé la flamme nirvanesque, mais tant que Dave Grohl continuera à faire tourner la machine de guerre hard FM qu’il appelle les Foo Fighters et que Krist Novoselic restera à côté de Tacoma pour y faire pousser des chèvres, ça n’arrivera pas.

Cette fois, l’album rentre dans la catégorie pop saturée un peu beuglée sur les refrains. Il s’intitule Fluids (toujours cette vieille obsession Cobainesque sur le corps et ses excrétions diverses et au combien variées). Il est plutôt bon, mais pas que. Si vous vous intéressez au gars, vous l’achèterez. Si vous aviez 15 ans en 1991, vous l’achèterez. Sinon…

De toute façon, Cobain n’intéresse pas les jeunes qui, de toute façon, téléchargent.

Il n’intéresse plus que les vieux dans mon genre et les nostalgiques de leur adolescence (L’équivalent de l’assurance retraite pour un rocker, c’est la nostalgie de son auditoire pour sa propre adolescence. C’est bien pour ça que les Stones n’enregistrent quasiment plus de nouveaux titres), et ça pourrait bien lui suffire.

Alors, achetez son disque, ou ne l’achetez pas, je pense qu’il s’en fout. Nevermind, comme il disait.

-Poe-

19 mars 2014

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Un nouveau texte (un poème) est disponible sur le blog de Kleanth, talentueux photographe avec qui j’ai collaboré sur le thème d’Edgar Allan Poe. J’espère que ça vous plaira.

Vieillir, ou pas.

10 novembre 2013

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M’y revoilà à nouveau, mais cette fois, je sais que je n’aurais guère de nouvelles occasions de revenir ici. Le lieu privilégié où mon mal-être adolescent à débordé sur les murs en une mosaïque chaotique de cheveux filasses, de guitares fracassées, de corps portés par un public en noir et blanc.

Combien de rêves pré-pubère englués dans la glace de l’armoire ?

Combien de paroles de chansons jamais composées dans les tiroirs ? De romans jamais terminés ?

Combien de potentiels moi-même morts-nés ?

 

Bientôt, ici, il n’y aura plus rien.

 

Qu’y ai-je laissé, dans cet endroit ? Et aujourd’hui où me voilà contraint, par la force des choses, de trier ces vieilleries, de garder ce qui en vaut la peine, et surtout, surtout, d’en jeter la plupart.

Qu’ai-je donc abandonné de moi-même ?

Quels cadavres sont sortis du placard pour gagner la benne sans plus aucun espoir de résurrection ? Je sais pas.

 

Je sais pas. On a pu dire ici et là que vieillir, c’est souvent accepter de mourir un petit peu.

On oublie quand même qu’il s’agit surtout du meurtre de soi-même. Du moins, en partie. Du moins, une certaine idée de soi-même.

Du moins, et c’est le plus important, vieillir, c’est commettre le meurtre de toutes ces personnes qu’on aurait pu être.

 

Et donc, m’y revoilà.

Des dizaines de moi possibles frappent à la porte de mon présent. Il va falloir que j’en dégomme quelques uns. Reste à choisir lesquels. Je suis encore en train de creuser les fosses pour ceux que j’ai trouvé planqué dans cette piaule d’ado. Ceux qui sont parti à la poubelle sous formes de magazines, de vieux cahiers et de jouets cassés.

Ouais.

Va falloir choisir lesquels abattre, à ceux qui frappent.

Mais là, j’ai pas trop la force.

J’en voit un en particulier dans mon viseur, que j’ai pas envie de buter. Un autre à côté de lui me hurle qu’il le faudrait.

 

Dit comme ça, j’imagine que ce que je raconte peut être interprété de cette façon : « Il nous faut choisir qui nous voulons être ».

Y a de ça.

Mais c’est plus complexe.

 

Je pense qu’on ne choisit jamais vraiment de devenir la personne que nous finissons par être.

C’est bien d’avoir un objectif, encore faut-il l’atteindre. Mais le voyage est plus important que la destination qu’on s’est fixée.

On choisit surtout qui on NE veux PAS être.

Et on y arrive pas toujours, en plus.

 

Quant à moi…

 

Si j’avais une façon de vous présenter le fond de ma pensée, de vous expliquer mon ressenti profond d’une façon qui ne me paraisse ni auto-complaisante, ni par trop désinvolte, je vous en ferais part.

 

Mais là, du coup, je vais la fermer.

Révolution. Rêve olution. Ré-évolution. Oh, wait…

13 novembre 2012

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Un peuple mal ou sous-informé est un peuple à genoux. Un peuple sur-informé est mal informé. Il n’y pas de pire dictature que celle de la sur-information. Le peuple n’a pas toujours le temps de hiérarchiser les informations. Dans les faits, il ne le fait jamais. Et c’est comme ça qu’on fait cinq minutes au vingt heure sur la sortie du nouvel i-phone, et qu’on entend quasiment pas parler de l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

L’Histoire ne juge pas. Ce sont les historiens qui le font.

L’insurrection qui vient a été retardée par la sortie du nouveau Twilight et l’album hommage à Goldman. Jean-Jacques, pas Pierre, donc. CQFD.

Le Christ n’était pas chrétien. Marx n’était pas marxiste. Moi-même, je ne me sens pas très bien.

Du pain et des jeux. Des téléphone portables et du foot. Ils ont zlatané la révolution.

Le truc, ça a été ne nous faire croire que la bande-annonce du bonheur passait en accès-prime time, juste avant la fiction du lundi de TF1.

Peur, frustration. Peur de perdre le peu qu’on a. Frustration de ne pas avoir plus. Ceci est le capitalisme.

C’est beau, comme couleur, le noir et le rouge. Le vert, aussi.

Il ne peuvent pas régler le problème de la pauvreté, des précaires, sinon la classe moyenne pourrait se rendre compte que les vrais parasites sont bien au-dessus d’eux dans l’échelle sociale.

Il n’y aura de révolution que si les média décident qu’elle est télégénique.

L’auto-gestion, ça commence par le fait de gérer sa propre vie, déjà.

Le capitalisme ne s’écroulera que quand le prix du pain aura moins d’importance que celui de la vie de celui qui le mange.

Les rêveurs, les utopistes sont dangereux, car ils imaginent. Alors ils nous font rêver de Mercedes, d’Hollywood, utopies de vie jet-set secret-storysées palaces aux Seychelles. Ils imaginent à notre place.

L’alter-mondialisme, c’est bien. Mais je me demande si je ne serais pas plutôt alter-darwiniste.

Les gagnants du Loto, s’ils étaient intelligents, devraient juste garder de quoi se construire une baraque la plus auto-suffisante possible énergétiquement (pour être le plus possible indépendant de l’État), de quoi se sortir deux ou trois fois le SMIC par mois pour le reste de leur vie et donner le reste aux associations ou organisme de leur choix.

Quiconque pense n’est pas en train de consommer.

Il y a la dictature des marchés financiers. La dictature des média. La dictature de la consommation. La dictature du travail. C’est beau, la démocratie.

Je ne pense pas voir la Révolution arriver de mon vivant, car je crois que la civilisation s’effondrera avant.

Important ? Unique ?

18 septembre 2012

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Question simple : Un individu a-t-il une quelconque importance ?

Autant le dire tout de suite, il n’y a pas de réponse évidente.

Je l’ai déjà dit par ailleurs, contrairement à ce que dit la fameuse tirade de Tyler Durden (Fight Club), nous sommes tous des flocons de neige unique et merveilleux. Mais les autres flocons n’en ont rien à foutre. Autrement dit : chacun a raison de se considérer comme unique, précieux, car il sera le seul à vivre cette vie-là, à exister de cette façon. Ou : ce n’est pas ta vie qui est importante, c’est ce que tu en fais, et chaque potentiel, chaque « devenir » possible est précieux. Mais chacun a tort de croire que naitre suffit à justifier cette importance. Croire qu’être un jour né est autre chose qu’un hasard, que cela seul confère à l’existant un droit à réclamer un dû existentiel est une erreur. C’est la porte qui mène au sentiment de supériorité.

Se croire à part, original, unique n’est pas une erreur. Oublier que les autres le sont tout autant est une énorme connerie.

Autre image : nous sommes tous des galets jetés dans un lac. On ne fait pas beaucoup de vague, car tout le monde fait ses propres petites vague. Mais on en fait quand même.

Poussons un peu plus loin. Quelle importance puis-je avoir ? Dans quel contexte ?

1 – Un contexte social. J’ai un rôle social. Une société qui fonctionne bien ne me laisse même pas me demander ce que pourrait être ce rôle. Dans l’Inde classique, un brahmane reste un brahmane, il n’a même pas à se demander ce qu’il est. La société le lui dit. Il n’y a pas si longtemps, en France, un fils d’ouvrier finirait lui-même ouvrier. C’était comme ça, on pouvait le déplorer, mais la société, avec toutes ses imperfections, fonctionnait. Elle était loin d’être idéale, d’être juste, mais ça fonctionnait. Depuis, le libre arbitre, la notion d’importance personnelle, de choix de carrière s’est imposée. Et c’est bien. Mais la société n’a pas suivi, laissant les individus livrés à eux-même, ne les guidant plus. On est passé d’un extrême à l’autre. Et ça, c’est pas bien. Du coup, cette importance, je me crois obligé de la revendiquer, de l’hurler. Et ça finit en cacophonie. Tout le monde crie « aimez-moi ! », mais plus personne n’écoute les autres crier la même chose que lui.

2 – Un contexte communautaire. Ne sachant plus qui je suis, puisque la société ne me le dit plus, je m’attache à un groupe. Je me définis par rapport aux autres avec qui je me sens des liens, réels ou imaginaires. Je suis français, musulman, punk, bourgeois, syndicaliste, etc. avant d’être moi-même. Car je ne sais plus qui est ce « moi ». C’est triste. On se perd à trop vouloir se trouver. Car la deuxième étape, celle qui suit l’adhésion à un groupe, c’est le rejet des autres groupes, perçus au mieux comme négligeables, concurrents, et au pire ennemis. C’est ainsi qu’on se retrouve sans savoir vraiment pourquoi dans une manifestation sans connaître la raison de la mobilisation, qu’on participe à des émeutes, protestant contre un film ou une pièce de théâtre qu’on a pas vu, à voter par peur plutôt que par espoir.

3 – le contexte personnel. Je suis sûr de mon importance, je l’affirme et l’impose. Je suis seul. Et j’en oublie que « qui je suis » est aussi défini par les autres. Vouloir de toutes mes forces imposer que je crois être (ce qui reviens à montrer ma propre importance), c’est être assuré de ne jamais le devenir, ce « qui je suis ». Le résultat en est évidemment un repli sur soi auto-entretenu. Le monde est perçu comme agresseur, et donc je m’en protège. je crois pouvoir me trouver, seul avec moi-même, mais on ne progresse jamais seul. C’est l’opposé du contexte communautaire, où je me définis par rapport aux autres. Là, je me définis contre les autres. Je crois m’être libéré de leur regard, mais j’ai l’impression que leurs yeux sont fixés sur moi en permanence.

Autre moyen, trouver de quoi valider notre importance dans le regard des autres individus (contrairement au contexte communautaire, où l’individu n’existe plus). C’est comme ça que l’on se met en couple sans savoir ce qu’est l’amour, juste parce que l’on remarque, dans le regard de l’autre, qu’on est important. C’est comme ça qu’on se met à l’art par désir de reconnaissance, alors qu’on a rien à dire. C’est comme ça quand s’engage en politique non par idéalisme, mais pour chercher à avoir une importance dans l’histoire. C’est peut-être la moins dangereuse des postures, car je peux finir par réellement tomber amoureux de la personne pour qui je suis important, je peux effectivement produire une œuvre intéressante, je peux en effet marquer l’histoire. Mais bon.

Je ne dois pas chercher à savoir qui je suis, toute réponse est une erreur. Car « je » est mouvant, changeant, multiple. « Je » ne dois pas savoir, « Je »doit connaître. Savoir, c’est avoir des certitudes, c’est le résultat d’un processus qui est souvent basé sur des pré-requis discutables. Connaître, c’est pressentir. On n’a jamais de connaissances de soi autres que des intuitions. Je ne saurais pas pourquoi je suis important, unique avant que cela ne soit évident. Je dois juste garder à l’esprit que je le suis.

En résumé, et pour finir, oui, vous êtes unique, mais c’est pas la peine d’en faire tout un plat. Vous êtes différents. Comme tout le monde.

Ils

28 juin 2012

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Perdus dans un chaos de sentiments agglomérés à leurs égos et si suintants qu’ils glissent dessus, ils se fendent les os et appellent ça la vie.

Ils réclament un dû virtuel, imaginaire et vain.

Aucun effort n’est consenti, tout fut promis, tout fut trahi, mais qui a dit que quoi que ce soit devait être juste ?

Ils pensent vivre, mais ils consomment,

Ils croient jouir, mais ils empruntent, pour une nuit, une heure, ces corps fébriles trouvés au fond d’un verre.

Ils croient aimer, mais ils s’imposent les illusions et les modèles trouvés au fonds des rêves d’autres qu’eux.

Ils veulent tout, exigent tout, ordonnent qu’on leur cède, sans prendre le temps de prendre des coups.

Sans prendre le temps d’apprendre des coups.

Ils confondent révolte et provocation, ils réclament le respect, ils croient qu’on le leur doit.

Tout doit leur être donné, leurs blessures leur semblent plus profondes. Il n’apprennent plus, ils coulent, ils se noient dans les néons, les écrans, les fosses communes de l’information, les autoroutes remplies de milliards de véhicules vides.

Ils baisent en croyant faire l’amour.

S’ils le pouvaient, ils achèteraient des émotions sous cellophane, saines et inoffensives.

Aimer sans prendre le risque d’un coeur piétiné, se souler sans gueule de bois.

Ils ne comprennent pas que la valeur de toute chose est aussi dans son prix.

Le monde est remplis de contraintes et leurs révoltes indignées se cachent dans les replis de ce qui leur résiste.

Ce qui les insupporte.

Comment le monde ose-t-il ne pas se plier à leurs volontés ?

Alors, ils boivent, alors ils dansent, alors ils se jettent les uns sur les autres, se carambolent, se télescopent, chacun est la blessure de l’autre.

Alors ils votent non pas pour un candidat, mais contre la terre entière, ulcéré par l’idée de ne pas être tyrans eux-même.

Alors ils se gavent de molécules, ils se masturbent sur leurs salaires, ils font des gosses comme on joue au sims.

Ils n’ont pas à évoluer, on leur a toujours dit qu’ils étaient déjà parfaits. Du moins, c’est ce qu’ils ont compris.

Ils sont, comme nous tous, des flocons de neiges uniques et merveilleux. Mais ils n’ont rien à foutre des autres flocons.

Alors ils fondent, seuls, et laissent dans leur tombe une flaque négligeable qui n’arrose qu’une boite vide.

Alors, ils reviennent au néant, et le court épisode de leur vie n’aura servi à rien.

Elle ne fut importante que pour eux-même.

Une vie n’a de sens que celui qu’on lui donne.

Et ils n’ont jamais rien donné.

Lettre ouverte à un personnage de nouvelle

18 avril 2012

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Tu sais quoi ? Tu m’emmerdes. Quelque chose de bien. J’ai pas encore écrit une seule ligne de la nouvelle dont tu es le héros (« héros » ! Laisse-moi rire, si tu savais ce que je te réserve…), dont tu es le personnage principal, donc, et déjà, je peux pas te piffrer.

C’est peut-être ça, le problème. Pour cette histoire, j’ai besoin d’un perso assez pathétique. Je dirais même que j’avais besoin, au départ, quand l’idée générale m’est venue, que tu sois antipathique. Je sais pas. Du coup, même si j’ai changé mon fusil d’épaule depuis, j’ai pas spécialement envie de me pencher sur ton cas. L’esquisse de base, bien qu’invisible, reste trop négative. Je suppose qu’elle me renvoie à une personne que j’étais il y a quelques mois, voire années, et que ça me gonfle de ressasser ces vieilles merdes.

Déjà, ça part mal, je sais pas comment te nommer. C’est important, un nom. Ça donne des indications. C’est une piste (qui peut-s’avérer fausse, d’ailleurs) pour le lecteur. Mais toi, je sais pas, tout les noms que je te trouve sonnent… faux. Joshua, Al, non, c’est pas toi.

Que mes personnages me fassent chier, c’est bon, j’en ai pris l’habitude. Merde, je crois même que je sais que je suis sur la bonne voie quand vous commencer à pas vouloir faire ce dont j’ai besoin pour continuer mon histoire. Ça veut dire que vous accéder à une certaine « réalité », que vous existez un peu en dehors de mon seul cerveau. Ça veut dire que je peux plus vous forcer à rien qui soit en désaccord avec ce que vous êtes. Ça veut dire que vous commencez à être des personnages avec une certaine épaisseur. Mais ça, en général, je le découvre (je vous découvre) au fur et à mesure de l’écriture.

Mais toi, non. Toi, il faut que d’emblée, avant même la première ligne, le premier mot, que tu te refuses à ma plume.

Pourtant, je sais déjà tout de toi.

Enfin, je sais ce qui devrait suffire à commencer à te raconter.

J’ai des pages entière de notes, il y a même des trucs là-dedans qui ne seront peut-être pas dans la nouvelle.

Je sais bien que c’est ma faute.

Je t’ai peut-être imaginé trop… désagréable. Et cette impression reste gravée dans mon esprit, quand bien même je voudrais te rendre plus… aimable. Il faut bien que le lecteur s’identifie un minimum.

C’est ça.

Je crois voir mon erreur.

Je t’ai peint en noir et blanc, et j’ai oublié les nuances de gris.

Erreur de débutant.

Mais je suis un éternel débutant.

Excuse-moi pour ce mouvement d’humeur. C’est pas contre toi.

J’y retourne. Mettre quelques nuances de gris.

Et peut-être même quelques couleurs, qui sait ?

Entretien avec un autre vampire

2 mars 2012

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Si l’on en croit les physiciens, tout n’est qu’énergie et matière. En fait, tout est à la fois énergie ET matière, en même temps. Votre corps n’est qu’une onde, une gigantesque fluctuation quantique dans ce qu’il faut bien appeler le néant, ne serait-ce que pour la licence poétique. L’ensemble de tout ce qui est (ce que l’on va finir par caser sous l’appellation tout à fait arbitraire d’univers, ou de Dieu si ça peut vous faire plaisir) n’est qu’énergie et matière, n’est qu’une possibilité quantique. Ce qui revient à dire que, depuis le big bang jusqu’au big quoi que ce soit, de fiat lux à Ragnarok, que l’univers/dieu (matière/énergie) n’est rien d’autre qu’un acte de création fondamental en perpétuelle mutation. L’acte de création comme expression essentielle de l’énergie par la matière ( qui sont, rappelons le, la même chose). Est-ce que ça donne pas un peu de classe supplémentaire au statut de créateur*, bien qu’il n’y ait nul besoin de donner des preuves de la noblesse des troubadours ? Quand j’avais demandé à Chloe von Fyredorff d’où il tirait la volonté de continuer à vivre au milieu de sa propre aura de négativité féroce, c’est quand même à lui qu’on doit les côtés les plus nihilistes du précataclysmisme, la notion de catastrophe imminente, de… Mais je me rends compte que je me perds dans mes phrases (Règle numéro quarante-treize virgule trois, trois, trois… : le créateur précataclysmique ne doit pas chercher à contrôler quoique ce soit, et surtout pas l’acte de création. à moins que ce ne soit l’inverse. Copyright conjoint M.Pantomime et M. Daniels, Jack ). Quand j’avais demandé à Chloe von Fyredörf d’où il tirait la volonté de continuer à vivre au milieu de sa propre aura de négativité féroce, donc (merci Ctrl C, Ctrl V), il m’avait répondu d’aller me faire foutre. Voilà. Énergie négative en plein dans ma tronche, particules-ondes de haine pure.

J’ai rencontré Chloe durant l’été 2002. Mon estimé compagnon de déchéance éthylique Demian S. Coyote ( son second prénom est celui de son père) m’avait confié en main propre, accoudé au comptoir d’un de ces pittoresques troquets des petites rues de Limoges nommé le Duc Etienne, un CD gravé, à la pochette travaillée façon imprimante-deux-couleurs-pour-faire-punk-trois-photos-piquée-sur-le-net-avec-juste-un-filtre-photoshop. Un nom, Chloe. Juste Chloe. Une phrase, Agression is Art. J’ai toujours ce skeud, j’ai appris à aimer la photo en gros plan de cette femme nue agrippée aux barreaux de sa cage. En deux mots, sa(c )cage. Merci. Le son gravé là-dessus (j’ose à peine penser le mot musique, mais il a pourtant profité d’un soupir entre mes lèvres pour s’échapper) est électronique, minimaliste, relativement inécoutable, voire éprouvant et douloureux par moment (par douloureux, je veux dire que j’ai physiquement eu la sensation qu’on m’enfonçait un tournevis dans les tympans une fois ou deux.) Je ne connais personne qui ce soit imposé une écoute complète de ce truc sans subir des lésions cérébrales irréversibles. Haine=énergie=aggression=création=art. Fut-un temps, mon valeureux camarade de psychose Jehm Pöm écoutait ça dans sa voiture. J’en ai froid dans le dos.

Entretien avec un autre vampire dans Archive chloecover

J’ai rencontré l’entité psycho-physique Chloe von Fyredörf quelques mois plus tard lors d’un concert de black metal . Il en résultat un article paru dans le fanzine Mailting Potes de l’association « la pie lotoise », dont voici, à la demande générale des rédacteurs fainéants de cet essai, les meilleurs moments (sélectionnés par un panel représentatif de la population de mon appart ayant la flemme).

(…) Chloe. Un mètre quatre-vingts de peau si blanche qu’elle en était translucide, de maquillage mal appliqué, de cheveux filasses trop noirs pour le visage qu’ils encadraient, de tissus déchirés, d’automutilations diverses, de tatouages à l’absinthe et de cette séduisante arrogance que seuls ceux qui savent de façon intime qu’ils vont mourir jeunes peuvent afficher sans être ridicules. (…) C’était une pute venue de l’enfer pour montrer aux yeux du monde encore quelques anges avant l’effondrement et la fin de la société occidentale capitaliste. C’était Chloe, un Ziggy Stardust à deux balles, un être dont l’existence même était une insulte au concept de « civilisation » et un sacrifice sur l’autel de la décadence. Chloe était, avant toute chose, répugnant(e)**, insupportable, peut-être parce qu’il/elle nous renvoyait l’image de tout ce qui, en nous-mêmes, fait que la race humaine est vouée à l’autodestruction.

(…) Chloe parlait peu. (…) son regard suffisait, mais je ne savais jamais si l’expression triste, sauvage et vaguement condescendante de ses yeux voulait dire : « allons baiser tout de suite dans ta caisse » ou « tu es comme tous les autres, moi compris, un putain d’enculé de fils de pute, fous-moi la paix ». Au contact de Chloe, on avait la franche impression, dans tous les cas, d’avoir affaire avec une entité schizotrope, un être constituant à lui seul la mince frontière entre la santé mentale et la folie. On aurait dit une petite tantouze anémique qui aurait suivi des années de psychanalyse avec William Burroughs comme thérapeute, ou bien la fille illégitime de Jim Morrison et d’une geisha opiomane, gagnant sa vie en vendant sur le Net des photos S.M. et des animations en flash représentant James Dean en train de se faire sodomiser par une Christina Ricci androgyne équipée d’un gode ceinture.

Chloe était le signe évident que certains d’entre nous, la génération Y2K, mourraient jeunes, sacrifiés sur la croix du nouveau millénaire érigée sur les décombres d’un monde judéo-chrétien en perdition.

WE WILL DIE YOUNG.

C’est avec lui/elle que j’ai ressenti pour la première fois l’appel du vide, que j’ai entendu la sourde mélopée venue des abysses les plus sombres de l’esprit humain. Nous sommes destinés à la déchéance, et ceux qui le savent crient si fort que leurs corps se stigmatisent pour expier cette connaissance impie. Chloe était à la fois Adam, Eve et Lilith. Le fruit de la connaissance lui avait brûlé la langue et laissé sur son âme le goût aigre-doux du sperme, de la lumière artificielle et des cris. Le goût de la chute. Nous tombons ensemble, juste pour ne pas être seuls.

Rencontre de Chloe par Durf667 le 25/11/2002.

Paru sous le titre Chloe dans Mailting Potes n°H2.

 

Voilà. Je pense que vous avez tout en main. J’espère que vous avez envie de connaître dès à présent les productions de ce cerveau-là, celui de Chloe von Fyredörf. Neurones=matière=électricité=energie=création. Énergie chloeienne dans ta face. Allez en paix, mes enfants, et bon courage.

 Les masochistes peuvent écouter « Agression is Art » ici et .

 

Durf 667, Toulouse, 16/08/2005.

 

*Môssieu Demian S. Coyote, escroc intellectuel, ce qui est mal, et qui lit par-dessus mon épaule en ce moment même, ce qui n’est pas très joli-joli non plus, me signale mes conneries et me réprimande en conséquence. A la place de créateur, j’avais écrit le mot artiste, ce qui est effectivement une belle connerie. Il a instantanément vomi sur mon clavier, ce qui va d’ailleurs m’interrompre dans la rédaction de cette préface alors que j’ai autre chose à faire. Rappelons la Règle numéro moins infini du précataclysmisme : artiste, c’est un boulot, créateur, c’est un état. Et l’état, c’est moi.

Ol’ Man Sid dans un jour où il se sentait d’humeur taquine.

 

**J’ignorais encore quand j’ai écrit ce texte si Chloe était un mec ou une nana, rapport à son androgynie forcenée. Les filles de l’internat du lycée catholique Sainte Cindy de Bourg-la-Chignole, dans le Bas-Rhin, m’ont assuré que Chloe possédait tout ce qu’il fallait pour pallier la pénurie en cierge dont souffrait à cette époque la vénérable institution, on se demande bien pourquoi.

Se sortir la merde de la tête, et les doigts du cul

23 janvier 2012

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Y a des jours, comme ça… Et y a des jours tous les jours…
La révolution commencera sur un malentendu.
Si elle commence jamais.
Polybe : anacyclose.
Monarchie, Tyrannie, Aristocratie, Oligarchie, Démocratie, Ochlocratie.
Commence déjà par la faire dans ta tête, la révolution.

Des réveils comme ça, j’en voudrais plus jamais, ou alors tous les jours.
Envie de s’immoler par le feu devant le Palais Bourbon.
Envie de tirer à vue dans la rue sur les passants. Pour enfin provoquer une réaction.
Envie de se foutre en l’air pour des motifs philosophiques.
Envie de tous vous laisser dans votre merde.

Question : La révolution peut-elle être faite par des misanthropes.
Calculatrice autorisée, vous avez quatre heures.

Quand je serai grand, je veux être ermite, avec l’ADSL.

Les élites ne se rendent même plus compte qu’elles constituent une élite, justement. Elles sont persuadées d’être légitime, et plus intelligentes que les masses qu’elles prétendent représenter. C’est peut-être vrai, d’un point de vue intellectuel et culturel. Mais ce n’est pas une raison. À force d’avoir systématiquement raison, de leur point de vue, leurs idées consanguines ne s’opposent entre elles qu’en apparence.

Tout le monde est persuadé qu’un égoïste, c’est quelqu’un qui pense pas à lui. L’empathie, c’est bon uniquement pour permettre aux autres de se mettre à Ma place. Alors, pourquoi ils le font pas ? Les enculés…

« Indignez-vous »…
Mais c’est nul, l’indignation.
Être indigné, c’est se couvrir la bouche, ravaler un haut-le-coeur et dire « Oh ! C’est pas bien, car c’est mal ! », avant de repartir chez soi pour pas rater le match de foot.
C’est pas s’indigner, qu’il faut faire.
C’est juste un début.
C’est foutre le bordel, qu’il faut faire.
Mais c’est plus risqué.
Ils risqueraient de vous sucrer les APL.

Je voudrais simplement qu’on me laisse la possibilité de ne plus participer à ce merdier qu’on nomme la société. Mais on me laisse pas le choix.

Jusqu’à une époque pas si éloignée, ceux qui étaient radicalement opposé au système tel qu’il se présentait à eux avait toujours une échappatoire : se barrer. Traverser l’Atlantique, traverser l’Amérique jusqu’au pacifique, créer une communauté en Afrique noire, peupler une île déserte et envoyer tout le reste du monde se faire foutre. Le drame du XXème siècle, c’est l’abandon de la conquête spatiale. Les fous, les inadaptés, les rebelles et les paumés n’ont plus nul part où aller.

Il ne veulent pas de lendemains meilleurs, ils veulent un présent confortable, sans danger, et agréable.

Les pieds dans la merde, mais le poing levé.

La révolution ne sera pas télévisée. La révolution n’aura pas lieu tant que le peuple ne se verra pas à nouveau lui-même en tant que peuple. Là, il se voit essentiellement en tant que groupe d’individus distincts et égoïstes.

C’est pour ça, je te le dis, camarade, commence par faire la révolution dans ta tête. Tu verras bien ce qui en sortira ensuite. Le monde risque de rester bien dégueulasse, mais toi, t’auras avancé.

Ils ont essayé de la faire, leur révolution, en 68. Mais maintenant que leur génération est au pouvoir, ils disent, un sourire en coin, « Ah la la, qu’on était cons… »
Ça va, vous vous êtes bien marré ? Parce que nous, vous savez, vos gosses, on a pas tellement envie de rire, maintenant, là, tout de suite.

Se sortir la merde de la tête, et les doigts du cul.

La Rage, camarade, la Rage…

Je sais pas/Je sais.

29 décembre 2011

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Je sais pas.

Je sais pas.

Je sais pas si tu te rends compte.

Je sais pas.

Je sais pas si je me rends compte.

Je sais pas.

T’es pas dans la merde.

Je suis quand même vachement compliqué, paumé, à l’ouest.

Je ne sous-estime pas ta paumitude.

Mais bon.

Tu vas en chier.

Je sais pas.

Je vais en chier aussi, remarque…

J’ai pas envie de te faire du mal.

Je veux pas.

Je veux pas.

Je sais pas.

Je veux pas.

Mais ça pourrait bien arriver.

Quoi ?

Tu me dis que t’es paumée aussi ?

Que je vais en prendre plein ma gueule ?

Mais c’est moi qui suis venu te chercher.

Sans savoir ce qui se passait dans ton crâne.

Sachant à peine ce qui se passait dans le mien.

En m’en foutant, à la limite.

J’assume.

J’assume.

Je sais pas.

J’assume.

Quinze, ou quatorze jours, c’est trop peu.

Ou pas assez.

On s’en fout.

On s’en fout.

JE m’en fous.

Je sais pas.

Je veux.

Je veux.

Je veux.

C’est l’essentiel.

Ça me suffit.

Et toi ?

Es-tu sûre ?

Je sais.

Tout ceci est profondément narcissique.

Je me soigne.

Je sais.

Je veux pas de faire du mal.

Je veux pas.

Mais je prends le risque que ça arrive.

Je prends aussi le risque de me faire du mal, à moi.

Et toi ?

Et moi ?

Je sais.

Je sais.

Je sais.

Je sais.

Je veux.

Je veux essayer.

Je sais.

Historique du précataclysmisme

26 novembre 2011

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Le précataclysmisme est né d’une blague. 2004, ma dernière année d’étude, cours de littérature comparée sur Volodine et le post-exotisme. Je me souviens d’une heure de cours où sont abordés les thèmes des courants littéraires, le post-modernisme, les genres, etc.

Bref, j’aimais bien l’idée de l’écrivain qui crée, en quelque sorte, son propre genre, parce qu’il ne se reconnaît dans aucun genre pré-existant. Ça induit une certaine liberté. Et puis, j’avais l’habitude de ne pas me sentir à l’aise dans les cases. Suis-je un grunge, un punk, un situationniste, un intello, un petit con ? Je suis tout ça à la fois, et en même temps, je ne suis rien de tout cela, en un sens.

J’avais sorti dans un article de fanzine l’idée de la génération Y2K (pour year 2K, c’est à dire années 2000), piquée et détournée d’après un essai de Poppy Z. Brite. En gros, pour moi, la génération Y2K, c’est celle qui avait vingt piges, ou peu s’en faut, en l’an 2000. C’était un écho de la génération X, quoi.

J’ai développé. J’ai sorti de mon crâne, à partir de là, le précataclysmisme. L’idée de base était que ma génération était peut-être la première qui verrait de son vivant s’effondrer l’hégémonie de la civilisation occidentale sur le globe, et qui le savait. Elle attendait une catastrophe mal identifiée, politique, écologique, sociale ou autre. Ou tout ça en même temps. S’en suivait toute une série de constats visant à mettre en place un « mouvement » littéraire et philosophique fictif, basé un peu sur les surréalistes ou la Beat generation. Critiques sociale, artistique, tout ça.

Mais à la base, c’était quand même une grosse connerie. Rien de tout ça n’était très sérieux. Mais les divers auteurs précata sont un à un sorti de mon crâne, j’ai commencé à plancher sur recueil qui ne devait jamais voir le jour (j’aurais dû me taper un trip DIY, les photocopies, c’est le bien, mais qui sait…)

Sept ans plus tard, j’ai évolué, et cette idée avec moi. Elle est toujours aussi peu sérieuse. Mais à présent, je me rends compte qu’à force de chercher à définir cette vanne, à mettre au jour ce concept foireux, à réfléchir dans le vent pour expliciter ce truc bizarre, il s’est passé un phénomène étrange et inattendu.

C’est moi-même que je cherchais derrière ce masque de l’escroquerie littéraire. La philosophie précataclysmique, c’est la mienne. Les conflits fictifs entre les auteurs (Demian et Chloe s’engueulent fréquemment), ce sont mes batailles intérieures. C’est justement parce que je n’ai jamais pris tout ce délire trop au sérieux que ça s’est passé comme ça.

Les interrogations précataclysmiques sur le monde, la politique, la société, le rapport à l’autre, sont les miennes. Tout comme les réponses éventuelles que j’y apporte.

Et le fait que certains ailleurs que dans ma tête semblent s’y intéresser ne cesse de m’étonner.

Petit lexique non-exhaustif du précataclysmisme

28 octobre 2011

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Absurde : Le monde, l’univers, tout, absolument tout est absurde. Vos proches ne comprennent jamais vraiment ce que vous voulez dire. 99% de la vie sociale est construite sur des malentendus. Le sens qu’on trouve est donné par nous-même, il en est d’autant plus important (voire Contrôle.)


Anarchisme : Ne reconnaître aucune autorité autre que celle issues de sa propre éthique.


Combat : Le précataclysmiste est toujours un combattant, comme un Jacob luttant perpétuellement avec l’ange, symbolisant sa propre vie, sa propre personne.


Contrôle : Toute tentative de contrôler quoi que ce soit est inutile. Le battement d’aile, le papillon, tout ça. Mais nous sommes tous des papillons.


Destin : « On ne veut jamais que son destin » (Thomas Mann). Chacun a son destin, qu’il se construit lui-même, tout comme il choisit le sens des choses et des événements.


Dionysiaque : Face aux sociétés humaines, profondément apolliniennes (pleine d’ordre, croyant au progrès, professant l’idée de la perfection personnelle comme but à atteindre pour chacun), le précataclysmiste se réclame du pessimisme dionysiaque. Il en appelle à sa propre imperfection pour se découvrir lui-même, il espère les erreurs qui le font avancer. Il oublie l’absurde au travers de la joie.


Éthique : Et même, « éthique amorale ». Une trace d’idéalisme apollinien appliquée à sa propre personne. C’est bien beau de trouver le monde dégueulasse, encore faut-il prendre la peine de ne pas le pourrir encore plus de par son propre comportement. C’est à chacun de trouver sa propre éthique et d’essayer au maximum de l’appliquer. C’est pas facile.


Exil : Le retrait du monde temporaire, quand il se fait trop dur, trop agressif, trop mauvais. Il peut être physique (l’ermite dans la forêt), mais aussi et surtout mental (alcool, drogue, sexe, par exemple). L’exil est une situation, la joie en est une forme, la plus apaisée et la plus belle.


Gnose : Le matériel est mauvais, le spirituel est bon, disaient les cathares. Voilà. Le monde EST mauvais, aucune société humaine ne pourra le rendre bon. La salvation ne peut être qu’intime et personnelle.


Hédonisme : Pour atteindre la joie, le plaisir et la recherche du plaisir peuvent aider. Le piège étant dans le désir qu’ils peuvent provoquer dans une âme, cause de souffrance (Dionysos n’a pas toujours raison). Mais l’hédonisme n’est pas mauvais en lui-même. C’est un cheval sauvage qu’il faut dompter en permanence, en tenant compte de l’éthique.


Idéalisme : C’est ça justement : une idée de ce que le monde et nous-même pourrions être, tenter de l’établir, échouer, mais progresser humainement en essayant. Car Apollon n’a pas totalement tort.


Joie : Le moment parfait où l’humain est pleinement dans la situation, où l’absurde est oublié, où la rage et l’éthique l’ont amené à enfin être réellement et absolument lui-même. La joie est éphémère mais justifie tout le reste, elle est une promesse, un aperçu, un rappel.


Nihilisme : L’absurde dit que rien n’a de sens. La gnose dit que le monde est mauvais. Le précataclysmiste est donc forcément nihiliste, ce qui ne veut pas dire qu’il voudrait forcément tout détruire. C’est juste qu’il ne croit pas en les idéalismes politiques, religieux ou autres qui tiennent la plupart des êtres humains. Il sait que la joie est ailleurs.


Précataclysmisme : La fin du monde doit toujours être prévues pour le soir même.


Rage : Une façon de transformer les émotions négatives destructrices en quelque-chose de positif. La rage empêche de se résigner et de baisser les bras. Elle peut porter loin. La colère, le désespoir, ne peuvent que vous aider à vous détruire. La rage peut vous aider à construire quelque chose.


Réalité : Il n’existe pas de Vérité objective, seulement d’innombrables Réalités subjectives.


Situationniste : Il n’y a pas de passé ou de futur, il n’y a qu’aujourd’hui. Il n’y a que la situation présente, riche de potentiel, pleine de ce qui fait l’humain. Le précataclysmite peut donc être vu comme un situationniste.


Souffrance : Le prix à payer pour avoir droit à la joie, si tant est qu’on utilise la rage que la souffrance engendre à bon escient, qu’on ne se laisse pas submerger par la négativité et l’anti-vie qui l’accompagne.

Recueil de citations anti-appoliniennes, ou La fin du monde est pour ce soir depuis 2000 ans (au moins).

10 octobre 2011

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« Pouvez-vous résister à de si doux penchants,
Et, dans ces tristes lieux, consumer vos beaux ans? »

Pétrone, Le satyricon (Ier siècle.)

 

 

 

« Si la chair est venue à l’existence à cause de l’esprit, c’est une merveille ; mais si l’esprit est venu à l’existence à cause de la chair, c’est une merveille de merveille. Et moi, je m’émerveille de ceci : comment cette richesse s’est-elle mise dans cette pauvreté ? »

Le logion 29 de L’Évangile selon Thomas (Texte chrétien gnostique du IVème siècle.)

 

« D’eux il en fut ainsi

que du chèvrefeuille

qui s’était pris au coudrier.

Lorsqu’il y est bien enlacé

et roulé autour du bois,

ensemble ils peuvent bien durer ;

mais si on les sépare,

le coudrier meurt bientôt

et le chèvrefeuille également.

Belle amie, il en est de même de nous :

ni vous sans moi, ni moi sans vous. »

Marie de France, Lai du chèvrefeuille à propos de Tristan et d’Iseut (XIIème siècle.)

 

« La pluie nous a lessivés et lavés
Et le soleil nous a séchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont crevé les yeux,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais un seul instant nous ne sommes assis;
De ci de là, selon que le vent tourne,
Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
Plus becquétés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre! »

François Villon, La ballade des pendus (XVème siècle.)

 

« Je veux m’allier au noir désespoir contre mon âme et devenir l’ennemie de moi-même ! »

William Shakespeare, Richard III (1593).

 

« De quelle espèce sont donc tous ces gens, dont l’âme n’a pour assise que l’étiquette, dont toutes les pensées et tous les efforts ne tendent pendant des années qu’à avancer d’un siège vers le haut bout de la table ?»

Goethe, Les souffrances du jeune Werther (1774).

 

« Et si je ris de toute chose ici-bas,

C’est afin de n’en pas pleurer. »

Lord Byron, Don Juan (1819).

 

« Je suis le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé. »

Gérard de Nerval, El desdichado (1854).

 

« Il est bon d’apprendre quelquefois aux heureux de ce monde, qu’il est des bonheurs supérieurs aux leurs, plus vastes et plus raffinés. »

Charles Baudelaire, Le spleen de Paris (1869).

 

« Les hommes chantent parce qu’ils ont goûté à la mort. »

Tristan Tzara (début du XXème siècle.)

 

« L’Emissionniste n’est pas un être humain. Il est le Virus Humain. (Tout virus procède de cellules détériorées menant une existence parasitaire : il éprouve une affinité spécifique avec la Cellule Mère, et c’est ainsi que les cellules hépatiques délabrées se dirigent vers le berceau de l’hépatite et autres maux. Il en résulte que chaque espèce a son Maitre Virus : l’image pervertie de l’espèce elle-même.)
L’image pervertie de l’Homme évolue de minute en minute, de cellule en cellule… la misère, la haine, la guerre, gendarmes et voleurs, la bureaucratie, la folie, tout les symptômes du Virus Humain. »

William S. Burroughs, Le festin nu (1959).

 

« Dans un monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. »

Guy Debord, La société du spectacle (1967).

 

« Oh we’re so pretty

Oh ! So pretty

Vacant ! »

Johnny « Rotten » Lydon, Pretty vacant (1976).

Je et Moi

26 septembre 2011

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Qu’écrire quand on a rien à dire ?


Chaque jour ressemble au précédent. En pire, en mieux, qu’importe ? Je a trop fouillé dans la boue, Je a trop remué la merde.

Je en apprends un peu plus. C’est une exhumation. Ce n’était pas mort, ça a à peine vécu. Mais c’est enterré quand même.


Archéologue de soi-même. Chercher le trésor enfoui, les ruines, les fondations.


Je est Moi.

Je n’est pas ce que Je croit être.

Je est perdu en Moi comme dans un temple oublié..

Je ne trouve pas Moi.

Alors que Moi est partout autour de Je.


Je aime, désire, veux, Je aspire, Je cherche et cherche encore.


La constante schizophile d’un esprit. Scinder ce qui n’est pas appréhendable tout d’un bloc. Transformer Je en Nous. Pour le comprendre. Pour lutter.

Pour se disputer, pour perdre, pour vaincre.

Pour se perdre, pour se vaincre.


La crasse. Vautrée dans la poussière, cuisant au soleil.

Mouches, cafards.

Évier plein de vaisselle, lit défait, sol moutonneux.

Cendriers pleins.

Demain.

Nous a choisi ce que Je serait aujourd’hui.


Abandonner une lutte pour une autre, laisser faire, laisser crever.

Essayer.

Dire adieu. Remplacer un désir, une aspiration par un désintérêt global. Y croire.

Pour un temps.


La vérité, quelle vérité ? Je n’est que réalités changeantes et précaires, contradictoires, éphémères.

Une cicatrice par réalité.

Choisir.

Je est dubitatif.

Moi sait.

Mais Moi ne dit rien.

Moi est.


Plus de sucre pour le café.


Je s’esquisse.

Je s’aperçoit.

Je est Nous est Moi.

Nous se déchire.

Je observe.

Moi attend dans sa tombe obscure et froide.


Moi a tout son temps.

Je fais aussi vite qu’il peut.

Éthique

13 septembre 2011

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Qu’est-ce que l’éthique ?


Il me semble souvent que notre époque en manque.

Chacun a la sienne propre, différente de celle des autres, unique, personnelle, sacrée.

Elles se contredisent, s’opposent, ces éthiques concurrentes.

La question n’est pas là, la mienne n’est pas forcément meilleure que la tienne.


Car chacun a la sienne.

Et chacun la trahit.


Oh, bien sûr, tout un chacun s’imagine en parangon de vertu ! On s’excuse à soi même ce qu’on condamne chez autrui.

On trouve des raisons. On atténue, on rejette ailleurs la faute qui nous incombe pourtant. On trouve toujours quelque chose ou quelqu’un sur qui déverser l’opprobre qui nous revient.


Si on sait que c’est mal, si c’est trop évident, et bien… qu’importe ! Est-ce si grave ?


L’individualisme de notre temps, son égocentrisme exacerbé nous conduit à nous masquer l’évident, à créer des mensonges qui nous abusent nous-même, à dépraver nos âmes.


« Je l’ai fait, c’est mal, mais bon, tout le monde le fait ! »


C’est pas une raison.

Nos actes sont immortels.

Chaque ride de nos visages, chaque cicatrice de nos âmes en est la preuve.

Dorian Gray.

Chaque regard détourné du miroir.


Le monde est dégueulasse.

L’être humain est vil.

OK.

Bien.

Et alors ?

Est-on obligé de le pourrir encore plus ?


Des explications à nos erreurs, d’accord.

Des excuses à nos péchés, jamais.

L’erreur assumée fait avancer.

Le péché sans contrition nous enchaine.

On est toujours seul à en payer le prix, à la fin.


J’en connais, moi le premier, qui perpétuent sans cesse un crime unique, sous divers déguisements. Tous le font, à un degré ou un autre.

Quelque chose de contraire à soi-même, mais toujours pardonné avant même d’être commis.

Sommes-nous donc tous forcés de nous conformer à certaine image que nous et/ou les autres avons de nous-même ?


« Je suis comme ça, j’y peux rien. »


Et on change d’éthique.

On s’accommode.


C’est pourtant faux.

Mais tellement plus facile.

Éthique ?

Trouve la tienne.

Tiens-y toi.


Et ferme ta gueule.

Wendigo

30 août 2011

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J’étais persuadé d’avoir posté de texte ici il y a déjà plusieurs mois, mais je viens de me rendre compte qu’en fait non. Comme je l’aime beaucoup, le voici.

 

 

« Celui qui vénère Râ ne peut qu’être fasciné par Apophis ».

Ian Tombstone, Le Manifeste des Intouchables, 1981.


Confusion. Synesthésie involontaire, désagréable. Douloureuse. C’est un feu glacial qui court dans mes veines, un sommeil conscient qui alourdit mon âme et caresse mes nerfs. Plus vivant que jamais, plus mort que d’habitude. C’est un état subtil, un sentiment amer, une impression obscure, qui se définissent d’abord par ce qu’il ne sont pas. Sevrage. Vide. Absence.


Il existe un froid plus intense que tout ce que le climat peut imposer au corps. Une couche de givre électrique et tenace qui paralyse les neurones, court-circuite les synapses, rend l’âme bleue et vide. Ce n’est pas la solitude. La solitude, ce n’est qu’un aspect de ce néant primordial et innomé, ce sentiment premier qui règne sur l’humanité de façon aussi certaine et absolue que peuvent le faire l’Espoir, le Désir, la Foi et toute leur famille. C’est le grand frère bâtard, mis au ban de la famille, qui poussent les hommes à vivre et à mourir tout autant que les autres, mais qui fonctionne en négatif, qui se définit par l’absence dans un esprit de tout le reste. C’est cet état que vous connaissez bien, quand vous êtes trop fatigué pour même considérer le suicide comme une option éventuelle. Ça vous demanderait trop d’effort.


C’est l’absence d’Espoir et de Désespoir, d’Amour ou de Haine, de Désir ou d’Ascèse, de Foi ou de Sacrilège. C’est la Paresse ultime, l’Absence de tout, le Gel de l’âme.


J’étais pris dans un tel blizzard. J’ai toujours eu une certaine tendance masochiste consistant à me laisser engourdir par la tempête, la tentation de disparaitre dans une bourrasque tout en restant immobile, mais ça ne marche pas comme ça. J’ai beau considérer l’Absence comme le Mal ultime, j’ai beau affirmer préférer que des calamités s’abattent sur moi plutôt que rien du tout, ce Rien m’attire et me fascine. C’est mon plus cher ennemi, ma Némésis ultime, mon désert de glace. Et j’avais tellement froid.


Peu importe la durée de l’hiver, tant que l’été revient.


« Elle » fut moins qu’un été, mais bien plus qu’une flamme. « Elle » fut de ces brasiers dont on fait les bûchers, une tornade inattendue de flammèches innombrables, un torrent de lave en fusion. J’avais eu tellement froid… Quand on a tant subi l’air glacé et tranchant, on ne redoute plus les brûlures. Voire, on les désire, on va à leur devant comme on va au combat, on les étreint, on les embrasse, on les aime. On s’en nourrit, on s’en repait, on se couche sur les braises pour en recevoir les baiser et les caresses. Aujourd’hui, ces brûlures sont tout ce qu’il me reste pour lutter contre l‘air glacé.


Corps contre corps, esprit contre esprit, âme contre âme.

Feu contre feu.


C’est une vieille histoire. Les feux les plus ardents sont ceux qui s’éteignent le plus rapidement. Aujourd’hui, il n’en reste que des braises. Et les cloques cramoisies des brûlures. Mais, au moins, j’ai eu chaud.


J’aimerais, par moment, rallumer ce feu, si je le peux encore. Mais serait-ce souhaitable ? Je n’en sais rien. Vraiment. J’ai moi-même choisi, voyant le feu mourir, de laisser les cendres recouvrir les braises, de laisser les flammes disparaitre dans le vent. C’est mieux ainsi. Nul ne peux de lui-même ni raviver, ni éteindre ce genre de feu. Il vaut mieux les regarder mourir, se frotter les blessures, en être fier et heureux, et verser une larme sur ce qui aurait-pu être.


Mais il m’arrive, parfois, quand le froid me saisit, quand le noir glacé de ma chambre hurle contre « son » absence, quand le rien polaire à mes côtés pleure « sa » chaude présence enfuie, quand la neige se remet à tomber, il m’arrive, disais-je, de rêver que le vent se lève, balayent les cendres et ravive les braises.


Et ensuite, j’ai froid.

Rêves et réalités.

25 août 2011

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Il y avait longtemps qu’un rêve ne m’avait tiré du lit en pleine nuit.

Un petit bail, en fait.

Il faut savoir que mes activités oniriques restent en général relativement nébuleuses une fois l’éveil atteint. Je n’en garde que des impressions, des ambiances.

Rien à voir avec les cauchemars qui parfois m’assaillent et me tourmentent.

Ce n’est pas non plus le genre de rêve trop beau pour que le monde de veille n’en paraisse pas gris et vide.

C’était juste un rêve.

Reflets d’aspirations passées et de futurs improbables.

Avertissements muets sur des événements à venir ?

Possible.

Tordu, mais possible.

Il y a des émotions qu’on traine comme un mauvais rhume, comme des sinus malades, comme un foie fatigué.


Les deux types discutent. Ils semblent s’apprécier. Leur conversation porte sur un conflit éventuel qui pourrait les opposer. Ils fuient les mots exacts, comme si verbaliser certaines choses les rendrait réelles.

Comme si les entendre ne leur permettait plus de les ignorer.


La question est : pourquoi j’en ai quelque chose à foutre, de ce qui m’a tiré du lit ?

Es-tu bien sûr que tu ne caches pas la jungle derrière un arbre minuscule ?

Ça doit être ça.

Certaines aspirations humaines ont besoin d’être mises au jour.

Certaines soifs doivent être étanchées, même si un désert doit être traversé.

La raison n’a rien à voir là-dedans.

Mais la raison, dans certain cas, et surtout dans ceux qui ne la regardent pas, est parfois le seul recourt possible.


D’autres amis sont présent. Ils semblent observer un combat à naitre.

Ce n’est pas qu’ils s’en délectent, mais le débat semble intéressant.

Rien n’est dit.

Mais tous savent.


Et donc.

Quoi faire ?

Quand on vit tous les jours en partant du principe qu’on ne se souvient jamais de ses rêves, la moindre réminiscence prend une certaine importance, du moins au niveau du symbolique.

Alors, être réveillé par un rêve ! Pensez donc !

Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que ça ne veut rien dire de plus qu’un rêve m’a tiré du lit.

Peut-être est-ce juste le premier d’une longue série, accompagnant un processus d’évolution que j’ai moi-même engagé.

Peut-être suis-je trop focalisé sur certains aspects de ma vie au détriment des autres, et que je dois y faire quelque chose.

Peut-être que je sais déjà tout et que j’ignore le savoir.

Peut-être est-il juste temps de faire face à la réalité.

Pèlerinage

30 juillet 2011

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J’étais parti. Pause. J’étais parti sans but précis, à part peut-être celui de me trouver moi-même, ou du moins une partie significative.

Je n’ai pas trouvé.

En tout pas, pas celle que je cherchais, inconsciemment ou non.

Mais je reviens avec une carte, un plan, un mode d’emploi. Pas forcément très exact, mais c’est déjà un début. C’est un peu comme une notice de montage IKEA, ou le manuel de Photoshop. Du genre où ceux qui les ont écrit partent du principe que celui qui serait susceptible de s’y référer n’en a aucun besoin.



Et me revoilà dans ce coin. J’y ai trainé mes docs un paquet de temps, mais là, faut reconnaître que ça faisait un bail.

Retour sur les lieux d’une adolescence, d’un passage, du seuil entre inconscience et réalité.

Un sacré bail, donc.

Je me retrouve adossé à cette souche, au bord de la route. J’ai deux heures à tuer. J’attends la suite des événements.

L’ombre des feuilles joue sur le papier de mon bloc. Il y a une légère brise. L’air est assez pur pour physiquement me fatiguer, mais même cette lassitude est agréable. Presque suave.

J’attends, seul, heureux de l’être, perdu en moi-même.

La chaleur du soleil sur ma nuque, le bruit du stylo sur le papier. Une odeur d’herbes coupées.



Je ne sais pas.

Ce que je sais, ou crois savoir, c’est ce que je ne suis pas. Ou plus.

Ces « archives » qui prennent la poussière dans ma chambre d’ado. Traces. Paroles de chansons. Poème.

Très teenage.

C’est moi, ça ? C’était moi ?

À l’époque, j’y croyais.

Cette piaule est comme un quartier abandonné, déserté, d’une ville quelconque. Les maisons tombent en ruine, mais la municipalité y est trop attaché pour les abattre et reconstruire autre chose.

C’est encore un peu ma piaule, Cobain partout sur les murs est encore là pour en témoigner. Certains posters ont perdu leurs punaises, murs usés près à s’abattre sur les décombres d’un passé.

Des bouquins poussiéreux trainent encore sur des étagères conquises par quelques araignées.

Ce n’est pas encore une pièce récupéré pour un nouvel usage. Pas entièrement. On sent bien qu’elle sert un peu d’entrepôt, de placard.

Mais il y a beaucoup de moi, encore. Un moi issu du passé ? Que restent-il de moi ici ?

 

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Des fantômes.


Des reflets de jadis.


Moi, ou un autre, ou les deux à la fois.


Il y a trop de fantômes, ici.


Ou pas assez.



Les gens changent, mais pas tant que ça.

Les sculptures sont différentes, mais l’argile restent identique. Se modelant elle-même sans s’en rendre compte.

Elle accuse les autres des fêlures qu’elle s’inflige.

Elle s’accable toute seule de se blesser autant.



J’étais parti.

Je suis revenu.

Pas de réponse, donc.

Pas de discernable, en tout cas.

Peut-être de meilleures questions.

J’étais parti à la recherche de moi-même ?

J’ai trouvé autre chose.

Quoi ? Je n’en sais encore rien.

Ce qui est sûr, c’est que je l’ai trouvé.

Arcane VIIII : L’Hermite

5 juillet 2011

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Parfois

L’extérieur agresse.

Je suis tellement mieux chez moi.

Le soleil tape, le ciel est bleu, mais je ne le sais pas.

Les stores resteront fermés.

Dehors blesse.

Ici, à l’intérieur, il n’y a que moi,

Et c’est bien suffisant.


J’étais loin. Ailleurs.

On ne peux pas rester loin longtemps,

C’est comme un phénomène de marée.

Ça va, ça vient, ça avance, ça reflue.

Là-bas, rien n’attaque, mais on peux quand même s’y blesser.

On ne sait jamais ce qu’on va y trouver.

C’est là,

Ou pas.

Et il faut faire avec.



* *

*


Elle se dit que le ciel est le même partout, qu’il suffit de le regarder pour se rapprocher spirituellement de ceux qui nous manquent, pour se dire qu’ils regardent peut-être le même ciel. Après tout, il n’y en a qu’un, de ciel.

Son corps reste assis dans fauteuil, un rayon de soleil lui cuit l’épaule, mais peu lui importe. Le ciel appelle son esprit, là où ce qu’elle n’a pas se trouve. L’odeur du café, la fumée de sa gauloise, la chaleur sur son épaule, le bleu dans la fenêtre l’entraine ailleurs, vers un lieu peut-être imaginaire, mais pourtant bel et bien réel.



* *

*


Je cherche qui ? Quoi ? Est-ce que je cherche, d’ailleurs ? Qui suis-je ? Que suis-je ? Suis-je quelque chose ? Pourquoi ? Comment ? Est-on sensé être quelque chose ? Quelles sont les réponses ? Suis-je prêt à les entendre ? Est-ce que ça servira à quelque chose ? Que faire d’autre ?



* *

*


Il y a une lumière, loin, là-bas, à l’intérieur. Elle éclaire tout. Elle dit tout.

Certains l’ignorent, et passe à coté, ne sauront jamais, le royaume des cieux leur appartient.

Certains la voient, et cherchent à l’atteindre.

Certains ne la trouvent jamais.

Certains ne supportent pas ce qu’elle met en évidence.

Certains ont peur de voir.

Certains sont aveugles.

Et moi, je ne sais plus si mes rétines sont brûlées ou si je n’ai jamais vu.



* *

*


Parfois

L’extérieur agresse, mais le dehors existe pourtant.

Je suis mieux chez moi, pour l’instant, mais ça ne durera pas.

On ne fuit pas éternellement.

Dehors blesse, parfois, mais dehors apporte bien d’autre chose que la douleur.

Ici, à l’intérieur, il n’y a que moi,

Et c’est suffisant, pour l’instant.

Mais « moi » n’est intéressant que face ou aux cotés des autres.


J’étais loin. Ailleurs.

Et je reviens.

On ne peux pas rester loin longtemps,

C’est comme un phénomène de marée.

Ça va, ça vient, ça avance, ça reflue.

Là-bas, rien n’attaque, mais on peux quand même s’y blesser.

Je ne suis pas sûr de ce que j’y ai trouvé.

C’est là.

Et il me faut faire avec.


Le combat reprend.

J’en sais plus.

Je crois.

En tout cas ce qui fait « moi »,

Aussi confus que ce soit,

Je l’ai entraperçu.

Je serai toujours « ça », « moi ».

Quoi que ce soit.

La lanterne éclaire le chemin.

L’Hermite sait, mais ne dis rien.

Il indique le chemin.

C’est déjà ça.



* *

*


Ce n’est pas une source constante de lumière. Plus un flash qui éclaire ce qui est dans l’obscurité. Il faut être attentif pour bien saisir ce qu’il dévoile. Il faut le chérir, ce que tu vois, car c’est « toi ». ou du moins une partie. À présent, je ne suis pas certain de ce que j’ai vu cette fois-ci.

Je ne suis pas sûr que ça me plaise.

Mais c’est là.

Mon chemin est moins sombre.

Je suis de retour.

C’est comment qu’on freine ?

7 mai 2011

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C’est ce genre de journées improductives au possible, quand la démotivation le dispute au rejet global de toute tentative de même essayer de se motiver à quelque action que ce soit. Au départ, j’étais parti, je voulais, j’avais l’intention de rédiger un article sur le nihilisme, le pessimisme et le cynisme. J’avais rassemblé la doc, étayé mes argument, préparé mes exemples, mais en fait, non. Je le garde sur l’oreille, je le fumerai plus tard. L’idée était justement de prouver que ce n’est pas parce que l’on adopte des options philosophiques qu’on pourrait qualifier de pessimistes, voire de morbides, qu’on ne peut pas en dégager un chemin de vie finalement pas si noir que ça. L’abandon de l’espérance n’est-il pas un des premier pas essentiel de la démarche bouddhiste vers le nîrvana ?


Enfin, c’était l’idée, vous voyez le genre.


J’ai passé la nuit à me réveiller toutes les heures, tiraillé par un malaise non-identifié encore, mais bel et bien présent, sinon réel. J’étais tiraillé entre l’envie de dormir et celle de griller un bon gros fusible. Je n’ai finalement fait ni l’un, ni l’autre.


Et je me traine depuis ce matin, depuis ce moment où les idées noirâtres (si encore elles avaient pu se décider à s’obscurcir complètement ! Mais non…) occupèrent trop de mon esprit pour ne pas y macérer en un magma gluant de conneries oiseuses à peine dignes d’un ado en pleine crise pseudo-lautréamontaise. Je me traine, mon corps refuse de s’éveiller, mais mon esprit ne veut pas se décider à s’endormir. J’ai faim, mais j’ai la gerbe. J’ai envie de voir du monde, mais je pressens que la présence d’un autre être humain dans mon entourage me serait potentiellement insupportable. En tout cas pour l’instant.


Il me reste l’écriture. Je n’ai rien à dire. J’ai essayé de continuer la lecture de ce bouquin de Stefan Zweig que j’ai commencé hier, mais non, mon cerveau refuse de s’intéresser à quoi que ce soit. Ouvrons les vannes.


J’ai envoyé ma psy se faire foutre. J’ai encore les médocs sur le bureau qui me regardent fixement au moment où j’écris. Sur une échelle de 1 à 10, 1 étant le moment où on se retrouve, par exemple, à se taillader le bras avec un couteau, ou pire, à regarder des séries AB en bouffant des bretzels à longueur de journée sur le canapé, et 10 représentant ces moment de grâce où le monde entier vous appartient, où la femme que vous aimez depuis deux ans en secret s’abandonne enfin dans vos bras, où que vous soulevez la coupe d’Europe devant des milliers de spectateurs ; sur une échelle de 1 à 10, donc, mon humeur avait un peu trop tendance à varier de 2 ou 3 à 7ou 8, et les oscillations commençaient à devenir dangereuses. D’où la psy. Mais là, ça fait un peu trop longtemps que je me traine à un niveau de 5 perpétuel. Et je m’emmerde. Et j’ai donc envoyé la psy se faire foutre. Je sais pas si c’est la décision la plus intelligente ou la plus stupide que j’ai prise récemment. En tout cas, c’est soit l’un, soit l’autre.


Parmi les changements qui se sont produits en moi pendant la période où elle me suivait, il en est un qui me laisse dubitatif. Je crois avoir totalement abandonné l’idée de faire fonctionner un jour un couple dont je serais l’un des deux éléments. Ça m’apparait aujourd’hui comme une impossibilité scientifique. Je me sens comme un alchimiste qui, après avoir lu un traité de Lavoisier, aurait enfin compris qu’il ne changerait jamais le plomb en or. Il y a encore quelques mois, ce constat, vrai ou erroné, m’aurait plongé, au mieux, dans d’interminables débats intérieurs et inspiré une profonde tristesse, voire une révolte sincère. Aujourd’hui, à l’extrême limite, je me demande si j’en ai vraiment quelque chose à foutre. Ça n’arrivera pas, point-barre. Je ne sais pas si c’est un signe de sagesse ou de stupidité.


Je me suis pris en pleine gueule l’absolue inutilité de toute tentative de faire quoi que ce soit de sa vie. Est-ce que j’aurais trop lu Cioran et Schopenhauer ? Mais bon, tant que je suis pas mort, il faut bien passer le temps.


Le suicide n’est pas une option. Ça, c’est une certitude. Dans un monde aussi pourri que celui dans lequel nous vivons, je ne m’oppose pas à l’auto-annihilation radicale d’un point de vu moral ou éthique. Non. C’est juste que si je me flingue, c’est eux qui gagnent. Je serais bien emmerdé pour définir ou nommer ces « eux », mais je ne vois pas comment mieux l’exprimer. Le monde est dégueulasse, mais je ne vois pas en quoi le laisse entre « leurs » mains et en me foutant en l’air pourrait le rendre meilleur. Et puis, il y a tellement de cons heureux de leur petits bonheurs satisfaits de connards bouffis de leurs certitudes que ça me fait plaisir de rester là, et de leur balancer mes doutes, mon éthique et ma tristesse en pleine gueule, même si ça ne sert, finalement, à pas grand chose. Mais rien ne sert à rien.


Qu’est-ce que je vais faire de mon samedi soir ? Il est prévu que je vois certaines personnes, mais ça devrait aller. Celles-ci, tout comme moi, portent le signe de Caïn sur le front. Nous serons entre nous. Je vais sans doute me faire engueuler d’avoir arrêté la psy. Ou peut-être pas. On verra.

Je vais sans doute avoir envie de tenter d’oublier ma solitude métaphysique dans les bras d’une petite. Et, comme d’habitude, je vais sans doute rentrer chez moi seul avant même le coup d’envoi officieux de la soirée, trop misanthrope pour supporter longtemps les apparences de joie et de bien-être affichés par les noctambules. Trop timide et asocial pour ne serait-ce qu’oser offrir un verre à qui que ce soit. Mais on ne sait jamais.


Je repense à une chanson de Bashung. « C’est comment qu’on freine ? J’voudrais descendre de là… »

Ouais. Si seulement il étais possible de descendre de la planète juste cinq minutes, histoire de souffler, de savoir ce qu’on y fout, avant de remonter. Mais bon. Ça ne marche pas comme ça.

Le Père, le Fils, Le Saint- Esprit. La Raison, le Corps et l’Âme. Drugs, Sex, Rock n’Roll

1 mai 2011

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Mon esprit fonctionne mal. J’ai toujours été le genre de gars à trop réfléchir. Ma raison, en ce moment, est en roue libre, du genre à me pousser à faire des erreurs de débutant ou à m’empêcher de commettre celle qui me seraient profitables plus tard. Elle s’est mise au service de ma dépression. J’ai l’impression d’appréhender mieux que les autres les réalités profondes de l’existence, et elles sont toutes assez pessimistes. Je n’ai jamais eu besoin de personne, ni de rien, pour me sentir plus intelligent et éclairé que mes semblables. Appelez-ça de l’arrogance, de la psychose ou du génie, je me plante et je le sais, mais… Je peux voir la Matrice.


Mon corps est brisé. J’en ai jamais pris trop soin. Je manque de sommeil, de nourriture saine. Mes poumons travaillent trop à filtrer les atmosphères viciées que j’inhale quotidiennement. Les muscles de mon dos sont déchirés des cervicales aux lombaires (et pas à cause d’activités physiques impliquant une promiscuité propre à dérégler les productions de dopamine et d’endorphine de mon organisme avec un spécimen de mon espèce de sexe opposé au mien, à mon grand dam). J’ai beaucoup vomi, hier. Je devrais en prendre plus soin, de ce corps. Après tout, c’est le seul que j’ai.


Il me reste mon âme. Au moins, quand sa voix se fait entendre, quand je daigne enfin l’écouter, elle fonctionne plutôt bien.


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Et maintenant, un peu de culture. Merci Wikipédia.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fonctions_tripartites_indo-européennes :


Le concept des fonctions tripartites indo-européennes fut développé par Georges Dumézil. Ses travaux montrent que les schémas mentaux de tous les peuples indo-Européens, qu’ils soient Grecs, Arméniens, Celtes, Indo-iraniens, Baltes, Germains, Slaves ou Latins, présentent un trait commun : l’organisation de la société selon trois fonctions primordiales. On retrouve cette structure essentiellement dans les mythes, mais également dans les structures narratives, et dans l’organisation sociale – théorie des ordres : « ceux qui prient » (oratores), « ceux qui combattent » (bellatores) et « ceux qui travaillent » (laboratores) d’Adalbéron de Laon.

  • La première fonction, dite fonction sacerdotale, est liée au sacré.
Aussi nommée fonction souveraine, on la retrouve avec les druides celtes, la caste des brahmanes indiens, ou encore les flamines romains. Cette fonction correspond aux divinités liées à la magie.
  • La deuxième fonction, dite fonction guerrière, est liée à défense du peuple.
On peut la considérer comme regroupant ce que l’on appellerait la noblesse d’épée, représentée, par exemple, par les chevaliersmédiévaux, les guerriers, les soldats. On retrouve cette fonction dans la seconde caste en Inde : les kshatriyas (aussi – râjanya). C’est au sein de cette fonction que l’on retrouve aussi le principe du Chef, du roi, du râja. D’ailleurs, découlant de cela, dans la Rome antique, pour être empereur, il faut avoir été sénateur, et pour cela être citoyen romain — ce qui ne signifie pas forcément être habitant de Rome, mais surtout jouir du statut d’homme libre de l’Empire romain, donc avoir le droit de vote. Pour être citoyen, il faut avoir été soldat, donc guerrier. Cette fonction correspond aux divinités liées à la force physique.
  • La troisième fonction, dite fonction productrice, est liée à la fécondité.
Elle regroupe les agriculteurs, éleveurs, artisans, et les commerçants. Elle correspond à la troisième caste de l’Inde : les vaisya (aussi – ârya), et aux divinités liées à la paix, à l’amour et la prospérité.

C’est par le biais de la mythologie comparée que Dumézil a mis en lumière l’existence d’un tel schéma. Par exemple, il est notable que la plus vieille triade (ensemble de trois dieux supérieurs) de la mythologie romaine, dite triade précapitoline, comprend Jupiter, MarsQuirinus, lesquels occupent clairement chacun une des trois fonctions.


Fin de la parenthèse culturelle. Il n’y en aura pas d’autre. On est pas sur Arte.


Je rajouterais personnellement :


La fonction guerrière, de nature apollinienne, cerveau gauche, correspond également à l’idée d’un certain dépassement de la condition humaine. C’est l’épée qui repousse et détruit ce qui est considéré comme néfaste. Ce n’est pas que le muscle brutal, c’est aussi la violence de l’intellect contre l’illogique et le mystérieux. La science contre l’obscurantisme, mais aussi la raison contre l’émotion. Regardez Sheldon dans « The Big Bang Theory ».

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Son organe est le cerveau, « Au nom du Père… », le signe de croix touche le front. Les drogues, alcools et substances peuvent la transcender ou la détruire.


La fonction productrice, de nature dionysiaque, cerveau droit. Le corps. La (pro-)création, la sensation, l’émotion. C’est la coupe, le Graal, qui reçoit, contient la vie avant de la donner. Ce sont aussi les tripes, le labyrinthe de nos intestins et de nos circonvolutions cérébrales où nous attends le minotaure de l’auto-destruction. Les mystères du corps et sa formidable puissance de jouissances et de douleurs contre la rationalisation excessive de nos vies. Ouais, j’en vois dans l’assistance qui comprennent de quoi je parle.

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Ses organes sont le sexe et les tripes, « … et du Fils… », le signe de croix touche l’abdomen. Les rapport sexuels et la gastronomie peuvent lui donner son vrai sens comme le vider de toutes substances.


La fonction sacerdotale est liée à notre âme. C’est celle de la quête de sens (alors qu’il n’y en a pas), de la recherche intérieure. C’est ce qui, pris entre les deux aspirations opposées de la guerre et de la fertilité, d’Apollon et de Dionysos, du cerveau et du sexe, cherche à créer un lien. C’est ce qui nous fait sortir de Nous , et qui nous Y enfonce le plus profondément. C’est le domaine de l’éthique, du sacré, de l’empathie, du rapport au monde et à l’Autre. Du rapport à Soi-même. C’est ce qui nous donne une vrai place en ce monde. Il semble qu’il y ait pénurie d’âme, de nos jour.

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Son organe est le cœur, « … et du Saint-Esprit. », le signe de croix traverse le cœur. Chacun donne un nom, ou pas, à ce qui se cache derrière son cœur. Personnellement, pour le jeu de mot, je l’appelle rock n’roll, mais c’est parce que je suis un sale punk irrécupérable. Comme de juste, cela, quel que soit son nom, peut tout autant nous tuer que nous révéler.



Et donc ?


Et donc, me voilà, punk crasseux, marinant dans le même T-shirt depuis trois jours, victime d’un dérèglement systémique de ces trois fonctions. Je pose mon corps négligé comme un rempart entre moi et l’agression permanente du monde extérieur. Je suis trop fatigué ou malade pour sortir, trop soucieux pour me réjouir du bien qui se présente, trop blessé pour résister à la tentation de le repousser.


Je m’en voudrai, plus tard.


Il y a du mieux à l’horizon. Je n’arrive pas, pour le moment, à convaincre ma raison de se réjouir totalement d’une opportunité éventuelle de mettre mes aptitudes créatives et intellectuelles au service de ma vie professionnelle et sociale.

Mon corps s’effraie, s’excite et s’interroge à l’idée de possibles aventures hédoniques. Il a faim, soif, il veut s’enivrer. Mais la fatigue, le malaise et les douleurs le saisissent, le paralysent comme le froid mordant cloue au sol, dans la neige, celui qui rampe, épuisé, vers le feu qui pourrait le sauver et qu’il voit, si proche et si loin.

Mon âme s’est repliée sur elle-même.


Mais ce n’est que passager. Il est un carburant commun au trois organes. La rage. C’est la rage que je vais mettre au service de ma sainte trinité personnelle. La rage fera de mois un guerrier, un amant et un prêtre. La rage. Je crois que la rage, c’est tout ce qui reste quand on est sur le point de céder à la tentation de tout perdre. Car le peu que l’on a encore est alors inaccessible. Sauf la rage. Toujours la rage.


La rage.

Discothèque punk idéale subjective et assumée

25 avril 2011

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Il ne peut en rester que 10

 

Durf667

 

À la demande générale de l’ensemble de mes lectrices se prénommant Laurence et dont le pseudo est Poppy, j’ai présentement l’insigne honneur et l’incommensurable avantage de vous proposer ici une modeste liste comprenant une sélection de ce que j’estime être 10 des meilleurs albums de punk-rock ou assimilé à jamais m’être passé par les oreilles (mais il est vrai que je leur en ai fait subir de belles…)

Il est évident que ça n’engage que moi, mais c’est mon avis, et je le partage, ce qui tombe bien, vu que mon avis est justement celui auquel j’ai le plus communément tendance à me ranger quand on me le demande.

 

Préambule

 

Sont exclus de cette liste des albums et artistes de haute tenue, dont certains que l’auteur tient en très haute estime. Comme il a bien fallu faire un choix, on a choisi arbitrairement de faire débuter le punk en 1975, ce qui nous prive ici, entre autre, des groupes garage des années 60, d’Iggy Pop, du Velvet Underground et du MC5, entre autres. Que leurs noms soient vénérés loués jusqu’à la 56498148748926178148168ème génération. De même, point ici de post-punk, de new-wave, de no-wave, de grunge et leurs amis, point non plus de la frange la plus « cool » du mouvement originel, donc, pas de Talking Heads, de Television ou de Blondie. Et il y a forcément des mises de côté impardonnables. Que les Sex Pistols, Patti Smith, les Dead Boys et tant d’autres me pardonnent (même si je pense qu’ils ‘en foutent).

 

Les grands anciens

 

The Ramones – Ramones (1976)

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Parmi les tout premiers à dégainer, les quatre faux frangins avaient déjà tout compris. 1, 2, 3, 4, et c’est parti, trois accords, c’est presque trop. Tout dans cet album, le premier, tout est déjà là, l’urgence, la fausse stupidité, les mélodies pop noyées dans la saturation hardcore. Imités un milliard de fois, ils n’accédèrent jamais totalement au succès qu’ils méritaient, ne sortant quasiment jamais de leur minuscule van (les groupes français connaissent ça), mais déclenchèrent des vocations partout où ils allèrent. Peut-être le groupe le plus cool de tous les temps.

HEY ! HO ! LET’S GO !

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The Clash – The Clash (1977)

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Ou l’entrée de la politique dans le mouvement. Le Clash donne une certaine parole aux ouvriers et à la jeunesse au chômage de la Grande-Bretagne pré-Thatcher (une des ennemies préférée des punks anglais) et grave sur le vinyle le malaise post-hippy de cette révolution des fleurs qui a échoué. L’ennui et le désespoir sont toujours là, l’Angleterre s’enfonce dans un chaos que ces jeunes punks vont repeindre en lettres fluos et habiller de fringues bondages et de slogans marxistes. Le Clash en profitera pour sortir ensuite certains des meilleurs disques de ce changement de décennie.

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Johnny Thunders & The Heartbreakers – L.A.M.F (1977)

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Un des grands oubliés de l’histoire… Johnny Thunders, déjà présent dès 1972 avec les New-York Dolls, avait pourtant posé les premiers jalons de ce que deviendrait la scène punk. Outrances, provocations, no-future, drogues, sexe, rock n’roll… Représentant la Classe déglinguée à l’état pur, Johnny avait une sale tendance à tout foutre en l’air malgré son talent énorme et ses compositions comptant parmi les meilleures du genre. Le pendant nihilistes et réellement auto-destructeur du punk des origines. Un album de très, très grande classe.

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The Damned – Damned ! Damned ! Damned ! (1977)

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On aurait pu les prendre pour de sales petits imitateurs dess Sex Pistols, si ce n’est que ceux qui eurent le privilège de sortir avant ceux-ci le premier 45 tours punk en Angleterre avaient une sale tendance à savoir jouer. Cet album est un coup de cœur subjectif et personnel, le premier d’un groupe qui, avec Siouxie et ses Banshees, inventera quasiment le rock gothique et la new-wave un peu plus tard, signe ici une petite merveille de sauvagerie incandescente qui n’a pas pris une ride.

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This is Hardcoooooore !

 

Ce fut un crève-cœur de faire une sélection de seulement trois album de hardcore, Oï et/ou street-punk. Que Discharge, Black Flag, Bad Brains et même Bad Religion pour le hardcore mélo, et tant d’autres me pardonnent.

 

Dead Kennedys – Fresh Fruits for Rotten Vegetables (1980)

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Dans les année 80, le mouvement se radicalise. La politique est on ne peut plus présente dans les textes, la musique se veut plus rapide et plus dure. La Californie répond aux starlettes blondasses et aux hippies trentenaires avec Black Flag (L.A., autre excellent groupe) et les Dead Kennedys de San Francisco, dont le chanteur, Jello Biafra, propose de vous emmener en vacances dans le Cambodge de Pol Pot si vous êtes trop bourré pour baiser. Si on met de côté le fait que ce groupe a peut être le meilleur nom jamais trouvé, leur musique préfigure presque, par moment, celle de System of a Down. Sans déconner.

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The Exploited – Punk’s Not Dead (1981)

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Pour des raisons éminemment subjectives et personnelles, j’étais juste obligé de choisir un album de la bande à Wattie Buchan, et j’étais juste obligé de choisir le premier, celui avec les merveilleux et inoubliables « Sex and Violence » et « I believe in Anarchy ». Et puis, il fallait bien dans cette liste un album avec des influences vraiment Oï. (La Oï étant ce style de punk où on a l’impression, arrivé au refrain, que le stade tout entier se met à chanter). Excusez-moi, je pars écraser une larme de nostalgie.

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Minor Threat – Complete Discography (1989)

 

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Minor Threat est peut-être bien le groupe de hardcore ultime… L’histoire du groupe dure trois ans (1980 / 1983), puis Ian McKaye part fonder Fugazi, qui préfigurera toute la scène noise et post-hardcore, justement, à venir. Beaucoup moins bœuf que certains de leur copains, ces new-yorkais posent les jalons du NYxHC et du Straight-Edge (en gros, si on veut détruire le système, ça pourrait être cool qu’on arrête de se détruire nous même à grand coup de drogue et de sexe avec n’importe qui). Un de mes groupes préférés.

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Quelques Français.

 

Bérurier Noir -Même pas mort (2003)

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Alors, évidemment, il fallait un Béru dans cette liste. Si j’ai choisit celui-ci, c’est avant tout pour le DVD de ces concerts (VIVA BERTAGA !) à l’Olympia en 1989 qui voyaient la fin du groupe (et par la même d’une certaine idée de l’alternatif en France) et qui reste une putain de leçon de ce que devrait toujours être le rock n’roll. Et si vous n’avez jamais entendu parler des Bérus, mais qu’est-ce que vous foutez sur ce blog, en fait ?

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Les Shériff – Les 2 doigts dans la prises (1992)

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Encore un live… Encore de la nostalgie… Cet album m’évoque de longue soirées passées avec mon copain Zantar à faire des choses tout sauf intelligentes, alors voilà. Les Shériff, c’est un peu les Ramones du Sud-Ouest. Spéciale dédicace à Manu, batteur des Shériff et chanteur de The Hop-Là, dont j’ai eu l’honneur de faire la première partie avec Dernière Sommation. À la fin, quand il ont repris « Jouer avec le feu », y avait trois trentenaires fous de joie qui sautaient partout devant la scène. En plus Montpellier avait gagné en Ligue 1.

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Et pour finir, c’est étonnant, du subjectif

 

The Distiller – Sing Sing Death House (2002)

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Parce que ça fait plaisir quand le punk californien des années 2000 nous offre autre chose qu’Offspring, Good Charlotte ou Blink 182.

Parce que cet album est putain de bon.

Parce que j’aurai pu choisir Unseen, Anti-Flag ou Rancid.

Parce que Brody Dalle, quoi, bon, RRRRRrrrrRRRRrr, je ne suis qu’un homme.

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Écologie du trentenaire alternatif désespéré

13 avril 2011

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Le trentenaire alternatif désespéré… Que voilà un beau sujet d’étude. Commençons donc par le début (c’est mieux, ça évite les digressions oiseuses en milieu de phrase. Notez, j’apprécie les digressions oiseuses en milieu de phrase. Mais ça a tendance à perdre le lecteur. Hors, il me déplairait de perdre le lecteur. Surtout à ce stade prématuré de mon exposé. Mais j’aime les digressions oiseuses. C’est dit.) Commençons donc par le début, disais-je, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même.


Il ne sera pas ici question du trentenaire désenchanté-bobo-parisien mis en lumière récemment par les média, ne serait-ce que parce que, c’est bien connu, Paname est le centre du monde civilisé. D’autres en ont parlé mieux que moi, par exemple Xavier de Moulins et Nicolas Rey, dans deux excellents romans ( respectivement « Un coup à prendre » et « Un léger passage à vide ») que je n’ai pas lu parce que je ne suis ni parisien, ni bobo, bien que trentenaire, je vous l’accorde, mais je ne leur rends peut-être pas justice, je sais, c’est mal, les préjugés. D’autant plus qu’ils sont tous les deux parus chez Le Diable Vauvert, ce qui est une preuve de qualité, et je ne dis pas ça uniquement parce que je n’ai pas encore perdu tout espoir de leur soumettre un jour un manuscrit. Non, pas uniquement.


Non, il sera ici question du trentenaire alternatif désespéré à tendance provinciale, voire franchement rurale par moment. Ça tombe bien, j’en ai justement un sous la main.


Taxonomie et étymologie


Selon de savants calculs, le trentenaire aurait dans les environs de trente ans. À une vache près, c’est pas une science exacte. Ce qui semblerait vouloir dire qu’il soit né aux alentours de 1980. Si, si, je vous assure. Une réflexion rapide nous permet donc à deux constats édifiants. 1 : il a grandit avec le club Dorothée. Goldorak était son pote, il faisait des kaméhaméha devant la glace et il regardait Candy en cachette pour pas se faire casser la gueule à l’école. 2 : Pile à l’adolescence, quand il a commencé à s’intéresser à la musique, Kurt Cobain nous à lâché. Ce qui lui a laissé le choix entre le néo-métal, le punk à roulette, le déluge reggae-ska-festif de l’époque, les rave-parties et la Grande Découverte du Rap. C’est quand même pas de pot. (Je rappelle à toutes fins utiles qu’il y a « alternatif » dans la dénomination de cet animal étrange. Sinon, c’est vrai, il lui restait Céline Dion et/ou 2Unlimited.)


Ça, c’était donc pour le côté alternatif. Voyons à présent le côté désespéré. On peut difficilement trouver une origine unique sinon à ce désespoir, du moins de ce désenchantement. On va faire comme si la société/les parents/les profs/Hollywood/les sitcoms AB (rayez-les-mentions-inutiles-et-rajoutez-celles-que-vous-voulez) avaient trop promis à ces jeunes crétins pauvres petites choses sensibles et que la dure réalité de l’âge adulte les avaient irrémédiablement broyés entre les mâchoires de la désillusion sociale et des impossibles romances disneyiennes.


En résumé, quand il était petit, le trentenaire alternatif désespéré voulait être Chateaubriand ou rien. Ça a peut-être réussi à une poignée, genre ceux qui sont devenus Victor Hugo, mais l’écrasante majorité est quand même devenu rien, justement. C’est ballot.


Généralités


Le trentenaire alternatif désespéré se subdivise en différentes sous-espèces qu’il serait trop longues d’énumérer ici. Citons simplement les plus connues : le geek (yeux injectés de sang, cornes sous les doigts, t-shirt Punisher), le métalleux (cheveux longs, perfecto, t-shirt Carpathian Forest), le keupon (rangers, canette de kro, t-shirt Crass), le babos (dreadlocks, veste en laine, paquet d’OCB). À noter que l’espèce dite « grunge », très répandue en des temps reculés semble s’être éteinte au tournant du millénaire avec leurs vingt ans, remplacés dans leur rôle de dépressifs du lycée par les néo-goth, toujours plus glamour, ce qui est toujours ça de gagné.


Il existe bien d’autre sous-catégories, ne vous y trompez pas, on pourrait citer le hipster à lunettes (celui qui écoutait Blur et Suede au lycée) ou le théatreux cinéphage (celui qui s’était inscrit au conservatoire parce qu’on embrassait pour de vrai avec la langue mais que ça n’aidait pas plus que ça à pécho), par exemple. En fait, toutes les catégories de trentenaires auxquelles vous pouvez pensez contiennent en leur sein leur lot de dépressifs. De plus, il est évident que les frontières entre ces différents domaines d’activités sont poreuses et que certains se définissent par plusieurs, voire par de nombreuses de ces petites cases. Mais là, il faut reconnaître, qu’ils cherchent, aussi… Ils pourraient quand même faire des efforts.


Un mythe récurrent rapporte que le trentenaire alternatif désespéré possède un sens de l’hygiène corporelle tout à fait personnel. Alors là, je m’insurge. Bon, il faut reconnaître que c’est vrai pour certains. De même, la rumeur selon laquelle il serait notoirement handicapé administrativement parlant (comment ça, il fallait que je renvoie ce papier à la sécu il y a six mois ?) est largement pas exagérée du tout.


Habitat


N’importe quel studio de 20 mètres carrés suffit au trentenaire alternatif désespéré. Surtout au geek, pour peu qu’il puisse pirater le wi-fi du voisin. Après, il n’a pas trop le choix, le trentenaire alternatif désespéré a souvent poursuivi très (trop) longtemps ses études parce que les bourses, c’est pratique, ce qui le rend bien souvent inapte à toute activité professionnelle productive. Il se rattrape en se faisant passer pour un artiste, comme en écrivant des articles sur les trentenaires alternatifs désespérés, par exemple.


Comme il n’a de trentenaire que l’âge et le nom, l’appartement en question est souvent une projection en trois dimension de son esprit post-adolescent resté bloqué à une époque où le monde et lui étaient plus jeunes et beaux. Étaient plus jeunes, donc. Posters de rock n’roll et affiches de films sur les murs sont donc monnaie courante, ainsi que des images avec des filles peu vêtues dessus (souvent les seules qui acceptent de pénétrer dans ces lieux maudits, d’ailleurs), des cendriers, pleins, des canettes, vides, des cartons de pizzas, vides ou pleins, ça dépend.

Gros plan sur ce à quoi peut ressembler l'habitat d'un trentaltdesep.

Sinon, il peut arriver que les trentenaires alternatifs désespérés (vous aussi, vous en avez marre de tomber sur ces trois mots toutes les deux lignes ?) se rassemblent en petits groupes appelés « collocations » par les ethnologues. C’est parce qu’ils ont souvent vu plus de 62158765156 fois chaque épisode de Friends, et qu’ils espèrent que ce coup-ci, ce sera peut-être à eux d’être le Joey de la bande.

En parlant de sitcom américaine, le trentenaire alternatif désespéré aime souvent « How I met Your Mother », uniquement parce que Ted Mosby est lui-même un trentenaire désespéré, et qu’il est même un tout petit peu alternatif (un type qui craque sur les filles bassistes ne peut pas être foncièrement mauvais.)


Nourriture


Pizzas. Kebabs. Nouilles. Lardons. Burgers. Bières. Surtout bières, en fait.


Reproduction


La bonne blague ! Pourquoi croyiez-vous donc qu’il fût désespéré ?

En fait, on peut diviser le le trenten… (non, sérieux, même moi, j’en ai marre…), le trentaltdesesp (non, en fait c’est pas mieux. Bref.) en deux catégories :

  • Celui qui traverse un désert sentimental, émotionnel et sexuel d’apparence infini, que nous appellerons le coureur de fond, parce qu’il a pas fini d’en chier, le pauvre. Ce type là a en général trop idéalisé la gens féminine dans sa jeunesse et il faudrait vraiment lui dire que si, les filles font caca, aussi.

  • Celui qui finalement se démerde pas si mal avec les femmes, mais qui n’arrive pas à les garder, et que nous appellerons Bob. J’aime bien, comme nom, Bob.

Les deux ont en commun de voir leur potes se caser un par un et de les voir même, pour certains, faire des mômes. Les traitres.


Dernières remarques


Il va de soi que je pourrais vous entretenir encore longtemps de ces entités étranges. Pauvres bêtes… vous en connaissez certainement. Y’en a partout ! Je n’ai pas envie de me lancer dans des explications sociologiques sur les pourquois et les comments de leurs existences, comme je le disais, d’autres l’ont déjà fait, Walt Disney m’a tuer, le complexe du nice guy, la-société-elle-est-méchante-elle-fabrique-des-inadaptés-c’est-quand-même-un-monde-ma-bonne-dame, tout ça, tout ça. Je pourrais. Mais j’ai pas envie. Et si le cœur du schmilblick résidait là-dedans ?


Car il est clair que le trentenaire alternatif désespéré pourrait ne plus l’être, désespéré, s’il s’en donnait les moyen. Mais le veut-il vraiment ?


Le rôle qu’il s’est donné (ou qu’on lui a imposé, peu importe), n’est finalement que celui de repoussoir. Il y en a toujours eu, des repoussoirs. Les sociétés, pour fonctionner, en ont toujours eu besoin. On présente des modèles de réussite, mais également des modèles d’échec. Le cas qui nous occupe ici (le trentenaire alternatif désespéré, pour les deux qui discutent, dans le fond) n’est rien d’autre qu’un modèle d’échec destiné à édifier petits et grands sur le nécessaire formatage des individus. Heureusement qu’il y a des exemples de réussites hors format, tiens. Il y en a même plein.


Mais ce pauvre trentenaire alternatif désespéré est enfermé dans un cercle vicieux, genre, « j’y arriverai jamais, donc je tente rien, donc il se passe rien, donc je déprime, donc j’ai envie que ça change, mais je finis par me dire que j’y arriverai jamais ». Il est une victime de la société de consommation (ce qui, pour quelqu’un qui se veut justement « alternatif » dans un sens ou un autre est quand même un comble !), c’est sûr, mais il s’est fait avoir, elle l’a convaincu qu’il ne pourra pas s’en sortir. Pauvre nouille. Il est surtout une victime de lui-même, du coup.


Sur ce, vous m’excuserez, il faut que j’aille m’auto-botter le cul.

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