Écologie du trentenaire alternatif désespéré

Posté par Durf667 le 13 avril 2011

Le trentenaire alternatif désespéré… Que voilà un beau sujet d’étude. Commençons donc par le début (c’est mieux, ça évite les digressions oiseuses en milieu de phrase. Notez, j’apprécie les digressions oiseuses en milieu de phrase. Mais ça a tendance à perdre le lecteur. Hors, il me déplairait de perdre le lecteur. Surtout à ce stade prématuré de mon exposé. Mais j’aime les digressions oiseuses. C’est dit.) Commençons donc par le début, disais-je, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même.


Il ne sera pas ici question du trentenaire désenchanté-bobo-parisien mis en lumière récemment par les média, ne serait-ce que parce que, c’est bien connu, Paname est le centre du monde civilisé. D’autres en ont parlé mieux que moi, par exemple Xavier de Moulins et Nicolas Rey, dans deux excellents romans ( respectivement « Un coup à prendre » et « Un léger passage à vide ») que je n’ai pas lu parce que je ne suis ni parisien, ni bobo, bien que trentenaire, je vous l’accorde, mais je ne leur rends peut-être pas justice, je sais, c’est mal, les préjugés. D’autant plus qu’ils sont tous les deux parus chez Le Diable Vauvert, ce qui est une preuve de qualité, et je ne dis pas ça uniquement parce que je n’ai pas encore perdu tout espoir de leur soumettre un jour un manuscrit. Non, pas uniquement.


Non, il sera ici question du trentenaire alternatif désespéré à tendance provinciale, voire franchement rurale par moment. Ça tombe bien, j’en ai justement un sous la main.


Taxonomie et étymologie


Selon de savants calculs, le trentenaire aurait dans les environs de trente ans. À une vache près, c’est pas une science exacte. Ce qui semblerait vouloir dire qu’il soit né aux alentours de 1980. Si, si, je vous assure. Une réflexion rapide nous permet donc à deux constats édifiants. 1 : il a grandit avec le club Dorothée. Goldorak était son pote, il faisait des kaméhaméha devant la glace et il regardait Candy en cachette pour pas se faire casser la gueule à l’école. 2 : Pile à l’adolescence, quand il a commencé à s’intéresser à la musique, Kurt Cobain nous à lâché. Ce qui lui a laissé le choix entre le néo-métal, le punk à roulette, le déluge reggae-ska-festif de l’époque, les rave-parties et la Grande Découverte du Rap. C’est quand même pas de pot. (Je rappelle à toutes fins utiles qu’il y a « alternatif » dans la dénomination de cet animal étrange. Sinon, c’est vrai, il lui restait Céline Dion et/ou 2Unlimited.)


Ça, c’était donc pour le côté alternatif. Voyons à présent le côté désespéré. On peut difficilement trouver une origine unique sinon à ce désespoir, du moins de ce désenchantement. On va faire comme si la société/les parents/les profs/Hollywood/les sitcoms AB (rayez-les-mentions-inutiles-et-rajoutez-celles-que-vous-voulez) avaient trop promis à ces jeunes crétins pauvres petites choses sensibles et que la dure réalité de l’âge adulte les avaient irrémédiablement broyés entre les mâchoires de la désillusion sociale et des impossibles romances disneyiennes.


En résumé, quand il était petit, le trentenaire alternatif désespéré voulait être Chateaubriand ou rien. Ça a peut-être réussi à une poignée, genre ceux qui sont devenus Victor Hugo, mais l’écrasante majorité est quand même devenu rien, justement. C’est ballot.


Généralités


Le trentenaire alternatif désespéré se subdivise en différentes sous-espèces qu’il serait trop longues d’énumérer ici. Citons simplement les plus connues : le geek (yeux injectés de sang, cornes sous les doigts, t-shirt Punisher), le métalleux (cheveux longs, perfecto, t-shirt Carpathian Forest), le keupon (rangers, canette de kro, t-shirt Crass), le babos (dreadlocks, veste en laine, paquet d’OCB). À noter que l’espèce dite « grunge », très répandue en des temps reculés semble s’être éteinte au tournant du millénaire avec leurs vingt ans, remplacés dans leur rôle de dépressifs du lycée par les néo-goth, toujours plus glamour, ce qui est toujours ça de gagné.


Il existe bien d’autre sous-catégories, ne vous y trompez pas, on pourrait citer le hipster à lunettes (celui qui écoutait Blur et Suede au lycée) ou le théatreux cinéphage (celui qui s’était inscrit au conservatoire parce qu’on embrassait pour de vrai avec la langue mais que ça n’aidait pas plus que ça à pécho), par exemple. En fait, toutes les catégories de trentenaires auxquelles vous pouvez pensez contiennent en leur sein leur lot de dépressifs. De plus, il est évident que les frontières entre ces différents domaines d’activités sont poreuses et que certains se définissent par plusieurs, voire par de nombreuses de ces petites cases. Mais là, il faut reconnaître, qu’ils cherchent, aussi… Ils pourraient quand même faire des efforts.


Un mythe récurrent rapporte que le trentenaire alternatif désespéré possède un sens de l’hygiène corporelle tout à fait personnel. Alors là, je m’insurge. Bon, il faut reconnaître que c’est vrai pour certains. De même, la rumeur selon laquelle il serait notoirement handicapé administrativement parlant (comment ça, il fallait que je renvoie ce papier à la sécu il y a six mois ?) est largement pas exagérée du tout.


Habitat


N’importe quel studio de 20 mètres carrés suffit au trentenaire alternatif désespéré. Surtout au geek, pour peu qu’il puisse pirater le wi-fi du voisin. Après, il n’a pas trop le choix, le trentenaire alternatif désespéré a souvent poursuivi très (trop) longtemps ses études parce que les bourses, c’est pratique, ce qui le rend bien souvent inapte à toute activité professionnelle productive. Il se rattrape en se faisant passer pour un artiste, comme en écrivant des articles sur les trentenaires alternatifs désespérés, par exemple.


Comme il n’a de trentenaire que l’âge et le nom, l’appartement en question est souvent une projection en trois dimension de son esprit post-adolescent resté bloqué à une époque où le monde et lui étaient plus jeunes et beaux. Étaient plus jeunes, donc. Posters de rock n’roll et affiches de films sur les murs sont donc monnaie courante, ainsi que des images avec des filles peu vêtues dessus (souvent les seules qui acceptent de pénétrer dans ces lieux maudits, d’ailleurs), des cendriers, pleins, des canettes, vides, des cartons de pizzas, vides ou pleins, ça dépend.

Gros plan sur ce à quoi peut ressembler l'habitat d'un trentaltdesep.

Sinon, il peut arriver que les trentenaires alternatifs désespérés (vous aussi, vous en avez marre de tomber sur ces trois mots toutes les deux lignes ?) se rassemblent en petits groupes appelés « collocations » par les ethnologues. C’est parce qu’ils ont souvent vu plus de 62158765156 fois chaque épisode de Friends, et qu’ils espèrent que ce coup-ci, ce sera peut-être à eux d’être le Joey de la bande.

En parlant de sitcom américaine, le trentenaire alternatif désespéré aime souvent « How I met Your Mother », uniquement parce que Ted Mosby est lui-même un trentenaire désespéré, et qu’il est même un tout petit peu alternatif (un type qui craque sur les filles bassistes ne peut pas être foncièrement mauvais.)


Nourriture


Pizzas. Kebabs. Nouilles. Lardons. Burgers. Bières. Surtout bières, en fait.


Reproduction


La bonne blague ! Pourquoi croyiez-vous donc qu’il fût désespéré ?

En fait, on peut diviser le le trenten… (non, sérieux, même moi, j’en ai marre…), le trentaltdesesp (non, en fait c’est pas mieux. Bref.) en deux catégories :

  • Celui qui traverse un désert sentimental, émotionnel et sexuel d’apparence infini, que nous appellerons le coureur de fond, parce qu’il a pas fini d’en chier, le pauvre. Ce type là a en général trop idéalisé la gens féminine dans sa jeunesse et il faudrait vraiment lui dire que si, les filles font caca, aussi.

  • Celui qui finalement se démerde pas si mal avec les femmes, mais qui n’arrive pas à les garder, et que nous appellerons Bob. J’aime bien, comme nom, Bob.

Les deux ont en commun de voir leur potes se caser un par un et de les voir même, pour certains, faire des mômes. Les traitres.


Dernières remarques


Il va de soi que je pourrais vous entretenir encore longtemps de ces entités étranges. Pauvres bêtes… vous en connaissez certainement. Y’en a partout ! Je n’ai pas envie de me lancer dans des explications sociologiques sur les pourquois et les comments de leurs existences, comme je le disais, d’autres l’ont déjà fait, Walt Disney m’a tuer, le complexe du nice guy, la-société-elle-est-méchante-elle-fabrique-des-inadaptés-c’est-quand-même-un-monde-ma-bonne-dame, tout ça, tout ça. Je pourrais. Mais j’ai pas envie. Et si le cœur du schmilblick résidait là-dedans ?


Car il est clair que le trentenaire alternatif désespéré pourrait ne plus l’être, désespéré, s’il s’en donnait les moyen. Mais le veut-il vraiment ?


Le rôle qu’il s’est donné (ou qu’on lui a imposé, peu importe), n’est finalement que celui de repoussoir. Il y en a toujours eu, des repoussoirs. Les sociétés, pour fonctionner, en ont toujours eu besoin. On présente des modèles de réussite, mais également des modèles d’échec. Le cas qui nous occupe ici (le trentenaire alternatif désespéré, pour les deux qui discutent, dans le fond) n’est rien d’autre qu’un modèle d’échec destiné à édifier petits et grands sur le nécessaire formatage des individus. Heureusement qu’il y a des exemples de réussites hors format, tiens. Il y en a même plein.


Mais ce pauvre trentenaire alternatif désespéré est enfermé dans un cercle vicieux, genre, « j’y arriverai jamais, donc je tente rien, donc il se passe rien, donc je déprime, donc j’ai envie que ça change, mais je finis par me dire que j’y arriverai jamais ». Il est une victime de la société de consommation (ce qui, pour quelqu’un qui se veut justement « alternatif » dans un sens ou un autre est quand même un comble !), c’est sûr, mais il s’est fait avoir, elle l’a convaincu qu’il ne pourra pas s’en sortir. Pauvre nouille. Il est surtout une victime de lui-même, du coup.


Sur ce, vous m’excuserez, il faut que j’aille m’auto-botter le cul.

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Posté par Durf667 le 11 avril 2011

Don Nihil Apsarà

 

Je vois les lemmings se précipiter du haut de leur falaise.

Je vois s’étioler les couleurs des photos.

Je vois s’effacer des regards ce qui les rendait beaux.

Je vois une ride de plus chaque jour aux coins des yeux du monde.

Je vois la jeunesse s’enivrer sans savoir pourquoi, croire que c’est ça, vivre, croire que c’est ça, jouir.

Je vois les corps se séparer, les esprits s’ankyloser, les plaies s’ouvrir.

Je vois le sang couler.

Je vois la nuit tomber.


J’entends les cris, la nuit, des ivrognes imbéciles, perdus dans leur brouillards intimes.

J’entends les murmures inquiets que plus personne n’écoute.

J’entends pleurer parfois.

J’entends les râles inutiles d’amants provisoires.

J’entends les affirmations vaines de gens qui n’attendent pas qu’on leur réponde.

J’entends des certitudes là où le doute seul est permis.

J’entends des cœurs battre, mais chacun à son rythme propre.

J’entends tomber la pluie.

J’entends crier chaque sourd : « Mais écoutez-moi donc ! »


Je sens l’odeur du bitume après l’orage.

Je sens le sperme sur des draps sales un dimanche matin.

Je sens la sueur, la bière et le sang sur l’arcade ouverte d’un fêtard imprudent.

Je sens la poudre voler dans l’air.

Je sens sur l’oreiller l’après-rasage d’un inconnu qui est parti avant qu’elle ne s’éveille.

Je sens la pizza froide oubliée dans sa boite sous le canapé.

Je sens le parfum de celle qui est partie sur une écharpe oubliée sur le porte-manteau.

Je sens le cendrier froid.

Je sens l’odeur de renfermé dans une chambre vide.


Je goute le sel des larmes.

Je goute la transpiration de deux corps nus.

Je goute l’oubli dans deux feuilles de papier à cigarette.

Je goute le repos dans mon souffle renvoyé par un drap sur ma bouche.

Je goute une salive chargée de nicotine, et d’autre chose encore.

Je goute l’euphorie pur malt.

Je goute le chaos, le fer, l’hémoglobine.

Je goute une autre peau.

Je mords une autre main.


Je touche une nouvelle cicatrice, gratte la croute.

Je touche du doigt le nœud du problème.

Je touche un front brûlant.

Je touche mais ne caresse ni ne frappe.

Je touche, ou du moins, j’essaie.

Je touche, mais tout s’échappe entre mes doigts.

Je touche et suis mordu, blessé, coupé, brûlé.

Je touche trop de plaies à vif.

Je touche l’eau du bénitier.


Je vois ce qu’il en est.

J’entends mais ne dis rien.

Je sens un parfum connu.

Je goute l’ironie de la situation.

Je touche au but.

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Crise de Manque

Posté par Durf667 le 10 avril 2011

Par Durf667 (2011).

 

Le cœur est fait pour battre.

Et donc, l’amour est un combat.

 

Il est rangers ou converses, elle, plutôt talons. Il est jeans déchirés et tatouages. Elle est petites jupes et hauts sexys. Il est cuir. Elle est velours.

 

Il tape son nom sur google, juste parce qu’il pense à elle. Il passe sur son facebook, comme ça, pour rien. Il cherche ce dossier caché sur son PC pour revoir ces photos qu’elle lui avait données. Rien de pervers ou de malsain, juste du manque. Comme un junkie qui éclate les mégots dans le cendrier pour se rouler un joint d’occase. Il appelle des amis juste parce qu’il sait qu’elle devait passer les voir dans l’après-midi. Il n’a rien d’autre à faire.

 

Il se raisonne, mais ça ne marche pas. Il l’a fuit de peur de la revoir et le regrette quand c’est trop tard. Il rêve d’elle la nuit. Il pense à elle le jour. Elle est plus présente à son esprit que quand ils étaient ensembles. Il a envie d’elle. Il n’y a plus droit. Sentiment indu d’appartenance.

 

Il paye un verre à une petite au comptoir, juste pour tenter de l’oublier contre le corps d’une autre. Ça marche. Du moins pour quelques heures. Il espère inconsciemment que ça la rendra jalouse. Au pire, l’alcool l’aurait fait s’effondrer avant qu’il ne se souvienne à quel point elle lui manque.

 

Il repense à ce moment précis où tout était encore sauvable, quand il a préféré laisser tout partir en vrille plutôt que de prendre le risque d’essayer que ça marche et d’en souffrir encore plus plus tard. Il s’en veut. Il sait que ça fait partie du travail de deuil. Mais c’est long, un deuil.

 

Il sait qu’il faut qu’il se reprenne. Il sait qu’il faut que ça lui passe. Il n’en a pas envie. Il en a marre de toujours être obligé de faire appel à son cerveau pour gérer des histoires qui ne devraient concerner que le cœur. De temps en temps, les neurones abdiquent, et là, la douleur est d’autant plus vive.

 

Il est cuir, elle est velours. Ils sont tellement différents que ça aurait pu marcher. Ils sont toujours vivants, lui, d’autant plus à présent que tout est foutu. Mais vivant un petit peu, c’est déjà pas si mal.

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Rozz

Posté par Durf667 le 10 avril 2011

Par Chloe von Fyredörff et Krist Morningstar (2011).

 

Nuit. Hiver. Les radiateurs font un boucan du diable, penser à les purger. La poussière crame sur les ventilos du PC, odeur qui se mêle à celle de la sueur, de la clope et de la tonne et demie de rage enfouie entre mes neurones crasseux. Caresse de la main la cicatrice sur mon épaule, souvenir de connerie adolescente, dépression de chair entre deux lèvres urticantes. Souvenirs. Le froid éthéré de la lame, la chaleur sensuelle de la coupure. Je voudrais tant dormir.

 

Testostérone, internet, sites pornos. Ça ne suffit plus. Frustration. Toutes ces filles se ressemblent, toutes ces bites aussi. Les endorphines semblent s’anesthésier elle-même. Fatigue. Je joue de la pointe de la langue avec les rebords émoussé d’un chicot qui a perdu son plombage. Ferme les yeux. Les rouvre. Un visage inattendu, inespéré, inatteignable a illuminé de sa douceur ovale et de son sourire interdit l’obscurité de mes paupières closes. Je ne veux plus le voir, ce visage. Me relève du fauteuil pour me resservir une vodka.

 

Toujours la même histoire, le même plan. Toujours ce malaise. L’impression que les gens attendent de moi de finir médaille d’or au cent mètres des JO alors que je suis unijambiste. Ça a l’air facile, pour eux, d’être sociable. Ils m’agressent. Je me sens abêti par la stupidité de la plupart de mes congénères. Et je ne vaux pas mieux qu’eux. Je n’ai jamais réussi à me battre. C’est le meilleur moyen d’échouer que le refus du combat. Je suis lâche, et donc je suis seul.

 

Elles finissent toutes par se barrer. C’est devenu une pancarte mentale au-dessus de la tête de toutes les femmes que je rencontre. Elles finissent toutes par se barrer.

 

Du feu dans le crâne, bouche pâteuse. La nuit ne porte pas d’étoiles, ce soir, le ciel promet la neige.

Le sommeil me fait peur, non pas à cause des rêves qui flottent sur les ruisseaux calmes du sommeil, mais des pensées qui le précèdent, engluées dans la torpeur de ce non-éveil qui n’est pas encore le coma négligemment espéré.

 

Les corps lointains de mes anciennes amantes et de celles que je n’aurais jamais se succèdent dans le vide de mes bras glacés, se lovent dans les replis des draps, s’échappent dans un souffle au cœur. L’apnée émotionnelle. La suffocation lente d’un cœur. L’asphyxie. Et toujours et encore ce feu dans mes reins, ce désir lubrique, cet appel de la chair qui envahit et pourrit tout.

 

Clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope. Où est le cendrier ? Vodka. Tuer cette rage, endormir ce manque. Se raccrocher à l’air, retrouver un cheveux sur une vieille chemise pas encore lavée, depuis ce temps. Ongles noirs sur peau blanche. Se livrer au néant pour ne faire plus qu’un avec lui. Annihiler le rêve inaccessible. N’aspirer plus à rien. Se raccrocher au meilleur, et espérer demain.

 

De vieilles photos s’affichent sur l’écran et illuminent la pièce, c’est sa seule lumière. Je repense à cette fille que les hasards amicaux ont mis sur mon chemin. Hasard, mon cul… Il n’y a rien de pire que des amis bien intentionnés. Jolie. Vraiment. Oui, elle m’attire. Oui, ses yeux occupe mon esprit et ma libido blessée. Mais à quoi bon. Elles finissent toutes…

 

On passe sa vie à chercher des réponses, mais seules compte les questions. On à parfois tort d’apporter des réponses, mais on n’a jamais raison de ne pas essayer. Mais j’ai eu trop souvent tort. Je suis fatigué. Laissez-moi dormir. Allez-vous en.

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Early Morning Blues

Posté par Durf667 le 10 avril 2011

Par Durf667 (2010).

 

Le plus effrayant, ce sont les accès de rage.

Je me réveille à quatre heure et demie du mat’. Pourquoi, j’en sais rien, j’ai du dormir à peine cinq heures. Mais voilà, je me retrouve à fixer le plafond depuis mon pieu, le sommeil est parti je ne sais trop où et je sais qu’il ne reviendra pas. Je me lève pour aller chercher mes clopes qui sont restées dans le salon, en profite pour allumer le PC, et découvre deux belle merdes laissées par Xerxès, le Bull Terrier de mon colloc Alex, sur le parquet de la cuisine. Classe. Pas de trace du colloc. Avec un peu de chance, à cette heure, il doit être dans sa nouvelle copine. Me voilà donc parti dans les rues au petit matin en train de me faire démonter l’épaule par ce con de chien qui pisse à peine de quoi remplir un verre à whisky. Mais l’air de la nuit me fait du bien, l’atmosphère est humide et froide, et en l’absence de qui que soit d’autre dans les rues de la vieille ville (colombage, poutres apparente, rues pavées), les rues m’appartiennent.

Une fois rentré, je relève mes mails (on voit que noël approche, Amazon et CDiscount en sont à la limite du harcèlement), passe sur Facebook voir s’il y a des insomniaques (il y en a, mais je les soupçonne de ne pas s’être encore couché) et y apprends qu’il a neigé dans la nuit. J’en profite pour stalker un peu Vic, ma copine (rien de spécial) et Vassilissa, mon ex qui passe sur le site une fois par année bissextile, mais qui reste à ce jour la personne qui me donne les meilleurs conseils, quel que soit les sujets qu’on aborde. Si seulement elle était capable de s’appliquer à elle même ce qu’elle prêche… Mais je suppose qu’on est tous pareils, sur ce plan-là. Je lance un album de Tegan and Sarah sur Deezer. Ça correspond bien à mon humeur. J’essaie de me caler à la nouvelle que j’ai commencé il y a une éternité, mais rien ne sort, c’est mon problème chronique de manque d’inspiration. Et j’ai toujours cette vieille déprime qui me tient au boyaux de la tête comme un amant qui sent l’amour partir se tient au corps endormi de son élue.

Je me cale au pieu pour essayer de m’occuper la tête avec un bouquin de Poppy Z. Brite, celui où elle parle de son addiction à la Vicodin ES. Comme le docteur House, oui. Puis j’éteins la lumière et essaie de me rendormir. Sans succès. Je me tourne et me retourne sous la couette, agacé par le bruit suintant du radiateur mal purgé. Et c’est là que ça me vient, remontant d’une zone oubliée de mon cerveau, la rage. Gabe est un RMIste professionnel pseudo-artiste de ma connaissance qui a un peu tendance à prendre tout le monde pour un con. Pourquoi j’ai pensé à lui à ce moment, me demandez pas. Mais je me suis distinctement vu lui enfoncer sa petite gueule d’ange des caniveaux dans un lampadaire. Je l’imagine la gueule en sang, les dents par terre. Ça me fait toujours un peu peur, ces crises. Bon, ça dure pas longtemps, mais suffisamment, dans ce cas, pour expulser toute chance de me rendormir. Je me lève en tremblant. Il est six heures.

Café, clopes, Weezer (on va éviter les trucs trop violents ou tristes tout de suite. J’ai besoin de musique légère). J’ai la tête pleine de mes incapacités sociales, de mes inaptitudes à la discipline. Quel espèce d’imbécile peut lâcher son taf pour devenir écrivain passé trente ans ? Moi. Je passe en revue mes handicaps administratifs, je dois des thunes à la CAF, la sécu me croit toujours employé par mon ancienne boite, ce genre. Pourquoi je n’arrive pas à m’investir dans ma relation avec Vic ? Pourquoi je passe mes journées sur Civilization V au lieu d’écrire ? Pourquoi, après presque un an de colloc, mes cartons ne sont-ils pas défait ? Pourquoi je stalke encore Vassi sur Facebook ? Pourquoi je bois autant ? Pourquoi je m’occupe pas de soigner mes dents pourries ? Pourquoi j’arrête pas mes conneries ? Comment on fait, d’ailleurs ?

Xerxès vient de se poser à mes pieds et me regarde de ce regard qui me fait dire qu’il est mignon, mais un tout petit peu con. Ça me fait penser à la vanne récurrente de Vic à mon sujet. « T’es mignon, mais un tout petit keupon ». Elle est géniale, Vic. Presque aussi paumée que moi. Et le meilleur coup que j’ai jamais eu. Et elle encaisse plutôt bien mon côté poête-pouet-pouet-maudit-suicidé-en-sursis-à-deux-balles-de-ta-mère. Mais je me soigne. Je sais pas trop où je vais, mais je suis heureux d’y aller avec elle, le temps que ça durera. Sans elle, je serais un peu comme Xerxès quand ni Alex, ni moi ne sommes là. Comme un chien sans son punk.

Trop de café. Trop de clope. Je gerbe de la bile dans les chiottes. Xerxès regarde sans comprendre, la tête penchée sur le côté. Je pars en quête de la bouteille de coca que j’ai cru voir posée à côté du canapé du salon. Bingo. Le liquide calme un peu le feu stomacal, mais je m’empresse de le vomir également. Au moins, j’ai quelque chose à vomir. C’est déjà ça. La rage revient, mon amante la plus fidèle. Je retourne sur le PC, repasse vite fait sur Facebook. Rien. Je change de son sur Deezer. L’album punk de Slayer. Ma nouvelle en cours est toujours là, en attente sur le bureau. Je la relis, trouve ça pas si mal. Ça parle de super-héros nihilistes. J’essaie d’écrire, et là, ça vient. Je m’y remets. Au moins, j’ai quelque chose à vomir.

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