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À propos de Durf667

Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

Pèlerinage

30 juillet 2011

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J’étais parti. Pause. J’étais parti sans but précis, à part peut-être celui de me trouver moi-même, ou du moins une partie significative.

Je n’ai pas trouvé.

En tout pas, pas celle que je cherchais, inconsciemment ou non.

Mais je reviens avec une carte, un plan, un mode d’emploi. Pas forcément très exact, mais c’est déjà un début. C’est un peu comme une notice de montage IKEA, ou le manuel de Photoshop. Du genre où ceux qui les ont écrit partent du principe que celui qui serait susceptible de s’y référer n’en a aucun besoin.



Et me revoilà dans ce coin. J’y ai trainé mes docs un paquet de temps, mais là, faut reconnaître que ça faisait un bail.

Retour sur les lieux d’une adolescence, d’un passage, du seuil entre inconscience et réalité.

Un sacré bail, donc.

Je me retrouve adossé à cette souche, au bord de la route. J’ai deux heures à tuer. J’attends la suite des événements.

L’ombre des feuilles joue sur le papier de mon bloc. Il y a une légère brise. L’air est assez pur pour physiquement me fatiguer, mais même cette lassitude est agréable. Presque suave.

J’attends, seul, heureux de l’être, perdu en moi-même.

La chaleur du soleil sur ma nuque, le bruit du stylo sur le papier. Une odeur d’herbes coupées.



Je ne sais pas.

Ce que je sais, ou crois savoir, c’est ce que je ne suis pas. Ou plus.

Ces « archives » qui prennent la poussière dans ma chambre d’ado. Traces. Paroles de chansons. Poème.

Très teenage.

C’est moi, ça ? C’était moi ?

À l’époque, j’y croyais.

Cette piaule est comme un quartier abandonné, déserté, d’une ville quelconque. Les maisons tombent en ruine, mais la municipalité y est trop attaché pour les abattre et reconstruire autre chose.

C’est encore un peu ma piaule, Cobain partout sur les murs est encore là pour en témoigner. Certains posters ont perdu leurs punaises, murs usés près à s’abattre sur les décombres d’un passé.

Des bouquins poussiéreux trainent encore sur des étagères conquises par quelques araignées.

Ce n’est pas encore une pièce récupéré pour un nouvel usage. Pas entièrement. On sent bien qu’elle sert un peu d’entrepôt, de placard.

Mais il y a beaucoup de moi, encore. Un moi issu du passé ? Que restent-il de moi ici ?

 

photo0002.jpg

 

Des fantômes.


Des reflets de jadis.


Moi, ou un autre, ou les deux à la fois.


Il y a trop de fantômes, ici.


Ou pas assez.



Les gens changent, mais pas tant que ça.

Les sculptures sont différentes, mais l’argile restent identique. Se modelant elle-même sans s’en rendre compte.

Elle accuse les autres des fêlures qu’elle s’inflige.

Elle s’accable toute seule de se blesser autant.



J’étais parti.

Je suis revenu.

Pas de réponse, donc.

Pas de discernable, en tout cas.

Peut-être de meilleures questions.

J’étais parti à la recherche de moi-même ?

J’ai trouvé autre chose.

Quoi ? Je n’en sais encore rien.

Ce qui est sûr, c’est que je l’ai trouvé.

Crash-test #4

17 juillet 2011

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C’est l’histoire d’un petit garçon qui était persuadé d’être né sans jambes.


Je te jures, je te cramerais c’te baraque, ça règlerait pas le problème, mais ça serait bon pour mes nerfs.


Vises-y l’œil !


Les hasards de la vie lui avaient mis dans les mains La montagne magique, de Thomas Mann, pile au moment où la tentation de l’exil, de la retraite, s’insinuait dans son âme comme le sentiment amoureux s’attaque à l’esprit d’un adolescent submergé par les hormones.


Rhôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôôô !


« These are my fluids, give me yours »


Chacun d’en nous est effectivement un flocon de neige merveilleux et unique. Mais tous les autres flocons s’en foutent.


Rien à foutre des pom-pom girls.


Il était lui-même surpris de se sentir aussi bien. Après tout, il était malheureux depuis si longtemps, son mal-être était si habituel, que tout en lui semblait résonnait en permanence d’un deuil indéterminé mais constant. Aussi, quand par extraordinaire son ciel s’éclaircissait, il y voyait presque un mauvais présage. Au centre du cyclone, il n’y a plus de vent.


La merde, l’erreur fatale, la connerie fondamentale, c’est la sédentarisation.


Sans doute le locataire précédant avait-il commis une erreur en procédant à son changement d’adresse, car, les premières semaines, il lui arriva de recevoir quelques lettres et colis qu’il s’empressait de renvoyer à l’expéditeur. Néanmoins, il en ouvrit par erreur un dont le contenu l’intrigua beaucoup. Ce fut un de ces amis qui dût lui expliquer qu’il s’agissait d’un vagin artificiel destiné à la masturbation masculine.


et quand il ouvrit la porte, elle était encore là.


« Fais moi confiance. La colère d’Obéron est rare. Rarissime. Mais t’as pas envie de la provoquer. Fais moi confiance. Maintenant, rend-moi mon œil, s’il te plait. »


Plouf.

Approbation

12 juillet 2011

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Je me souviens.


Premier jour de maternelle.

Personne ne m’avait dit.

Enfin, si, ma maman m’avait dit.

Si tu sais pas, tu fais comme les autres.

Mais je savais rien, moi !

J’ai jamais rien su…

Il fallait toujours bien être comme il faut.

Parfait.

Ne pas dépasser du rang.

Rester bien sage.

Ne pas se faire remarquer.

Même pas en bien.

C’était impoli.

Ça attirait les ennuis.

Pour vivre heureux, vivons cachés.

Il y a de bonnes et de mauvaises façons de faire les choses, et les grandes personnes savent déjà comment il faut procéder.

Pas la peine de chercher.

On te montre, tu fais.

Tu n’as pas à chercher comment faire mieux.

« Prenez vos crayons à papier »

Parce que tous les crayons ne servent pas à gribouiller sur du papier ?

Je ne savais pas.

J’ai sorti un stylo.

On s’est moqué de moi.

De mon ignorance.

Mais personne ne m’avait dit.

J’ai eu honte.

De mon ignorance.

De m’être déjà fait remarqué.

J’ai senti le rouge monter à mes joues.

Mon regard s’est baissé.

Incompréhension.

Je ne demandais pourtant qu’à plaire.

Qu’à être validé par mes pairs et l’institutrice.

Qui a dû placer dans ma main le crayon en bois pour pallier à ma complète incompréhension.

Qui n’a pas vu mon complet désarroi.


Il a fallu ensuite dessiner un paysage.

Un coup d’œil sur les travaux de mes condisciples m’apprend que leurs arbres semblent arborer un feuillage presque parfaitement sphérique.

Je trouve ça bizarre.

Ils sont pas ronds, les arbres, non ?

Ils sont pleins de feuilles ?

Il me semble qu’il faudrait les dessiner de façon plus…

Je ne connais pas encore le mot asymétrique.

Je ne connais pas encore le mot chaotique.

Mais je suis mal à l’aise .

Je me suis déjà fait remarquer une fois.

Une fois de trop.

C’est mal, de se faire remarquer.

J’ai peur.

Peut-être que c’est comme ça qu’il faut dessiner les arbres ?

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai peur de demander.

Je me ferais encore remarquer.

Alors je prends mon crayon, et je commence à dessiner des arbres aux troncs rectilignes et aux feuillages ronds.

On dirait des sucettes ou des hochets.

Mais dans cette salle de classe, ce sont des arbres.


J’ai dessiné des arbres au feuillage sphérique pendant au moins cinq ans.

Je n’ai aucune idée de ce qui m’a décidé à briser cette loi.

Ce fut la première d’une longue série.

J’ai appris à me méfier des « grandes personnes ».

J’ai appris à penser par moi-même.

Mais…

Je dois reconnaître…


Mais je suis loin de m’être débarrassé de cette terreur de ne pas être… disons… approuvé.

Rorschach, un prologue.

12 juillet 2011

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Ce texte était à l’origine destiné à « préfacer » un projet de recueil pour l’instant ajournée pour des raisons diverses. Il devait se présenter comme une anthologie de textes écrits par les différents auteurs précataclysmiques membres de l’A.R.P.E.G.E. (d’où la référence au papier et aux arbres). Comme je l’aime bien, ce texte, et qu’en plus il colle plutôt bien avec le contenu de ce blog, le voici, légèrement retravaillé.

 

Rorschach, un prologue.

Par Don Nihil Apsàra.

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Vous qui lisez ceci, arrêtez tout de suite.

Il n’est pas encore trop tard.

De toute façon, quel intérêt trouvez-vous à déchiffrer ces mots, sont-ils si différents que ceux que vous connaissez déjà ? Bien sûr que non, ce sont les mêmes que les milliers d’autres que vous avez lus ou entendus un jour. Ce ne sont que des tâches d’encre, des tests de Rorschach conceptualisés, argumentés.


Qu’y voyez-vous ?


Ce ne sont pas des héros romantiques en quête d’un hypothétique salut. Ce ne sont pas des péripéties passionnantes émaillant le voyage initiatique d’un crétin adolescent. Ce ne sont pas des évocations de sensations, de sentiments, d’émotions. Ce ne sont pas des signes arbitraires agencés selon une procédure précise et codifiée dans un but communicationnel.

Ce sont des tâches d’encre souillant de leurs noires empreintes le blanc immaculé du papier. Et on a tué un arbre pour ça !

Ce ne sont que des ombres qui vous empêchent de voir. La vérité est dans les marges et entre les arabesques. Quels que soient les mots, les idées, les actions que vous y percevez, ce ne sont que des mensonges.


Vous n’avez vraiment rien de mieux à faire ?

Remplir des papiers à renvoyer à la CAF ? Inventer un jeu d’adresse avec un brin de laine et une branche de saule pour votre petit neveu ? Essayer de vous nourrir correctement, pour une fois ?

Vous tenez réellement à lire ceci ?

On a dit que ce n’est pas le spectateur qui fait l’œuvre d’art. Le film existe même s’il n’y a personne pour le regarder. La mélodie se murmure à elle-même dans la folie du vent.

L’histoire a déjà été racontée.


Je n’ai pas besoin de vous.


Alors, plutôt que de perdre votre temps avec moi, partez, partez et remplissez votre vie, allez aborder cette jolie rousse que vous croisez tous les matins à l’arrêt de bus, demandez à un ami de vous aider à dessiner ce nouveau tatouage dont vous parlez depuis si longtemps, finissez enfin le dernier niveau de ce jeu sur la Play qui vous résiste encore.

Mettez un petit Trust à fond sur la chaîne et faites de la air-guitar devant le miroir de la salle de bain.


Vous ne trouverez rien ici pour remplir votre vie. Ça, c’est votre boulot, et ici, c’est de la mienne dont il est question.

Je ne peux rien pour vous. Êtes-vous là pour moi ?

A vrai dire, je ne veux rien de vous, vous m’êtes indifférents. Et vous n’avez rien à faire de moi, c’est vous-même que vous cherchez dans ces lignes. Vous n’y êtes pas. Il n’y a ici qu’une minable petite réalité, mais c’est la mienne.

Ne vous y trompez pas, j’apprécie que vous soyez encore là, à lire mes élucubrations. Ça flatte mon égo. Mais je ne veux rien de vous. C’est nous que nous cherchons dans le regard des autres. J’ai renoncé à creuser dans le jardin des voisins pour trouver les cadavres enterrés dans le mien.

Prenez ça pour ce que c’est : une excavation.


Vous êtes toujours là.


C’est vrai qu’on ralentit, sur l’autoroute, pour mieux voir l’accident.

Si ça peut vous faire plaisir…

Alors…



« Prenez, et buvez en tous,

Ceci est mon sang.

Rien que mon sang, égoïste et ancien,

Versé pour vous

Et pour la multitude

En rémission de MES péchés.

Faîtes le, ou ne le faîtes pas.

De toute façon, je m’en fous. »

 

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Proie

6 juillet 2011

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Ceci est un texte un peu ancien sur lequel je suis retombé en faisant le ménage dans mon ordi. L’idée était d’écrire une histoire en utilisant uniquement des phrases d’un seul mot. J’ai piqué l’idée à Richard Christian Matheson, qui a utilisé ce procédé dans une nouvelle que je ne parviens pas à retrouver. Considérez ça comme une tentative oulipesque.

 

Proie
Par Krist Morningstar (2008)

Nuit.
Samedi.
Non.
Dimanche. Matin.
Night-club. Musique. Electro.
Odeurs. Sueur. Alcools.
Vacarme. Foule. Moi.
Partir. Sortir.
Rue. Fraîcheur.
Humidité. Buée.
Néons. Lampadaires. Vitrines.
Flashes.
Moi. Éblouie.
Flou.
Passants.
Hommes. Femmes. Adolescents.
Fatigue.
Ivresse.
Psychotropes.
Tituber.
Errer.
Rentrer.
Chemin ?
Frisson. Se retourner.
Passants.
Hommes. Femmes. Adolescents.
Téléphone. Appeler. Marc.
Répondeur.
Merde.
Marcher.
Clope. Briquet. Chaleur.
Fumer. Inhaler. Poumon. Brûlure.
Nausée.
Impasse. Mur. Appui.
Vomir.
Bile. Rhum. Quick.
Abdominaux. Douleur.
Nuque. Picotement.
Sursaut.
Homme.
Trentaine.
Costaud.
Sourire.
« Bonsoir »
Approche.
Vite. Trop.
Là.
Crier ?
Choquée. Muette.
Lui.
Odeurs. Sueur. Alcools.
Silence. Personne. Lui. Moi.
Lui. Lourd. Moi.
Mur.
Douleur.
Ventre.
Couteau…
Crier… Essayer…
Odeurs.
Sang. Fer.
Douleur.
Ventre.
Suffoquer.
Crier… Prier.
Lui. Lourd.
Sueur. Sang.
Couteau. Bouger.
Douleur.
Lui. Respiration. Haleine.
Vodka. Cigarette.
Sang.
Douleur…
Ventre…
Faible… Fatiguée…
Lui. Rire.
Couteau. Bouger.
Douleur.
Trop.
Lui. Lourd. Fort.
Moi.
Faible…
Tellement…
Faible…

Arcane VIIII : L’Hermite

5 juillet 2011

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Parfois

L’extérieur agresse.

Je suis tellement mieux chez moi.

Le soleil tape, le ciel est bleu, mais je ne le sais pas.

Les stores resteront fermés.

Dehors blesse.

Ici, à l’intérieur, il n’y a que moi,

Et c’est bien suffisant.


J’étais loin. Ailleurs.

On ne peux pas rester loin longtemps,

C’est comme un phénomène de marée.

Ça va, ça vient, ça avance, ça reflue.

Là-bas, rien n’attaque, mais on peux quand même s’y blesser.

On ne sait jamais ce qu’on va y trouver.

C’est là,

Ou pas.

Et il faut faire avec.



* *

*


Elle se dit que le ciel est le même partout, qu’il suffit de le regarder pour se rapprocher spirituellement de ceux qui nous manquent, pour se dire qu’ils regardent peut-être le même ciel. Après tout, il n’y en a qu’un, de ciel.

Son corps reste assis dans fauteuil, un rayon de soleil lui cuit l’épaule, mais peu lui importe. Le ciel appelle son esprit, là où ce qu’elle n’a pas se trouve. L’odeur du café, la fumée de sa gauloise, la chaleur sur son épaule, le bleu dans la fenêtre l’entraine ailleurs, vers un lieu peut-être imaginaire, mais pourtant bel et bien réel.



* *

*


Je cherche qui ? Quoi ? Est-ce que je cherche, d’ailleurs ? Qui suis-je ? Que suis-je ? Suis-je quelque chose ? Pourquoi ? Comment ? Est-on sensé être quelque chose ? Quelles sont les réponses ? Suis-je prêt à les entendre ? Est-ce que ça servira à quelque chose ? Que faire d’autre ?



* *

*


Il y a une lumière, loin, là-bas, à l’intérieur. Elle éclaire tout. Elle dit tout.

Certains l’ignorent, et passe à coté, ne sauront jamais, le royaume des cieux leur appartient.

Certains la voient, et cherchent à l’atteindre.

Certains ne la trouvent jamais.

Certains ne supportent pas ce qu’elle met en évidence.

Certains ont peur de voir.

Certains sont aveugles.

Et moi, je ne sais plus si mes rétines sont brûlées ou si je n’ai jamais vu.



* *

*


Parfois

L’extérieur agresse, mais le dehors existe pourtant.

Je suis mieux chez moi, pour l’instant, mais ça ne durera pas.

On ne fuit pas éternellement.

Dehors blesse, parfois, mais dehors apporte bien d’autre chose que la douleur.

Ici, à l’intérieur, il n’y a que moi,

Et c’est suffisant, pour l’instant.

Mais « moi » n’est intéressant que face ou aux cotés des autres.


J’étais loin. Ailleurs.

Et je reviens.

On ne peux pas rester loin longtemps,

C’est comme un phénomène de marée.

Ça va, ça vient, ça avance, ça reflue.

Là-bas, rien n’attaque, mais on peux quand même s’y blesser.

Je ne suis pas sûr de ce que j’y ai trouvé.

C’est là.

Et il me faut faire avec.


Le combat reprend.

J’en sais plus.

Je crois.

En tout cas ce qui fait « moi »,

Aussi confus que ce soit,

Je l’ai entraperçu.

Je serai toujours « ça », « moi ».

Quoi que ce soit.

La lanterne éclaire le chemin.

L’Hermite sait, mais ne dis rien.

Il indique le chemin.

C’est déjà ça.



* *

*


Ce n’est pas une source constante de lumière. Plus un flash qui éclaire ce qui est dans l’obscurité. Il faut être attentif pour bien saisir ce qu’il dévoile. Il faut le chérir, ce que tu vois, car c’est « toi ». ou du moins une partie. À présent, je ne suis pas certain de ce que j’ai vu cette fois-ci.

Je ne suis pas sûr que ça me plaise.

Mais c’est là.

Mon chemin est moins sombre.

Je suis de retour.

Dialogue intérieur

29 mai 2011

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« HEY ! CONNAAAAAAAAAARD !

- Hein, quoi ?

- HOOOO ! TU M’ÉCOUTES ?

- Arrête de gueuler, déjà…

- Ouais ben quand je te parle normalement, tu m’écoutes pas.

- Oh, ta gueule, hein, vu le week-end de merde que tu m’as fait passer, je crois avoir plutôt bien saisi ton message, enculé.

- Descend d’un ton, s’il te plait, si tu m’écoutais plus souvent, j’aurais pas eu à te faire chier.

- Qu’est-ce que j’ai fait encore ?

- Tu le demandes ? T’as vu comment tu me nourris ? Comment tu me maltraites ?

- Plains-toi ! Il me semble que je t’ai mis au sport, récemment.

- Ouais, une petite demie-heure deux fois par semaine, ouaaaah, bonne perf.

- T’es de mauvaise foi, c’est quand même toi qui peut pas en faire plus.

- Admettons.

- Putain ouais, t’as intérêt à admettre.

- C’est pas pour ça que t’as arrêté de fumer… Et tu picoles bien un peu de temps en temps.

- Ouais, bon, si bien te traiter signifie me faire chier, je vois pas l’intérêt.

- Parce que tu t’es pas fait chier, peut-être, ce week-end, juste parce que j’étais mal en point, à gueuler pour réclamer un peu de respect et de repos ?

- Bonne remarque.

- Je ne mens jamais. En tout cas, rarement.

- Je dois le reconnaître. Mais quand même.

- Quand même quoi ?

- C’était obligé d’être ce week-end ? Précisément celui-là ?

- Je choisis pas.

- Mais merde, ça m’a couté un road-trip avec des potes pour aller voir mes vieux lotois que je vois une fois tous les mille ans. Et le lendemain, une teuf d’anniv’ d’un gars que j’aime bien, avec des gens avec qui je passe pas tant de soirées que ça, à mon grand regret.

- Ben assume.

- Pfff…

- Ah mais, merde, c’est quand même pas ma faute si tu me considère comme quantité négligeable. À part quand il s’agit d’être opérationnel pour un plan cul. Ah ça, tu m’aime, quand il s’agit d’obtenir cette fameuse décharge d’endorphine !

- Oh la mauvaise foi ! Comme si t’appréciais pas ! J’y crois pas, là !

- Bon, ok, je reconnais.

- Et puis arrête de croire que t’es le seul à être pas bien. Moi-même, tu sais, je suis pas particulièrement en bon état.

- Et alors, ça t’oblige à me foutre en l’air ?

- Non, bien sûr. Mais… Laisse tomber.

- Non, vas-y, je t’en prie…

- Non…

- Quoi ?

- Pas envie d’en parler.

- Allez…

- C’est pas contre toi, tu sais?

- Je me doute, mais ça n’empêche pas.

- Bon, je te promet d’essayer de faire gaffe.

- Encore…

- Ouais, je sais, c’est pas la première fois.

- Non.

- Mais bon.

- Oui

- Bon, ce soir, on va rester cool, déjà.

- Merci.

- De rien. Moi aussi j’en ai besoin.

- Ça fait plaisir de t’entendre reconnaître tes conneries. Mais essaie de pas les faire, dèjà, enfin, pas trop et pas des trop grosses, ce sera déjà pas mal.

- Ok, promis. Ça te dis qu’on aille geeker ? Histoire de se vider la tête ?

- D’accord, Esprit, faisons ça.

- Allons-y, Corps. Mais avant, je vais aller poster ce qu’on vient de se dire sur le blog.

- Hé hé ! »

Crise de foi

22 mai 2011

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Encore un texte de milieu de nuit, on va essayer, pour une fois, de pas taper dans le nihilisme le plus systématique. C’est autre chose. Le nihilisme suppose un intellect fonctionnel, une pensée claire. Ce qui en ressort peut tenir de l’erreur, de la connerie la plus débile, mais le cerveau fonctionne. Ce dont il s’agit, ici et maintenant, ressemble plus à de la lassitude.


Ça ne va pas être long. Je traverse une petite zone de turbulence. Temporaire, du moins, c’est à espérer. Et puis, ça a toujours finit par passer. C’est quelque chose qui me tombe dessus de temps en temps, assez régulièrement. Disons-le tout net, je ne suis pas un scribouillard prolifique. J’ai du mal à me caler devant le clavier ou la feuille de papier. Je peux éventuellement sortir quelque chose en me lançant dans un processus d’écriture automatique, comme en ce moment, mais les nouvelles plus longues, qui demandent plus de structure, plus de travail, avouons-le, me posent plus de problème. Ce qui me fait remettre en cause, donc, ma « vocation » d’écrivain, si vocation il y a effectivement.


Non que je me cache derrière de la fausse modestie, bien que je sois la personne la moins bien placée pour en juger, il semblerait néanmoins que je possède ce qu’il va bien falloir que je me décide à appeler un certain talent d’écriture. C’est même une des seule chose dans ma vie que je fait à peu près correctement. D’où l’idée, naturelle, d’essayer, sinon d’en vivre (tout le monde ne peut pas être Stephen King ou Amélie Nothomb), du moins d’en faire quelque chose. Ça tient peut d’être d’une certaine vanité, la volonté de laisser quelque chose, une trace. Mais pour ça, il faudrait peut-être que je parvienne enfin à écrire régulièrement des textes de plus de deux pages. Il faudrait arriver à écrire plus de longues nouvelles, ou même des nouvelles courtes. Plus de poèmes, plus d’articles, plus de… Plus de vrai travail.


C’est la raison pour laquelle j’ai passé la journée en ermite, sans même tenter d’écrire ou de réfléchir au problème. Pause.


Ça me tient et m’obscurcit le cerveau depuis quelques jours. Cette idée que je n’y arriverai pas, que toute tentative restera stérile. J’ai tout envisagé. M’assoir à mon bureau à heure fixe, garder sur moi un bloc de feuilles et un stylo en permanence… Tout ce que je sors dans le domaine du construit me paraît inexploitable. Les idées, les thèmes sont là. Les intrigues aussi. Mais les mots refusent de se mettre dans le bon ordre. Ils mentent. Je crois qu’il leur manque la conviction d’un auteur qui croit en ce qu’il fait, qui n’est pas gâché par ce sentiment tenace que rien n’en vaut la peine. La conscience du caractère vain de toute action.


Mais justement, il faut bien faire quelque chose. Ne serait-ce que pour passer le temps en attendant sa dernière heure.


Le problème, c’est que, je le répète, je ne sais faire que ça. J’ai peur que ce blocage procède de quelque chose en moi que je ne contrôle pas. Que seule des mois ou des années de psychanalyse pourrait régler. Mais en attendant, je fais quoi ?


Je sais bien ce qui va se passer. Je vais continuer à essayer, de temps en temps quelques bonnes pages viendront enfin au monde, et peut-être qu’une certaine habitude naitra et me permettra d’écrire plus, et mieux.


De toute façon, je ne sais faire que ça.

EGO

16 mai 2011

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Bas les masque. Qui suis-je ? On peut passer sa vie à tenter de répondre à cette question, et il me semble à présent que ce serait en vain. Mais il en est de la vie comme des voyages, le trajet est plus important que la destination. Celui qui ne se pose jamais cette question est un piètre être humain.

 

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Je suis un homo sapiens mâle, de type caucasien.

Je suis un hétérosexuel plus croyant que pratiquant.

Je suis un occidental judéo-chrétien.

Je suis européen, français, occitan, limousin/lotois.

Je suis fatigué, là.

Je suis un littéraire.

Je suis éternellement insatisfait.

Je suis amoureux de l’idée d’être amoureux, ce qui ne suffit pas, au contraire.

Je suis dépressif et bipolaire.

Je suis un écrivain, en tout cas j’essaie.

Je suis bassiste dans un groupe de punk. Donc pas vraiment musicien, hé hé.

Je suis attiré par les gens intéressants, et donc potentiellement dangereux pour moi.

Je suis émotionnellement perturbé.

Je suis accroc à mon mal-être.

Je suis attiré par l’auto-destruction, mais je me soigne.

Je suis seul, comme vous tous.

Je suis trop maigre.

Je suis en relative bonne santé, mais bon, hein, n’est-ce pas ?

Je suis souvent insomniaque.

Je suis un irrécupérable gauchiste de cœur.

Mais en fait, profondément, je suis nihiliste.

Je suis un mystique.

Je suis encore amoureux de toutes mes ex. Et oui.

Je suis un handicapé administratif.

Je suis bordélique.

Je suis un sale con, quand je m’y met.

Je suis réfractaire à toute autorité.

Je suis un contemplatif.

Je suis profondément écoeuré par la façon dont le monde fonctionne.

Je suis déçu de l’être humain. Des êtres humains. De tous les êtres humains, moi y compris.

Je suis un type bien, il paraît.

Je suis de passage, uniquement.

Je suis un sale punk.

Je suis fataliste.

Je suis relativement cultivé.

Je suis un bon coup, il paraît, mais bon, j’ai aussi appris à ne plus croire les compliments.

Je suis décevant sur le long terme.

Je suis intelligent, original et mystérieux. Ça, ou alors psychotique, bizarre et asocial. Mais c’est pareil.

Je suis pas du matin.

Je suis tolérant. Sans doute trop, d’ailleurs.

Je suis anti-tout.

Je suis en dérangement.

Je suis très, mais alors très pâle.

Je suis encore plus con que ce vous croyez.

Je suis pas un connard, mais je commets des erreurs, donc, c’est pas une excuse.

Je suis trop indulgent avec les cons, ça me perdra.

Je suis un faux calme.

Je suis un vrai anxieux.

Je suis dans le doute.

Je suis tout ça.

Et bien d’autre chose encore.

C’est comment qu’on freine ?

7 mai 2011

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C’est ce genre de journées improductives au possible, quand la démotivation le dispute au rejet global de toute tentative de même essayer de se motiver à quelque action que ce soit. Au départ, j’étais parti, je voulais, j’avais l’intention de rédiger un article sur le nihilisme, le pessimisme et le cynisme. J’avais rassemblé la doc, étayé mes argument, préparé mes exemples, mais en fait, non. Je le garde sur l’oreille, je le fumerai plus tard. L’idée était justement de prouver que ce n’est pas parce que l’on adopte des options philosophiques qu’on pourrait qualifier de pessimistes, voire de morbides, qu’on ne peut pas en dégager un chemin de vie finalement pas si noir que ça. L’abandon de l’espérance n’est-il pas un des premier pas essentiel de la démarche bouddhiste vers le nîrvana ?


Enfin, c’était l’idée, vous voyez le genre.


J’ai passé la nuit à me réveiller toutes les heures, tiraillé par un malaise non-identifié encore, mais bel et bien présent, sinon réel. J’étais tiraillé entre l’envie de dormir et celle de griller un bon gros fusible. Je n’ai finalement fait ni l’un, ni l’autre.


Et je me traine depuis ce matin, depuis ce moment où les idées noirâtres (si encore elles avaient pu se décider à s’obscurcir complètement ! Mais non…) occupèrent trop de mon esprit pour ne pas y macérer en un magma gluant de conneries oiseuses à peine dignes d’un ado en pleine crise pseudo-lautréamontaise. Je me traine, mon corps refuse de s’éveiller, mais mon esprit ne veut pas se décider à s’endormir. J’ai faim, mais j’ai la gerbe. J’ai envie de voir du monde, mais je pressens que la présence d’un autre être humain dans mon entourage me serait potentiellement insupportable. En tout cas pour l’instant.


Il me reste l’écriture. Je n’ai rien à dire. J’ai essayé de continuer la lecture de ce bouquin de Stefan Zweig que j’ai commencé hier, mais non, mon cerveau refuse de s’intéresser à quoi que ce soit. Ouvrons les vannes.


J’ai envoyé ma psy se faire foutre. J’ai encore les médocs sur le bureau qui me regardent fixement au moment où j’écris. Sur une échelle de 1 à 10, 1 étant le moment où on se retrouve, par exemple, à se taillader le bras avec un couteau, ou pire, à regarder des séries AB en bouffant des bretzels à longueur de journée sur le canapé, et 10 représentant ces moment de grâce où le monde entier vous appartient, où la femme que vous aimez depuis deux ans en secret s’abandonne enfin dans vos bras, où que vous soulevez la coupe d’Europe devant des milliers de spectateurs ; sur une échelle de 1 à 10, donc, mon humeur avait un peu trop tendance à varier de 2 ou 3 à 7ou 8, et les oscillations commençaient à devenir dangereuses. D’où la psy. Mais là, ça fait un peu trop longtemps que je me traine à un niveau de 5 perpétuel. Et je m’emmerde. Et j’ai donc envoyé la psy se faire foutre. Je sais pas si c’est la décision la plus intelligente ou la plus stupide que j’ai prise récemment. En tout cas, c’est soit l’un, soit l’autre.


Parmi les changements qui se sont produits en moi pendant la période où elle me suivait, il en est un qui me laisse dubitatif. Je crois avoir totalement abandonné l’idée de faire fonctionner un jour un couple dont je serais l’un des deux éléments. Ça m’apparait aujourd’hui comme une impossibilité scientifique. Je me sens comme un alchimiste qui, après avoir lu un traité de Lavoisier, aurait enfin compris qu’il ne changerait jamais le plomb en or. Il y a encore quelques mois, ce constat, vrai ou erroné, m’aurait plongé, au mieux, dans d’interminables débats intérieurs et inspiré une profonde tristesse, voire une révolte sincère. Aujourd’hui, à l’extrême limite, je me demande si j’en ai vraiment quelque chose à foutre. Ça n’arrivera pas, point-barre. Je ne sais pas si c’est un signe de sagesse ou de stupidité.


Je me suis pris en pleine gueule l’absolue inutilité de toute tentative de faire quoi que ce soit de sa vie. Est-ce que j’aurais trop lu Cioran et Schopenhauer ? Mais bon, tant que je suis pas mort, il faut bien passer le temps.


Le suicide n’est pas une option. Ça, c’est une certitude. Dans un monde aussi pourri que celui dans lequel nous vivons, je ne m’oppose pas à l’auto-annihilation radicale d’un point de vu moral ou éthique. Non. C’est juste que si je me flingue, c’est eux qui gagnent. Je serais bien emmerdé pour définir ou nommer ces « eux », mais je ne vois pas comment mieux l’exprimer. Le monde est dégueulasse, mais je ne vois pas en quoi le laisse entre « leurs » mains et en me foutant en l’air pourrait le rendre meilleur. Et puis, il y a tellement de cons heureux de leur petits bonheurs satisfaits de connards bouffis de leurs certitudes que ça me fait plaisir de rester là, et de leur balancer mes doutes, mon éthique et ma tristesse en pleine gueule, même si ça ne sert, finalement, à pas grand chose. Mais rien ne sert à rien.


Qu’est-ce que je vais faire de mon samedi soir ? Il est prévu que je vois certaines personnes, mais ça devrait aller. Celles-ci, tout comme moi, portent le signe de Caïn sur le front. Nous serons entre nous. Je vais sans doute me faire engueuler d’avoir arrêté la psy. Ou peut-être pas. On verra.

Je vais sans doute avoir envie de tenter d’oublier ma solitude métaphysique dans les bras d’une petite. Et, comme d’habitude, je vais sans doute rentrer chez moi seul avant même le coup d’envoi officieux de la soirée, trop misanthrope pour supporter longtemps les apparences de joie et de bien-être affichés par les noctambules. Trop timide et asocial pour ne serait-ce qu’oser offrir un verre à qui que ce soit. Mais on ne sait jamais.


Je repense à une chanson de Bashung. « C’est comment qu’on freine ? J’voudrais descendre de là… »

Ouais. Si seulement il étais possible de descendre de la planète juste cinq minutes, histoire de souffler, de savoir ce qu’on y fout, avant de remonter. Mais bon. Ça ne marche pas comme ça.

Le Père, le Fils, Le Saint- Esprit. La Raison, le Corps et l’Âme. Drugs, Sex, Rock n’Roll

1 mai 2011

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Mon esprit fonctionne mal. J’ai toujours été le genre de gars à trop réfléchir. Ma raison, en ce moment, est en roue libre, du genre à me pousser à faire des erreurs de débutant ou à m’empêcher de commettre celle qui me seraient profitables plus tard. Elle s’est mise au service de ma dépression. J’ai l’impression d’appréhender mieux que les autres les réalités profondes de l’existence, et elles sont toutes assez pessimistes. Je n’ai jamais eu besoin de personne, ni de rien, pour me sentir plus intelligent et éclairé que mes semblables. Appelez-ça de l’arrogance, de la psychose ou du génie, je me plante et je le sais, mais… Je peux voir la Matrice.


Mon corps est brisé. J’en ai jamais pris trop soin. Je manque de sommeil, de nourriture saine. Mes poumons travaillent trop à filtrer les atmosphères viciées que j’inhale quotidiennement. Les muscles de mon dos sont déchirés des cervicales aux lombaires (et pas à cause d’activités physiques impliquant une promiscuité propre à dérégler les productions de dopamine et d’endorphine de mon organisme avec un spécimen de mon espèce de sexe opposé au mien, à mon grand dam). J’ai beaucoup vomi, hier. Je devrais en prendre plus soin, de ce corps. Après tout, c’est le seul que j’ai.


Il me reste mon âme. Au moins, quand sa voix se fait entendre, quand je daigne enfin l’écouter, elle fonctionne plutôt bien.


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Et maintenant, un peu de culture. Merci Wikipédia.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fonctions_tripartites_indo-européennes :


Le concept des fonctions tripartites indo-européennes fut développé par Georges Dumézil. Ses travaux montrent que les schémas mentaux de tous les peuples indo-Européens, qu’ils soient Grecs, Arméniens, Celtes, Indo-iraniens, Baltes, Germains, Slaves ou Latins, présentent un trait commun : l’organisation de la société selon trois fonctions primordiales. On retrouve cette structure essentiellement dans les mythes, mais également dans les structures narratives, et dans l’organisation sociale – théorie des ordres : « ceux qui prient » (oratores), « ceux qui combattent » (bellatores) et « ceux qui travaillent » (laboratores) d’Adalbéron de Laon.

  • La première fonction, dite fonction sacerdotale, est liée au sacré.
Aussi nommée fonction souveraine, on la retrouve avec les druides celtes, la caste des brahmanes indiens, ou encore les flamines romains. Cette fonction correspond aux divinités liées à la magie.
  • La deuxième fonction, dite fonction guerrière, est liée à défense du peuple.
On peut la considérer comme regroupant ce que l’on appellerait la noblesse d’épée, représentée, par exemple, par les chevaliersmédiévaux, les guerriers, les soldats. On retrouve cette fonction dans la seconde caste en Inde : les kshatriyas (aussi – râjanya). C’est au sein de cette fonction que l’on retrouve aussi le principe du Chef, du roi, du râja. D’ailleurs, découlant de cela, dans la Rome antique, pour être empereur, il faut avoir été sénateur, et pour cela être citoyen romain — ce qui ne signifie pas forcément être habitant de Rome, mais surtout jouir du statut d’homme libre de l’Empire romain, donc avoir le droit de vote. Pour être citoyen, il faut avoir été soldat, donc guerrier. Cette fonction correspond aux divinités liées à la force physique.
  • La troisième fonction, dite fonction productrice, est liée à la fécondité.
Elle regroupe les agriculteurs, éleveurs, artisans, et les commerçants. Elle correspond à la troisième caste de l’Inde : les vaisya (aussi – ârya), et aux divinités liées à la paix, à l’amour et la prospérité.

C’est par le biais de la mythologie comparée que Dumézil a mis en lumière l’existence d’un tel schéma. Par exemple, il est notable que la plus vieille triade (ensemble de trois dieux supérieurs) de la mythologie romaine, dite triade précapitoline, comprend Jupiter, MarsQuirinus, lesquels occupent clairement chacun une des trois fonctions.


Fin de la parenthèse culturelle. Il n’y en aura pas d’autre. On est pas sur Arte.


Je rajouterais personnellement :


La fonction guerrière, de nature apollinienne, cerveau gauche, correspond également à l’idée d’un certain dépassement de la condition humaine. C’est l’épée qui repousse et détruit ce qui est considéré comme néfaste. Ce n’est pas que le muscle brutal, c’est aussi la violence de l’intellect contre l’illogique et le mystérieux. La science contre l’obscurantisme, mais aussi la raison contre l’émotion. Regardez Sheldon dans « The Big Bang Theory ».

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Son organe est le cerveau, « Au nom du Père… », le signe de croix touche le front. Les drogues, alcools et substances peuvent la transcender ou la détruire.


La fonction productrice, de nature dionysiaque, cerveau droit. Le corps. La (pro-)création, la sensation, l’émotion. C’est la coupe, le Graal, qui reçoit, contient la vie avant de la donner. Ce sont aussi les tripes, le labyrinthe de nos intestins et de nos circonvolutions cérébrales où nous attends le minotaure de l’auto-destruction. Les mystères du corps et sa formidable puissance de jouissances et de douleurs contre la rationalisation excessive de nos vies. Ouais, j’en vois dans l’assistance qui comprennent de quoi je parle.

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Ses organes sont le sexe et les tripes, « … et du Fils… », le signe de croix touche l’abdomen. Les rapport sexuels et la gastronomie peuvent lui donner son vrai sens comme le vider de toutes substances.


La fonction sacerdotale est liée à notre âme. C’est celle de la quête de sens (alors qu’il n’y en a pas), de la recherche intérieure. C’est ce qui, pris entre les deux aspirations opposées de la guerre et de la fertilité, d’Apollon et de Dionysos, du cerveau et du sexe, cherche à créer un lien. C’est ce qui nous fait sortir de Nous , et qui nous Y enfonce le plus profondément. C’est le domaine de l’éthique, du sacré, de l’empathie, du rapport au monde et à l’Autre. Du rapport à Soi-même. C’est ce qui nous donne une vrai place en ce monde. Il semble qu’il y ait pénurie d’âme, de nos jour.

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Son organe est le cœur, « … et du Saint-Esprit. », le signe de croix traverse le cœur. Chacun donne un nom, ou pas, à ce qui se cache derrière son cœur. Personnellement, pour le jeu de mot, je l’appelle rock n’roll, mais c’est parce que je suis un sale punk irrécupérable. Comme de juste, cela, quel que soit son nom, peut tout autant nous tuer que nous révéler.



Et donc ?


Et donc, me voilà, punk crasseux, marinant dans le même T-shirt depuis trois jours, victime d’un dérèglement systémique de ces trois fonctions. Je pose mon corps négligé comme un rempart entre moi et l’agression permanente du monde extérieur. Je suis trop fatigué ou malade pour sortir, trop soucieux pour me réjouir du bien qui se présente, trop blessé pour résister à la tentation de le repousser.


Je m’en voudrai, plus tard.


Il y a du mieux à l’horizon. Je n’arrive pas, pour le moment, à convaincre ma raison de se réjouir totalement d’une opportunité éventuelle de mettre mes aptitudes créatives et intellectuelles au service de ma vie professionnelle et sociale.

Mon corps s’effraie, s’excite et s’interroge à l’idée de possibles aventures hédoniques. Il a faim, soif, il veut s’enivrer. Mais la fatigue, le malaise et les douleurs le saisissent, le paralysent comme le froid mordant cloue au sol, dans la neige, celui qui rampe, épuisé, vers le feu qui pourrait le sauver et qu’il voit, si proche et si loin.

Mon âme s’est repliée sur elle-même.


Mais ce n’est que passager. Il est un carburant commun au trois organes. La rage. C’est la rage que je vais mettre au service de ma sainte trinité personnelle. La rage fera de mois un guerrier, un amant et un prêtre. La rage. Je crois que la rage, c’est tout ce qui reste quand on est sur le point de céder à la tentation de tout perdre. Car le peu que l’on a encore est alors inaccessible. Sauf la rage. Toujours la rage.


La rage.

Et maintenant ?

28 avril 2011

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Et maintenant, quoi ?


Et maintenant, qui ?


Je l’ai laissée s’échapper comme du sable entre mes doigts. Quand j’y pense, je devrais sans doute mettre cette phrase au pluriel. Je les ai laissées… Ouais, une clope, c’est pas une mauvaise idée.


C’est juste qu’au bout d’un moment, tout être humain doté d’un cerveau normalement fonctionnel et suffisamment opérationnel finit par en venir à des conclusions plutôt nihilistes. C’est pas une posture, c’est un état d’esprit. La condition humaine… J’ai vu la vérité, dit le sage, et elle n’a aucun sens. On se balade dans nos existences étriquées en se disant que toutes les baffes qu’on prend dans la gueule doivent bien servir à quelque chose. Qu’il y a une raison pour qu’on morfle à ce point. La vérité, c’est qu’il n’y en a pas. Relisez Cioran.


Ainsi, donc, voilà.


Tout est absurde. Nous sommes des mouches prises dans du papier collant. Se débattre ne sert à rien. Mais il n’y a que ça à faire, alors, allons-y gaiement. Hosanna, hosanna, et en route pour la joie. Le seul sens qu’il y a à trouver dans tout ce merdier, c’est à nous-même de le lui donner. Histoire de se démerder pour regretter un minimum de choses à la fin du voyage. L’important, c’est pas la destination, c’est le trip.


Comment rendre supportable, l’insupportable ?

Réponse baudelairienne : la défonce, les femmes, la création.

Ouaip. Farpaitement. Ça marche pas trop mal. Le temps du délire. Le temps que ça dure. J’ai parfois l’impression que Dieu a créé l’homme à son image, doué de raison, de la capacité à s’élever au-dessus de sa condition d’asticot juste pour se marrer en le regardant se débattre. Satan, pris de pitié, a créé la drogue, le sexe et le rock n’roll pour qu’on s’emmerde moins. J’ai eu plus d’expériences mystiques contre un corps et une âme aussi perdus que les miens, dans les parfums éthyliques, à l’ombre des ailes d’une symphonie électrique que dans n’importe quel temple.


Et maintenant ?


Maintenant que cet épisode est terminé, quoi ?


L’idée de recommencer tout le bordel m’épuise… Mais il va bien falloir. J’ai pas précisément l’intention de flinguer tout de suite. Pas ce soir, en tout cas.


Je crois que finalement, c’est la fierté, ou l’orgueil, qui fout la merde. L’égo, saloperie ! Regarder l’autre vivre, c’est parfois assez dur… Regarder l’autre souffrir sans toi, c’est pire. Nous voudrions toujours être la cause de toute joie et de toute souffrance chez cet, chez ces autres.


Je m’enivrerai un autre jour. Ce soir, j’ai besoin d’être seul avec ma lucidité, cruelle et froide. Quitte à ressasser des souffrances d’autres temps, des plaisirs d’ailleurs. À quoi tu penses, petit homme ? Ce n’est qu’un perpétuel recommencement. Pourquoi briser des cycles quand ce sont eux qui nous façonnent ?


Il y a de l’espoir. Il y a aussi du vide.

Le bonheur n’est pas qu’un flingue chaud.

22 avril 2011

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Ol’ Man Sid


Il inspira une longue bouffée et la recracha lentement. Ses idées profitèrent de ces quelques instants pour se mettre en ordre d’elles-mêmes. Il se mit à parler après avoir délicatement déposé les premières cendres dans la canette prévue à cet effet.


« Non, tu fais erreur. Ce n’est pas que le bonheur n’existe pas. Je sais qu’il est tentant de ne le considérer uniquement que comme une illusion inatteignable, ou tout du moins comme un état de conscience fugace qui s’opposerait à une sorte de tension perpétuelle, une forme de pause danse la lutte vitale. Mais, comme tous les sujets réellement importants, c’est, à mon sens, beaucoup plus compliqué que ça.


Considère un fait simple. La plupart des gens ne sont pas heureux. C’est pour ça qu’ils tombent dans les erreurs que je viens d’expliquer. Ils se construisent une idée du bonheur, cherchent à l’atteindre, et échouent immanquablement. Ou alors, ils se persuadent y être parvenus, ce qui est pire, mais passons. Toi qui écris, tu m’as dit un jour que quand tu traversais des périodes de relatif bonheur, tu délaissais la plume, que tu ne trouvais plus en toi suffisamment de matière pour noircir le papier. Là, on touche du doigt un principe fondamental. Le refus de la plupart d’entre nous d’être heureux. Ou la peur de l’être, ce qui, j’en ai peur, revient au même. C’est quoi le problème ? Trouves-tu en toi trop de noirceur en écrivant pour oser l’affronter quand par exemple une femme s’introduit dans ta vie ? L’introspection littéraire révèle-t-elle trop de toi pour que tu te sentes autorisé à l’imposer à quelqu’un qui partagerait ta vie ? Parce que, bon, ce que tu trouves dans l’écriture, ce qui t’y fait du bien, ce qui t’y rend heureux, n’est pas forcément incompatible avec d’autres sources de bonheur. Après, je conçois que c’est un état de fait. Tu n’arrives plus à écrire, point barre. Mais ne rends pas ton bonheur responsable de ça. N’en rends pas l’Autre responsable non plus.


Le bonheur existe, je t’assure. Il ne se cache simplement pas là où les gens le cherche. Il est en embuscade derrière de minuscules révélations quotidiennes. Il ne faut pas chercher à l’obtenir, il ne faut pas chercher à le saisir, il ne faut que le vivre. Priorise tes intérêts et tout deviendra plus clair. Pas limpide, mais tu auras alors une idée de ce que tu veux. Les gens sont beaucoup trop stressés, ils en oublie que tout ce qui importe vraiment leur échappera toujours. Le sens final de tout ça, c’est qu’il n’y en a pas. Ton bonheur, tu te le construit tous les jours si tu t’en donnes la peine. Écris, aime, baise, bois, mange. Fais ce que tu aimes, aime ce que tu fais. Ne refuse ni le meilleur, ni le pire. Accepte le monde. Accepte-toi. Quand tu y seras parvenu, à t’accepter, tu commenceras peut-être à comprendre ce que je veux dire.


Le bonheur, on l’a tous en nous, et c’est même un grand drame. Une tragédie millénaire. On a tous une idée de ce que c’est, chacun la nôtre. C’est de ne pas pouvoir la partager avec d’autres qui nous rend si seuls. Alors, sors-toi la du crâne, vis, et tu parviendras, peut-être, à enfin être heureux, et, peut-être aussi, qui sait, à ne plus être seul. »


Il se tut et jeta le mégot qui chuta dans la canette jusqu’à se noyer dans le fond de liquide éventé en produisant le son d’un ballon qu’on dégonfle.

Crash-test #2

17 avril 2011

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Krist Morningstar

Les mioches, c’est comme la lèpre. C’est plus rigolo chez les autres.

 

La clairière est plongée dans la nuit. Tous les premiers nés sont réunis. La femme projette son corps nu en une danse frénétique autour du feu. Adam se tient les côtes. Ce qui se passe dans son abdomen le dépasse. Le fruit sur l’arbre attend.

 

Le marin respire et se demande où a bien pu passer la mer. Le cri des mouettes lui manque. Les navires échoués gisant sur le sol boueux ressemblent à des cathédrales après un séisme.

 

Oh ! Un précipice ! Ça tombe bien, ça fait longtemps que je m’étais pas cassé la gueule.

 

Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. On devrait écrire ça dans les services de néonatologie, si seulement les bébés savaient lire.

 

Je mordrais sa peau comme un fruit d’été longtemps désiré quand l’hiver mangea les mois d’ordinaire dévolus au printemps.

 

Je l’imagine toujours en prêtresse d’Ishtar, incendiant les carcasses mâles d’un simple regard.

 

Parfois, mon plus grand désir serait de simplement m’étendre sous un frêne un jour de soleil et de laisser Yggdrasil me raconter le printemps.

 

« It’s OK if I can watch.

Everything went black.

It’s OK if I can stay with you for a while.

It doesn’t matter anymore,

The game is over,

We both know what’s the score.

It’s over when we decide it is…

Stuck in here together now…

Testosterone kills. »

 

Donc ça doit aller avec le dimanche, je vois que ça.

 

Elle écrasa mal sa cigarette à demie fumée qui continua à se consumer péniblement dans le cendrier et se tourna vers son amie :

« Il faut que tu comprennes, ce mec, Dieu le fout sur mon chemin à des moments bien précis de ma vie, à des croisements. Il doit un peu être le diable, pour se retrouver systématiquement à des carrefours de ma vie. Il est systématiquement un piège séduisant, une tentation dangereuse. Et toi, t’es arrivée au milieu de tout ça, et t’as foutu ton grain de sel dans un merdier qui te regarde absolument pas. T’as compliqué un bordel qui l’était déjà bien assez. Je sais bien que t’en avais pas l’intention, mais tu l’as fait. Bon, maintenant, c’est fait, et puis, j’ai ma part de responsabilités. Je crois qu’il va falloir que je me résigne à passer une nuit avec lui. Au moins, ce sera fait. Et puis, ça fait des années que j’en ai envie. »

 

Si j’avais vécu au XIXème siècle, ouais, il y a de grande chance que j’ai fini par mourir de la tuberculose ou de la syphilis. J’aurais préféré la syphilis, à tout prendre.

 

Homme, 30 ans, en relative bonne santé physique (analyse de sang récente sur demande disponible), non fumeur, 180 cm, 75 kg, propose son corps pour chef-cuisinier avant-gardiste aimant les expériences inédites, sous réserve que l’abattage se fasse sans douleur. Écrire au journal.

 

Mouais. Ça m’a quand même l’air d’un sacré piège à cons.

 

Sans déconner, mais ils ont rien d’autre à foutre de leurs minables petites vies de gamins pathétiques, à part se foutre sur la gueule pour des raisons aussi ridicules ?

 

Le vieillard borgne reposa bruyamment sa choppe sur la table de bois brut.

 

Ce fut encore une journée parfaite pour perdre son temps.

Divagations nocturnes (Alone in the dark)

16 avril 2011

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Demian S. Coyote

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C’est une sorte de fatigue qui ne saisit pas le corps. C’est un genre d’engourdissement de la raison. « Quand le ciel bas et lourd… », c’est exactement ça. Qu’as-tu fait de ta journée, petit être ? Où en es-tu de tes aspirations ? Qu’as tu fait pour que le réel soit à la hauteur de tes espérances ? Parfois, il vaut mieux dormir…


Les ruelles argentées de la Cité m’attendront, ce soir, le sommeil me paraît trop éloigné encore. J’attendrai qu’il vienne pour retourner flâner dans la grand-rue pavée d’étoiles qui mène au palais d’Obéron, m’arrêtant à l’étal improbable du marchand obèse au teint de cuivre venu des îles de Mü, ou au comptoir de l’auberge de l’ange Raphaël, qui se trouve dans toutes les villes et villages des mondes connus. J’y boirai un de ses cocktails maison, peut-être celui à base d’absinthe et de lait d’Hésat, en écoutant l’album que Tori Amos a oublié avoir composé. Mais ce sera pour plus tard. Plus tard, je retournerai perdre une nuit à parler philosophie et religion avec le vieux Myrddyn en regardant le monde dans sa salle aux milles écrans. Plus tard, guidé par une araignée mécanique, je me risquerai dans les détours et les impasses du vieux quartier, où j’achèterai des larmes d’ange à un kitsune de ma connaissance. Plus tard, j’irai dans les étages aseptisés de la ziggourat pour y voir les créatures sans visages se jeter dans le vide et écraser leur noirs corps chitineux sur les terrasses en contrebas.


Mais ce soir, cette nuit, je suis trop fatigué pour dormir.


J’ai encore merdé. Je sais pas exactement en quoi, mais j’ai encore merdé. J’ai peut-être un sens de l’éthique trop développé pour la société moderne. Et puis, ce n’est pas parce que je me l’impose à moi-même que ça m’autorise à l’imposer aux autres. Surtout quand ces « autres » ne sont pas au courant qu’ils sont en train de violer une de MES règles morales. Bref. À part m’exiler au Groenland, je vois pas trop quoi faire.


Le troll est sorti. C’est un troll à l’ancienne, du genre à prendre soin de la maison, une sorte d’esprit du foyer, mais doté de la capacité de péter les deux jambes des importuns. Très pratique. Au moins, maintenant, me voilà seul. En même temps, seul, je le suis en permanence. La solitude, vaste débat ! Il y a celle qu’on subit, celle qu’on choisit. Il y a celle qu’on recherche, et celle qu’on trouve. Je crois, finalement, que ça tient à ça. On nait seul, on passe sa vie à essayer de trouver quelqu’un qui puisse partager cette solitude, puis on meurt seul. Peu importe la taille de notre famille, la solidité des liens amicaux, le nombre de personne à votre enterrement. On est toujours seul. Surtout la nuit. La plupart des êtres humain passe leur temps à essayer de nier cette solitude fondamentale, alors que l’accepter, même si ça peut être étrangement douloureux, finit par procurer un dérangeant sentiment de repos de l’âme. C’est comme ça qu’on se retrouve un vendredi soir, épuisé, incapable de dormir, incapable de supporter ne serait-ce que l’idée d’aller voir du monde et par écouter du Mogwai, du Sonic Youth et du Radiohead en écrivant d’un trait un texte sans queue ni tête.


J’avais toujours le flacon dans la main ce matin en me réveillant. Un contenant simple, sans fioritures, contenant juste assez de liquide pour remplir un shooter. On raconte que les anges de la Cité ont commencé à vendre leur larmes quand ils comprirent qu’ils avaient autant, voire plus, déchu que leur collègues du début des temps. Et donc il pleurèrent. Qui le premier eut l’idée de boire ce liquide, cela s’est perdu dans les péripéties qu’il arrive aux histoires racontées trop souvent. Mais cela importe peu. On peut boire, inhaler, s’injecter, et que sait-je encore, les larmes d’anges. Je n’essaierai même pas de vous en décrire les effets. C’est rigoureusement impossible. Elles doivent porter en elles le souvenir des Cieux, la raison pour laquelle elles ont été versées. Je sens encore le goût du sel. Mais pas ce soir. Ce soir, je me dois de tirer profit de mon malaise. Je les boirai plus tard, malgré l’appel cristallin insistant du flacon posé sur la tour de mon PC.


L’important, c’est de ne pas perdre pied. C’est savoir reconnaître que ça déconne, et donc abandonner la lutte, provisoirement, pour s’y remettre plus tard. Fuir pour combattre un autre jour, disaient les vikings. Il faut savoir quand se battre, et savoir quand fuir. Parfois, le moment n’est juste, ni à l’un, ni à l’autre. Ce sont ces moment-là qui contiennent, peut-être, la plus pure des promesses de rédemption, car la confusion inhérente à leur existence distille dans les esprit ce qui fait d’un homme un être humain. Ce soir, me battre aurait été de me forcer à sortir, à afficher un masque social et à subir la présence de mes contemporains. Qui sait, j’aurais peut-être même pu finir par passer une bonne soirée ? Fuir aurait consisté à avaler le flacon de larmes d’ange. Mais là, dans cet entre-deux sublime, dans ce brouillard glacé, dans la pénombre de mes doutes et de mes connaissances intimes, de mes angoisses et de mes victoires, de mes questions et de mes réponses, je sais. Rien de constructif ne naitra cette nuit. Rien de destructeur non plus. Je flotte comme une brindille dans un fleuve sans rive.

Strip – Un peu d’humour ne fait pas de mal…

14 avril 2011

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Strip créé à partir de stripgenerator

Écologie du trentenaire alternatif désespéré

13 avril 2011

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Le trentenaire alternatif désespéré… Que voilà un beau sujet d’étude. Commençons donc par le début (c’est mieux, ça évite les digressions oiseuses en milieu de phrase. Notez, j’apprécie les digressions oiseuses en milieu de phrase. Mais ça a tendance à perdre le lecteur. Hors, il me déplairait de perdre le lecteur. Surtout à ce stade prématuré de mon exposé. Mais j’aime les digressions oiseuses. C’est dit.) Commençons donc par le début, disais-je, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même.


Il ne sera pas ici question du trentenaire désenchanté-bobo-parisien mis en lumière récemment par les média, ne serait-ce que parce que, c’est bien connu, Paname est le centre du monde civilisé. D’autres en ont parlé mieux que moi, par exemple Xavier de Moulins et Nicolas Rey, dans deux excellents romans ( respectivement « Un coup à prendre » et « Un léger passage à vide ») que je n’ai pas lu parce que je ne suis ni parisien, ni bobo, bien que trentenaire, je vous l’accorde, mais je ne leur rends peut-être pas justice, je sais, c’est mal, les préjugés. D’autant plus qu’ils sont tous les deux parus chez Le Diable Vauvert, ce qui est une preuve de qualité, et je ne dis pas ça uniquement parce que je n’ai pas encore perdu tout espoir de leur soumettre un jour un manuscrit. Non, pas uniquement.


Non, il sera ici question du trentenaire alternatif désespéré à tendance provinciale, voire franchement rurale par moment. Ça tombe bien, j’en ai justement un sous la main.


Taxonomie et étymologie


Selon de savants calculs, le trentenaire aurait dans les environs de trente ans. À une vache près, c’est pas une science exacte. Ce qui semblerait vouloir dire qu’il soit né aux alentours de 1980. Si, si, je vous assure. Une réflexion rapide nous permet donc à deux constats édifiants. 1 : il a grandit avec le club Dorothée. Goldorak était son pote, il faisait des kaméhaméha devant la glace et il regardait Candy en cachette pour pas se faire casser la gueule à l’école. 2 : Pile à l’adolescence, quand il a commencé à s’intéresser à la musique, Kurt Cobain nous à lâché. Ce qui lui a laissé le choix entre le néo-métal, le punk à roulette, le déluge reggae-ska-festif de l’époque, les rave-parties et la Grande Découverte du Rap. C’est quand même pas de pot. (Je rappelle à toutes fins utiles qu’il y a « alternatif » dans la dénomination de cet animal étrange. Sinon, c’est vrai, il lui restait Céline Dion et/ou 2Unlimited.)


Ça, c’était donc pour le côté alternatif. Voyons à présent le côté désespéré. On peut difficilement trouver une origine unique sinon à ce désespoir, du moins de ce désenchantement. On va faire comme si la société/les parents/les profs/Hollywood/les sitcoms AB (rayez-les-mentions-inutiles-et-rajoutez-celles-que-vous-voulez) avaient trop promis à ces jeunes crétins pauvres petites choses sensibles et que la dure réalité de l’âge adulte les avaient irrémédiablement broyés entre les mâchoires de la désillusion sociale et des impossibles romances disneyiennes.


En résumé, quand il était petit, le trentenaire alternatif désespéré voulait être Chateaubriand ou rien. Ça a peut-être réussi à une poignée, genre ceux qui sont devenus Victor Hugo, mais l’écrasante majorité est quand même devenu rien, justement. C’est ballot.


Généralités


Le trentenaire alternatif désespéré se subdivise en différentes sous-espèces qu’il serait trop longues d’énumérer ici. Citons simplement les plus connues : le geek (yeux injectés de sang, cornes sous les doigts, t-shirt Punisher), le métalleux (cheveux longs, perfecto, t-shirt Carpathian Forest), le keupon (rangers, canette de kro, t-shirt Crass), le babos (dreadlocks, veste en laine, paquet d’OCB). À noter que l’espèce dite « grunge », très répandue en des temps reculés semble s’être éteinte au tournant du millénaire avec leurs vingt ans, remplacés dans leur rôle de dépressifs du lycée par les néo-goth, toujours plus glamour, ce qui est toujours ça de gagné.


Il existe bien d’autre sous-catégories, ne vous y trompez pas, on pourrait citer le hipster à lunettes (celui qui écoutait Blur et Suede au lycée) ou le théatreux cinéphage (celui qui s’était inscrit au conservatoire parce qu’on embrassait pour de vrai avec la langue mais que ça n’aidait pas plus que ça à pécho), par exemple. En fait, toutes les catégories de trentenaires auxquelles vous pouvez pensez contiennent en leur sein leur lot de dépressifs. De plus, il est évident que les frontières entre ces différents domaines d’activités sont poreuses et que certains se définissent par plusieurs, voire par de nombreuses de ces petites cases. Mais là, il faut reconnaître, qu’ils cherchent, aussi… Ils pourraient quand même faire des efforts.


Un mythe récurrent rapporte que le trentenaire alternatif désespéré possède un sens de l’hygiène corporelle tout à fait personnel. Alors là, je m’insurge. Bon, il faut reconnaître que c’est vrai pour certains. De même, la rumeur selon laquelle il serait notoirement handicapé administrativement parlant (comment ça, il fallait que je renvoie ce papier à la sécu il y a six mois ?) est largement pas exagérée du tout.


Habitat


N’importe quel studio de 20 mètres carrés suffit au trentenaire alternatif désespéré. Surtout au geek, pour peu qu’il puisse pirater le wi-fi du voisin. Après, il n’a pas trop le choix, le trentenaire alternatif désespéré a souvent poursuivi très (trop) longtemps ses études parce que les bourses, c’est pratique, ce qui le rend bien souvent inapte à toute activité professionnelle productive. Il se rattrape en se faisant passer pour un artiste, comme en écrivant des articles sur les trentenaires alternatifs désespérés, par exemple.


Comme il n’a de trentenaire que l’âge et le nom, l’appartement en question est souvent une projection en trois dimension de son esprit post-adolescent resté bloqué à une époque où le monde et lui étaient plus jeunes et beaux. Étaient plus jeunes, donc. Posters de rock n’roll et affiches de films sur les murs sont donc monnaie courante, ainsi que des images avec des filles peu vêtues dessus (souvent les seules qui acceptent de pénétrer dans ces lieux maudits, d’ailleurs), des cendriers, pleins, des canettes, vides, des cartons de pizzas, vides ou pleins, ça dépend.

Gros plan sur ce à quoi peut ressembler l'habitat d'un trentaltdesep.

Sinon, il peut arriver que les trentenaires alternatifs désespérés (vous aussi, vous en avez marre de tomber sur ces trois mots toutes les deux lignes ?) se rassemblent en petits groupes appelés « collocations » par les ethnologues. C’est parce qu’ils ont souvent vu plus de 62158765156 fois chaque épisode de Friends, et qu’ils espèrent que ce coup-ci, ce sera peut-être à eux d’être le Joey de la bande.

En parlant de sitcom américaine, le trentenaire alternatif désespéré aime souvent « How I met Your Mother », uniquement parce que Ted Mosby est lui-même un trentenaire désespéré, et qu’il est même un tout petit peu alternatif (un type qui craque sur les filles bassistes ne peut pas être foncièrement mauvais.)


Nourriture


Pizzas. Kebabs. Nouilles. Lardons. Burgers. Bières. Surtout bières, en fait.


Reproduction


La bonne blague ! Pourquoi croyiez-vous donc qu’il fût désespéré ?

En fait, on peut diviser le le trenten… (non, sérieux, même moi, j’en ai marre…), le trentaltdesesp (non, en fait c’est pas mieux. Bref.) en deux catégories :

  • Celui qui traverse un désert sentimental, émotionnel et sexuel d’apparence infini, que nous appellerons le coureur de fond, parce qu’il a pas fini d’en chier, le pauvre. Ce type là a en général trop idéalisé la gens féminine dans sa jeunesse et il faudrait vraiment lui dire que si, les filles font caca, aussi.

  • Celui qui finalement se démerde pas si mal avec les femmes, mais qui n’arrive pas à les garder, et que nous appellerons Bob. J’aime bien, comme nom, Bob.

Les deux ont en commun de voir leur potes se caser un par un et de les voir même, pour certains, faire des mômes. Les traitres.


Dernières remarques


Il va de soi que je pourrais vous entretenir encore longtemps de ces entités étranges. Pauvres bêtes… vous en connaissez certainement. Y’en a partout ! Je n’ai pas envie de me lancer dans des explications sociologiques sur les pourquois et les comments de leurs existences, comme je le disais, d’autres l’ont déjà fait, Walt Disney m’a tuer, le complexe du nice guy, la-société-elle-est-méchante-elle-fabrique-des-inadaptés-c’est-quand-même-un-monde-ma-bonne-dame, tout ça, tout ça. Je pourrais. Mais j’ai pas envie. Et si le cœur du schmilblick résidait là-dedans ?


Car il est clair que le trentenaire alternatif désespéré pourrait ne plus l’être, désespéré, s’il s’en donnait les moyen. Mais le veut-il vraiment ?


Le rôle qu’il s’est donné (ou qu’on lui a imposé, peu importe), n’est finalement que celui de repoussoir. Il y en a toujours eu, des repoussoirs. Les sociétés, pour fonctionner, en ont toujours eu besoin. On présente des modèles de réussite, mais également des modèles d’échec. Le cas qui nous occupe ici (le trentenaire alternatif désespéré, pour les deux qui discutent, dans le fond) n’est rien d’autre qu’un modèle d’échec destiné à édifier petits et grands sur le nécessaire formatage des individus. Heureusement qu’il y a des exemples de réussites hors format, tiens. Il y en a même plein.


Mais ce pauvre trentenaire alternatif désespéré est enfermé dans un cercle vicieux, genre, « j’y arriverai jamais, donc je tente rien, donc il se passe rien, donc je déprime, donc j’ai envie que ça change, mais je finis par me dire que j’y arriverai jamais ». Il est une victime de la société de consommation (ce qui, pour quelqu’un qui se veut justement « alternatif » dans un sens ou un autre est quand même un comble !), c’est sûr, mais il s’est fait avoir, elle l’a convaincu qu’il ne pourra pas s’en sortir. Pauvre nouille. Il est surtout une victime de lui-même, du coup.


Sur ce, vous m’excuserez, il faut que j’aille m’auto-botter le cul.

5

11 avril 2011

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Don Nihil Apsarà

 

Je vois les lemmings se précipiter du haut de leur falaise.

Je vois s’étioler les couleurs des photos.

Je vois s’effacer des regards ce qui les rendait beaux.

Je vois une ride de plus chaque jour aux coins des yeux du monde.

Je vois la jeunesse s’enivrer sans savoir pourquoi, croire que c’est ça, vivre, croire que c’est ça, jouir.

Je vois les corps se séparer, les esprits s’ankyloser, les plaies s’ouvrir.

Je vois le sang couler.

Je vois la nuit tomber.


J’entends les cris, la nuit, des ivrognes imbéciles, perdus dans leur brouillards intimes.

J’entends les murmures inquiets que plus personne n’écoute.

J’entends pleurer parfois.

J’entends les râles inutiles d’amants provisoires.

J’entends les affirmations vaines de gens qui n’attendent pas qu’on leur réponde.

J’entends des certitudes là où le doute seul est permis.

J’entends des cœurs battre, mais chacun à son rythme propre.

J’entends tomber la pluie.

J’entends crier chaque sourd : « Mais écoutez-moi donc ! »


Je sens l’odeur du bitume après l’orage.

Je sens le sperme sur des draps sales un dimanche matin.

Je sens la sueur, la bière et le sang sur l’arcade ouverte d’un fêtard imprudent.

Je sens la poudre voler dans l’air.

Je sens sur l’oreiller l’après-rasage d’un inconnu qui est parti avant qu’elle ne s’éveille.

Je sens la pizza froide oubliée dans sa boite sous le canapé.

Je sens le parfum de celle qui est partie sur une écharpe oubliée sur le porte-manteau.

Je sens le cendrier froid.

Je sens l’odeur de renfermé dans une chambre vide.


Je goute le sel des larmes.

Je goute la transpiration de deux corps nus.

Je goute l’oubli dans deux feuilles de papier à cigarette.

Je goute le repos dans mon souffle renvoyé par un drap sur ma bouche.

Je goute une salive chargée de nicotine, et d’autre chose encore.

Je goute l’euphorie pur malt.

Je goute le chaos, le fer, l’hémoglobine.

Je goute une autre peau.

Je mords une autre main.


Je touche une nouvelle cicatrice, gratte la croute.

Je touche du doigt le nœud du problème.

Je touche un front brûlant.

Je touche mais ne caresse ni ne frappe.

Je touche, ou du moins, j’essaie.

Je touche, mais tout s’échappe entre mes doigts.

Je touche et suis mordu, blessé, coupé, brûlé.

Je touche trop de plaies à vif.

Je touche l’eau du bénitier.


Je vois ce qu’il en est.

J’entends mais ne dis rien.

Je sens un parfum connu.

Je goute l’ironie de la situation.

Je touche au but.

Crise de Manque

10 avril 2011

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Par Durf667 (2011).

 

Le cœur est fait pour battre.

Et donc, l’amour est un combat.

 

Il est rangers ou converses, elle, plutôt talons. Il est jeans déchirés et tatouages. Elle est petites jupes et hauts sexys. Il est cuir. Elle est velours.

 

Il tape son nom sur google, juste parce qu’il pense à elle. Il passe sur son facebook, comme ça, pour rien. Il cherche ce dossier caché sur son PC pour revoir ces photos qu’elle lui avait données. Rien de pervers ou de malsain, juste du manque. Comme un junkie qui éclate les mégots dans le cendrier pour se rouler un joint d’occase. Il appelle des amis juste parce qu’il sait qu’elle devait passer les voir dans l’après-midi. Il n’a rien d’autre à faire.

 

Il se raisonne, mais ça ne marche pas. Il l’a fuit de peur de la revoir et le regrette quand c’est trop tard. Il rêve d’elle la nuit. Il pense à elle le jour. Elle est plus présente à son esprit que quand ils étaient ensembles. Il a envie d’elle. Il n’y a plus droit. Sentiment indu d’appartenance.

 

Il paye un verre à une petite au comptoir, juste pour tenter de l’oublier contre le corps d’une autre. Ça marche. Du moins pour quelques heures. Il espère inconsciemment que ça la rendra jalouse. Au pire, l’alcool l’aurait fait s’effondrer avant qu’il ne se souvienne à quel point elle lui manque.

 

Il repense à ce moment précis où tout était encore sauvable, quand il a préféré laisser tout partir en vrille plutôt que de prendre le risque d’essayer que ça marche et d’en souffrir encore plus plus tard. Il s’en veut. Il sait que ça fait partie du travail de deuil. Mais c’est long, un deuil.

 

Il sait qu’il faut qu’il se reprenne. Il sait qu’il faut que ça lui passe. Il n’en a pas envie. Il en a marre de toujours être obligé de faire appel à son cerveau pour gérer des histoires qui ne devraient concerner que le cœur. De temps en temps, les neurones abdiquent, et là, la douleur est d’autant plus vive.

 

Il est cuir, elle est velours. Ils sont tellement différents que ça aurait pu marcher. Ils sont toujours vivants, lui, d’autant plus à présent que tout est foutu. Mais vivant un petit peu, c’est déjà pas si mal.

Rozz

10 avril 2011

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Par Chloe von Fyredörff et Krist Morningstar (2011).

 

Nuit. Hiver. Les radiateurs font un boucan du diable, penser à les purger. La poussière crame sur les ventilos du PC, odeur qui se mêle à celle de la sueur, de la clope et de la tonne et demie de rage enfouie entre mes neurones crasseux. Caresse de la main la cicatrice sur mon épaule, souvenir de connerie adolescente, dépression de chair entre deux lèvres urticantes. Souvenirs. Le froid éthéré de la lame, la chaleur sensuelle de la coupure. Je voudrais tant dormir.

 

Testostérone, internet, sites pornos. Ça ne suffit plus. Frustration. Toutes ces filles se ressemblent, toutes ces bites aussi. Les endorphines semblent s’anesthésier elle-même. Fatigue. Je joue de la pointe de la langue avec les rebords émoussé d’un chicot qui a perdu son plombage. Ferme les yeux. Les rouvre. Un visage inattendu, inespéré, inatteignable a illuminé de sa douceur ovale et de son sourire interdit l’obscurité de mes paupières closes. Je ne veux plus le voir, ce visage. Me relève du fauteuil pour me resservir une vodka.

 

Toujours la même histoire, le même plan. Toujours ce malaise. L’impression que les gens attendent de moi de finir médaille d’or au cent mètres des JO alors que je suis unijambiste. Ça a l’air facile, pour eux, d’être sociable. Ils m’agressent. Je me sens abêti par la stupidité de la plupart de mes congénères. Et je ne vaux pas mieux qu’eux. Je n’ai jamais réussi à me battre. C’est le meilleur moyen d’échouer que le refus du combat. Je suis lâche, et donc je suis seul.

 

Elles finissent toutes par se barrer. C’est devenu une pancarte mentale au-dessus de la tête de toutes les femmes que je rencontre. Elles finissent toutes par se barrer.

 

Du feu dans le crâne, bouche pâteuse. La nuit ne porte pas d’étoiles, ce soir, le ciel promet la neige.

Le sommeil me fait peur, non pas à cause des rêves qui flottent sur les ruisseaux calmes du sommeil, mais des pensées qui le précèdent, engluées dans la torpeur de ce non-éveil qui n’est pas encore le coma négligemment espéré.

 

Les corps lointains de mes anciennes amantes et de celles que je n’aurais jamais se succèdent dans le vide de mes bras glacés, se lovent dans les replis des draps, s’échappent dans un souffle au cœur. L’apnée émotionnelle. La suffocation lente d’un cœur. L’asphyxie. Et toujours et encore ce feu dans mes reins, ce désir lubrique, cet appel de la chair qui envahit et pourrit tout.

 

Clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope. Où est le cendrier ? Vodka. Tuer cette rage, endormir ce manque. Se raccrocher à l’air, retrouver un cheveux sur une vieille chemise pas encore lavée, depuis ce temps. Ongles noirs sur peau blanche. Se livrer au néant pour ne faire plus qu’un avec lui. Annihiler le rêve inaccessible. N’aspirer plus à rien. Se raccrocher au meilleur, et espérer demain.

 

De vieilles photos s’affichent sur l’écran et illuminent la pièce, c’est sa seule lumière. Je repense à cette fille que les hasards amicaux ont mis sur mon chemin. Hasard, mon cul… Il n’y a rien de pire que des amis bien intentionnés. Jolie. Vraiment. Oui, elle m’attire. Oui, ses yeux occupe mon esprit et ma libido blessée. Mais à quoi bon. Elles finissent toutes…

 

On passe sa vie à chercher des réponses, mais seules compte les questions. On à parfois tort d’apporter des réponses, mais on n’a jamais raison de ne pas essayer. Mais j’ai eu trop souvent tort. Je suis fatigué. Laissez-moi dormir. Allez-vous en.

Early Morning Blues

10 avril 2011

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Par Durf667 (2010).

 

Le plus effrayant, ce sont les accès de rage.

Je me réveille à quatre heure et demie du mat’. Pourquoi, j’en sais rien, j’ai du dormir à peine cinq heures. Mais voilà, je me retrouve à fixer le plafond depuis mon pieu, le sommeil est parti je ne sais trop où et je sais qu’il ne reviendra pas. Je me lève pour aller chercher mes clopes qui sont restées dans le salon, en profite pour allumer le PC, et découvre deux belle merdes laissées par Xerxès, le Bull Terrier de mon colloc Alex, sur le parquet de la cuisine. Classe. Pas de trace du colloc. Avec un peu de chance, à cette heure, il doit être dans sa nouvelle copine. Me voilà donc parti dans les rues au petit matin en train de me faire démonter l’épaule par ce con de chien qui pisse à peine de quoi remplir un verre à whisky. Mais l’air de la nuit me fait du bien, l’atmosphère est humide et froide, et en l’absence de qui que soit d’autre dans les rues de la vieille ville (colombage, poutres apparente, rues pavées), les rues m’appartiennent.

Une fois rentré, je relève mes mails (on voit que noël approche, Amazon et CDiscount en sont à la limite du harcèlement), passe sur Facebook voir s’il y a des insomniaques (il y en a, mais je les soupçonne de ne pas s’être encore couché) et y apprends qu’il a neigé dans la nuit. J’en profite pour stalker un peu Vic, ma copine (rien de spécial) et Vassilissa, mon ex qui passe sur le site une fois par année bissextile, mais qui reste à ce jour la personne qui me donne les meilleurs conseils, quel que soit les sujets qu’on aborde. Si seulement elle était capable de s’appliquer à elle même ce qu’elle prêche… Mais je suppose qu’on est tous pareils, sur ce plan-là. Je lance un album de Tegan and Sarah sur Deezer. Ça correspond bien à mon humeur. J’essaie de me caler à la nouvelle que j’ai commencé il y a une éternité, mais rien ne sort, c’est mon problème chronique de manque d’inspiration. Et j’ai toujours cette vieille déprime qui me tient au boyaux de la tête comme un amant qui sent l’amour partir se tient au corps endormi de son élue.

Je me cale au pieu pour essayer de m’occuper la tête avec un bouquin de Poppy Z. Brite, celui où elle parle de son addiction à la Vicodin ES. Comme le docteur House, oui. Puis j’éteins la lumière et essaie de me rendormir. Sans succès. Je me tourne et me retourne sous la couette, agacé par le bruit suintant du radiateur mal purgé. Et c’est là que ça me vient, remontant d’une zone oubliée de mon cerveau, la rage. Gabe est un RMIste professionnel pseudo-artiste de ma connaissance qui a un peu tendance à prendre tout le monde pour un con. Pourquoi j’ai pensé à lui à ce moment, me demandez pas. Mais je me suis distinctement vu lui enfoncer sa petite gueule d’ange des caniveaux dans un lampadaire. Je l’imagine la gueule en sang, les dents par terre. Ça me fait toujours un peu peur, ces crises. Bon, ça dure pas longtemps, mais suffisamment, dans ce cas, pour expulser toute chance de me rendormir. Je me lève en tremblant. Il est six heures.

Café, clopes, Weezer (on va éviter les trucs trop violents ou tristes tout de suite. J’ai besoin de musique légère). J’ai la tête pleine de mes incapacités sociales, de mes inaptitudes à la discipline. Quel espèce d’imbécile peut lâcher son taf pour devenir écrivain passé trente ans ? Moi. Je passe en revue mes handicaps administratifs, je dois des thunes à la CAF, la sécu me croit toujours employé par mon ancienne boite, ce genre. Pourquoi je n’arrive pas à m’investir dans ma relation avec Vic ? Pourquoi je passe mes journées sur Civilization V au lieu d’écrire ? Pourquoi, après presque un an de colloc, mes cartons ne sont-ils pas défait ? Pourquoi je stalke encore Vassi sur Facebook ? Pourquoi je bois autant ? Pourquoi je m’occupe pas de soigner mes dents pourries ? Pourquoi j’arrête pas mes conneries ? Comment on fait, d’ailleurs ?

Xerxès vient de se poser à mes pieds et me regarde de ce regard qui me fait dire qu’il est mignon, mais un tout petit peu con. Ça me fait penser à la vanne récurrente de Vic à mon sujet. « T’es mignon, mais un tout petit keupon ». Elle est géniale, Vic. Presque aussi paumée que moi. Et le meilleur coup que j’ai jamais eu. Et elle encaisse plutôt bien mon côté poête-pouet-pouet-maudit-suicidé-en-sursis-à-deux-balles-de-ta-mère. Mais je me soigne. Je sais pas trop où je vais, mais je suis heureux d’y aller avec elle, le temps que ça durera. Sans elle, je serais un peu comme Xerxès quand ni Alex, ni moi ne sommes là. Comme un chien sans son punk.

Trop de café. Trop de clope. Je gerbe de la bile dans les chiottes. Xerxès regarde sans comprendre, la tête penchée sur le côté. Je pars en quête de la bouteille de coca que j’ai cru voir posée à côté du canapé du salon. Bingo. Le liquide calme un peu le feu stomacal, mais je m’empresse de le vomir également. Au moins, j’ai quelque chose à vomir. C’est déjà ça. La rage revient, mon amante la plus fidèle. Je retourne sur le PC, repasse vite fait sur Facebook. Rien. Je change de son sur Deezer. L’album punk de Slayer. Ma nouvelle en cours est toujours là, en attente sur le bureau. Je la relis, trouve ça pas si mal. Ça parle de super-héros nihilistes. J’essaie d’écrire, et là, ça vient. Je m’y remets. Au moins, j’ai quelque chose à vomir.

Crash-test #1

10 avril 2011

2 Commentaires

 

Demian S. Coyote


 

Le problème, c’est pas les réponses, c’est les questions.


Plus de clopes, dimanche, la flemme de se mettre en quête d’un tabac ouvert. Pas ouvert les volets. Il fait gris, de toutes façons.


Un plan cul ne vaut JAMAIS les emmerdement potentiels qu’il peut t’apporter.


Il est fatigué d’être malheureux. Mais il sait plus comment on fait.


Le jeune homme se réveille enfin et s’aperçoit qu’il possède dans les tréfonds de sa mémoires les souvenirs de quelqu’un d’autre.


Une seule pilule vous manque, et tout est dépeuplé. Stylnox, mon amour. Trois semaines d’insomnie, ça laisse des traces bien gluantes sur les vitres.


L’important, c’est pas « pourquoi ? », c’est « comment ? ».


Pourquoi quand il fait beau toute la semaine, il pleut toujours le dimanche ?


J’ai grave, mais grave, envie de baiser.


La vérité est un leurre. La réalité est malléable. L’amour est un mensonge collectif.


Un ange de métal pleure des larmes incandescentes dans une impasse obscure, derrière la boutique du forgeron. Une araignée mécanique les recueille dans de petites fioles que les junkies de la cités se paient par tous les moyens. Un décret d’Obéron en interdit le commerce, mais la rumeur dit que même Titania est accroc.


La techno moldave, c’est de la merde.


Qu’est-ce que je vais faire de mes lundis soirs maintenant que Top Chef est terminé ?


Si c’était pas la copine de mon pote, je te jure, parce qu’enfin bon, merde, ses nichons, quoi !


J’aime bien, quand mes ongles ont un peu poussé, en enfoncer un juste sous un autre.


C’est moi ou il est con ?


Non en fait, je me disais aussi, j’en ai rien à foutre, en fait.


L’oniromancien la rejoignait toute les nuits, et elle ne comprenait pas pourquoi elle rougissait quand elle le croisait à la machine à café tous les matins.


Y a un cadavre sur le canapé.


Qu’il est con ce chien, qu’il est moche ce bébé.


En principe, quelques temps après la rupture, le danger, c’est quand la testostérone te fait croire que t’as encore des sentiments. C’est une saloperie, la testostérone.


Les loups hurlèrent, ce soir-là, mais personne ne comprit pourquoi.


Un bouquin de Cioran vaut mieux qu’une pathétique lettre de suicide.


Est-ce que les déesses de l’amour déchues dansent vraiment dans les club de strip-tease ?


Je veux bien tout détruire pour tout reconstruire, mais je suis pas très sûr de ma motivation concernant le deuxième aspect de cette proposition.


Encore eût-il fallut que j’eusse l’occasion d’en placer un, de subjonctif !


« Nooooooooooooooon ?

- Si. »


Vous n’avez jamais eu l’impression que Dieu se foutait de votre gueule ?

Le vieillard et la faux

9 avril 2011

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Voici un très vieux texte que j’ai retrouvé dans un carton. Soyez indulgents, c’est une de mes premières tentatives. Et c’est déjà d’une folle gaieté, dis-donc.

 Le vieillard et la faux

Ol’ Man Sid (2000)


C’était la fin d’une journée d’été, une de ces soirées interminables à l’athmosphère chargée de foin coupé et de promesses non tenues, qui ne semblent mourir qu’à la venue des voiles du sommeil au-dessus des membres engourdis des êtres vivants.

 

Je marchais sous les étoiles, qui éclairaient la route rocailleuse sur laquelle des pensées errantes m’avaient conduit. Elles ne semblaient pas m’avoir remarqué. Le repos et l’indifférence, loin des humains et de leurs dysfonctionnements, enfin. Juste le regard désintéressé de Betelgeuse, Antarès et de leurs sœurs aux yeux flottants.

 

Après avoir serpenté apparemment au hasard sur quelques centaines de mètres comme si lui-même ne savait pas où il devait aller, le chemin présentait une longue ligne droite, certitude soudaine et inattendue, et je vis à la sortie du dernier virage un vieil homme qui se reposait sur un rocher, à quelques minutes de marche. La route longeait la lisière d’un petit bois d’où provenaient les cris des animaux nocturnes qui déjà s’éveillaient. Me voyant arriver, l’ancêtre m’accueillit d’un voix étrange, aussi faible qu’un murmure, mais pourtant aussi forte à mes oreilles qu’un vent d’automne.

 

« Bonsoir, jeune homme, accepteriez-vous de m’accompagner dans ma promenade, dès que j’aurais repris mon souffle ? » dit-il en tournant son visage vers moi.

 

Sa peau était parcheminée, ravagée par les ans, et ses yeux éclairaient son sombre visage, semblants avoir vu trop de choses pour une vie humaine. Ses cheveux blancs descendaient en cascade jusqu’à ses épaules, encadrant sa bouche maigre et sa barbe d’ermite. Il était habillé comme un personnage de Daudet, avec un pantalon de velours élimé et une chemise en toile grossière. Pour se lever, il prit appui sur son long outil, jusque là caché par les herbes bleues qui couraient partout alentour. Alors je compris qui était le vieillard. L’outil était une faux, l’aïeul était la mort.

 

Calmement, je lui demandai :  «-  Mon heure est-elle déjà venue ? 

 

- Non. Répondit-il simplement. Parfois, même le plus impitoyable a besoin de parler. »

 

Et nous nous mîmes en route. Il avançait péniblement sur les cailloux du sentier.

 

« - Que pouvez-vous avoir à dire à un simple mortel ? dis-je.

 

- A toi, rien, répondit-il. Ce n’est pas à toi que je veux parler, je veux simplement qu’on m’écoute et qu’on réponde à mes questions. T’en sens-tu capable ? »

 

Que répondre à ça ? Que dire à la mort quand elle vous regarde par-dessus son épaule voûtée en attendant que vous lui parliez ? J’acquiesçai.

 

« - Qu’est-ce que le désespoir ? finit-il par dire après un long silence.

 

- La mort ne sait pas ce qu’est le désespoir ?, répondis-je. C’est pourtant un de vos plus fidèles fournisseurs !

 

- C’est exact, dit-il, mais on ne peut jamais connaître ce que l’on n’a pas d’abord éprouvé.

 

- Le désespoir est la perte de tout désir de vivre, dis-je, c’est la fin de ses illusions, c’est le début de la chute, c’est l’âge adulte de la conscience.

 

- Personne ne peut donc continuer à vivre quand il a compris la véritable nature de l’existence ?

 

- Chacun cherche sa propre raison de vivre, et pour finir, on comprend qu’aucune n’est valable.

 

- Alors pourquoi es-tu toujours en vie ? » dit-il avec un sourire sans joie.

 

Je restais muet à cette question. Comme nos pas nous menaient vers un chemin plus pratiqué, je finis par trouver une réponse :

 

« - Parce que j’ai peur d’avoir raison. Mon but dans la vie est de me prouver que j’ai tort ». L’idée me vint alors que, si la vie était si sordide et vaine, le moindre moment de bonheur valait tout l’or de tous les leprechauns.

 

« - Parce que j’ai encore des fleurs à sentir, du vin à boire et des lèvres à embrasser. »

 

Après un temps de réflexion, le vieillard reprit la parole :

 

« - Depuis que les hommes m’ont créé, ma raison d’être est de prendre leur vie. Je ne sais pas pourquoi je le fais, mais je le fais. Je suis âgé, très âgé, et pourtant, au cours de tous ces millénaires, jamais je ne me suis posé de questions. Jusqu’à récemment. Depuis peu, pourtant, le pourquoi de mes actes me tourmente, et j’ai peur d’avoir trouvé la réponse à cette question.

 

- Et c’est… ? demandais-je.

 

- Tu as répondu toi-même à l’instant. »

 

Au moment où il dit ces mots, il sembla trébucher. Sa faux tomba au sol, la lame dressée vers la lune. Aussi léger qu’une plume, il l’accompagna dans sa chute.

Auto-définition

7 avril 2011

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Don Nihil Apsarà

 

 Nihiliste, asocial, anhédoniste subversif, misanthrope contrarié, névrosé narcissique, pessimiste indocile, mystique chaotique, excentrique décentré, élitiste marginal, utopiste désespéré, solitaire empathique, esthète blasé, humaniste déçu, terroriste mental, être humain.

 

 

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Truth is a myth : A patchwork

5 avril 2011

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Demian S. Coyote et M. Pantomime (2002 / 2006)

 

They arrested her for giving me a kiss / Give me one night then you can die / Tell me something I don’t know /We’re animals after all / I won’t be drinking anymore / I ate the lotus anymay / It blurred my soul and made me wanna go / I’m down with another sad song / You just want more but you can’t / I’m stoned.

 

Hit me now / The crowd doesn’t care / You know I need to kneel / The danger in the dream / It’s not what you did, it’s not what you said / Cause everything you lost was worth the pain / I don’t walk I run, I stumble and fall / The match burnt fast, I can’t control my hand / The ghosts are dancing all around.

 

Now you can nail me / You’re so beautiful when you’re smiling / You come to me and we scream « fuck off » / You can’t refuse the headache / Been done before, been done before / If you were my medecine, I sure would take this pill / I don’t think I can handle the truth alone / So fight and still fight and don’t forget to die / Could I come, if you still want some news ?

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