Torturé

Posté par Durf667 le 28 septembre 2012

Il dit : « Surtout, SURTOUT, ferme-là. »

Il se met une cigarette entre les lèvres et l’allume de sa main libre.

« En même temps, avec ce truc dans la bouche, tu dois pas pouvoir dire grand chose », il dit.

Il dit : « Essaie, pour voir ».

J’ai peur. Je sens de grosses gouttes couler sur ma nuque, sur mes tempes.

Je dis rien.

« ESSAIE ! »

Ça, il le dit pas, il le crie.

Alors je sursaute.

Les liens s’enfoncent dans la peau de mes poignets, loin, là-bas, dans mon dos.

Je crois que des larmes s’approchent de mes joues.

J’ai très mal à la poitrine, mais la douleur commence à refluer.

Il sourit.

Alors j’essaie.

« … è euh ou ouhez gh yiheuh ? … », je dis.

Il rit, sa cigarette calée entre ses dents. Jaunes, les dents.

Mon dos me fait mal.

Ça fait trop longtemps que je suis assis.

Ça fait trop longtemps que je suis attaché à cette chaise.

Ça fait des jours, des nuits entières, en fait. Plusieurs semaines.

Il dit : « Bon, fini de se marrer. »

Alors il tire.

Éclair rouge. Tonnerre. Orage dans ma tête.

Douleur.

Un courant d’air caresse des parties de mon anatomie qui ne sont pas sensées connaître l’atmosphère.

C’est pas désagréable.

Il me regarde. Sourire, dents jaunes, cigarette. Attentif.

Amusé.

J’ai toujours le goût du métal froid dans la bouche, mais il a retiré le canon du pistolet.

Je crache du sang. Beaucoup.

J’entends un bruit dégoutant de canalisation engorgée qui goutte sur du bitume.

J’ai la migraine.

Je sens les os de mon crâne se reconstituer, se reformer.

Je sens le bouillonnement de ma cervelle qui repousse.

Les nerfs se reconnectent, ça fait un mal de chien.

Il dit : « Maintenant, tu vas me parler. T’as le droit. »

Je suis toujours attaché.

J’essaie de bouger, mais je n’y arrive pas.

Il dit : « Tu vas me dire ce que je veux savoir. Tu as des frères, des sœurs. »

J’ai mal partout.

Ça fait des semaines qu’il me tue plusieurs fois par nuit. J’en ai assez.

Il dit : « Tu vas me dire où je peux les trouver, et ensuite, je te tuerai proprement, définitivement. Vite. Avec le moins de douleur possible. »

Je le regarde.

Je ne sais pas si j’ai l’air haineux ou suppliant.

Sans doute les deux.

Je baisse la tête.

Je regarde pour la millième fois ce pentacle dessiné au sol, autour de la chaise. Avec le sang de mon « père ».

Tiens, un peu de cendre de cigarette est tombé dessus. A effacé les contours du cercle extérieur.

Je sens le sang recommencer à circuler dans mon corps.

Je sens mon cœur battre pour la première fois depuis des semaines, depuis qu’il m’a attrapé, ligoté, depuis qu’il me torture.

Je sens mon cœur expulser le pieux, lentement.

Il dit : « Alors ? »

Je me concentre.

Je sens le pieux prêt à tomber, quand je le déciderai.

Je lève les yeux vers lui.

Je sens mes canines redevenir pointues. Je sens le pouvoir du sang qui revient en moi.

Je sens la soif dans ma gorge.

Alors, je souris.

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Le passager, rêverie à partir d’une chanson d’Iggy Pop

Posté par Durf667 le 14 août 2012

Je suis un passager.

Les roues arrachent le bitume,

Les lumières de la ville éclaboussent la vitre.

Je regarde les trottoirs qui mènent les passants nulle part.

 

Je suis un passager.

La voiture se conduit toute seule,

Elle ne va nulle part non plus.

Elle roule car elle ne sait faire que ça.

 

Je suis un passager.

J’écoute les nouvelles à la radio,

La carrosserie est mon armure.

Dehors attire et repousse.

 

Je suis un passager.

Le moteur est un bruit blanc.

Tous mes bagages sont sur le siège arrière.

Je ne sais plus ce qu’il y a dans le coffre.

 

Je suis un passager,

Je peux baisser la vitre,

Sourire aux inconnus,

Je peux aussi m’assoupir.

 

Je suis un passager.

Parfois, il y a des feux rouges.

Je ne descends pas, la portière est bloquée.

Elle l’est ?

 

Je suis un passager.

Aux arrêts, j’observe les autres passagers.

J’observe les autres voitures.

Parfois des regards se croisent.

 

Je suis un passager.

Je voudrais monter dans une autre bagnole, mais il y a déjà un passager dedans.

Les images défilent à la fenêtre,

Mais je n’en fais pas partie.

 

Je suis un passager,

La ceinture bien accrochée.

Parfois nous roulons de concert,

Sur la même route.

 

Je suis un passager.

Quand la nuit tombe,

Je ne vois plus que ma propre route,

Enchainée par les phares.

 

Je suis un passager.

Je peux regarder les étoiles.

Je peux me noyer dans les néons.

Je peux m’enivrer, si je veux.

 

Je suis un passager.

Tout le monde en est un.

Nous croyons changer, mais c’est juste le véhicule qui change.

Nous attendons juste le crash ultime.

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Cité : Noir.

Posté par Durf667 le 3 juin 2012

Y a des matins, t’as pas envie d’aller bosser. Moi, c’est un peu comme ça tous les jours. Je suis flic. J’ai pas eu le choix. Les rêveurs m’ont imaginé flic, alors, je suis flic. Dans la Cité d’Obéron, on choisit pas. Ça doit être ce que ces connards de dormeurs appellent le destin. Saloperie.

Je sais pas, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été ce mélange de Bogart dans les vieux films et de Sipowicz dans NYPD Blues. Je suis le bon flic désabusé et alcoolique. Je suis pas le seul.

Donc ce matin, pas envie. Gueule de bois de la veille. Comme d’hab. Les rêves ne rêvent pas, et c’est bien dommage. Par contre il peuvent s’imaginer en train d’envoyer les rêveurs croupir dans une bonne vieille cellule à l’ancienne. Du donjon bien moyen-âgeux, avec un type en combi de cuir et fouet en option.

Mais faut pas y toucher, aux rêveurs. Et puis, faut pas faire gaffe à ce que je dis. Je le sais bien, que les rêveurs sont ceux qui nous font, littéralement, exister, nous autres les rêves. C’est juste que je suis pas du matin.

Première étape, la machine à café du commissariat. Un serré, allongé au Jack. Allez, c’est parti.

Détour par les cellules pour voir les arrestations de la nuits. Les putes habituelles. Une mutante martienne aux trois nichons, une prêtresse d’Aphrodite au chômage (paraît qu’elle tapine, elle aussi, dans le secteur du Marché), une Blanche-Neige défoncée aux larmes d’ange nées des rêves humides d’amateurs de hentaï et de cosplay.

Mon vieux pote Nessos aussi. Là, il cuve. C’est un centaure obsédé sexuel, je veux même pas savoir ce qu’il a encore fait pour se retrouver là. Rien que d’imaginer, j’ai le bide qui proteste et le café qui fait la gueule.

Un ange aussi. Triste, aux plumes froissées et à la gueule grisâtre. Sans doute un dealer de larmes. Pauvre type.

Ensuite, réunion matinale avec mon coéquipier. Foster, un petit gars idéaliste. Normal. Il fallait, évidemment, que les rêveurs calent un jeune gars idéaliste avec un vieux connard désabusé dans mon genre. Parfois, pour des types qui vivent dans le monde des rêves, je trouve qu’on a finalement peu de surprises. Les rêveurs manquent d’imagination, de nos jours.

Foster m’annonce que Puck, le vieux connard qu’on a coincé la veille, à avoué au proc dans la nuit le vol pour lequel on l’a chopé. Bien. Ça, c’est fait. Moins je le vois, Puck, mieux je me porte. Relisez Shakespeare, vous comprendrez. De toute façon, il a des relations du genre très haut placées. On devrait pas tarder à le revoir.

Le commissaire Lancelot nous appelle. Il a un truc pour nous. Un somnicide. La scientifique est déjà sur place. Il nous tend le dossier.

Merde. Une princesse. Du genre vierge et pure, dans une tour du quartier bourge. J’aime pas ça. Ça sent la connasse disneyienne. J’en ai connu des princesses, par le passé, faites moi confiance, elles étaient pas toutes vierges et pures. Non, non, non. Apparemment, elle a été bien charcutée, la pauvresse. C’est sale. Doit y avoir du cauchemar dans le coup.

Des bourges, des cauchemars… ça pue. Je le savais bien, que ça allait pas être une bonne journée.

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Lettre ouverte à un personnage de nouvelle

Posté par Durf667 le 18 avril 2012

Tu sais quoi ? Tu m’emmerdes. Quelque chose de bien. J’ai pas encore écrit une seule ligne de la nouvelle dont tu es le héros (« héros » ! Laisse-moi rire, si tu savais ce que je te réserve…), dont tu es le personnage principal, donc, et déjà, je peux pas te piffrer.

C’est peut-être ça, le problème. Pour cette histoire, j’ai besoin d’un perso assez pathétique. Je dirais même que j’avais besoin, au départ, quand l’idée générale m’est venue, que tu sois antipathique. Je sais pas. Du coup, même si j’ai changé mon fusil d’épaule depuis, j’ai pas spécialement envie de me pencher sur ton cas. L’esquisse de base, bien qu’invisible, reste trop négative. Je suppose qu’elle me renvoie à une personne que j’étais il y a quelques mois, voire années, et que ça me gonfle de ressasser ces vieilles merdes.

Déjà, ça part mal, je sais pas comment te nommer. C’est important, un nom. Ça donne des indications. C’est une piste (qui peut-s’avérer fausse, d’ailleurs) pour le lecteur. Mais toi, je sais pas, tout les noms que je te trouve sonnent… faux. Joshua, Al, non, c’est pas toi.

Que mes personnages me fassent chier, c’est bon, j’en ai pris l’habitude. Merde, je crois même que je sais que je suis sur la bonne voie quand vous commencer à pas vouloir faire ce dont j’ai besoin pour continuer mon histoire. Ça veut dire que vous accéder à une certaine « réalité », que vous existez un peu en dehors de mon seul cerveau. Ça veut dire que je peux plus vous forcer à rien qui soit en désaccord avec ce que vous êtes. Ça veut dire que vous commencez à être des personnages avec une certaine épaisseur. Mais ça, en général, je le découvre (je vous découvre) au fur et à mesure de l’écriture.

Mais toi, non. Toi, il faut que d’emblée, avant même la première ligne, le premier mot, que tu te refuses à ma plume.

Pourtant, je sais déjà tout de toi.

Enfin, je sais ce qui devrait suffire à commencer à te raconter.

J’ai des pages entière de notes, il y a même des trucs là-dedans qui ne seront peut-être pas dans la nouvelle.

Je sais bien que c’est ma faute.

Je t’ai peut-être imaginé trop… désagréable. Et cette impression reste gravée dans mon esprit, quand bien même je voudrais te rendre plus… aimable. Il faut bien que le lecteur s’identifie un minimum.

C’est ça.

Je crois voir mon erreur.

Je t’ai peint en noir et blanc, et j’ai oublié les nuances de gris.

Erreur de débutant.

Mais je suis un éternel débutant.

Excuse-moi pour ce mouvement d’humeur. C’est pas contre toi.

J’y retourne. Mettre quelques nuances de gris.

Et peut-être même quelques couleurs, qui sait ?

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7 péchés capitaux

Posté par Durf667 le 28 janvier 2012

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Orgueil.
« Putain ! Regardez-moi cette bande de cons… Ce troupeau pathétique de moutons qu’on mène à l’abattoir. C’est vraiment un ramassis d’abrutis… Moi, j’ai tout compris. Moi, je sais. Pourquoi on ne m’écoute pas ? Moi j’ai les réponses. C’est juste que l’humanité est méprisable. J’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui le sais et qui en fais un minimum pour que ça change. Je commence par me changer moi-même. Pour être moins méprisable. Je suis un exemple, bordel ! Mais vous ne voyez rien, n’entendez rien… Bande de cons. »

Avarice.
« Oui ! Je l’ai, ça y est ! Je l’ai ! Il est classe ce smartphone… Bon, j’en ai pas une utilité flagrante, il fait pas grand chose de plus que mon vieil iPhone3. Mais je l’ai ! Il est enfin à moi… Il faut que je fasse gaffe à bien planquer l’iPhone, histoire que mon frère me le pique pas. Quand il a su que j’avais commandé le nouveau, il a osé me demander de le lui filer… Le con ! Il a qu’à s’en payer un lui-même ! Il est à moi, merde, il m’a couté assez cher… Je crois que je vais le planquer dans le placard avec le premier iPad. J’ai reçu le 2 il y a quelques temps. Je m’en sers pas des masses, d’ailleurs. Mais je l’ai.

Envie.
« C’est dégueulasse. Tu les a déjà vu en concert ? Pathétique. Aucune présence. On dirait des porte-manteaux de luxe pour jeans troués et T-shirts crasseux. Aucune classe. Musicalement, c’est pas mieux. D’accord, ils savent jouer. Mais y a aucune émotion dans leur merde. T’as entendu leur démo ? Merde en barre, son pourri, compos à chier. Des solos qui servent à rien, ils s’écoutent jouer. Vraiment, je comprends pas. Tu nous a vu jouer, nous, t’as écouté l’album ? C’est dingue… J’arrive pas à croire qu’ils aient décroché un contrat de trois albums. Ils ont vraiment du guano dans les oreilles, dans ce label. »

Colère.
« FERME TA PUTAIN DE GUEULE, CONNARD ! TU TE PRENDS POUR QUI, POUR QUOI ? POURQUOI TU ME PARLES, T’AS PAS D’AMIS ? JE SUIS PAS TON POTE, ENFOIRÉ, TU VAUX RIEN, DÉGAGE ! DÉGAGE AVANT QUE JE T’ÉCLATE LA GUEULE CONTRE UN MUR ! QUOI ? JE M’EN FOUS QUE TES ARGUMENTS TIENNENT LA ROUTE ! JE M’EN FOUS D’AVOIR TORT ! COMMENT TU OSES ME PARLER ! TU CROIS QUE TU VAUX MIEUX QUE MOI, C’EST ÇA ? RIEN À FOUTRE, CONNARD ! RIEN À FOUTRE ! FERME TA PUTAIN DE GUEULE AVANT QUE JE TE DÉFONCE ! SALE CON… »

Luxure.
« Bon, elle va se décider à dégager, la conasse ? Maintenant que je lui ai fait toutes les saloperies dont j’avais envie, je vois pas ce que je pourrais en tirer de plus. Quoi que je dirais pas nom à une petite pipe. Elle suce pas mal. Et je pourrais la forcer à avaler, cette fois-ci… putain, je rêve… Elle a l’air de vraiment croire que ça m’intéresse, ce qu’elle raconte. Allez, un petit effort. Simulons l’intérêt… J’ai bien envie de cette pipe, finalement. Qu’est-ce qu’elle peut raconter, comme conneries… Rhalala. Idiote. J’ai pas envie de t’écouter, parler, ça crée des liens, et il y a d’autres culs dehors qui n’attendent que ma queue. »

Gourmandise.
« Allez, encore un petit verre… C’est pas sérieux, mais je m’en fous. J’irais gerber tout à l’heure, au pire. Ça fera de la place pour la suite. Putain, que j’aime être bourré ! Allez, cul-sec… Je sens les bulles de la bière éclater et remonter dans la cavité nasale. J’adore ça. Encore un verre. Au point où j’en suis, ça peut plus me faire de mal. Enfin, pas plus que ce que ça m’en a déjà fait… Hé hé ! Putain, je suis bourré… Je kiffe… Chouette ! Le patron m’offre un shooter. Pas besoin de demander ce qu’il y a dedans, on s’en fout. À la tienne, camarade ! Pis sers-moi en donc un demi de plus ! Putain, je vais gerber… Pas grave, ça fera de la place pour la suite. »

Paresse.
« Pourquoi voudriez-vous que je me bouge ? Rien ne sert à rien. À quoi bon se bouger le cul ? Y a aucune chance que ça change quoi que ce soit. Et puis, je suis tellement fatigué… J’en ai marre d’essayer des trucs et d’échouer. Alors, j’essaie plus rien. Je fais de mal à personne. Je préfère rester peinard chez moi, devant la télé, avachi dans mon fauteuil, à bouffer des chips. J’ai encore raté un rendez-vous à Pôle-Emploi, mais j’en ai rien à battre. Pourquoi est-ce qu’on me fout pas la paix. C’est vrai, quoi, je fais pas de mal… Mais non, il faut toujours qu’on vienne m’emmerder. Foutez-moi la paix. »

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