Clope sur clope

Posté par Durf667 le 5 décembre 2011

Il fume clope sur clope sur clope sur clope sur clope. Il ne les finit même plus, à présent. Le cendrier est rempli de mégots difformes, on pourrait récupérer assez de tabac dans trois d’entre eux pour en faire une nouvelle. Mais il en rallume toujours une dans les minutes qui suivent la mort de la précédente.

Comme d’hab’, les questions. Il a pourtant les réponses, mais elles lui semblent contradictoires, se repoussant l’une l’autre comme des pôles identiques. Non, le problème doit donc venir des questions.

Encore une clope.

Ce qui était dans sa tête n’aurait jamais dû en sortir. Ça aurait sans doute fini par disparaître avec le vent. Mais c’est sorti. Il l’a rendu réel.

C’est un combat entre deux identités opposées, mais pas clairement différenciées. Deux visages protéiformes qui se volent mutuellement leur traits.

Encore une clope.

Il a agit. Pour une fois, sans réfléchir. Il en a tellement pas l’habitude que ça le met mal à l’aise. Il identifie mal les raisons de cet acte. S’il y en a. Il n’est pas certain de vouloir savoir. Il pense que ça pourrait ne pas lui plaire.

Tout va si lentement. Et si vite aussi, en un sens.

Encore une clope.

Il aurait envie d’écrire quelque chose sur le concept de Foi, mais il ne sait pas par où commencer. Certains parlent d’espoir, lui, le mot qui lui vient, c’est foi. Il a peur de plus être athée.

Il s’est sauvé lui-même, temporairement. Un autre acte impulsif. Des décibels pour faire fuir la Bête. Si seulement il pouvait être impulsif plus souvent. Mais quand ça lui arrive, c’est tellement rare que ça lui paraît hasardeux, bancal, dangereux. Parfois, ça l’est.

Encore une clope.

Est-ce que c’est trop tôt ? Mais ça pourrait durer indéfiniment… Qu’est-ce qu’il veut, au juste ?

Et puis… Et puis il se dit que finalement, ça n’a pas d’importance. Ça fait partie du deal. Il tâtonne, il cherche, il fouille. Et c’est quand il lâche prise que les choses intéressantes se passent. Intéressantes, pas forcément intelligentes.

Alors, il écrase sa clope, passe par un exercice d’écriture automatique pour se vidanger le crâne, et va se coucher.

Publié dans Nouvelles, Tous les textes | Pas de Commentaire »

Le Bois

Posté par Durf667 le 14 novembre 2011

 

695235.jpg

Tout comme la Cité est le rêve collectif de toutes les villes du monde, porteuse de tous les fantasmes et terreurs urbains, le Bois est la version onirique de toutes les Forêts du globe. On y trouve aussi bien des clairières enchanteresses où le rêveur peut se reposer que d’impénétrables bosquets de ronces qui s’enfoncent loin sous les arbres noueux, au cœur des terreurs. Tout le monde, après tout, se perd parfois.

 

Le Bois sert de résidence à certains des rêves les plus anciens. Des sylvains y tiennent leur cour, les pixies insouciant s’y amusent. Des loups colossaux y attendent le voyageur apeuré, des ents dévoyés y meurtrissent les chairs.

 

Le Vieil Homme Arbre, à jamais immobile, attends ceux qui sauront le trouver, et payer le prix de la connaissance qu’il porte au sein de sa sève antique.

 

On dit que l’Essence personnelle de chaque rêveur, de chaque être repose dans une clairière perdue, bien cachée, enfouie derrière les ronces et les arbres millénaires, où la lune et le soleil ne sont que des souvenir dans l’obscurité créée par des branches agressives qu’on croirait douées de vie.

 

Plus on s’enfonce dans le Bois, plus la progression se fait ardue. Le bois ne vous aide pas à trouver ce que vous êtes venu y chercher (même si vous l’ignorez, vous êtes venu y chercher quelque chose. Sans doute vous-même).

Le Bois ne vous veut pas de mal. S’il vous perd, c’est que vous étiez déjà perdus en y entrant. Le Bois sait que vous retrouverez votre chemin au moment où vous croirez être irrémédiablement égaré. S’il vous offre un rayon de soleil au bord d’un ruisseau, bercé par les chants des oiseaux, c’est que vous avez juste besoin d’allonger votre âme dans l’herbe, en attendant de trouver quelque part en vous-même ce lieu qui y ressemble.

 

En attendant, quand vous irez dans le Bois, n’ayez pas peur. Chaque griffure des branches, chaque racine qui vous fait trébucher, est le signe que la récompense est à venir. Une nuit, après avoir traversé un océan de ronce dans l’obscurité, vous arriverez, en sang, épuisé et perclus de douleurs dans une clairière que nul ne peut trouver, votre clairière. En son centre il y aura les réponses aux questions que vous ignoriez vous poser.

Vous vous effondrerez, et pour la première fois de votre vie, vous dormirez en sachant que le Bois ne vous fera plus jamais aucun mal, à moins que vous ne perdiez à nouveau le chemin de votre clairière.

Mais ça, c’est votre affaire.

Publié dans Nouvelles, Tous les textes | 1 Commentaire »

Fièvre et tempête

Posté par Durf667 le 19 septembre 2011

La fièvre l’avait emmené plus loin qu’il ne l’aurait cru.

En des temps et des lieux révolus ou non encore existant, dans des cryptes oubliés de son âme, dans des aspirations non assumées.

Il se souvenait de tout, mais la loupe avait un défaut, amplifiant le détail, occultant l’essentiel.


Les démons revenaient, aussi.

Des voix à son oreille murmuraient des culs-de-sac, lui promettaient des aubes d’après la pluie, à l’atmosphère fraiche et enivrante, alors que la tempête était loin d’être terminée. Le beau temps reviendrait, mais le démon mentait. Pas encore. Pas tout de suite.

Le diable sur son épaule droite lui présentait des scènes non-vécues, des futurs impossibles, des passés idéalisés.

Sur l’épaule gauche, le néant s’infiltrait dans ce cerveau bouillant, rappelait les blessures, promettait la douleur, proposait l’inévitable, ou le présentait comme tel.


Les draps étaient trempés, la sueur portait en elle l’odeur du combat de ce corps exténué, de cet esprit à terre. De ce combat gagné.

Une bataille.

La guerre, encore.

Les nuages s’écartaient. Les questions restaient posées, mais le besoin de réponse se faisait moins impérieux.


Un cerveau se réveillait enfin, apte à la suite.

Le corps renâclait encore un peu. Le combat encore faisait rage.

Mais les armes émoussées retrouvaient leur tranchant.

Publié dans Nouvelles, Tous les textes, Trucs bizarres | Pas de Commentaire »

W.

Posté par Durf667 le 10 septembre 2011

Encore un vieux truc que je ne me souvenais même plus avoir écrit avant de tomber dessus à l’arrière d’un cours de Littérature comparée (je sais, c’est pas bien…) Retravaillé un poil ce soir, et posté dans la foulée, c’est un peu maladroit, mais j’aime bien le thème quand même.

Il regarde la Terre de son œil unique, et il contemple une étrangère.

Trop de choses ont changé, ce n’est plus sa Terre. Il sais pourtant que son devoir sera de la défendre une dernière fois et d’y perdre sa trop longue vie.

Il est seul, à présent, ils sont tous partis. Tous.

L’ennui.

Lui seul reste dans son majestueux palais désormais bien vide et poussiéreux. Prêt à tomber en ruine quand il en partira. Un palais désormais rempli seulement par le vol des corbeaux, souvenirs bruissant dans un battement d’ailes, réminiscences d’un temps passé où sa cour de guerrier faisait résonner les halls et les couloirs de chants paillards et d’invectives festives. De défis et de disputes, d’exclamations avinées et de bruyants exploits contés pour la millième fois.

Tous, ils sont partis.


Il se souvient encore du départ de son fils, le brutal, le fier, l’impétueux, un matin d’hiver.

Son fils aussi regagna cette Terre étrange qui ne voulait plus d’eux.

Il se rappelle les temples en flammes de cet étrange dieu crucifié, qui lui rappelait tant son autre fils, Baldr, le lumineux, le beau, le doux.

Des siècle de haine coulant dans les veines de cet autre fils empli de violence, le tonnerre dans la voix, les éclairs dans les yeux.

Il se rappelle les pillages qu’il observait de ce palais, de ces guerres et de ces massacres sans buts. Il se rappelle le crime impardonnable commandé par cette haine, résumé en deux lettre jumelles sur un uniforme. SS.


Il se souvient aussi du fier combattant, le gardien du pont menant à l’entrée de sa forteresse.

Des siècles d’attente. Plus personne ne venait.

La folie.

Le saut dans le vide sous le soleil couchant, éclairé par l’arc-en-ciel.

La chute fut longue, mais son esprit était déjà tombé depuis longtemps bien plus bas.


Il se souvient des anges de la guerre, les vierges sacrées, à présent prises au piège de trop de batailles, tombant une à une sous le feu d’armes qu’elles ne comprenaient pas.

La plus belle d’entre elle, la meilleures, la dernière, était tombée loin à l’est, sous un feu gluant et nauséabond tombant du ciel.


Il se souvient aussi de son armée de héros qui, fatigués d’attendre, s’étaient éparpillés sur la surface de cette planète pour y mourir une seconde fois, en lâches. Certains s’étaient suicidé, d’autre étaient tombés dans l’alcool ou la drogue.

Cette Terre-là n’avait pas besoin d’eux.


Mais lui, il attend toujours.

Les corbeaux s’assurent qu’il n’oublie pas, qu’il pense encore à ce qu’il a à faire.


Ils lui ont murmuré à son oreille sans âge que même le petit peuple était parti, décimé par un monde qui ne croyait plus en eux.

Pourtant, lui, il attend.

Il était le plus grand d’entre eux, il était leur roi.

Il ne règne plus que sur des couloirs vides.

Il pense à ses ennemis, qui n’ont pas pris les formes auxquelles il s’attendait.

Rien ne s’est passé comme il était écrit.


Il se souvient de ce mot ancien, devenu avec le temps synonyme de délivrance.

Ragnarok.


Et il attend.

Publié dans Archive, Nouvelles, Tous les textes | Pas de Commentaire »

Wendigo

Posté par Durf667 le 30 août 2011

J’étais persuadé d’avoir posté de texte ici il y a déjà plusieurs mois, mais je viens de me rendre compte qu’en fait non. Comme je l’aime beaucoup, le voici.

 

 

« Celui qui vénère Râ ne peut qu’être fasciné par Apophis ».

Ian Tombstone, Le Manifeste des Intouchables, 1981.


Confusion. Synesthésie involontaire, désagréable. Douloureuse. C’est un feu glacial qui court dans mes veines, un sommeil conscient qui alourdit mon âme et caresse mes nerfs. Plus vivant que jamais, plus mort que d’habitude. C’est un état subtil, un sentiment amer, une impression obscure, qui se définissent d’abord par ce qu’il ne sont pas. Sevrage. Vide. Absence.


Il existe un froid plus intense que tout ce que le climat peut imposer au corps. Une couche de givre électrique et tenace qui paralyse les neurones, court-circuite les synapses, rend l’âme bleue et vide. Ce n’est pas la solitude. La solitude, ce n’est qu’un aspect de ce néant primordial et innomé, ce sentiment premier qui règne sur l’humanité de façon aussi certaine et absolue que peuvent le faire l’Espoir, le Désir, la Foi et toute leur famille. C’est le grand frère bâtard, mis au ban de la famille, qui poussent les hommes à vivre et à mourir tout autant que les autres, mais qui fonctionne en négatif, qui se définit par l’absence dans un esprit de tout le reste. C’est cet état que vous connaissez bien, quand vous êtes trop fatigué pour même considérer le suicide comme une option éventuelle. Ça vous demanderait trop d’effort.


C’est l’absence d’Espoir et de Désespoir, d’Amour ou de Haine, de Désir ou d’Ascèse, de Foi ou de Sacrilège. C’est la Paresse ultime, l’Absence de tout, le Gel de l’âme.


J’étais pris dans un tel blizzard. J’ai toujours eu une certaine tendance masochiste consistant à me laisser engourdir par la tempête, la tentation de disparaitre dans une bourrasque tout en restant immobile, mais ça ne marche pas comme ça. J’ai beau considérer l’Absence comme le Mal ultime, j’ai beau affirmer préférer que des calamités s’abattent sur moi plutôt que rien du tout, ce Rien m’attire et me fascine. C’est mon plus cher ennemi, ma Némésis ultime, mon désert de glace. Et j’avais tellement froid.


Peu importe la durée de l’hiver, tant que l’été revient.


« Elle » fut moins qu’un été, mais bien plus qu’une flamme. « Elle » fut de ces brasiers dont on fait les bûchers, une tornade inattendue de flammèches innombrables, un torrent de lave en fusion. J’avais eu tellement froid… Quand on a tant subi l’air glacé et tranchant, on ne redoute plus les brûlures. Voire, on les désire, on va à leur devant comme on va au combat, on les étreint, on les embrasse, on les aime. On s’en nourrit, on s’en repait, on se couche sur les braises pour en recevoir les baiser et les caresses. Aujourd’hui, ces brûlures sont tout ce qu’il me reste pour lutter contre l‘air glacé.


Corps contre corps, esprit contre esprit, âme contre âme.

Feu contre feu.


C’est une vieille histoire. Les feux les plus ardents sont ceux qui s’éteignent le plus rapidement. Aujourd’hui, il n’en reste que des braises. Et les cloques cramoisies des brûlures. Mais, au moins, j’ai eu chaud.


J’aimerais, par moment, rallumer ce feu, si je le peux encore. Mais serait-ce souhaitable ? Je n’en sais rien. Vraiment. J’ai moi-même choisi, voyant le feu mourir, de laisser les cendres recouvrir les braises, de laisser les flammes disparaitre dans le vent. C’est mieux ainsi. Nul ne peux de lui-même ni raviver, ni éteindre ce genre de feu. Il vaut mieux les regarder mourir, se frotter les blessures, en être fier et heureux, et verser une larme sur ce qui aurait-pu être.


Mais il m’arrive, parfois, quand le froid me saisit, quand le noir glacé de ma chambre hurle contre « son » absence, quand le rien polaire à mes côtés pleure « sa » chaude présence enfuie, quand la neige se remet à tomber, il m’arrive, disais-je, de rêver que le vent se lève, balayent les cendres et ravive les braises.


Et ensuite, j’ai froid.

Publié dans Articles, Nouvelles, Tous les textes | Pas de Commentaire »

123456
 

lepoetesolidaire |
Mots ecrit pour apaiser les... |
Mes poèmes qui retrace ma vie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le cercle des mots disparus
| vivre et souffrir pour écrire
| histoireentoutgenre