Sweet Mary

Posté par Durf667 le 1 mai 2011

Je rêve de toi.


Je sais que TU n’es pas une bonne idée. Trop paumée, trop perdue, trop jolie pour moi.


Je rêve de toi.


Si parfaite… Je te revoie, ce jour-là… De bas en haut, comme si je me relevais enfin de ma position de victime. Des rangers noires, punkette idéale ! Des bas effilés, usés aguichants. La naissance d’une cuisse pleine de promesse… Une jupe trop courte pour être honnête. Un corset… Oh, ce corset ! Salope ! Comment poitrine pourrait-elle être si attirante, si désirable ? Ton visage, tes yeux, ton désespoir. Toi.


Je t’ai rêvé si souvent, dans tant de positions, dans tant de refus… Je t’ai tellement fait l’amour en rêve que mes muscles sont douloureux. Nous n’avons ensemble aucun avenir, aucun rêve à partager. Mais je te veux. Je te veux tellement que j’en ai mal à l’âme.


Perdue comme tu l’es, tu en es d’autant plus belle. Je ne te sauverai pas. J’ai déjà du mal à me sauver moi-même… Mais, putain de merde, je te veux. Je te désire. Je te convoite. Ne pas t’avoir est une souffrance. Ne pas t’avoir eu est encore pire.


Je crève de ne pas avoir senti la brulure de tes lèvres sur ma peau fatiguée, les coupure de tes mains sur mes désirs enfouis. Je meurs de ne pas connaître ton désir. Je veux te posséder, l’espace d’une seconde, d’un souffle, d’un rêve. Jamais je ne t’aimerais comme tu le voudrais, jamais tu ne me possèderas comme tu le désires.


Je sens nos corps absents, nos souffles emmêlés. Je sens tes mains avides, je sens ta tristesse, tes attentes. Je n’y répondrai pas. Je n’en suis pas capable. Je ne pourrai t’aimer que le temps d’une erreur.


Mais quelle belle erreur.


Je voudrais en commettre tellement, des erreurs comme toi. Je voudrais tant déboutonner ton chemisier, embrasser ta poitrine, passer ma main sous ta jupe, sentir la chaleur de ton désir ardent, attendre que tu veuilles, espérer que tu brûles.


J’ai tant rêvé de toi, que je ne peux même plus imaginer une nuit entre nous. Ce serait décevant, et pourtant… Et pourtant ! Ah ! Je te revoie, l’autre jour, attendant je ne sais quoi. Un baiser ? Une étreinte ? Ton décolleté parasitait tes paroles, j’en suis désolé ! Tu es tellement perdue… J’en aurais des scrupules, de me laisser aller. De me laisser aller à t’aimer, rien qu’une nuit, rien qu’un instant, rien qu’un souffle. Je ne peux te promettre plus. J’ai encore sur la langue le goût de la tienne, quand nous fautions ensemble, tellement trop pour nous le permettre, tellement peu pour en être satisfaits. C’était tellement agréable. C’était tellement idiot.


Je… Je … Je. Toi… J’ai l’odeur de ta peau dans les narines, même après tout ce temps. J’ai le goût de ta sueur sur la langue. Je crève de ne pas en avoir eu plus. Mais je sais que le mal que je peux te faire n’en vaux pas la peine. Je t’aime, mais pas comme tu voudrais. Je hais la testostérone. Je ne te veux pas de mal, mais c’est tout ce que j’ai à t’offrir…


Je ne t’aimerai pas comme tu le voudrais. Si tu me hais pour ça, j’en ferai un linceul.

 

Ce texte date déjà de quelques semaines, avant la création de ce blog, mais comme il m’a valu quelques félicitations par ailleurs, et que de plus son thème et son contenu trouvent un écho assez étrange à l’heure actuelle dans ma vie, pour d’autres raisons, que lors de sa composition (encore que…), je le reposte ici.

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Prière à Ishtar

Posté par Durf667 le 24 avril 2011

Don Nihil Apsarà


Les larmes d’anges m’engourdissent entièrement… Je respire l’air comme un liquide… Mon lit m’appelle mais me répugne… J’ai envie d’autre chose.


Ses bras me manquent. Ses bras… À qui je pense, au juste ? Des bras me manquent. La chaleur d’un corps contre le mien. Je ressens l’appel de la chair, l’appel d’un souffle chaud contre ma peau. La solitude est présente et hurle trop fort pour permettre à Morphée de venir sereinement me murmurer à l’oreille une nuit paisible. Mes veines brûlent, demande à se consumer, demandent à bouillonner. Ma peau rêve de déchirures. Mon âme aspire à la dissolution dans celle de quelqu’un d’autre.


Parfois, l’âme et le corps deviennent interchangeables. Quand la solitude de l’un devient trop douloureuse, mon esprit se focalise sur celle de l’autre. L’appel d’une sueur étrangère se fait pressant, pour oublier celui d’une présence réconfortante. Le mythe de l’androgyne, Platon avait-il tort ? Je l’ai toujours cru, j’ai toujours trouvé ça trop naïf… Où es-tu, mon binôme, mon double ? Existes-tu, seulement ?


Ce soir, je veux y croire.


Mon appart est petit, encombré des restes de ma vie, empilés sur le sols, les tables, les étagères. Le lit est dans un coin, mais je le fuis ce soir. Je suis un photon égaré vers un placard. Enfin, d’habitude, c’est un placard. Ce soir, les larmes d’anges l’ont changé en suite présidentielle. La baie vitrée du 56ème étage donne sur les jardins suspendus du palais d’Obéron, éclairés par une armée de pixies noctambules. La Cité s’étend sous mon regard. La chaine stéréo diffuse une musique sombre et éthérée, comme si Dead Can Dance avait enregistré avec le chœur des Valar. La décoration est à mon image, juste assez bordélique pour que la chambre ait l’air vivante, des livres que je suis en train de lire sont posés sur de sobres tables basses en verre, des vêtements que j’ai portés sont abandonnés au pied du lit, simplement recouvert d’une couette froissée aux motifs japonisant.


Loin, là où il n’est pas de lieu en tant que tel, ailleurs que dans l’espace, avant le temps, Gaïa/Lilith/Breched/Cybèle/Amaterasu/Isis a entendu mon appel silencieux, ma supplique muette et inconsciente. Rhiannon/Atropos/Ève/Freyja/Kali/Coatlicue/Ishtar entend toujours tout.

 

Je crois que je m’endors.

Ou peux être pas.

Peu importe.


Elle s’appelle Allison. Ou peut-être pas. Peu importe. Elle a des mèches roses, j’adore ça. Dans la vraie vie, on ne se connait pas, on s’est juste croisé au hasard de fora internet, d’invitation facebook, ce genre. Mon rêve invente un prétexte. On ne s’est pas vu depuis nos cinq ans. Elle a déménagé en Nouvelle-Zélande à cette époque. Elle est venue exprès pour mon anniversaire, comme par hasard, elle a gardé contact avec une amie proche. La suite du 56ème étage se remplit d’amis. Je trouve qu’elle a des faux airs de Kate Moss. Nous nous isolons dans le dressing. Je lui fait l’amour comme on ouvre un cadeau inattendu, en prenant mon temps, juste parce que le déballage est plus important que la découverte du présent. L’acte est plus important que l’orgasme. Ma langue suit la ligne de ses côtes. Ses seins sont petits, ses jambes sont maigres mais musclées et me contraignent à des va-et-vient d’amplitudes modérée. Tout ceci est finalement très doux, empli d’une réelle sauvagerie, mais contenue dans les replis d’une tension contrôlée, canalisée, intense.

Dans les bras l’un de l’autre, allongé sur les vestes et les blousons éparpillés, à demi-nus, mon rêve nous impose le silence. Nous impose la réalité, l’éloignement géographique. Il me rappelle ce que ferait mon moi éveillé. Il la repousserait. Acquiescerait quant à la possibilité de nos deux âmes de pouvoir réellement s’accorder, s’aimer, ou du moins essayer. Ça se tente. Puis il trouverait une occasion de fuir, pour ne pas souffrir plus tard. Là, en l’occurrence ce serait les kilomètres. Elle serait bien forcée d’être d’accord. Il y aurait de la tristesse, quelques larmes peut-être. Puis il y aurait une dernière étreinte.


Un futur hypothétique hautement improbable s’éteint. La suite se vide de ma fête d’anniversaire. Les verres de punch et les canettes de bière disparaissent. Je me retourne dans mon sommeil. Ou alors, je le cherche encore en fixant le plafond. Je ne sais pas trop.


Elle s’appelle Marie. Ou peut-être pas. Peu importe. Nous avons couché ensemble la semaine dernière, après plusieurs mois, voire plusieurs années, à vaguement nous tourner autour en nous demandant si c’était réellement une bonne idée. Je pense que nous sommes tous les deux conscients de la capacité de nos deux esprits à se faire potentiellement du mal. À la fois trop semblables et trop différents pour que ce ne soit que du sexe, mais aussi pour que ça puisse marcher autrement, pourtant. Elle est là, je vois son visage, si beau dans l’extase, essoufflée, hors d’elle. Moi-même, je suis ailleurs. Je revis en rêve ce moment du passé récent, et pourtant, c’est à la fois identique et différent. J’ai la passion au bord des lèvres, j’ai la conscience d’une magnifique erreur qui me vrille le sang. J’ai la satisfaction de vivre, j’ai la douleur de l’impossible assouvissement d’en vouloir plus. J’ai le soulagement et le regret que ça arrive enfin qui transpirent par les pores de ma peau quand elle l’embrasse.

Je suis du genre à parfois préférer l’attente au résultat, le désir à l’assouvissement. Parfois, un fantasme devrait le rester. Pourtant, l’appel du corps de Marie se fait encore entendre, car une fois, mon esprit s’est dissout dans le sien, et cet oubli fut le seul moment d’apaisement que j’ai connu ces derniers mois. C’est sans doute dangereux. C’est sans doute stupide. C’est sans doute l’appel du vide. Ishtar se manifeste par tous les moyen qu’elle peut trouver.


J’étreins l’oreiller comme si c’était un corps. Mon dos a chassé la couette, et j’ai un frisson. Je me retourne encore.


Elle s’appelle… peu importe. Nous sommes autour d’un feu, dans une clairière, sous la lune. La lumière joue sur son corps nu et y dessine des arabesques compliquées qui accentuent la perfection de ses seins, l’intensité de son regard. Elle danse, frénétique, possédée. Le feu et elle semblent frère et sœur. Ombres et clartés se croisent, dansent, s’attirent et se repoussent. Je la connais assez pour savoir que son esprit fonctionne de la même façon. C’est un être lumineux en proie à des ombres tenaces, un animal ténébreux qui éclaire de sa présence la vie de ceux qu’elle croise. Son corps se divise, se dédouble, et deux jumelles avides se jettent sur moi, primitives, affamées, conquérantes. C’est autant un combat que du sexe, autant une guerre que de l’amour. Et il y en a beaucoup, de l’amour. Elles sont deux, la Lumineuse, la Ténébreuse, mais tout autant Une et Indivisible, complémentaires, indissociables. Je fais l’amour à deux corps, mais à une seule femme. À LA femme. Dans le monde de veille, c’est quelque chose qu’elle n’avais jamais totalement compris. Je la prenais toute entière. J’aimais autant la guerrière conquérante que la fille perdue. D’ailleurs je l’aime encore. Elle(s) gémi(ssen)t des ordres, des suppliques. Elle(s) sa(i)(ven)t ce qu’elle(s) veu(len)t. Et nous voulons la même chose. C’est brutal et tendre, c’est une danse ancienne comme le monde, la plus belle de toutes.

Elle(s) me laisse(nt) épuisé quand les braises meurent et les cendres s’envolent. Elle(s) rejoi(g)n(en)t la Lune en un ballet d’argent, un rayon de cendres leur pavant le chemin. Je finis par m’endormir.


Je finis par me réveiller dans mon appart. Le radio-réveil dit qu’il est onze heure. Il me semble sentir sur moi les odeurs de trois femmes distinctes. Puis les rêves s’éloignent, les impressions s’obscurcissent, les images se brouillent. Les larmes d’anges se sont diluées dans le sommeil. Ne restent que ce vague sentiment de tristesse mal compris et cette sensation de vide entre mes bras.

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Le bonheur n’est pas qu’un flingue chaud.

Posté par Durf667 le 22 avril 2011

Ol’ Man Sid


Il inspira une longue bouffée et la recracha lentement. Ses idées profitèrent de ces quelques instants pour se mettre en ordre d’elles-mêmes. Il se mit à parler après avoir délicatement déposé les premières cendres dans la canette prévue à cet effet.


« Non, tu fais erreur. Ce n’est pas que le bonheur n’existe pas. Je sais qu’il est tentant de ne le considérer uniquement que comme une illusion inatteignable, ou tout du moins comme un état de conscience fugace qui s’opposerait à une sorte de tension perpétuelle, une forme de pause danse la lutte vitale. Mais, comme tous les sujets réellement importants, c’est, à mon sens, beaucoup plus compliqué que ça.


Considère un fait simple. La plupart des gens ne sont pas heureux. C’est pour ça qu’ils tombent dans les erreurs que je viens d’expliquer. Ils se construisent une idée du bonheur, cherchent à l’atteindre, et échouent immanquablement. Ou alors, ils se persuadent y être parvenus, ce qui est pire, mais passons. Toi qui écris, tu m’as dit un jour que quand tu traversais des périodes de relatif bonheur, tu délaissais la plume, que tu ne trouvais plus en toi suffisamment de matière pour noircir le papier. Là, on touche du doigt un principe fondamental. Le refus de la plupart d’entre nous d’être heureux. Ou la peur de l’être, ce qui, j’en ai peur, revient au même. C’est quoi le problème ? Trouves-tu en toi trop de noirceur en écrivant pour oser l’affronter quand par exemple une femme s’introduit dans ta vie ? L’introspection littéraire révèle-t-elle trop de toi pour que tu te sentes autorisé à l’imposer à quelqu’un qui partagerait ta vie ? Parce que, bon, ce que tu trouves dans l’écriture, ce qui t’y fait du bien, ce qui t’y rend heureux, n’est pas forcément incompatible avec d’autres sources de bonheur. Après, je conçois que c’est un état de fait. Tu n’arrives plus à écrire, point barre. Mais ne rends pas ton bonheur responsable de ça. N’en rends pas l’Autre responsable non plus.


Le bonheur existe, je t’assure. Il ne se cache simplement pas là où les gens le cherche. Il est en embuscade derrière de minuscules révélations quotidiennes. Il ne faut pas chercher à l’obtenir, il ne faut pas chercher à le saisir, il ne faut que le vivre. Priorise tes intérêts et tout deviendra plus clair. Pas limpide, mais tu auras alors une idée de ce que tu veux. Les gens sont beaucoup trop stressés, ils en oublie que tout ce qui importe vraiment leur échappera toujours. Le sens final de tout ça, c’est qu’il n’y en a pas. Ton bonheur, tu te le construit tous les jours si tu t’en donnes la peine. Écris, aime, baise, bois, mange. Fais ce que tu aimes, aime ce que tu fais. Ne refuse ni le meilleur, ni le pire. Accepte le monde. Accepte-toi. Quand tu y seras parvenu, à t’accepter, tu commenceras peut-être à comprendre ce que je veux dire.


Le bonheur, on l’a tous en nous, et c’est même un grand drame. Une tragédie millénaire. On a tous une idée de ce que c’est, chacun la nôtre. C’est de ne pas pouvoir la partager avec d’autres qui nous rend si seuls. Alors, sors-toi la du crâne, vis, et tu parviendras, peut-être, à enfin être heureux, et, peut-être aussi, qui sait, à ne plus être seul. »


Il se tut et jeta le mégot qui chuta dans la canette jusqu’à se noyer dans le fond de liquide éventé en produisant le son d’un ballon qu’on dégonfle.

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Divagations nocturnes (Alone in the dark)

Posté par Durf667 le 16 avril 2011

Demian S. Coyote

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C’est une sorte de fatigue qui ne saisit pas le corps. C’est un genre d’engourdissement de la raison. « Quand le ciel bas et lourd… », c’est exactement ça. Qu’as-tu fait de ta journée, petit être ? Où en es-tu de tes aspirations ? Qu’as tu fait pour que le réel soit à la hauteur de tes espérances ? Parfois, il vaut mieux dormir…


Les ruelles argentées de la Cité m’attendront, ce soir, le sommeil me paraît trop éloigné encore. J’attendrai qu’il vienne pour retourner flâner dans la grand-rue pavée d’étoiles qui mène au palais d’Obéron, m’arrêtant à l’étal improbable du marchand obèse au teint de cuivre venu des îles de Mü, ou au comptoir de l’auberge de l’ange Raphaël, qui se trouve dans toutes les villes et villages des mondes connus. J’y boirai un de ses cocktails maison, peut-être celui à base d’absinthe et de lait d’Hésat, en écoutant l’album que Tori Amos a oublié avoir composé. Mais ce sera pour plus tard. Plus tard, je retournerai perdre une nuit à parler philosophie et religion avec le vieux Myrddyn en regardant le monde dans sa salle aux milles écrans. Plus tard, guidé par une araignée mécanique, je me risquerai dans les détours et les impasses du vieux quartier, où j’achèterai des larmes d’ange à un kitsune de ma connaissance. Plus tard, j’irai dans les étages aseptisés de la ziggourat pour y voir les créatures sans visages se jeter dans le vide et écraser leur noirs corps chitineux sur les terrasses en contrebas.


Mais ce soir, cette nuit, je suis trop fatigué pour dormir.


J’ai encore merdé. Je sais pas exactement en quoi, mais j’ai encore merdé. J’ai peut-être un sens de l’éthique trop développé pour la société moderne. Et puis, ce n’est pas parce que je me l’impose à moi-même que ça m’autorise à l’imposer aux autres. Surtout quand ces « autres » ne sont pas au courant qu’ils sont en train de violer une de MES règles morales. Bref. À part m’exiler au Groenland, je vois pas trop quoi faire.


Le troll est sorti. C’est un troll à l’ancienne, du genre à prendre soin de la maison, une sorte d’esprit du foyer, mais doté de la capacité de péter les deux jambes des importuns. Très pratique. Au moins, maintenant, me voilà seul. En même temps, seul, je le suis en permanence. La solitude, vaste débat ! Il y a celle qu’on subit, celle qu’on choisit. Il y a celle qu’on recherche, et celle qu’on trouve. Je crois, finalement, que ça tient à ça. On nait seul, on passe sa vie à essayer de trouver quelqu’un qui puisse partager cette solitude, puis on meurt seul. Peu importe la taille de notre famille, la solidité des liens amicaux, le nombre de personne à votre enterrement. On est toujours seul. Surtout la nuit. La plupart des êtres humain passe leur temps à essayer de nier cette solitude fondamentale, alors que l’accepter, même si ça peut être étrangement douloureux, finit par procurer un dérangeant sentiment de repos de l’âme. C’est comme ça qu’on se retrouve un vendredi soir, épuisé, incapable de dormir, incapable de supporter ne serait-ce que l’idée d’aller voir du monde et par écouter du Mogwai, du Sonic Youth et du Radiohead en écrivant d’un trait un texte sans queue ni tête.


J’avais toujours le flacon dans la main ce matin en me réveillant. Un contenant simple, sans fioritures, contenant juste assez de liquide pour remplir un shooter. On raconte que les anges de la Cité ont commencé à vendre leur larmes quand ils comprirent qu’ils avaient autant, voire plus, déchu que leur collègues du début des temps. Et donc il pleurèrent. Qui le premier eut l’idée de boire ce liquide, cela s’est perdu dans les péripéties qu’il arrive aux histoires racontées trop souvent. Mais cela importe peu. On peut boire, inhaler, s’injecter, et que sait-je encore, les larmes d’anges. Je n’essaierai même pas de vous en décrire les effets. C’est rigoureusement impossible. Elles doivent porter en elles le souvenir des Cieux, la raison pour laquelle elles ont été versées. Je sens encore le goût du sel. Mais pas ce soir. Ce soir, je me dois de tirer profit de mon malaise. Je les boirai plus tard, malgré l’appel cristallin insistant du flacon posé sur la tour de mon PC.


L’important, c’est de ne pas perdre pied. C’est savoir reconnaître que ça déconne, et donc abandonner la lutte, provisoirement, pour s’y remettre plus tard. Fuir pour combattre un autre jour, disaient les vikings. Il faut savoir quand se battre, et savoir quand fuir. Parfois, le moment n’est juste, ni à l’un, ni à l’autre. Ce sont ces moment-là qui contiennent, peut-être, la plus pure des promesses de rédemption, car la confusion inhérente à leur existence distille dans les esprit ce qui fait d’un homme un être humain. Ce soir, me battre aurait été de me forcer à sortir, à afficher un masque social et à subir la présence de mes contemporains. Qui sait, j’aurais peut-être même pu finir par passer une bonne soirée ? Fuir aurait consisté à avaler le flacon de larmes d’ange. Mais là, dans cet entre-deux sublime, dans ce brouillard glacé, dans la pénombre de mes doutes et de mes connaissances intimes, de mes angoisses et de mes victoires, de mes questions et de mes réponses, je sais. Rien de constructif ne naitra cette nuit. Rien de destructeur non plus. Je flotte comme une brindille dans un fleuve sans rive.

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Crise de Manque

Posté par Durf667 le 10 avril 2011

Par Durf667 (2011).

 

Le cœur est fait pour battre.

Et donc, l’amour est un combat.

 

Il est rangers ou converses, elle, plutôt talons. Il est jeans déchirés et tatouages. Elle est petites jupes et hauts sexys. Il est cuir. Elle est velours.

 

Il tape son nom sur google, juste parce qu’il pense à elle. Il passe sur son facebook, comme ça, pour rien. Il cherche ce dossier caché sur son PC pour revoir ces photos qu’elle lui avait données. Rien de pervers ou de malsain, juste du manque. Comme un junkie qui éclate les mégots dans le cendrier pour se rouler un joint d’occase. Il appelle des amis juste parce qu’il sait qu’elle devait passer les voir dans l’après-midi. Il n’a rien d’autre à faire.

 

Il se raisonne, mais ça ne marche pas. Il l’a fuit de peur de la revoir et le regrette quand c’est trop tard. Il rêve d’elle la nuit. Il pense à elle le jour. Elle est plus présente à son esprit que quand ils étaient ensembles. Il a envie d’elle. Il n’y a plus droit. Sentiment indu d’appartenance.

 

Il paye un verre à une petite au comptoir, juste pour tenter de l’oublier contre le corps d’une autre. Ça marche. Du moins pour quelques heures. Il espère inconsciemment que ça la rendra jalouse. Au pire, l’alcool l’aurait fait s’effondrer avant qu’il ne se souvienne à quel point elle lui manque.

 

Il repense à ce moment précis où tout était encore sauvable, quand il a préféré laisser tout partir en vrille plutôt que de prendre le risque d’essayer que ça marche et d’en souffrir encore plus plus tard. Il s’en veut. Il sait que ça fait partie du travail de deuil. Mais c’est long, un deuil.

 

Il sait qu’il faut qu’il se reprenne. Il sait qu’il faut que ça lui passe. Il n’en a pas envie. Il en a marre de toujours être obligé de faire appel à son cerveau pour gérer des histoires qui ne devraient concerner que le cœur. De temps en temps, les neurones abdiquent, et là, la douleur est d’autant plus vive.

 

Il est cuir, elle est velours. Ils sont tellement différents que ça aurait pu marcher. Ils sont toujours vivants, lui, d’autant plus à présent que tout est foutu. Mais vivant un petit peu, c’est déjà pas si mal.

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