Rozz

Posté par Durf667 le 10 avril 2011

Par Chloe von Fyredörff et Krist Morningstar (2011).

 

Nuit. Hiver. Les radiateurs font un boucan du diable, penser à les purger. La poussière crame sur les ventilos du PC, odeur qui se mêle à celle de la sueur, de la clope et de la tonne et demie de rage enfouie entre mes neurones crasseux. Caresse de la main la cicatrice sur mon épaule, souvenir de connerie adolescente, dépression de chair entre deux lèvres urticantes. Souvenirs. Le froid éthéré de la lame, la chaleur sensuelle de la coupure. Je voudrais tant dormir.

 

Testostérone, internet, sites pornos. Ça ne suffit plus. Frustration. Toutes ces filles se ressemblent, toutes ces bites aussi. Les endorphines semblent s’anesthésier elle-même. Fatigue. Je joue de la pointe de la langue avec les rebords émoussé d’un chicot qui a perdu son plombage. Ferme les yeux. Les rouvre. Un visage inattendu, inespéré, inatteignable a illuminé de sa douceur ovale et de son sourire interdit l’obscurité de mes paupières closes. Je ne veux plus le voir, ce visage. Me relève du fauteuil pour me resservir une vodka.

 

Toujours la même histoire, le même plan. Toujours ce malaise. L’impression que les gens attendent de moi de finir médaille d’or au cent mètres des JO alors que je suis unijambiste. Ça a l’air facile, pour eux, d’être sociable. Ils m’agressent. Je me sens abêti par la stupidité de la plupart de mes congénères. Et je ne vaux pas mieux qu’eux. Je n’ai jamais réussi à me battre. C’est le meilleur moyen d’échouer que le refus du combat. Je suis lâche, et donc je suis seul.

 

Elles finissent toutes par se barrer. C’est devenu une pancarte mentale au-dessus de la tête de toutes les femmes que je rencontre. Elles finissent toutes par se barrer.

 

Du feu dans le crâne, bouche pâteuse. La nuit ne porte pas d’étoiles, ce soir, le ciel promet la neige.

Le sommeil me fait peur, non pas à cause des rêves qui flottent sur les ruisseaux calmes du sommeil, mais des pensées qui le précèdent, engluées dans la torpeur de ce non-éveil qui n’est pas encore le coma négligemment espéré.

 

Les corps lointains de mes anciennes amantes et de celles que je n’aurais jamais se succèdent dans le vide de mes bras glacés, se lovent dans les replis des draps, s’échappent dans un souffle au cœur. L’apnée émotionnelle. La suffocation lente d’un cœur. L’asphyxie. Et toujours et encore ce feu dans mes reins, ce désir lubrique, cet appel de la chair qui envahit et pourrit tout.

 

Clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope sur clope. Où est le cendrier ? Vodka. Tuer cette rage, endormir ce manque. Se raccrocher à l’air, retrouver un cheveux sur une vieille chemise pas encore lavée, depuis ce temps. Ongles noirs sur peau blanche. Se livrer au néant pour ne faire plus qu’un avec lui. Annihiler le rêve inaccessible. N’aspirer plus à rien. Se raccrocher au meilleur, et espérer demain.

 

De vieilles photos s’affichent sur l’écran et illuminent la pièce, c’est sa seule lumière. Je repense à cette fille que les hasards amicaux ont mis sur mon chemin. Hasard, mon cul… Il n’y a rien de pire que des amis bien intentionnés. Jolie. Vraiment. Oui, elle m’attire. Oui, ses yeux occupe mon esprit et ma libido blessée. Mais à quoi bon. Elles finissent toutes…

 

On passe sa vie à chercher des réponses, mais seules compte les questions. On à parfois tort d’apporter des réponses, mais on n’a jamais raison de ne pas essayer. Mais j’ai eu trop souvent tort. Je suis fatigué. Laissez-moi dormir. Allez-vous en.

Publié dans Archive, Nouvelles, Tous les textes | Pas de Commentaire »

Early Morning Blues

Posté par Durf667 le 10 avril 2011

Par Durf667 (2010).

 

Le plus effrayant, ce sont les accès de rage.

Je me réveille à quatre heure et demie du mat’. Pourquoi, j’en sais rien, j’ai du dormir à peine cinq heures. Mais voilà, je me retrouve à fixer le plafond depuis mon pieu, le sommeil est parti je ne sais trop où et je sais qu’il ne reviendra pas. Je me lève pour aller chercher mes clopes qui sont restées dans le salon, en profite pour allumer le PC, et découvre deux belle merdes laissées par Xerxès, le Bull Terrier de mon colloc Alex, sur le parquet de la cuisine. Classe. Pas de trace du colloc. Avec un peu de chance, à cette heure, il doit être dans sa nouvelle copine. Me voilà donc parti dans les rues au petit matin en train de me faire démonter l’épaule par ce con de chien qui pisse à peine de quoi remplir un verre à whisky. Mais l’air de la nuit me fait du bien, l’atmosphère est humide et froide, et en l’absence de qui que soit d’autre dans les rues de la vieille ville (colombage, poutres apparente, rues pavées), les rues m’appartiennent.

Une fois rentré, je relève mes mails (on voit que noël approche, Amazon et CDiscount en sont à la limite du harcèlement), passe sur Facebook voir s’il y a des insomniaques (il y en a, mais je les soupçonne de ne pas s’être encore couché) et y apprends qu’il a neigé dans la nuit. J’en profite pour stalker un peu Vic, ma copine (rien de spécial) et Vassilissa, mon ex qui passe sur le site une fois par année bissextile, mais qui reste à ce jour la personne qui me donne les meilleurs conseils, quel que soit les sujets qu’on aborde. Si seulement elle était capable de s’appliquer à elle même ce qu’elle prêche… Mais je suppose qu’on est tous pareils, sur ce plan-là. Je lance un album de Tegan and Sarah sur Deezer. Ça correspond bien à mon humeur. J’essaie de me caler à la nouvelle que j’ai commencé il y a une éternité, mais rien ne sort, c’est mon problème chronique de manque d’inspiration. Et j’ai toujours cette vieille déprime qui me tient au boyaux de la tête comme un amant qui sent l’amour partir se tient au corps endormi de son élue.

Je me cale au pieu pour essayer de m’occuper la tête avec un bouquin de Poppy Z. Brite, celui où elle parle de son addiction à la Vicodin ES. Comme le docteur House, oui. Puis j’éteins la lumière et essaie de me rendormir. Sans succès. Je me tourne et me retourne sous la couette, agacé par le bruit suintant du radiateur mal purgé. Et c’est là que ça me vient, remontant d’une zone oubliée de mon cerveau, la rage. Gabe est un RMIste professionnel pseudo-artiste de ma connaissance qui a un peu tendance à prendre tout le monde pour un con. Pourquoi j’ai pensé à lui à ce moment, me demandez pas. Mais je me suis distinctement vu lui enfoncer sa petite gueule d’ange des caniveaux dans un lampadaire. Je l’imagine la gueule en sang, les dents par terre. Ça me fait toujours un peu peur, ces crises. Bon, ça dure pas longtemps, mais suffisamment, dans ce cas, pour expulser toute chance de me rendormir. Je me lève en tremblant. Il est six heures.

Café, clopes, Weezer (on va éviter les trucs trop violents ou tristes tout de suite. J’ai besoin de musique légère). J’ai la tête pleine de mes incapacités sociales, de mes inaptitudes à la discipline. Quel espèce d’imbécile peut lâcher son taf pour devenir écrivain passé trente ans ? Moi. Je passe en revue mes handicaps administratifs, je dois des thunes à la CAF, la sécu me croit toujours employé par mon ancienne boite, ce genre. Pourquoi je n’arrive pas à m’investir dans ma relation avec Vic ? Pourquoi je passe mes journées sur Civilization V au lieu d’écrire ? Pourquoi, après presque un an de colloc, mes cartons ne sont-ils pas défait ? Pourquoi je stalke encore Vassi sur Facebook ? Pourquoi je bois autant ? Pourquoi je m’occupe pas de soigner mes dents pourries ? Pourquoi j’arrête pas mes conneries ? Comment on fait, d’ailleurs ?

Xerxès vient de se poser à mes pieds et me regarde de ce regard qui me fait dire qu’il est mignon, mais un tout petit peu con. Ça me fait penser à la vanne récurrente de Vic à mon sujet. « T’es mignon, mais un tout petit keupon ». Elle est géniale, Vic. Presque aussi paumée que moi. Et le meilleur coup que j’ai jamais eu. Et elle encaisse plutôt bien mon côté poête-pouet-pouet-maudit-suicidé-en-sursis-à-deux-balles-de-ta-mère. Mais je me soigne. Je sais pas trop où je vais, mais je suis heureux d’y aller avec elle, le temps que ça durera. Sans elle, je serais un peu comme Xerxès quand ni Alex, ni moi ne sommes là. Comme un chien sans son punk.

Trop de café. Trop de clope. Je gerbe de la bile dans les chiottes. Xerxès regarde sans comprendre, la tête penchée sur le côté. Je pars en quête de la bouteille de coca que j’ai cru voir posée à côté du canapé du salon. Bingo. Le liquide calme un peu le feu stomacal, mais je m’empresse de le vomir également. Au moins, j’ai quelque chose à vomir. C’est déjà ça. La rage revient, mon amante la plus fidèle. Je retourne sur le PC, repasse vite fait sur Facebook. Rien. Je change de son sur Deezer. L’album punk de Slayer. Ma nouvelle en cours est toujours là, en attente sur le bureau. Je la relis, trouve ça pas si mal. Ça parle de super-héros nihilistes. J’essaie d’écrire, et là, ça vient. Je m’y remets. Au moins, j’ai quelque chose à vomir.

Publié dans Archive, Nouvelles, Tous les textes | Pas de Commentaire »

Le vieillard et la faux

Posté par Durf667 le 9 avril 2011

Voici un très vieux texte que j’ai retrouvé dans un carton. Soyez indulgents, c’est une de mes premières tentatives. Et c’est déjà d’une folle gaieté, dis-donc.

 Le vieillard et la faux

Ol’ Man Sid (2000)


C’était la fin d’une journée d’été, une de ces soirées interminables à l’athmosphère chargée de foin coupé et de promesses non tenues, qui ne semblent mourir qu’à la venue des voiles du sommeil au-dessus des membres engourdis des êtres vivants.

 

Je marchais sous les étoiles, qui éclairaient la route rocailleuse sur laquelle des pensées errantes m’avaient conduit. Elles ne semblaient pas m’avoir remarqué. Le repos et l’indifférence, loin des humains et de leurs dysfonctionnements, enfin. Juste le regard désintéressé de Betelgeuse, Antarès et de leurs sœurs aux yeux flottants.

 

Après avoir serpenté apparemment au hasard sur quelques centaines de mètres comme si lui-même ne savait pas où il devait aller, le chemin présentait une longue ligne droite, certitude soudaine et inattendue, et je vis à la sortie du dernier virage un vieil homme qui se reposait sur un rocher, à quelques minutes de marche. La route longeait la lisière d’un petit bois d’où provenaient les cris des animaux nocturnes qui déjà s’éveillaient. Me voyant arriver, l’ancêtre m’accueillit d’un voix étrange, aussi faible qu’un murmure, mais pourtant aussi forte à mes oreilles qu’un vent d’automne.

 

« Bonsoir, jeune homme, accepteriez-vous de m’accompagner dans ma promenade, dès que j’aurais repris mon souffle ? » dit-il en tournant son visage vers moi.

 

Sa peau était parcheminée, ravagée par les ans, et ses yeux éclairaient son sombre visage, semblants avoir vu trop de choses pour une vie humaine. Ses cheveux blancs descendaient en cascade jusqu’à ses épaules, encadrant sa bouche maigre et sa barbe d’ermite. Il était habillé comme un personnage de Daudet, avec un pantalon de velours élimé et une chemise en toile grossière. Pour se lever, il prit appui sur son long outil, jusque là caché par les herbes bleues qui couraient partout alentour. Alors je compris qui était le vieillard. L’outil était une faux, l’aïeul était la mort.

 

Calmement, je lui demandai :  «-  Mon heure est-elle déjà venue ? 

 

- Non. Répondit-il simplement. Parfois, même le plus impitoyable a besoin de parler. »

 

Et nous nous mîmes en route. Il avançait péniblement sur les cailloux du sentier.

 

« - Que pouvez-vous avoir à dire à un simple mortel ? dis-je.

 

- A toi, rien, répondit-il. Ce n’est pas à toi que je veux parler, je veux simplement qu’on m’écoute et qu’on réponde à mes questions. T’en sens-tu capable ? »

 

Que répondre à ça ? Que dire à la mort quand elle vous regarde par-dessus son épaule voûtée en attendant que vous lui parliez ? J’acquiesçai.

 

« - Qu’est-ce que le désespoir ? finit-il par dire après un long silence.

 

- La mort ne sait pas ce qu’est le désespoir ?, répondis-je. C’est pourtant un de vos plus fidèles fournisseurs !

 

- C’est exact, dit-il, mais on ne peut jamais connaître ce que l’on n’a pas d’abord éprouvé.

 

- Le désespoir est la perte de tout désir de vivre, dis-je, c’est la fin de ses illusions, c’est le début de la chute, c’est l’âge adulte de la conscience.

 

- Personne ne peut donc continuer à vivre quand il a compris la véritable nature de l’existence ?

 

- Chacun cherche sa propre raison de vivre, et pour finir, on comprend qu’aucune n’est valable.

 

- Alors pourquoi es-tu toujours en vie ? » dit-il avec un sourire sans joie.

 

Je restais muet à cette question. Comme nos pas nous menaient vers un chemin plus pratiqué, je finis par trouver une réponse :

 

« - Parce que j’ai peur d’avoir raison. Mon but dans la vie est de me prouver que j’ai tort ». L’idée me vint alors que, si la vie était si sordide et vaine, le moindre moment de bonheur valait tout l’or de tous les leprechauns.

 

« - Parce que j’ai encore des fleurs à sentir, du vin à boire et des lèvres à embrasser. »

 

Après un temps de réflexion, le vieillard reprit la parole :

 

« - Depuis que les hommes m’ont créé, ma raison d’être est de prendre leur vie. Je ne sais pas pourquoi je le fais, mais je le fais. Je suis âgé, très âgé, et pourtant, au cours de tous ces millénaires, jamais je ne me suis posé de questions. Jusqu’à récemment. Depuis peu, pourtant, le pourquoi de mes actes me tourmente, et j’ai peur d’avoir trouvé la réponse à cette question.

 

- Et c’est… ? demandais-je.

 

- Tu as répondu toi-même à l’instant. »

 

Au moment où il dit ces mots, il sembla trébucher. Sa faux tomba au sol, la lame dressée vers la lune. Aussi léger qu’une plume, il l’accompagna dans sa chute.

Publié dans Archive, Nouvelles, Tous les textes | Pas de Commentaire »

123456
 

lepoetesolidaire |
Mots ecrit pour apaiser les... |
Mes poèmes qui retrace ma vie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le cercle des mots disparus
| vivre et souffrir pour écrire
| histoireentoutgenre