M. Pantomime, pièce en un acte

Posté par Durf667 le 16 janvier 2012

par Chloe von Fyredörff (2004). Retravaillé en 2011 par Don Nihil Apsarà.

Personnages :
Le marionnettiste,
La jeune fille,
Le coyote.

Scène : sur un drap blanc (on pourra le taguer, le peindre, prendre un drapeau ou quoi que ce soit qu’on jugera approprié, selon l’instinct du moment) placé en fond, projection sans le son d’images télévisées (reportages, actualités, jeux, etc.) et de films familiaux (vacances, anniversaires, etc.) Un coffre.

1.

Projections.
Le marionnettiste entre avec une chaise et la pose au centre de la scène. Il ouvre le coffre et en sort révérencieusement une marionnette à fils. Elle représente un clochard chevelu et dégingandé. Il la montre au public. Dans l’ombre, le coyote ronge un os.

LE MARIONNETTISTE :
Je… Oui, oui, je suis… Non, je.. Non. Voici, oui ! Voici Monsieur Pantomime.
Il commence à l’actionner.

MONSIEUR PANTOMIME :
Bonsoir mesdames et messieurs, petits et grands, miséreux et bourgeois, vierges et catins, bonsoir, et soyez les bienvenus. Vous a-t-on dit ce qui vous attendait ? Moi ! Tout sera mis en œuvres pour que vous passiez en ma compagnie une soirée divertissante et édifiante.

Une musique retentit, une sorte de valse jouée par un orgue de barbarie fatigué. Monsieur Pantomime commence à danser, avec grâce et délicatesse, puis avec de plus en plus de force et de prouesses physiques à mesure que la musique s’emballe, devenant un tourbillon sonore et chaotique, avant de retomber dans des tempos hypnotiques et atonaux.
Le marionnettiste lâche les fils et Monsieur Pantomime s’effondre de fatigue sur quelques accords de piano. Le coyote, impressionné, observe.

LE COYOTE, admiratif :
Et bien ! Voilà qui mérite des applaudissements ! Il applaudit et trépigne. Mais voyons ce que la suite nous réserve.

Le marionnettiste repousse la marionnette du pied, puis s’assoit sur le coffre. Une jeune fille entre. Le marionnettiste se relève. Il ne la quitte pas des yeux.

2.

La jeune fille s’assoit sur la chaise, puis se relève, gênée. Elle fait une révérence au public.

LA JEUNE FILLE :
Je… Oui, oui, je suis… Non, je.. Non. Elle s’éclaircit la voix. Voilà…

Elle se rassoit. Le marionnettiste, qui ne peut détacher son regard d’elle, s’avance et fait face au public après un dernier coup d’œil vers la jeune fille. La même musique que précédemment redémarre. Le marionnettiste effectue la même chorégraphie que la marionnette dans la première scène. Même projections. Le coyote se roule par terre de rire. Noir. Puis, une lueur. Le coyote se tient devant le coffre. On éclaire son visage, il commence à fouiller à l’intérieur et saisit un objet qui reste dans l’ombre.

LE COYOTE :
C’était… Grand ! Magnifique ! Sublime ! Il place son visage à côté de celui de la fille, joue avec l’objet qu’il a pris en le faisant passer devant les yeux de la fille, qui ne semble rien voir. Ma chère, vraiment !

Projection fugace et quasi-subliminale de quelque chose de désagréable. La fille a le visage en sang. La lumière quitte les deux visages et traverse la scène jusqu’à la marionnette. Puis, noir.

3.

La projection reprend et simule l’intérieur d’un petit appartement. La marionnette est assise sur la chaise. Le coyote est couché dans un coin, une laisse accrochée à un collier qu’il n’avait pas avant. Il a un marqueur dans la main droite et le scalpel dans la gauche. Il se lève de temps en temps et écrit des lieux communs, des slogans des obscénités et des banalités sur le draps, par dessus la projection. Le marionnettiste porte un masque de cire blanche, reproduisant le masque de la tragédie. La jeune fille porte celui de la comédie, mais du sang coule sur son cou. Elle devient de plus en plus faible au cours de la scène.

LE MARIONNETTISTE :
Je sais pas ce que tu veux. Je sais pas ce que je veux non plus, remarque. Rire sans joie. Tu me diras… C’était sensé être différent, hein ? C’était sensé servir à quelque chose ? Tout ce merdier ? Cette putain de mascarade ? En définitive, on est aussi inutile qu’on a l’impression de l’être. On est pas fait pour se comprendre, pour vivre ensemble. On devrait tous se faire ermite, tiens. Ça nous éviterait de souffrir et de faire souffrir. Regarde toi, non, mais regarde toi ! T’es en train de crever et tu reste là, debout, comme ça, comme si de rien n’était, comme s’il y avait encore un combat à gagner… Ça t’as mené où, hein ? Ta noblesse ? Ton courage ? Tout ça n’a aucun sens…

La musique de la chorégraphie reprend, ainsi que les projections. La jeune fille commence à danser, maladroitement, le marionnettiste la rattrape avant qu’elle ne tombe et l’allonge au sol. Le coyote continue la chorégraphie, mais la musique s’interrompt brusquement, le coupant dans un mouvement. Il tombe. Le marionnettiste retire son masque et celui de la jeune fille.

LA JEUNE FILLE :
Tu l’a jamais compris, hein ? Pourquoi j’étais toujours debout. C’est simple, pourtant. Ça n’a sans doute aucun sens, tu as raison. Mais rester debout, c’est la seule chose à faire.

Elle meurt dans les bras du marionnettiste, qui regarde la marionnette. La lumière diminue, le coyote sort de sa prostration dans un halo faiblissant, prend sa laisse, la coupe avec le scalpel et s’en va. Noir.

FIN.

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